‹ CauchemarsChapitre 6 sur 9 · L'ASSASSINAT DL" PICHET QUI PICHE · texte numérisé non relu

L'ASSASSINAT DL" PICHET QUI PICHE

j'étais dans une obscurité profonde. Au reste, pour ne point voir ce noir qui m'épouvantait, j'avais machinalement dressé devant mes yeux mon cartal)le d'écolier.

Tout à coup, j'entendis g-rincer la barre du volet-porte. Le g-arçon boucher, entré enfin, la déverrouillait d'une main hâtive et tremblante sans doute, car le fer hochait et tapotait le bois par saccades.

Un cri étouff^, que poussa mon compag-non, me fit lâcher mon cartable et desserrer les paupières. Le volet-porte ouvert à deux battants, la clarté de la rue avait empli la boutique. Là-bas, au fond, sur une couchette posée à même deux longues tables de bois, gisait le grand Louis, non plus avec sa mine rieuse, ses yeux doux, sa face enluminée, mais pâle, effroyablement pâle, et le regard fixe, effaré, vitreux.

Le garçon boucher répéta, d'une voix raaque :

— Eh! grand Louis! Y a donc quéqu'chose?

J'aperçus alors, dans un coin, et je montrai du doigt, le pauvre Poussot, qui avait la langue tirée, et les pattes en l'air, toutes raides. Du même coup d'œil, je vis qu'il y avait sur le parquet comme du vin répandu,

du vin noir, épais. Cela ressemblait à une mare en train de se dessécher, et ^luante.

A ce moment, une des commères dit, du dehors :

— Il est peut-être soûl!

Une autre ajouta :

— Tachez donc moyen de le secouer un peu.

Le commis du magasin de faïences était entré et le second g-arçon boucher avec lui. Ils s'approchèrent tous les trois de la couchette. Le premier garçon boucher répéta encore, d'une voix forte maintenant :

— Eh ! grand Louis î

Et il accentua son appel en lui poussant rudement la tête pour le secouer un peu.

La tète roula par terre.

Il y eut un violent mouvement de recul ; je fus bousculé, rejeté sur le trottoir par les trois hommes, au milieu d'un attroupement qui se formait déjà, parmi des cris d'horreur.

Une voisine me ramena chez nous. Huit jours durant, en proie aux plus épouvantables cauchemars, je fus sous la menace d'une fièvre cérébrale. On me conduisit chez mon gran«lpère, à la campagne, passer un mois pour me rétablir. Quand je revins à Paris, nous n'ha-

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