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CE QU'ON VOIT

CHEZ MADAME TUSSÀUD

Dernièrement, j'avais quelques amis à dîner, — uû phrénologue américain, un médecin hongrois, un réfugié italien, — et, parmi eux, un négociant germanoanglo-indien fort aventureux, fort aimable, fort millionnaire; ce qui, chez lui, qualité étrange, au lieu de gâter la chose, l'embellit.

Il se nomme M. Young, marquis de Badaour.

C'est le nabab pur sang.

Au dessert, il leva son verre.

— Messieurs, dit-il, un toast!

On connaît la solennité de pareilles paroles sortant de la bouche d'un Allemand ou d'un Anglais.

Or, quand l'Allemand est Anglais, ou l'Anglais Allemand, ces paroles sont doublement solennelles.

On fit silence.

— A ceux, dit M. Young, qui viendront avec moi, mercredi prochain, aux courses d'Epsom.

— Bon ! dit une voix, pour aller aux courses d'Epsom, il eût fallu s'y prendre il y a un mois. Vous ne trouverez plus une chambre à louer dans les hôtels, plus une voiture à louer dans les écuries.

— Aussi, répliqua M. Young, il y a un mois que je me suis précautionné. J'ai retenu deux étages de London-CofiPee-House, et un de mes amis a dû louer une calèche où nous tiendrons facilement douze. Je puis donc offrir à chacun de ceux qui me feront raison de mon toast une place dans ma calèche, une chr mbre dans mes deux étages; pour tout le reste, et les couises d'Epsom passées, chacun sera libre comme l'air.

Mon fils et moi fîmes raison au toast.

C'était pour moi une occasion de voir, non-seulement les courses d'Epsom, mais encore l'exposition de Manchester ; c'était pour mon fils celle de voir les courses

d'Epsom, l'exposition de Manchester, et, par-dessus le marché. l'Angleterre, qu'il ne connaissait pas.

— Où est le rendez-vous? demandai-je.

— Lundi soir, à sept heures et demie, dans la coût du chemin de fer du Nord.

Il ne fut pas dit autre chose.

On vida son verre là-dessus ; l'engagement était bien autrement sacré que s'il eût été passé devant notaire.

Le lundi, à sept heures et demie du soir, nous étions, Alexandre, M. Young et moi, dans la cour du chemin de fer; à huit heures moins un quart, nous montions en wagon; à trois heures du matin, nous arrivions à Calais ; à trois heures et demie, le paquebot s'éveillait, toussait, se mettait à nager, et, deux heures après, à travers la limpide transparence de l'atmosphère matinale, nous abordions à Douvres sans avoir perdu de vue les côtes de France.

Le premier convoi du chemin de fer venait de partir : nous avions une heure à dépenser en attendant le second.

Il n'y a pas grand'chose à voir, à Douvres, à six heures du matin.

— Bon! me direz-vous, il y a la mer, et l'on ne se

lasse pas de voir la mer !

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