‹ Causerie sur Fontenelle; dialogue des mortsChapitre 6 sur 9 · MOLIÈRE · texte numérisé non relu

MOLIÈRE

Ouais! la remarque est on ne peut plus pertinente, en effet! — Le cadre est gracieux, d accord! Une dame du bel air, curieuse, comme on Tétait alors, des conquêtes de la philosophie nouvelle, demande à son hôte, qui simprovise pour la circonstance astronome, comment est constitué le monde que nous habitons, et s il est d'autres mondes habités. Cette personne, qui n'a nulle teinture de science, mais aussi qui n'a rien de commun avec mes lidicules précieuses, interroge, le soir, après souper, en un beau parc, son j)récepleur bénévole sur les tourbillons et sur la Voie lactée, sur la clarté de ces radieux météores, de ces lumineuses planètes dont elle prie qu on lui dévoile discrètement le mystère. . . Et l'entretien commence aussitôt pour se prolonger durant six soirées consécutives, précis et galant sans fadeur. Le moyen, à trente ans, fùt-ou céhbataire endurci, de s abstenir de soigner son style et son geste en édifiant sur ces merveilles de la création une jeune et jolie marquise dont les yeux iimj)ides, braqués sur le firmament, d innour mourir nous fout..., comme parlait mon /ioinv/eois '/citii/Iioiunie.

(i) Opinion de l'impératrice Marie-Louise sur la 1 turalilc des iiioinles.) rapportée par M. Anatole I'^rance dans sa Vie lilténdrc.

CORNEILLE

L'intention de Fontenelle était nette. De son propre aveu, il s'efforçait de traiter la philosophie (vous diriez maintenant : la science) d'une façon qui ne fût pas du tout philosophique et de l'amener à un degré où elle ne parût ni trop sèche pour les honnêtes gens, ni trop enfantine au regard des savants. — Au total, il y réussit.

m<>lu;re

Oui vraiment; et l'on peut appliquer à ces En/retiens l'apologie de La Fontaine sur ses Fables : « Ces badineries ne sont telles qu'en apparence; car, dans le fond, elles portent un sens très solide. " — Trop souvent, certes, il tourne la cosmographie en amusants madrigaux. Pourtant, nulle récréation intellectuelle n'est plus attrayante que ce mélange de fantaisie et de vérité un tantet superficielle, quoiqu'il v subsiste certains traits épars — que je voudrais pouvoir effacer — de ce jargon précieux que je hais dans l'àme!

VOLTAIRE

îsotamment — vous en souvient-il? — au chapitre de la lune, cette fastidieuse dissertation sur les beautés brunes et les beautés blondes, qui passez-moi le mot!; me semble un peu tirée par les cheveux. Oser marier ainsi Copernic à Mlle de Scudéry 1

32 CAUSEUIE SUR F0>;TENELLE

MOI.lKRE

Imputez la faute à l'atmosphère où vivait notre auteur. Vous remarquerez qu il ne se départ jamais du ton de la conversation mondaine; mais jamais, non plus, il ne perd Idecasion d v semer d'utiles maximes de conduite. Il manque d élévation, c est clair; il n atteint pas la rêverie capricieuse ni la verve cavalière du seijjneur de 13ergerac. Il ne se hausse que par accès à 1 éloquence ou à la poésie. Il n'a point d envolées su[)erbes à la Pascal, encore moins de ces élans Ivriques ... trop familiers peutêtre, si j en crois ce qu'on chuchote, à tel vulgarisateur plus récent. Mais quoi! ^'est-ce donc pas déjà beaucoup que d'avoir exécuté ce tableau net et compendieux du système du monde d'après Kepler et Galilée? — Et quelle modestie ! Lui qui nous révèle, pour parler comme les poètes, les arcanes de la voûte éthérée. tout uniment il se compare à quelque machiniste de théâtre initiant les profanes au secret maniement des ficelles d où dépendent les vols, chang^ements à vue et apothéoses d'opéra. Oui, l'ontenelle réunit en soi toutes les qualités que requiert celte explication délicate. Il ne néglige rien jiour rendre le ciel à la fois majestueux, dramatique, intéressant, pittoresque et moral. Il s'ég^aie à détailler l'univers pièce j>ar pièce, tel un mécanisme d horloge; et du même coup, en définitive, il introduil la science dans notre littérature.

CAUSEIUE SUR FO:NTEiNEL LE 33

VOLTAIKE

A merveille ! Mais pourquoi vous borner à ces seuls Entretiens? N'oubliez pas qu'il publiait, vers la même date, son Histoire des Oracles, traduction ou plutôt adaptation excellente de ce lourd fatras du Hollandais Van Dale : il sut en faire, ô surprise ! un exquis petit traité. . . Voilà la vraie méthode française, logique, irréfutable dans sa forme étincelante!... Ce livre, que Bossuet ne trouvait pas indigne de figurer dans sa bibliothèque, contient en germe toute cette polémique contre la superstition dont devait retentir notre dix-huitième siècle ; offensive terrible, quoique dissimulée sous d'innocents dehors ! — Les prêtres ne s'y trompèrent point; ainsi que je l'ai conté, les matières scabreuses auxquelles il touche lui suscitèrent de violents ennemis. Par bonheur, il leur échappa; mais on lui fit bien voir combien il est périlleux d'avoir raison dans des choses où des hommes accrédités ont tort. Il veut prouver, vous ne l'ignorez pas, qu'il est faux que les oracles aient été rendus par les Démons (nombre de théologiens, race subtile d'imposteurs, professaient alors ce dogme inepte) ; Fontenelle opine qu'il faut être misérablement aveugle pour deviner un résidu merveilleux à travers des supercheries humaines, s'il en fut. Démonstration adroite, illustrée de drolatiques anecdotes comme celle de la dent d'or qu'un petit enfant silésien avait, disait-on, dans la bouche. — Bref, Fontenelle amène le lecteur à conclure, ea

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son âme et conscience, qu'il n'existe aucun prodige opéré par les cléités infernales, voire par les puissances célestes, pour déconcerter l'ordre immuable de la nature. Volontiers nommerait-il miracle uniquement ce qui ne s'est vu qu'une fois sous la calotte des cieux...

RACiiNE, entre ses dents.

Par exemple, la chapelle dédiée par le patriarche de Ferney...

VOLTAIRE, sans paraître ai'oir entendu.

... Il est un autre point, monsieur Corneille, où je loue hautement votre neveu d'avoir heurté de front 1 usage. Oh! parbleu, je suis loin de le féliciter d'avoir rompu en visière à tous les grands ouvriers de pensée et de style qu'ont produits Athènes et Rome. Il n'est guère pardonnable d avoir fait cause commune avec un La Motte, un Perrault!... Mais j'applaudis de tout cœur à son intelligente initiative en faveur de la diffusion de la langue nationale.

<:0iîM-.]LLi;

Jusqu'à Fontenelle, effectivement, le latin fui l'organe exclusif de toute science...

VOLTAUU';

11 a émancipé, lui, l'idiome indigène^ que noire Académie, de par ses statuts, s'est proposé de rendre capable de traiter de tous les arts et de toutes les sciences. L'ère avait enfin lui, où la Science, entrée

dans le domaine désormais illimité des applications, devait s'adresser à tous en parlant la langue de tous. Or, quelle est cette langue de tous, excellemment propre à développer les théories, à répandre les découvertes insignes, à déduire les corollaires éternels? quelle était-elle alors. Messieurs, sinon la nôtre, dont les victoires de la France et les chefsd'œuvre de Fàge précédent avaient fait le dialecte catlioUque, au sens étymologique du mot? — Voilà ce que M. Fontenelle eut la hardiesse de proclamer ; sachons-lui gré de son audace! Dès lors, d'illustres étrangers donnèrent l'exemple de préférer notre langue au latin: et M. Leihniz, associé de lAca- <lémie des sciences, écrivit dans un bien beau français quelques-uns de ses ouvrages. — Je loue aussi en M. Fontenelle l'apôtre du progrès. Il eut foi dans les destinées de la science, dont certains, à l'heure actuelle, vaticinent prématurément la faillite. Moins insouciant ou moins sceptique que vous, Monsieur de La Bruyère, il augure, dans une de ses lettres : « Tout ce qui peut être pensé ne la pas été encore, etlimmense avenir nous réserve des événements que nous ne croirions pas aujourd'hui, si quelqu'un nous les prédisait. » — L'issue prouva qu il ne se leurrait en aucune façon.

LA BRLYÈRE

Bon! Tout est parfait dans la meilleure des républiques littéraires, et Fontenelle, à vos yeux, ne mérite que des compliments! Penseur, savant, écrivain, il a tous vos suffrages. Mais, encore un

coup, qui diantre nous dira ce que vaut sa philosophie... si philosophie il y a? Vous en faites bon marché, Mohère, à ce qu'il me parait.. . Vousphut-il que nous interrogions à ce sujet M. d'Alembert, qui passe à point nommé par ici, s'entretenant avec sa mère, !Mme de Tcncin?... Holà ! docte géomètre, et vous, madame, salut ! Souffrez que je vous arrête un instant. ..

VOLTAIRE

Je vous fais mes baisemains, madame!

LA BRUYÈRE

Excusez, je vous })rie, 1 incivilité de ma question à brûle-pourpoint. Vous arrivez comme de cire. Daignez nous communiquer votre impression sur le tempérament physique et moral, sur la valeur scientifique et philosophique de M. Fontenelle, au sujet de qui nous discutons.

VOLTAIRE

Vous l'avez bien connu, au Palais-Pioval ou ailleurs, du temps (ju il hantait votre maison et celles de vos amies, la iluchesse du Maine, la marquise de Lambert et Mme Geoffrin. Ainsi...

m.vdamj: de tencin

Répondez d abord, mon (ils, tandis que je rassemble mes souvenirs un peu effacés et fort dispersés. Messieurs, je suis à vous dans dix minutes. ?se trouldcz pas mon recueillement.

DALEJIBERT

La valeur philosophique de Fontenelle ! . . . Comme sil avait jamais eu. même d'une manière intermittente et décousue, un corps de doctrine à lui, des idées originales, des jugements arrêtés aboutissant à des conclusions précises ! Mais non : apprenez qu'il cultiva plus d'un svstème ! ^ 11 est permis, me répliquerez-vous, de changer d'allures et de perspective, quand on est à cheval sur deux siècles, et séculaire soi-même ! ■ Je crois peu aux transformations si radicales. — Notez qu'en sa jeunesse il se montre beaucoup plus pessimiste c'est bien ainsi, n'est-ce pas? qu'on parle aujourd'hui qu il ne le sera dans son déclin. Est-ce faute d avoir conquis assez vite le rang ambitionné, est-ce plaie d amourpropre? — La raison est plausible. Toujours est-il que de très bonne heure, aigri, vieilli, il crie à tous les échos que tout est chimère : plaisir ou vertu, science et philosophie, grandes réputations et beaux actes. Démolisseur implacable, que respecte-t-il, en fin de compte? La faculté décevante de 1 imagination, cette souveraine maîtresse d'erreur, la reine du monde, à son gré comme au dire de son devancier Pascal. Il professe alors que tout est fiction, illusion: que 1 unique ressource pour n'être point dupe, c'est de se faire dupeur, et de s'en tenir à cette consigne. Nous le vîmes ensuite adopter des doctrines, Dieu merci! moins desséchantes, s'occuper avec précaution de métaphvsique, se ranger au cartésianisme, tout en s'écar-

:i8 CAUSEIIIE Sun FOME^ELLE

tant du chef de l'école sur le problème de Torlgine des idées. A cette date, il cherche sa voie; il ne songe, turbulent disciple, qu'à jeter des germes de doute et de polémique, à pousser sa pointe en tous sens. Plus tard, il déclare plus de sincérité, dindépendance et de courage...

VOLTAIRE

Bravo !. . . De courage — oui, c'est le mot juste ; je le retiens. On accuse trop vite Fontenelle d'égoïsme et de circonspection confinant à la poltronnerie. L'on va répétant que la persécution ne lui allait pas le moins du monde, qu'il n'a rien omis pour se mettre en situation d'y échapper. C'est pour cela, prétend-on, qu'il évita les terrains glissants, répudia les sujets scabreux ou compromettants, et s'attacha désormais à nous apprivoiser avec la science austère en des livres rédigés sans enthousiasme, sans chaleur et sans profondeur, mais d'un ton dégagé, d'une fluidité gracieuse, avenante, familière. Tout texte lui serait l)on pour énoncer de fines pensées, pour établir d'ingénieux rapprochements; qu'il s'agisse de grandioses vérités ou d'iivpothèscs arbitraii'es! — Or, je vous garantis (jue CCS Insinuations portent à faux pour la [)lupart! Messieurs Racine et La Bruyère, vous blâmiez l"'ontcnellc d'être purement et simplement un bel esprit?... Non, non. Il y a, chez lui, plus et mieux que (le l'esprit, beau ou laid! Il a signé (pumtité d'opuscules, plusieurs sur des matières très rele- Tées, comme ses Fid'/nienls (['{tu imite de /a raison

CAUSEP.IE SUR FO>'TEMELLE 39

humaine. Il avait témoigné, dès avant sa trentième année, sa vaillante énergie batailleuse en faisant insérer dans le journal que dirigeait Bayle en Hollande — les Nouvelles de la I\épuhli(jue des Lettres — une prétendue Relation de tde de Bornéo : c'était une plaisante trame allégorique, satirique et transparente, sur Rome et Genève...

RACINE

Oui, je m'en souviens. Il désignait ces deux sœurs rivales sous les noms baroques de Méro et à' Enégu...

VOLTAIRE

Parfaitement! Quel joli canevas de conte... un peu lugubre, par exemple ! Méro, magicienne tvrannique, exigeait que ses s'ujets vinssent lui confesser leurs plus intimes désirs, leurs pensées de derrière la tète, et lui apporter tout leur argent. — Elle forçait les gens (quelle horreur !j à lui baiser les pieds, à adorer des os de morts, à tolérer ses plus burlesques incartades. Enfin ses sortilèges, ses fureurs soulevèrent contre elle un parti considérable, et sa sœur Énégu lui ravit la moitié de son royaume. Allégorie aisée à percer autant qu'un article de mon Dictionnaire philosophique! ^\\e fut saisie, en effet, et fit grand bruit, non seulement dans les Provinces-Unies, mais chez nous. On en connut, ou plutôt l'on en soupçonna l'auteur. On l'eût expédié, comme athée, à la Bastille f^j en ai tàté pour moins!), sil n'eût eu la présence d'esprit

40 CAUSEUIE SUR FO^'TENELLE

de détourner Forage en exaltant la Révocation par de mauvais vers. Ce n'est pas, iTiessieurs, la plus bYillante page de son histoire ; mais que celui qui n'a, de sa vie, modifié ses opinions politiques ou religieuses — surtout pour sauver sa peau — lui jette la première pierre! Moi-même...

d'alembert

Il était brave au besoin, c'est certain. Puis son savoir était réel, et très ferme son bon sens. On me jugeait plus fort géomètre que lui ; mais jamais je n'aurais eu l'art de traduire si fidèlement les découvertes des autres. C'est peut-être ce qu'il accomplit de plus remarquable avi cours de sa longue carrière académique. Ses Éloges^ sur lesquels nous reviendrons, sont des perles, des merveilles de précision, de netteté! — Les avez-vous lus, messieurs?

RACI^E

Longue carrière, en effet : les deux tiers d'une vie séculaire !. ..

CORNEILLE

Celui qu'ainieiil les dieux... et les immortels... ne meurt donc pas toujours jeune, comme dit le vieux proverbe*. ..

RACINE

... Et carrière honorable, je l'avoue à présent, de bonne foi et de bonne grâce! Il entra, vous le

savez, très jeune encore — trente-quatre ans — à l'Académie française... 11 trouvait, néanmoins, que c'était un peu tard; et, depuis, il aimait à prôner la patience... Il lui appartint près de soixante-dix années !

CORNEILLE

L'élection fut laborieuse; il essuya, vous disaisje, quatre refus. C étaient les anciens qui se vengeaient sous le masque de leurs dévots imitateurs; et ceux-ci, monsieur Racine, vous ressemblaient comme des frères !

MOLIÈRE, iinpétiteusenieiit.

Quoi! vous y revenez? C'est peu généreux. Eli! n'insistez pas, oncle irascible! Là encore, il serait bon de s'entendre. Remettons les choses au point, au lieu de condamner de confiance. — Ce prétendu détracteur acharné des anciens leur rend hommage et justice au moins lorsqu'il distingue entre les sciences et les lettres. Pour l'éloquence et la poésie, sur quoi surtout l'on conteste, /e crois, disait-il, giie les anciens en ont pu atteindre la perfection. — Qu'exigez-vous de plus?

Comment! voilà un homme qui spontanément constate que, sous le ciel de Paris ou de Londres, Calliope et Polvmnie trouvent un accueil, un milieu, un aliment moins favorables que dans les cités antiques, jeunes, libres, et sans cesse en lutte; et vous n êtes pas satisfaits! Il ajoute — et nous signerons des deux mains sa déclaration, pour peu

que nous aspirions au progrès : — Là où ils ont atteint la perfection, a contentons-nous de dire qu'ils ne peuvent être surpassés, mais ne disons pas qu'ils ne peuvent être égalés » . — Est-ce là, oui ou non, de la modération équitable? Et notez combien ces aperçus, qui ne laissent j)as que d'être absolument justes, étaient en avance sur 1 époque ! Sovons un peu cbaritables, messieurs! La morgue et loutrecuidance méritent les étrivières, mais non la fière indépendance de jugement, que le pédant ne connaît [)as. Je vous dis qu'en traversant la France par monts et par vavix avec ma troupe j'ai rencontré sur mon chemin bien de ces êtres insupportables chez qui. le vernis sitôt gratté, le cuistre reparaissait. Je les ai joués sur les planches, et j'ai fait rire à leurs dépens. Permettez-moi de vous raj)pcler mon Trissotin. aux sottes prétentions, à lame basse; mon Lvsidas, plus réservé, à la mine pincée, au maintien doctoral, portant la perruque courte et le petit rabat uni, pétri de fausse science et de vanité, qui jauge tous les ouvrages de res|)rit au nom d'Aristote et d'Horace, de par les règles; qui disserte lentement, par le menu, d'une voix sèche et posée; qui parle en termes choisis, avec vine correction étudiée.

C'est bien celui-là, mon cher La Bruyère, plutôt que INI. de Fontcnelle, le bel esprit de profession qui, -< après a\oii' toussé, relevé sa manchette, étendu la main et ou\ert les doigts, débite gravement ses pensées quintessenciées et ses raisonnemculs s(>phisti(jués. " Non, M. de Fontcnelle n'eût

CAUSERIE SUR FONTE?sELLE 45

pas dù vous servir de plastron. Vous n'avez voulu voir en lui que le taquin irrévérencieux, inconsidéré, qui picote les anciens par impuissante jalousie. Mais, du moins, je retiens de votre trop injurieux portrait une image exacte. Le pédant que vous nous présentez, votre Cydias, n'est plus un régent de collège, un docteur en bonnet, mais un bel esprit courtois, coquet, dameret, qui a ses entrées dans les meilleurs cercles et en fait les délices. Il renonce avec sagesse à copier la démarche altière, l'air important, le verbe haut de ses prédécesseurs : il ne cite plus ses textes à profusion. Il pétille, il plaît. Fi des formules scolastiques ! Foin des amplifications insipides! La géométrie se fait avenante, et la cosmographie n'a plus de secrets pour les marquises (1) !

VOLTAIRE

Vous parlez d or! Et Platon serait ravi de vous entendre, lui qui voulait qu on inscrivît au fronton de son académie : Que nul ny entre, s'il n'est géomètre!— M. de Fontenelle orna l'Académie française à double titre, comme savant et comme lettré, et ne dépara point l'Académie des sciences : il en fut le porte-parole très écouté, sinon la lumière. Et voulez-vous m'auloriser à vous exprimer ma pensée jusqu'au bout? Il me parait qu il fut expressément créé par un décret nominatif de la Providence pour incarner le personnage académique accompli.

(1) Voir le joli discours de M. Gap.riel .Tacoulset sur le Pédaiitisme 'prononcé au lycée Condorcet en 1895j.

44 CAUSEllIE SUR FON'TENELLE

Fauteur anticipé de la décentralisation intellectuelle, de combien de sociétés savantes étrangères et provinciales, sœurs ou filles de l'Académie française, n'a-t-il pas fait partie, Rome, Berlin, Nancy, Toulouse, Montpellier, Béziers! — Toutes les vertus de l'emploi, il les possède. Il sut, je le répète, réaliser le type de l'académicien parfait.

d'alembert

Oui, même en province, où c'est plus difficile. [Sou7-ires de l auditoire.) Il a rédigé, dans sa vieillesse, les statuts de l'Académie de Rouen, sa ville natale. Dans ses fréquentes relations avec les académies affiliées, il ménageait toujours le plus aimable accueil à leurs délégués ou correspondants. N'est pas aimable qui veut...

VOLTAU'.E

Et puis, il a su dignement continuer la tradition des Corneilles! Si l'amitié d'un g^rand liomme est un bienfait des dieux, le dicton n'est pas toujours exact en ce qui concerne la parenté. Nombre de talents modestes ont plutôt subi, à leur dam, la loi inverse, qui, sans le périlleux voisinage d'un ascendant glorieux, eussent monté de plusieurs crans dans l'estime de la ])ostérité.. . Ceci soit dit sans vous offenser, monsieur Racine! D'aucuns ont morigéné votre pauvre Louis, poète non médiocre, dont on nous citait tout à l'heure le touchant aveu d'insuffisance. Il est clair que. si vous vous fussiez borné à résumer 1 histoire de

CAUSEUIE SLR FONTE^ELLE 45

Port-Royal et à retracer en raccourci les g^uerres de Louis XIV, les pieuses effusions de votre fils sur la religion pâliraient moins. C est vous, père dénaturé, qui éclipsez son renom !

RACINE

Hélas ! je ne lai pourtant guère poussé dans cette voie! — Mais je complète votre idée. Le jour où j'eus l'honneur de recevoir en séance solennelle M. Thomas Corneille...

COiiNEiLLE, inlerronijxint.

Oui, lui aussi; nous sommes tous académiciens, dans la famille.

VOLTAIRE

Et je reg^rette, monsieur Corneille, de n'avoir pu trouver à votre nièce pour mari un académicien sortable. Ils étaient trop vieux!

RACINE

... Ce jour-là, donc, haranguant le récipiendaire, je rangeai parmi les mérites de son illustre frère celui d avoir été un bon académicien. A cet égard, tout au moins, nous avons le devoir d'affirmer que le neveu n'a point dégénéré de ses proches, si j'en crois vos louanges de témoin oculaire.

d'alembert

Oui, croyez- moi, 1 Institut a compté peu de membres aussi dévoués, assidus et fidèlement res-

pectiieux qu'il le fut au cours de cet exceptionnel curriculnm viiœ que Lucien, s'il eut été contemporain de son émule M. de Voltaire, aurait mis au nombre de ses exemples de longévité! A supposer qu'il n'ait pas conquis d autre titre à voler sur les lèvres des hommes, Fontenelle, après avoir, tout adolescent, récolté les couronnes académiques, demeurerait, par ses seules vertus corporatives, rAcadémicicn modèle. Mais pourquoi ne point lui reconnaître, par surcroît, une sorte d'instinct très noble qui le guidait, à son insu, et l'incitait à justifier par des arguments d'ordre moral l'utilité de la science pure, hors de tout intérêt matériel? Permettez-moi de vous citer, en ma qualité de géomètre, ce précepte de lui, que je prise fort : «Toutes les vérités deviennent plus lumineuses les unes par les autres... Il est toujours utile de penser juste, même sur des sujets inutiles. Quand les nombres et les lignes ne conduiraient absolument à rien, ce seraient toujours les seules connaissances certaines qui aient été accordées à nos lumières naturelles, et elles serviraient à donner plus sûrement à notre raison la première habitude et le premier pli du a rai. n — Oh! la fine réllexion, et digne, non d'un pédant, nuiis d'un pédago,'5iic! Ne comparez pas, bien entendu (vous le diminueriez gratuitement!), l'ontencUe à Pascal, chez qui la logique n'éteignait pas lardcur de l'âme, et dont on a [)u magnifier la r/coinctrie cnjhnumée. Chez le mondain, la conception de l'univers, scientifiquement exacte, est, moralement, inférieure à celle du

grand solitaire. Il est moins frappé — vous l'avez dit — par la majesté du cosmos que par l'industrieux concert des rouages qui les meuvent. Mais, investigateur trop terre à terre pour embrasser le ciel d'une vue originale et pénétrante, il se révèle vulgarisateur, rapporteur hors de pair; mais il a l'esprit infiniment souple et délié! Il le conserva, ce rare esprit, aussi net, aussi vigoureux dans son couchant qu'à son aurore...

LA BRUYÈRE

Peste! G est du Ivrisme, cela! Notre géomètre rend des points à Pindare!...

d'aliîmbert

Non, monsieur; j'ai dit la simple vérité. Demandez à M. de Voltaire si j'exagère.

VOLTAIRE

M. d'Alembert a raison... Plaudite! [Tous rient et applaudissent.) — Et vous pourriez ajouter : avec quelles fines nuances il a su louer ses confrères, compatriotes ou étrangers, les célébrités authentiques, les étoiles de première grandeur, comme les travailleurs moins connus ou presque obscurs, les Duhamel, les Yauban, les Cassini, les Malebranche, les Tournefort, les Newton, les Leibniz! Il incarne vraiment alors, à lui seul, cet interprète vénéré, toutes les sections de l'Académie des sciences.

48 CAU8EUIE SU II FO^"TENELLE

d'alembert

N oubliez point, par parenthèse, que la réorganisation on le renouvellement de cette docte compagnie dans la dernière année du dix-septième siècle est une date d aussi grave conséquence, on peu s'en faut, pour 1 histoire de Tesprit français, que celle de la fondation même de l'Académie française, soixante-quatre ans plus tôt ; ... et non moins significative! Or, M. Fontcnellc fut un fort remarquable secrétaire perpétuel ; et, bien vite, il devint, d'autorité, l'incomparable nouvelliste de laScience. Les notices qu il consacre à ses confrères, et surtout sa préface pour le recueil des Mémoires de ce corps savant, sont des monuments classiques de la littérature scientifique. On ne lit plus guère que cela de M. Fontenelle, et Ion a tort; mais, assurément, ce sont des chefs-d'œuvre en leur genre. Je crains de vous fatiguer en y insistant...

COHNEILLE, M0LU;RE Ct VOLTAIRE

Non, non ; parlez!

d'alembert

Hé bien! ne considérons, si vous le voulez, que la préface. Fontenelle y fixe le but j)ralique des connaissances exactes. Son style se fait alors j)lus soutenu, plus sévère que dans les Entretiens sur la Pluralité des inondes. Le bel esprit v point encore de loin en loin, y montre, si j'ose dire, le bout de l'oroillc, mais sans nid (b)uuiia;;e pour le fond; il

est simplement la parure, la coquetterie du bon sens qui rougit de s'étaler. Que d'assertions profondes sous leur forme coulante! On dirait d'une belle nappe d eau souterraine que trahit à peine une mince fontaine cristalline. — J'ai retenu ce passage, qui touche de près mes travaux habituels : (i On traite volontiers d'inutile ce qu'on ne sait point; c'est une espèce de vengeance; et comme les mathématiques et la physique sont assez généralement inconnues, elles passent assez généralement pour inutiles. La source de leur malheur est manifeste; elles sont épineuses, sauvages, et d'un accès difficile... »

VOLTAIRE

Très juste! On ne saurait plus finement s'exprimer.. .

MADAME DE TENCIX, à dWlemhert.

Mon fils, laissez-moi maintenant placer un mot, s'il vous plait. Rendez-moi cette justice, messieurs, que, pour une femme de lettres, je ne suis guère bavarde : je n ai pas encore ouvert la bouche. Et cependant, j'ai beaucoup pratiqué M. de Fontenelle. Très répandu dans le monde, il fréquentait les réunions de Mmes Deshoulières, Geoffrin, de Staal et de Lambert, et volontiers aussi les miennes. Il fut, avec Montesquieu... le grave Montesquieu... l'un des principaux causeurs de mon salon... de ma ménagerie, comme je disais, du temps que j'aimais à rire...

VOLTAIRE

Belle dame, je vous ai toujours connue aimant à rire : sur ce point, vous n'avez jamais varié.

MADAME DE TENCIN

Taisez-vous, impertinent! (Aux atiires, (jtii chuchotent eu ricanant sous cape.) Silence donc, messieurs! C'est mon tour!... (/?é'/^re//c/??/.) Oui, j'étais liée, très liée, avec M. de Fontenelle. De bonne heure, nous fûmes charmés l'un de l'autre. Il m'a même donné de son hommage une preuve convaincante, et bien divertissante, que je n'ai garde d'oublier. J'étais chanoinesse — sans vocation — au chapitre de Neuville, près de Lyon, quand, séduit par ce qu'on voulait bien m'accorder alors d'esprit et de beauté (il y a si longtemps! je puis parler ici de moi sans feinte himnilité, comme de iTimporle quelle autre!), il sollicita, puis obtint de la cour de Rome un rescrit me dégageant de toute attache religieuse. De vous à moi, je me suis laissé dire que lui-même porta 1 habit de feuillant jusqu'à sept ans : il le jeta lestement aux orties dès que lui vint l'âge de raison. Il croyait sincèrement que la vie est bonne hors du cloitre; il la tenait pour un don incsliuiablc. . .

JlAniNE

La vie est toujours bonne pour les impassibles et pour les gens bien j)ortants!

CAUSERIE SUR FOISTE?sELEE 51

VOLTAIRE

Il en était! Il vérifia, de parti pris, le Nil odmirari d'Horace; et, sauf un peu de goutte, un peu de surdité, il ne souffrit guère. Il n'est mort que de l'incapacité de vivre davantage. La Mort semblait l'avoir perdu de vue. — " Chut! » murmurait-il quand, devant lui, l'on faisait allusion au terme inéluctable...

MADAME DE TEXCIN

Et pourquoi l'aurait-il appelée de ses vœux, comme le bûcheron de La Fontaine? Universellement respecté, magnifiquement logé, très à son aise, sans souci ni gène d'aucune sorte, il eût été, ma foi, bien hargneux s'il se fût plaint du sort!

RACINE

Allons ! il faut lui rendre les armes. Les anciens n'éprouvaient-ils pas une sorte de frisson religieux au spectacle d'une vie uniformément heureuse ?

MADAME DE TENGIN

Quelle rare égalité d'humeur il possédait! Jamais, à la lettre, je ne l'ai vu ni rire, ni pleurer, ni se fâcher. C'était un homme doux, bon et fin, extrêmement spirituel l'à-propos de ses reparties est resté légendaire), très poli, très commode, et qui ne cherchait nullement, comme l'insinue M. de La Bruyère, à toujours éblouir la galerie. Il n'avait

52 CAUSERIE SUR FO^sTENELLE

pas la dent dure, avec cela. Il fut indulg^cnt même à Dubois, c'est tout dire!...

VOLTAIRI:;, à La Bruyère.

Diseur de bous mots n'a donc pas toujours mauvais caractère !

MADAME DE TENCIN

Son tour d'esprit était charmant; sa conversation élégante, ornée, assaisonnée d'un grain de malice sans aigreur. N'étant ni apôtre, ni tribun, ni conférencier, il fuvait d instinct tout tapage de mauvais ton, et devisait à petit bruit. Il n'était rien moins que l'homme d'un groupe, d'une coterie; son intelligence avisée s'ouvrait largement accueillante aux idées comme aux individus. Bienfaisant, libéral sans emphase, s'il n'offrait pas, il ne refusait jamais : Mme Geoffrin disposait de sa bourse en faveur des pauvres...

Vous vantiez tout à 1 heure ses Elor/cs; et vous fûtes, vous aussi, mon fils, expert en la matière. C'est précisément sur ce domaine qu il m'étonne, je l'avoue, au plus haut degré. C'est un l'rotée, messieurs, que cet orateur sédentaire! Quel talent multiple de faire sienne la pensée d'autrui ! Quelle souplesse, quel prodigieux don d'assimilation! Quelle admirable finesse d analyse, ennemie du l'antastique, du vague et du merveilleux! Capable d aborder toutensemble, indifféremment, sciences, belles-lettres et beaux-arts, lour à tour il se transforme en physicien ou chimiste, eu botaniste,

médecin, chirurgien, mécanicien, ingénieur, philosophe, géographe, hydrographe, législateur, ... voire en homme d'État, que sais-je? selon le métier propre du savant dont il prononce l'équitable et vivant panégyrique. Oue n'est-il pas, quand îl lui plait, dans ses procès-verbaux du progrés, ce vulgarisateur hors ligne? Où le classer? Vous concevez qu'il est difficile d'apprécier au pied levé ces aptitudes si diverses, cette aimable influence exercée durant quinze lustres... Car il avait fait un fameux bail avec la vie ; et — vous l'avez observé — par une telle abondance d'années, qui est encore une force, il aurait bien mérité, si ce moderne eût vécu quinze siècles plus tôt, d'enrichir la liste de vieillards récalcitrants dressée par le frondeur de Samosate, par Lucien, le seul des anciens, sans doute, à qui il eut été fier qu'on le comparât!

VOLTAIRE

Oui, je partage votre avis, madame. Il ne se prévalait pourtant, je suppose, d'aucune compétence spéciale, n'ayant rien creusé par profession. Nous serions, du moins, tentés de le croire. — Mais, n'importe! son recueil est là pour nous donner le plus éclatant démenti. C'est qu'à force de goût et de savoir-faire, plus encore que de savoir, il effleure en maitre chaque sujet d'études. Peu versé dans le calcul et la géométrie, il en avait, néanmoins, appris assez dans les livres pour en traiter avec pertinence et y plonger sans s'y noyer. Il n'avait étudié l'astronomie que dans le

cours, assidûment suivi par Bossuet, que Duverney fit pour le Dauphin. Il n'entreprit, de sa vie, aucun voyage savant, pas même une course de botaniste; mais il puisa dans toutes les sciences naturelles de justes notions élémentaires, qu'il rendit avec limpidité.

d'alembert

Oui. Et il en va de même pour tout le reste. Ou'il expose les phases d'une délicate intervention chirurgicale ; qu'il décrive une expérience de laboratoire, une découverte inédite opérée sur la terre ou dans les cieux; qu'il disserte de l'art des fortifications ou des constructions navales, de la mission d un lieutenant général de police ou du rôle de chef d'un puissant empire ; qu il s'adonne à la recherche des lieux géométriques ou (|u il pose ce problème des infiniment petits qu'il était réservé à un plus vaste génie de résoudre; qu'il explore les sphères transcendantes de la métaphysique, — où, toutefois, il reste loin derrière Descartes et Pascal, — toujours et partout il procède avec même clarté, même aisance, même agrément. Il excelle à plaire eu instruisant... et il le sait!

IIADAMK DE TENCIN

11 eut raison de se soucier de son public! M. de Voltaire 1 attestait, il y a un instant : Fontenelle s'entend à miracle à faire jaillir de la lumière et des grâces sur les doctrines abstraites et abstruses. Ces sciences, si distantes ou si dédaignées par la

CAUSERIE Sni E0>'TE>;ELLE 55

faute des maladroits. . . ou des sphvnx..., il a, lui, le privilège de les rendre accessibles, respectables au premier chef : ce n est pas la marque d'une àme frivole! Il en fait goûter le charme; il en démontre le profit avec une estime, une sympathie sans bornes. Cette très intelligente, sinon enthousiaste, curiosité demeure, tout pesé, le trait distinctif de sa complexion. Original, non, il ne le fut puère, la plume à la main. Il est le plus dénué que je sache de toute énergie créatrice, de toute chaleur poétique, de toute vigueur psychologique (vous y avez insisté justement.. . un peu trop, peut-être . Mais, par contre, qui nierait qu'il ne soit doué d un cerveau supérieurement alerte, et, en outre, d'une langue vive, animée; ce qui, de son temps surtout, ne gâtait rien? — Je gage qu'il en eût remontré, sous ce rapport, à la plupart de ceux qui l'attaquent! Ses bons mots, ses répliques imprévues défraieraient des almanachs entiers. Ces miettes de son esprit, on les a ramassées, publiées, au profit des lourdauds. Sa verve était proprement intarissable! Tenez, je crois encore l'entendre...

LA BRUYÈRE

Ah! madame, comme vous voilà exaltée à l'endroit de votre visiteur favori! Mais daignez nous parler un peu plus de V homme.. . Vous qui vous v connaissiez, dit- on, en matière de sentiment, n'avez-vous pas, certain jour, hasardé qu'il n'avait que de la cervelle là où loge le cœur chez le commun des humains?

56 CAUSERIE SUll FONTE^sELLE

MADAME DE TENCIN, vidtlt.

Hein? Que signifie?... Baste ! simple boutade, messieurs, prise à tort pour parole d'Évangile! Et après?... Ne peut-on plaisanter? Malherbe comparait-il, tout de bon, les poètes à des joueurs de quilles? — Du cœur, mais il en avait, autant et plus que bien d'autres! jN allez-vous pas, maintenant, ajouter foi aussi à Tliistoire des asperges accommodées toutes à l'huile? — Je vais, d'ailleurs, chanter la palinodie, si cela vous amuse! Non, non; je persiste à ne point voir dans Fontenelle un célibataire personnel et glacé, pas plus que dans La Fontaine un distrait et un paresseux! C'était un être délicieux... à condition de ne lui demander ni sacrifices, ni abnégation. Il ne prodiguait pas, c'est vrai, sa peine au service d'autrui...

LA liRUVÈRE

C'est à ce prix, sans doute, hélas! qu'un homme meurt complètement heureux après avoir joui, sans traverses et sans embarras, de la plénitude des avantages de la vie sociale !

MADAME DE TENCIN

... Qu'il ait, de bonne heure, toisé le milieu, fort peu naïf et bienveillant, où il devait fixer son séjour; qu'il se soit arrangé pour y mener l'existence la plus confortable ; que la clause première de ce programme de parfaite quiétude lui ait paru rindiffércncc relative aux personnes, sinon aux

idées, soit! je le veux, c est admissible! Mais de là à conclure qu'il était fermé à tout élan affectueux et tendre, il y a de la marge... ou un abime, si vous préférez ! Il eut, quoi qu'on dise, de chauds amis, des compagnons intimes, auxquels il resta fidèle jusqu'au dernier souflle : le chimérique abbé de Saint-Pierre — son antipode, en quelque sorte — Varignon, Vertot, et ce Brunel dont la fin Ta sincèrement affecté. . .

VOLTAIRE

Seul, il s insurgea contre la mesure (jui chassait de l'Académie Tinoffensif de Saint-Pierre...

MADAMl:; Di; TENCIN

Expansif, non pas, mais un être sans entrailles, lui? — Oh! ici, je proteste. C'est pour rire qu'il prétendait avoir relégué depuis quatre-vingts ans le sentiment dans l'églogue. Ce serait triste, car vous savez combien ses pièces champêtres sont peu sentimentales. Il songeait peut-être à l'amour, qui ne l'avait jamais beaucoup tenté, ce sage !... mais sûrement pas à l'amitié.

VOLTAIRE

Je puis certifier, de mon côté, qu'il était parfaitement sociable. Il aimait le monde et ne s'en cachait pas; mais, comme Saint-Évremond jadis, il l'aimait pour causer, non pour fumer, jouer ou boire. Je me rappelle sa comique fureur contre la hasseiie; ce vilain jeu de cartes, introduit en France

58 CAUSEIUE SLR FONTENELLE

par lambassadeur de Venise, florissait encore dans toute sa nouveauté et faisait fureur quand il lui reprochait, dans les Lettres du chevalier d' lier ... , de nuire à la galanterie. « Cette maudite bassette, écrivait-il avec la pointe de malice espiègle qui lui seyait comme vuie seconde nature, est venue pour dépeupler lempire d amour » (savourez l'hyperbole!), u et c'est le plus grand fléau que la colère du Ciel pût envoyer. On peut appeler ce jeu-là l'art de vieillir en peu de temps. " — Il entendait, certes, ne pas vieillir ainsi!

d'alembert

Je n'en disconviens pas; le bon Fontenelle fut un homme de cœur, s'il dissimulait parfois son jeu. 11 faillit même, dans l'extrême vieillesse, s'achopper à la sensibilité, cette maladie du siècle : témoin l'allocution émue, l'homélie tout empreinte de cordialité, que je me souviens de l'avoir ouï débiter, âgé de quatre-vingt-cinq ans, à ses confrères de l'Académie des sciences (j'étais tout jeune alors, messieurs, vingt-quatre ans, et je venais d'être élu). " Il m'est permis, leur disait-il en substance, d'avoir pour vous une sorte d'amour paternel, pareil cependant à celui d'un père qui se verrait des enfants fort élevés au-dessus de lui, et qui n'aurait guère d'autre gloire que celle qu'il tirerait d'eux. » — J'ajoute qu'il a constamment fait honneur aux lettres par la dignité de sa conduite; et Dieu sait si la dignité court les rues!

CAUSERIE SLR FONTENELLE 59

VOLTAIRE

Il n était assurément pas le mondain blasé, l'épicurien que 1 on dit. Ami de Montesquieu, il fut encore le meilleur éducateur et conseiller de notre génération d'Encyclopédistes...

MADAME DE TENCIN

Bref, cet homme était, à tous égards, charmant, et tel que lui-même nous peint Newton : « simple, affable, toujours de niveau avec tout le monde. » Sa mort même fut harmonieuse et sereine. — Vous rappelez-vous l'étrange séduction de sa physionomie?

RACINE

Certes, elle n'engendrait pas la mélancolie! Je me suis toujours 6guré qu'il pensait à Despréaux ou à moi quand il disait la Haute Poésie habitée par des gens graves et refrognés...

MADAME DE TENCIN, riant.

Je ne sais si le compliment allait à votre adresse, et je souhaite que non! Mais j'affirme bien que ses traits étaient tout le contraire de ce que vous dites. Regardez le beau tableau de La Tour, gravé par P. Dupin, ou le portrait d'H. Rigaud : ils vous montreront, sous la coiffure solennelle du temps, un visage très avenant, à la fois sérieux et spirituel avec bonhomie, rond, ouvert et calme; œil vif, menton volontaire. Ce n'est point du tout le

60 CAUSERIE SUH FONTENELLE

damoiseau que ses ennemis nous dépeig^ncnt! Cette parlante image reflète son talent. Et son style même en porte le cachet, à ne l'examiner que comme écrivain. Il est, sans contredit, peu d'hommes à qui la forme ait coûté moins de labeur. Le loisir de se corriger ne lui fit aucunement défaut, puisqu'il vécut cent ans avec toutes ses facultés intactes! Il attendait l'inspiration, méditait son sujet à tête reposée...

d'alembert

Par exemple, une fols qu il tenait la plume, il la tenait longtemps! Je l'ai vu à sa table de travail. Il n'écrivait qu'un brouillon, et il raturait peu; sa production restait de premier jet, venait de prime saut.

VOLTAIRE

Ce compilateur de Trublct, qui se mêla d écrire sur lui des Mémoires et d'éplucher ses livres, y put bien rencontrer quelques négligences, mais nulle de celles qui rendent une phrase louche, équivoque, empêtrée. Rien non plus de léché, ni de compassé. M. Fontcnelle n'aligne pas ses périodes au cordeau ; mais il ne manque presque jamais le terme juste. Point de mouvement outré. Le style, chez lui, c'est réellement 1 homme lui-même, rassis, paisible; celui qui, disputant de la félicité, la fait résider toute dans l'absence d'agitation et, pour tout exprimer d'un mot, en une espèce cVataiaxie mondaine très gracieuse et de fort bon aloi.

MADAME DE TENCIN

Messieurs, vous m'avez demandé mon avis; je vous le donne pour ce qu'il vaut. Mais, sous Louis XIV et Louis XV, il manquait le recul indispensable pour apprécier M. Fontenelle en toute impartialité; de là, voyez-vous, les préventions des uns, la prédilection des autres. Il faudrait s informer si le dix-neuvième siècle a ruiné ou confirmé nos opinions respectives sur son compte. Si l'on interrogeait?... Ah! parbleu! Tenez, voici justement INL Sainte-Beuve qui nous arrive fort à propos, lui, l'autorisé critique, pour trancher le litige et nous départager. Il est là-bas, flânant en quête d'un sujet de Causerie, c'est probable; il va nous improviser un Lundi posthume, un feuilleton parlé. N'ayant pas en personne connu M. Fontenelle, il n'en sera que plus libre... Bonjour, monsieur Sainte-Beuve. Que j'ai de joie à vous voir! Venez çà, je vous prie. — Vous m'avez entendue; ne refusez pas de nous répondre sans ambages.

Qu'est-ce que vous pensez de M. Fontenelle?

SAINTE-BEUVE, s' approcltoiil et saluant.

Oh! beaucoup de bien, madame; du prosateur, s'entend, car je ne regrette guère en lui le poète mort jeune. Je n'irai certes pas faire chorus avec les envieux qui taxèrent d'égoïsme ce fin et froid Normand pour avoir soigneusement gardé son cœur et son corps à l'abri de toute émotion; et

€2 CAUSEUIE SUR T OINTEN ET.LE

cela, parce qu'il n'avait pas la rage de se dévouer pour autrui, et que son train si tranquille les choquait à l'égal d'un affront direct. C était, pourtant, son droit imprescriptible ! Sous ce rapport, au surplus, était-il une exception en son siècle? — Nenni; dans l'un et dans l'autre sexe, il eut bien des émules! Je l'ai, quelque part, mis brièvement en parallèle avec votre amie Mme Geoffrin, qu'il institua son exécutrice testamentaire, et qui, moralement, lui ressemblait comme une sœur, mais une sœur plus vive, plus sensible, plus affectueuse, comme il convient à une femme. Elle m'apparaît, toutefois, par son lourdcsprit lovai, probe et pondéré, par ses procédés d'influence aussi, comme un vrai Fontencllc enjupon, avec une ])icnfaisance plus active, plus efticacc, si vous voulez, mais avec la même prudence et le même art de composer son bonheur. Elle avait, elle aussi, 1 épigrnmme familière et l'ironie sans amertume. Elle aussi aspirait avant tout au repos ou ne marchait qu'en terrain plat. Toute ardeur autour d'elle l'inquiélait, lui semblait déplacée. A ses yeux, la raison passionnée a^ait tort...

MADAMK l)K TENCIN

Bon! vous cherchez une écbit|>pat()iro, uuju cher monsieur ! Je vous parle Foutcuelle, et \ ous me répondez Geoffrin! — Jai bien connu cette dame, fjui fut à peu près ma conteinj>oraine. C'était une bourgeoise belle et sj)irilnelle, j enlombc d'accord, aimant le monde sans emj)orleineut ni vanité.

amie des philosophes, notamment de mon fils d'Alembert. ..

d'alembert, vivemenl.

En tout bien, tout honneur, je vous prie de le croire !

MADAME DE TENCIIV

Nous vous croyons: calmez-vous... Je ne Tai jamais vue à la cour elle n'y était pas admise), ni chez M. le cardinal Dubois, auprès de qui je jouissais d'un assez bon crédit, vous le savez, et avec qui M. Fontenelle eut certains démêlés...

VOLTAIRE

Gomme avec le P. Le Tellier! Les gens d'Égalisé ne purent, naturellement, souffrir les théories entachées d'un scepticisme si discret, pourtant, et si peu agressif, que M. Fontenelle portait en toutes choses, sauf dans la science. Ils ne lui pardonneront jamais de Aouloir établir, en réalité, tout en feignant de déclarer la guerre aux seuls démons, qu'il n'y a point de certitude historique, et que le merveilleux chrétien ne résiste pas à l'analyse!

MADAME DE TENTIN

Trêve de polémiques, voyons! et laissez parler M. Sainte-Beuve ! — Fontenelle ne fut pas toujours votre idole, monsieur. Vous n avez pas goûté, en particulier, sa conception de la pastorale de salon; et, si j'ai bonne mémoire, vous définissez ses

64 CAUSERIE SUll FONTENELLE

Lettres diverses du chevalier d'Her... le modèle du précieux le plus consommé et leplus rance. Cependant, vous et vos disciples, vous expliquez volontiers l'écrivain par \ homme, et celui-ci par son siècle, où il est expédient de le replacer tout d'abord. A ce compte, soyez franc, Fontenelle n'est pas responsable des travers de son entourage, qu'il n'a fait que répercuter! — Mais, gare aux digressions, limitons-nous ; j'insiste pour avoir votre o[)inion, nette, éclairée, sur ces Elor/es des académiciens morts de J600 il 1142 dont on faisait tant de cas tout à riieure. Les tenez-vous, à l'instar de Villemain, votre rival en érudition et en renommée, pour un monument immortel? Trouvez-vous, comme lui, que Fontenelle ait fait pour les savants ce que Plutarque fit pour les soldats et les politiques de l'antiquité, les burinant en traits ineffaçables, les montrant au grand public selon leur génie familier, dans la simplicité quotidienne de leur vie privée, devenus plus faciles à comprendre, à aimer, grâce à cette substantielle éloquence sans apparat que prônait Bossuet, et qui loue par les seuls faits? Enfin, quel est votre sentiment sur cette royauté littéraire dont Fontenelle fut investi sans conteste, avant M. de Voltaire?

SAINTE-P.KUVi:

Mon Dieu, madame, M. d Alcmbcrt, si bien informé, et (jui s'est tant distingué lui-même dans ce genre très redoutable, jileiu de chausse-trapes, du discours académi(jue, serait sans doute mieux

placé que moi pour vous renseigner. Vous pourriez également consulter avec fruit Condorcet, Cuvier, Flourens. Delambrc, Fourier, Arago, qui se tirèrent (le leur tâche avec plus de précision que Fontenelle, exposant à fond les titres, au lieu de se borner à marquer d un mot les sujets de science pour s'étendre à loisir sur des traits de caractère et de mœurs... Mais, d abord, je sais un gré immense à un membre de lAcadémie des inscriptions assez courageux pour écrire le premier en français, à la différence de ses prédécesseurs qui — vous ne l'ignorez pas — se fussent pendus plutôt que de rédiger leurs notices autrement que dans l'idiome de Sénèque et de Pline l'Ancien. Fontanelle, lui, traduit aux étrangers, en son style national — stvle ferme, lumineux — les découvertes de son pavs. Par là, il agit, à sa manière, en bon patriote. . .

d'alembert

Très exact! Vous nous répétez là les propos mêmes de M. de Voltaire, monsieur. Pour moi, je n'ai jamais pu, fût-ce en m'aj)pliquant. acquérir un stvle pareil. On disait, là-haut, le mien passablement lourd et disgracieux, dépourvu de chaleur et d'éclat; les méchantes langues m'attribuaient un esprit sec, dur et borné! Je n'avais point, hélas! son prestige, son art de plaire, de gagner tous les suffrages, de régner sur les cœurs des femmes, tout en restant maitre du sien!...

MADAMK DK TKNCLX

Chut! Consolez-vous donc, à présent, de vos disgrâces terrestres, et surtout n'interrompez plus!

— Monsieur Sainte-Beuve, veuillez poursuivre.

SAlNTF-liEUVE

... lié bien! oui, son style me ravit, quoique l'ontcnelle n'ait été artiste ni peu ni prou. C'est un style l)ien à lui, mais qui rappelle un peu, je trouve, tantôt celui de Mlle de Scudéry, tantôt celui de Montesquieu, — qui Ta, d'ailleurs, imité,

— tantôt même, si 1 on veut, celui de Gtrthe; car, malgré ses relations avec des Anglais, comme lord Cliesterfield, par exemple, Fontenelle no doit absolument rien à l'Angleterre, et tout le dix-huitième siècle français est en germe <h'jà chez lui. l'ontenelle, n(Mi doutez pas, est, quant au fond des idées, un homme de transition; disons mieux, un précurseur clairvovant. Il possédait éminemment cette qualité, (pi'd prise chez Vaid)an : ■> un sens droiC étendu, (pii s'altachait au \rai par une espèce de sympatlïle. " Personne, prenez-y gai'de, n a été si souvent (pic lui, ni si aiinablemeiiL l'introducleur des lililes vérités. Il n hésite |)as à ous lir ses deux mains <piand elles eu sont |)leiues. .S'il a dit le contraire, il se calouiuiaii . Il scMuble inshl uer son propre éloge lors(ju(>, dans celui de l>uliauiel, il parle de raisonueiueiils j)hilosoj)hi(|ues (pii ont dépouille leur sécheresse naluiclle. ou du uioius ordiuaire. eu passaulau Iraxcrs d Hue ima^'jiualion

fleurie, et qui, toutefois, n"v ont pris que la close d'apurement qui leur sied. Affaire de juste mesure, là comme en tout le reste !

Par contre, je ne l'excuse pas plus que MM. Racine et Boileau d avoir médit témérairement de nos vénérables anciens. (Il était trop fier d être un moderne ; il en devientprétentieux !) Ses jugements, si légers! sur eux sont négligeables, et prouvent uniquement que son éducation classique ne lui a\ ait pas laissé de trop bons souvenirs. Il voudrait supprimer Homère. Il baptise Eschvle : une espèce de fou. . .

MADAME DE TExr.iN, nieiKiçaiit (lu doigt Vol/aii-e.

Monsieur Voltaire, ^■ous n'avez guère mieux traité Pindare ! . . .

SAINTK-ISEUVE

... Il flagelle Euripide, lequel, à son avis, ne connaît point du tout Vitiirigue. Il malmène un peu moins Aristophane, qu 11 consent à déclarer plaisant; mais il rudoie Tbéocrite. Et quel invraisemblable langage il prête à Socrate, qu'il choisit pour son truchement! Écoutez : a Ce qui fait, d'ordinaire, qu'on est si prévenu pour l'antiquité, c est qu'on a du chagrin contre son siècle; et 1 antiquité en profite. On met les anciens bien haut pour abaisser ses contemporains. » — C'est peut-être en partie, j'imagine, par ce dédain catégorique des ancêtres littéraires que Fontenelle agrée encore aux hommes d aujourd liui, qui, à de rares excep-

tions près, fout de plus eu plus profession d'ignorer, même à l'école, les langues et les littératures antiques, sous prétexte de mieux posséder les leurs : en quoi j'estime qu'ils font fausse route! Je vous livre 1 hypothèse pour ce (ju elle vaut.

Fonteucllc flatte aussi d'autres instincts, bien modernes, ceux-là, et non des plus généreux! T. a vogue est, au temps présent, plus au pourchas de la richesse qu'au désintéressement absolu. Le siècle est, m assure-t-on, devenu pratique en dial)le. L'argent impose. Je ne m'en formalise pas outre mesure : je n'v étais pas insensible. Hugo non plus. ]N'empéche qu'il me fâche de voir Fontenelle si âpre aux sujiputations fiuancières, si scrupuleux à calculer la fortune liquitle en biens meubles léguée par Newton et Leibuiz.

Autre rapproclieuicnt. Les critiques ne pèchent guère, en général, par excès de sensibilité; et pourtant, couslalait Vauvcnargucs. il faut avoir de ràinc pour a\()ir du goût. Si l'outenelle, avec tout 1 esprit (lu monde, a manqué parfois de goût, malgré sa finesse et sa grâce taut fêtées, c'est que, trop souvent, je le crains, 1 àmc est absente ou muette eu lui.

VOLTAHii:

Ou le rappelait tout à 1 heure : il ne riail jamais, an témoignage de Mme Geoffrin; à peine sonliail-il. Il n a j)as connu davantage les larmes ni la colère. Inca|)able d'enthousiasme, nul aignillon ne Icxcitait. Tue reu\re d art, statue, [)oéme ou tableau, le laissait fiold. ..

S.UNTE-BEUVE

Hé bien! en dépit de cette froideur tout au moins apparente, il croyait à la vertu. Au duc d'Orléans, qui niait devant lui qu'il v eût des honnêtes gens : >' Il y en a. monseigneur, répliqua-t-il : seulement... ils ne viennent pas vous trouver! »

CORNEILLE

Fiére réponse, et qui ncst })oint d'un sceptique ! Je vous remercie, monsieur, de nous la citer.

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