‹ Causerie sur Fontenelle; dialogue des mortsChapitre 5 sur 9 · TA CI NE · texte numérisé non relu

TA CI NE

Oui, oui... Mais je poursuis... A supposer, monsieur de La Bruyère, que 1 ami du Mercure galant n'ait pas été d'emblée un de vos ennemis, il le devint très certainement après la publication de vos deux pages railleuses. Même vous devez vous estimer heureux que, spirituel comme il l'était dans ses bons jours, il se soit contenté de voter contre vous et n'ait eu ni l'idée, ni le loisir, au cours des soixante longues années qu'il lui restait à vous survivre, de dire de vous, à son tour, un peu de mal. Bien ^ous prit quii fut tant absorbé par son office de louangeur académique; sans quoi sa plume alerte vous eût peut-être égratigné d'importance ! — Mais, là, voyons, qui trompe-t-on alors? et qu'est-ce que ceci, sinon une charge amére, une cinglante satire du bel esprit de profession : Prose, vers, que voulez-vous .' Il réussit é<jaleinent en. F un et en i autre. — Vous êtes persuadé du contraire;

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mais Fironie, que vous chéiisscz, ne prend-elle point, par définition, le rebours de la vérité? — Cydias est (continuez-vous) le fournisseur en titre des ronds les plus distinjjués : stances, élégies, lettres de consolation, que sais-je? il dispense tout sur commande. Il possède une enseigne, un atelier, un magasin où il y a du choix, de quoi défrayer, enfin, tous les bureaux d'esprit de la capitale. 11 est la perle rare, 1 artiste en vogue, le favori des salons. Ainsi qu'un virtuose à la mode, il soigne son geste, il rend des oracles accompagnés d effets de manchettes. Il com[)asse ses phrases mélodieuses sur 1 amour, il débite de sémillants Nersiculets à faire pâmer d'aise toutes les Cathoset les Madelons imaginables; discoureur fade auprès des femmes; enclin, par système ou par latuité, à conti-edire l'avis des hommes... Ah! quel tour plaisant vous savez donner à vos crayons, monsieur le bon apôtre, et combien peu \ous épargnez les gens risibles! D honneur, c'est un arrêt sans appel, une exécution en règle! il ne faisait pas bon passer dans le chaiiij) de votre Msion acérée. Vous fûtes, sans doute, agacé comme moi-même par ces Lettres du chevalier d'Her..., gauche essai d'un débutant de vingt-six ans qui, jaloux d'imiterle badinage désin- Aolte d'un NOituie, n aboutit (ju à faire la fi(jure d'un galant sur le retour. — Réj)ondez donc : n'ai-je pas le droit d'admettre que vous visez notre écrivain quand vous avancez que Cydias s'égale à Lucien et à Sénèque?

MOLIKRE

Certes, ici ralliision est transparente, s'il en fut. Comme le premier, M. de Fontenelle n a-til pas, clans sa prime jeunesse, fait dialoguer les morts, parfois avec moins de fantaisie macabre, mais sur des sujets assurément plus puissants et plus neufs, déployant, à propos des matières les plus imprévues et variées, une instruction déjà large, une raison hardie, qui contrastent heureusement avec la recherche souvent puérile et Taffcctation du langage? r^'a-t-il pas, comme le second, écrit des tragédies plus rél^léchies que pathétiques, et qui, je le confesse, sentent la mèche à plein nez? — 11 me paraît évident, à moi aussi, ([ue Cyd/as, c'est Fontenelle, ... et pas un autre !

RACINE

Et puis, vous déclarez qu'il se met au-dessus de Platon, de Théocrite et de Virgile. — D accord ! Ici encore, vous pensez aux déductions astronomiques et cosmogoniques du Tintée ou du Théélèle, qui rappellent, avec un peu de bonne volonté, telles théories de cet autre dialogue soi-disant philosophique, la Pluralité des inondes; vous songez aux pastorales alcxandrines qui, malgré leur art infini, offrent, au fond, bien plus de savoureuse réalité champêtre que les élégantes allégories nuageuses de M. de Fontenelle, berger si peu sincère. — Enfin, vous souvenant peut-être que Despréaux disait La Motte encanaillé de ce petit Fontenelle,

18 CAUSEIUE SUR FONTENELLE

VOUS rangiez Cydias parmi les contempteurs d'Homère. Or, nous savons tous que le neveu de M. Corneille — de l'admirateur de Tite-Live et de Lucain! — apportant dans le camp des La Motte et des Perrault son intransig^eante fougue de recrue, s'insurgea à l'étourdie contre tous les anciens en bloc...

CORNKILLE

Il les ignorait! Ouoi d'étonnant? Jamais il n'eût été capable d annoter les auteurs grecs comme vous, qui le faisiez pour votre [)laisir!

RACINE

Raison de plus! Il les attaquait par de mordantes digressions et par des flèches de Partlie, perfidement aiguisées, plutôt que par de retentissants factums ou par des arguments solides... Voyez, à cet égard, les anecdotes rapportées par Trublet... Il dirigeait contre eux, sous main, à petit bruit, une guerre d'escarmouches, de chicanes frivoles, de libelles mesquins, clandestins, sans éclat, mais aussi sans scandale et sans risque.

MOLIÈIÎK

Par exemple, il prononce, ce prophète : " On nous admirera avec excès ilans les siècles à venir. Avec quel méj)ri8 ne traitera-l-ou pas, en comparaison de nous, les beaux esprits de ce temps-là, qui pourront bien être des Américains! "

CAUSERIE SUR FONTE^ELLE i9

P.ACiNE, fiaussaiit les épaules.

Voilà le ton qu'il affecte dans le grave débat qui divise les lettrés! — Pour le trancher net, dans votre pédant précieux, dogmatique, coqueluche de la province et de la bourgeoisie, visiteur rare, mais causeur péremptoire, décisif, et, à son propre gré, le premier des poètes; dans votre silhouette de sophiste sceptique et paradoxal, qui toujours évite de partager le sentiment du prochain et en qui (je cite vos expressions formelles) » on n'aperçoit rien de grand que l'opinion qu il a de lui-même" , je m'obstine, avec tout Paris, à démêler la caricature, plus amusante encore qu'exacte, de notre ridicule, mais infortuné confrère!

MOLIKP.K

Et c'est, à coup sur, de votre Caractère que s'inspira J.-B. Rousseau pour darder contre le vieux berger normand, contre le galantin de ruelles, sa sanglante épigramme :

...Chez l'espèce femelle 11 ijrilie encor, malgré son poil prison; Il n'est caillette en honnête maison Qui ne se pâme à sa douce faconde...

LA I5RUYÈRE

J'entends bien! Mais, messieurs, pardonnezmoi ; la querelle que vous me faites n'est pas neuve ! Depuis trois mille ans, et plus, que les humains se chamaillent sur des questions de goût, l'on n a guère cessé de reprocher aux moralistes (si votre

indulgence consent ce titre à mon faible mérite) d'avoir fait poser, pour leurs satires .«jénérales, les diverses personnes qu'ils avaient eu lieu d'apj)rocher et qui n'eurent pas Tlieur de leur plaire! .lai désavoué hautement les applications qu'on m'imputait. Je maintiens, dans l'espèce, qu'en traçant les lignes que vous me récitez avec une si flatteuse sûreté de mémoire je n eus pas en vue le seul Fonteuelle. Ilélas ! je le voudrais ; par malheur, il n'en est rien. De})uis Adam, les pédants et les fats sont légion. J'en ai vu, je vous jure, défiler une kyrielle sous mes yeux, chez M. le l*rince. J'ai pris mon hien où je le trouvais; ce n'est pas vous, Molière, qui me dénierez ce privilège, je pense. C'est le procédé constant, légitime, des romanciers, des dramaturges, enfin de quiconque observe l'àme humaine; tant pis pour ceux qui tombent sous leurs prises! Et tant mieux pour la malignité publique, si elle s ingénieàdécouvrirdes originaux frap[)ants, des esquisses d'après nature, derrière les physionomies fictives ou complexes qu'on jette en pâture à sa curiosité! — Mais je veux, pour vous contenter, que mon Cydias désigne Fontenelle. .Si je l'ai trop rabroué, n'avons-nous point, ici même {désigtiani Voltaire) , \\n émincnt j)r()tecteur pour le délenche.'' Je {jage (|u il n'y man([uera pas.

i;.Ar,iNK

Tiens, c est vrai; vous nous écouliez, monsieur de Voltaire, et vous n'avez rien dit encore! C'est extraordinaire! Seriez-vous malade? Vous avez

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pratiqué l'homme dont nous parlons; vous lui écriviez souvent, vous adressant à lui, disiez-vous, comme à votre maître...

LA BRUYKIÎF,

Votre maitre?... C'est fort! Vous vous moquiez.

UACINE

La vulgaire prose vous semblait parfois insuffisante pour correspondre avec lui ; vous vous répandiez en effusions lyriques :

Or, dites-nous donc, Fontenelles, Vous qui, par un vol imprévu, De Dédale prenant les ailes, Dans les cieux avez parcouru Tant de carrières immortelles...

LA BRUYKRK

Mais vous engagiez, en terminant, sa muse à ne pas nous parler \e jorf/oit de calcul, de rcfraciion, car :

Un trait d'imagination

Vaut cent pages d'astronomie. ,.

D'où je conclus que, le priant de vêtir la raison en poésie, vous étiez loin de détester ses petits vers, bien inférieurs aux vôtres!

VOLTAIRE

J'en conviens, j'en conviens! J'avais vingt-cinq ans quand j'écrivis ce dithyrambe... Oui je fus, en somme, un des partisans de Fontenelle; je l'ai connu pendant quarante ans de mon existence; je

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suis donc plus à même que vous de lapprécier. surtout par sa seconde manière, que vous passez sous silence, et pour cause.

RACINE

Soit ; mais vous ne fûtes pas toujours conséquent avec vous-même, loin de là! Ainsi, dans votre Temple du Goût, vous feignez, n'est-il pas vrai? que vous visitez le séjour des écrivains défunts, au milieu duquel se dresse le sanctuaire inviolable gardé par la Critique. Elle en écarte les méchants auteurs, les ennemis de nos chers anciens, Houdar de La Motte, Perrault et... Fonienelle ! Et vous qui, certes, étiez plus riche d'esprit que ce dernier — car vous en affectiez moins — navez-vous pas présenté de ses Dialogues des morts une très vive et très saine censure?...

LA liRUYini-:

En effet, l'ontenelle s'occupait volontiers à faire causer les ombres; il enterrait les autres et leur composait de belles oraisons funèbres. Pour lui, il n'était guère pressé de venir nous rejoindre! Il avait pris fort au sérieux, là-haut, son titre d immortel !

itACiNE, repre)Kint.

... Vous y relevez, dans ces Dialogues, mille défauts : rapjuochcment artificiel et forcé des personnages; mignardise des pensées, de la diction. Vous y notez justement des parallèles fâcheux pour toute

CAUSERIE SUll FONTENELLE 23

oreille judicieuse. Quel dommage, je vous prie, d'entendre Faustine se comparer à Brutus — ce Brutus que vous avez glorifié, vous, plus dignement que Fontenelle ! — ... Julie de Gonzague à Soliman, Diane de Poitiers à César!... Quel énorme défi au sens commun!

MOUKRE, avec lin lyriswe comique.

Anacréon, Alexandre, Pliryné, Aristote, Sénèque, Scarron, Galilée, Montezuma, quel étrange bavardage il vous prête ! Que de laborieuses bagatelles! Que de sornettes !

RACINE

Je me persuade aussi que vous avez voulu railler Fontenelle, tout en le copiant un peu, quand vous avez bâti votre Micronicr/as sur cette idée, émise déjà par lui, que les habitants de la Lune ne sont, ne peuvent être en rien semblables à ceux du globe terraqué. [Asseniiinenide Voltaire.) Il y a plus. Écrivant au roi Frédéric, vous déclariez Lucien naïf, au prix de Fontenelle; vous blâmiez celui-ci singulier grief dans votre bouche!) de prétendre sans trêve avoir de lesprit. u G est toujours lui qu'on voit, disiez-vous, et jamais ses héros; il soutient le pour et le contre : il ne veut que briller. -> — J'applaudis au trait final. Vous voyez qu'au fond nous sommes d'accord... Fontenelle est coupable d'avoir versé dans le précieux du plus mauvais aloi.

VOLTAIRE

Altclulez... Votre mémoire ne \'Ous abuse-t-elle pas, monsieur Racine ?. .. Oui, oui, c'est vrai, j'écrivis cela; mais, l)ah! c est qu'à cette date, déjà, l\)ntenellc ne trouvait pas les anciens assez polis., assez bien peijjués. Il méconnaissait leui' émouvante simplicité passionnée. Sur ce point il errait, je l'accorde... Cette étroitesse suffit-elle à ruiner de solides mérites? Au nom des dieux, cessez de le déchirera belles dents. De lui, bientôt, il ne restera rien!

RACLNK

D'autres fois, en dévoué camarade que vous êtes (ciiAo'iiAoç, dirait Aristote), vous l'élevez au pinacle — pour le consoler, sans doute — et vous l'encensez à tour de bras. Ouvrons la liste des écrivains français qui clôt votre Siècle de Louis Xn. Si, comme vous le désirez, ce rapide catalogue doit servir, un jour, à fixer l'histoire littéraire du temps, assurons-nous que votre ami v trônera en noble posture! Pour un peu, par ma foi, vous l'appelleriez le grand Fontenelle, comme on dit couramment le grand Corneille, le grand Condé, ou le (jvand Uni. Dès 1 abord, vous prononcez : On peut le rc/jarder comme l'esprit le plus /inircrsel que le siècle de Louis A'/l^ ait produit. . . — Laissezmoi rire! Il prendrait donc le pas sur vous-même, qui êtes né sous Louis \\\ ! J'avais toujours cru (pic \()iis méritiez niiou.v rpi homme de l''rance

CAUSERIE SLTll FOIN ÏEÎN ELT,E 25

cette épithète d iniiverscl dont vous le décorez... et qu il eut été peut-être le premier à décliner.

CORNEILLE

Eh! oui; l'eùt-il acceptée sans scrupule, lui qui — de bonne foi, je n en veu.v pas douter — définit ainsi la façon dont il entend et remplit sou rôle de secrétaire d'académie : "Je ne fais profession d'aucune science, connue tous les autres, et je suis rignoraut de la compajjuie. On ne m'a pris que pour cela... Je ne suis point par ma place orateurné; je le suis encore moins {)ar mon caractère (I) ? i»

VOLTAIRE

Ce sont là des formules oblijjatoircs. . .

RACINE

Vous allez jusqu'à le louer de ses cbétifs 0[)éras, de ses tragédies incolores. Vous nous reprochez, à Boileau et à moi, de l'avoir mcprisc de mot est bien g^ros! c était du dédain plutôt (jue de 1 hostilité)... de l'avoir criblé d éj)igrammes, de lui avoir fermé les portes de l'Académie... De quoi le j)laig^nez-vous donc? De trente-cjiiatrc à cent ans, il eut bien le temps d'occuper son fauteuil, de l'user, et même d'y dormir, s'il en avait envie!

VOLTAIRE

Voilà de vos injustices encore! H était bien trop actif pour même y somnoler. Mais continuez... Je

(1 Paris, 30 janvier 1706. — Mémoire h{::torii/ue, de Jukius Gastelnau, p. 120.

26 CAUSEIUE SUR F0:NTE!SET.LE

m'attends, je vous le certifie, à être terrassé!... Je vous écoute.

RACINE

Bref, vous vous extasiez, je ne sais trop pourquoi, sur le charme de ces faibles Dialogues des nioj'is, digues de Voiture, où il trouve moven de rabaisser, de décrier les anciens au profit des modernes, par Torgane du sage par excellence, Socrate, discourant avec . . . Montaigne ! — Son ///*loii-e de V Académie et ses essais de vulgarisation scientifique sont, dit-on, instructifs et agréables. Je ne m'y oppose point: ces sujets passent ma compétence et ma portée... Mais quoi! votre panégyrique, si complet, m'étonne, et m afflige. — Que vous en semble, Molière? — Pensez-vous, comme M. de Voltaire laffii'me — ;i\ ec beaucoup d exagération , à mon sens — dans son registre des écrivains du grand régne, que Fontenelle soit une manière de génie cncvclopédique, et le plus universel de l'époque; qu'il soit (je cite textuellement) le premier des hommes dans l'art nouveau de répandre de la lumière et des grâces sur les sciences abstraites — astronomie ou géométrie: — qu'il s'élève, de par rap|)laudi8sement unanime, audessus de tous les sa\ants dénués du dondelinvention : fjue son intelligence, enfin, s'étende à tout saisir, et que ses ouvrages dénotentà la fois la finesse et la profondeur de son esprit? Et vous, liin des maîtres incontestables du théâtre, vous, philosophe à vos heures, quel état faites-vous, en particulier,

de ces comédies séniles que M. de Voltaire luimême est contraint déjuger froides, peu scéniques, et de ce cartésianisme qui n'empêcha pas son zélateur d'être déféré, sous couleur d'athéisme, au monarque par son fidèle confesseur, le jésuite Le Tellier. . . ?

VOLTAIRE

... dont on ne compte plus les actes despotiques et les abominables persécutions!

MOLUiRE

Ah! Racine, vos questions précipitées ne laissent point que de m étourdir et de m'embarrasser ! Zélé gassendiste, je ne goûte pas plus que notre bon fabuliste les lubies de Descartes ; et M. Fontenelle lui-même se défiait des cultes trop ardents. Il a dit, si je me souviens bien, du fondateur de la méthode : " 11 faut toujours 1 admirer, et le suivre quelquefois. " jNotez la restriction! — Irons-nous, d'ailleurs, analyser sérieusement la philosophie de M. de Fontenelle?... En a-t-il une seulement? Il est permis d'en douter. Pas plus philosophe que poète!... Quant aux comédies, souffrez, messieurs, que je me récuse ; j'avoue, à ma honte, ne les avoir jamais, jamais lues.

RACLNE

Que Dieu et les Muses vous en préservent!

28 CAUSERIE SUR FO>'TEiN ELT,E

MOLII.RE

Il était, je le sais — pour ses péchés, sans doute — fort épris de théâtre, très fier de nommer pour son oncle 1 auteur du Cid, dont il opposa sans cesse la gloire avec celle de Descartes, comme une réplique triomphante aux détracteurs des modernes, aux fervents adorateurs des plus hauts génies de 1 antiquité.. . Mais néjjligez le dramaturge incohérent et creux, le simulacre de j)enseur, et saluez délibérément en M. Fontenelle le propagateur habile, heureux, de la science. Sur ce terrain, je lui tire mon chapeau... Et je ne suis pas suspect de crédulité! Veuillez vous remémorer l'horreur que m'inspirèrent les spécieuses simaj;récs de savoir, les grimaces d'érudition, surtout chez les femmes. J ai blasonné de mon mieux celles qui se prévalent de leurs vaines connaissances, à tort et à travers, par ostentation pure, etqui,dédai;;nant les soins du ménage, pérorent entre une lunette et d'épais in-folio dont elles n'entendent pas la première ligne. Nolreami Despiéaux, de son côté, fustigea les pecques évaporées perdues dans les astres. Mais M. Fontenelle éprouve un besoin lé{;itime, il ne me semble ni un Céladon, ni un Trissotin, quand il veut donner au pid)lic nu)U(laiu, sans prétention, sans ond)re de pédanterie, ([uelqucs notions utiles sur la disposition et 1 asj)ect des corps célestes, .le parierais (jue vous-même, La IJruvère, avez lu la Plnraliié des mondes, et peut-être le volume vous suggéra-t-il, à votre

insu, plusieurs Je vos meilleures pages... Hein! répondez.

LA ur.uvKr.i;

Je n'en disconviens pas. Je 1 ai parcouru jadis, sans trop d enruii.. .

VOI.TAIRi:

Et puis, reconnaissez condjien le cadre en est simple et séduisant! Avec Fontenelle, la science la plus sublime devient accessible : elle enseijjnc et badine dans la juste mesure. Elle est une distraction charmante; elle se tourne en un délassement sérieux qui n éloigne point les pens des devoirs de leur état. — Science à l'eau de roses, objecterat-on, conférences de ruelles! astronomie pour lectrices de la Princesse de Clèves l — Je suis votre serviteur! Laissez dire aux envieux, qui défijjurenl tout de gaieté de cœur! On m'a narré qu une jeune archiduchesse autrichienne de dix-sept ans, jolie, éventée et coquette, future impératrice des Français. . .

MoLU.IîE

Oh! oh! si c'est une impératrice!...

VOLTAIRE

... émit, un jour, sur la Pluralilé des mondes, une réflexion, ma foi, fort sensée : i' Il faut pourtant laisser aux Français l'avantage que les Allemands n'ont pas : c'est de donner à toutes les sciences les

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plus abstraites une tournure si agréable qu'elles plaisent même aux femmes; ce qui est le cas pour Fontenelle (l) . "

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