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MONUMENTS D'ART

Arcs de triomphe. — Colonnes. — Statues. — Conditions de lieux, proportions et costumes des figures à reproduire. — Pauvreté de Paris en fait de monuments purement commémoratifs.

Les monuments à'art pur sont presque partout en petit nombre. Généralement, en effet, les villes ou les États qui élèvent à grands frais des monuments publics cherchent à leur donner quelque application utile, quitte à faire ensuite à l'art une part très-large dans leur décoration. C'est ce qui arrive, par exemple, pour les palais, les théâtres, les fontaines, voire même quelquefois pour les casernes et les gares de chemins de fer.

De tous les monuments publics, les seuls donc auxquels on ne puisse attribuer aucune utilité pratique^ sont les arcs de triomphe, les colonnes et les statues élevées à la mémoire des souverains ou des grands hommes.

Autrefois même, les arcs de triomphe étaient le plus souvent des portes de ville. Mais il n'en est plus ainsi aujourd'hui. La porte Saint- Denis et la porte Saint-Martin, primitivement érigées à l'alignement des vieux remparts de Paris, ne sont désormais que de nobles ornements pour les boulevards intérieurs, et les fiacres, les omnibus passent aujourd'hui sous leur arc triomphal sans songer, j'en ai bien peur, à la gloire ni même à l'orgueil du grand roi.

Paris possédait deux autres monuments du même genre, quoique moins beaux, la porte Saint-Bernard et la porte Saint-Antoine, qui ont disparu depuis longtemps. Mais, par contre, le commencement de ce siècle a vu s'élever deux arcs de triomphe, dont l'un passe à bon droit pour être sans égal dans le monde : sans égal par la position qu'il occupe ; — sans

égal par ses dimensions; — sans égal surtout par l'interminable liste de victoires et de héros que la baïonnette de nos soldats s'est chargée d'y inscrire.

Ce pauvre arc de triomphe! — on vient vraiment de lui jouer un bien mauvais tour en rasant tous les grands arbres qui décoraient sa base, en déchaussant tous ses abords pour y élever en contre-bas une série d'hôtels que nous ne verrons peut-être jamais finir. Mais que dire surtout de la bizarre fantaisie qu'on a eue de briser l'axe de cette incomparable avenue de deux lieues de long qui relie Courbevoie au Louvre? ~ de faire dévier maladroitement à gauche l'avenue de l'Impératrice, qu'on eût pu tout aussi bien établir dans la direction de Neuilly?

Beau résultat! L'arc de triomphe se trouve aujourd'hui sur le côté de la voie d'honneur, et se présente par un de ses angles aux regards de l'arrivant.

Qui sait? Peut-être, un de ces jours, aurat~on l'ingénieuse idée de le faire pivoter sur lui-même pour obvier à cet inconvénient.

En attendant j et malgré tous les prétendus embellissements en voie d'exécution, l'arc de l'Étoile est encore une des gloires monumentales les plus incontestables dé Paris.

A peine ose-t-on parler ensuite de l'arc de triomphe du Carrousel. Celui-là est si petit, que trois factionnaires et deux sergents de ville sont toujours à rôder à l'entour, probablement de peur qu'on ne le vole. On Ta trop déprécié cependant; il n'est pas sans mérite. Une fois sa taille admise, les proportions en sont justes, les formes assez élégantes, et il y a de bons détails dans la sculpture. Je sais surtout un gré infini aux courageux artistes qui, en plein règne de l'école classique, ont osé substituer à l'éternel anachronisme du soldat romain, la représentation vraie de nos glorieux troupiers en uniformes de grenadiers, de chasseurs ou de dragons.

Cela ne vaut pourtant pas l'admirable groupe de l'arc de l'Etoile, où Rudde a si poétiquement traduit en pierre l'hymne républicaine du Chant du départ. Cela ne vaut pas les sculptures dont un autre grand artiste, David (d'An-

gers), a décoré l'arc de triomphe de Marseille. Car Marseille, elle aussi, l'opulente capitale phocéenne, a son arc de triomphe.

Je n'oserais point donner un nom aussi pompeux aux portes plus ou moins monumentales que possèdent encore quelques villes de province, telles que Bordeaux, Dijon, et bon nombre de places de guerre; et quant aux arcs de triomphe justement célèbres d'Orange, d'Arles, de Carpentras, de Saint-Rémi, de Reims, de Saintes, ou d'Aix en Savoie, quant à la belle porte d'Aroux à Autun, ils appartiennent trop exclusivement à l'art romain pour que notre gloire nationale ait rien à y revendiquer.

Les colonnes commémoratives ou triomphales ne sont guère moins rares que les arcs de triomphe. Paris en possède deux fort belles, celle de la grande armée et la colonne de Juillet, monuments élevés l'un à la gloire et l'autre à la liberté, pour lesquelles nos pères ont tour à tour combattu.

On peut également mettre au nombre des

colonnes monumentales, les deux immenses colonnes de pierre, si longtemps inoccupées, où l'on a fini par mettre Philippe-Auguste et saint Louis en faction à côté du bureau d'octroi de la barrière du Trône (en quoi leur sort me paraît encore préférable à celui de saint Siméon Stylite, qui, selon la légende, occupait de son vivant une position analogue).

Hors de Paris, je ne vois, en France, qu'une seule colonne monumentale, celle de Boulogne, pauvre colonne bien nue, du sommet de laquelle Napoléon V\ planant sur un désert, semble protester mélancoliquement contre l'alliance anglo-française.

Quant à la colonne dé la place du Châtelet à Paris, quant aux deux belles colonnes rostraies qui ornent la place des Quinconces à Bordeaux, il faut les reléguer parmi les mo- ^numents d'utilité publique, puisque les unes servent de phares tandis que l'autre sert de fontaine.

Les seuls monuments d'art pur qui soient assez communément répandus par toute la

France sont les statues érigées à la mémoire des grands hommes.

Quand je les appelle des monuments d'art pur, je veux dire « exclusivement d'art, » et, bien entendu ce n'est pas de leur pureté artistique que j'entends parler; car le nombre de celles qui mériteraient cet éloge est" malheureusement fort restreint.

L'homme qui a produit le plus grand nombre de monuments de ce genre, et les meilleurs peut-être, est certainement David (d'Angers). Il dut cette vogue non pas seulement à son grand talent, mais aussi a son désintéressement sans bornes. Rarement, lorsqu'une idée souriait à son génie ou à son patriotisme, David voulait-il accepter le prix de son labeur. Son travail faisait l'appoint de toute souscription incomplète, et c'est ainsi que la seconde moitié de sa vie s'est passée à réduire sans cesse, par de nobles sacrifices, la fortune laborieusenpient amassée aux jours de sa jeunesse.

Nul, du reste, ne savait saisir, avec autant de bonheur que lui, le côté grand et généreux d'une pensée, ne savait mieux la rendre sai-

sissable pour tous, ni placer son œuvre dans des données plus grandioses ou plus pittoresques.

Strasbourg en a vu un mémorable exemple. On célébrait alors le quatrième anniversaire séculaire de l'invention de l'imprimerie. Strasbourg disputait à Mayence l'honneur d'avoir, la première, vu éclore dans ses murs cette mémorable découverte qui sert en quelque sorte de point de départ à la régénération intellectuelle de l'humanité. Thorwaldsen, le célèbre Thorwaldsen, venait de faire pour Mayence une statue de Gutenberg. Strasbourg vote aussitôt par acclamation un monument semblable, et son patriotisme fait appel à celui de David.

La statue sagement composée de Thorwaldsen répondait, dans sa froide correction, à tou^ tes les exigences du goût classique.

David, serrant la vérité de plus près, et puisant en même temps son inspiration plus haut, appuie fièrement la noble ligure de Gutenberg contre la presse qui vient de lui servir, et, sur répreuve que tient en main le glorieux inventeur, il inscrit ces deux mots prophétiques em-

pruntés au texte même du premier livre imprimé par lui : fiât lux (que la lumière se fasse !)

C'est en jaillissant ainsi, puissante et simple dans sa forme, que la pensée d'un grand artiste imprime à ses œuvres ce caractère de supériorité auquel le seul talent, si parfait qu'il soit, ne saurait jamais atteindre,

David (d'Angers) dut à sa juste popularité la bonne chance d'avoir à traiter, plus d'une foiS;, des sujets admirables. 11 en savait tirer parti avec infiniment de bonheur.

Rouen voulait élever un monument à la plus grande de ses gloires, Pierre Corneille. Libre du terrain, David choisit le terre-plain du Grand-Pont, véritable promontoire au milieu de la Seine, d'où la rêveuse et pensive figure de l'immortel tragique, s'élevant au-dessus des mâts des navires,, semble personnifier noblement cette active et industrieuse population normande, chez qui Tardear au négoce n'a jamais étouffé le culte de l'intelligence.

Béziers veut ériger une statue à Riquet, l'illustre ingénieur, si populaire dans le midi de

la France pour avoir réuni l'Océan à la Méditerranée au moyen du canal du Languedoc. Quelle autre bonne fortune ! Voilà, sous le ciseau de David, la noble figure de Riquet qui s'élève, au bord même du canal, planant du regard et sur son oeuvre et sur ces riches campagnes du Languedoc qui n'ont pour horizon qu'une mer d'azur ou la chaîne bleuâtre des monts pyrénéens.

Ce n'est pas tout que d'avoir à travailler sur de belles données. Encore faut-il en être digne. Encore faut-il que l'artiste ait assez de tact, assez de prudence, un assez juste sentiment des proportions pour savoir harmoniser son œuvre avec celle de la nature, sans succomber dans ce dangereux rapprochement. ^ Autrement, voyez ce qui peut arriver :

Il s'agit d'un fait récent. Naguère le clergé français^ sous le coup de l'enthousiasme que la cour de Rome avait provoqué dans ses rangs en proclamant le dogme si longtemps contesté de l'Immaculée Conception, le clergé français ouvrit une souscription dans tous les diocèses

pour ériger, en commémoration de ce grand événement^ une statue colossale à la sainte Vierge, On devait l'appeler Notre-Dame de France, et ^es proportions devaient, autant que possible, excéder celles de toutes les statues connues.

Le plus difficile était de choisir un lieu convenable pour placer la statue. Ce fut au Puyen-Velay qu'on donna la préférence. Sous beaucoup de rapports, ce choix était heureux. De temps immémorial, le culte de la sainte Vierge est là en grand honneur, et des milliers de pèlerins gravissent chaque année le grand et pittoresque escalier qui mène à la cathédrale du Puy. Aux abords de la ville s'élève un cône basaltique, abrupte, isolé de tous côtés et formant une vraie montagne haute de quelques centaines de pieds. On crut faire merveille en érigeant la statue de la sainte Vierge dans cette position exceptionnelle, sur un point qu'on apercevait de partout et qui semblait dominer le pays entier.

On s'est trompé pourtant. La statue est aujourd'hui en place, on l'a inaugurée avec

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pompe, et l'effet est loin de répondre à ce qu'on en avait espéré.

Comment ne Va-t-on pas prévu? Comment n'a-t-on pas compris qu'en plaçant la statue sur ce cône immense., on lui ferait infailliblement perdre tout le prestige de ses proportions colossales !

Les grandeurs de main d'homme ne sauraient avoir la prétention de lutter avec celles de la nature. Il y a toujours prudence à éviter entre elles la comparaison.

Voyez les pyramides d'Égypte, ces monuments les plus imposants et les plus gigantesques qui existent de la puissance humaine! Tout leur prestige repose sur le désert de sable et l'horizon sans bornes qui les entourent. — Qu'on les transporte au milieu des Alpes, et, ce ne seront plus que de misérables taupinières.

Voyez saint Charles Borromee, ce débonnaire colosse dans le nez duquel va s'asseoir chaque jour quelque nouveau touriste. On s'est bien gardé, celui-là, de le jucher sur une montagne à pic. Tranquillement établi sur le large

plateau d'une colline arrondie, rien de ce qui l'entoure ne nuit à sa grandeur. Les arbi'es du coteau, quelques petites maisons, une petite église dont le comble affleure à peine son piédestal, sont là, tout au plus, comme autant de points de comparaison destinés à mieux faire ressortir ses colossales dimensions. Les proportions de la base sont en rapport avec la sta> tue. Aussi l'effet en est-il saisissant.

En thèse générale, un sculpteur doit donc avoir toujours le plus grand soin de proportionner son œuvre à la place qu'elle doit occuper.

Comme exemple de bonne réussite en ce genre, je pourrais citer, parmi beaucoup d'autres, un monument conçu, exécuté à Paris, quoiqu'il orne aujourd'hui une ville étrangère : je veux parler de la belle statue équestre d'Emmanuel-Philibert par M. Marochetti.

A Lyon^ au contraire, le monument de la place Bellecour est comme perdu au milieu du vide de cet immense espace.

11 est rare, du reste, qu'on ait à remplir un cadre aussi vaste. La plupart des statues s'é-

lèvent sur des places publiques de dimensions assez restreintes, qui ne permettent pas d'en varier beaucoup les proportions. D'ailleurs, messieurs les statuaires n'ont pas toujours, à cet égard, leurs coudées absolument franches. Certains architectes (Visconti était du nombre) prétendent que le véritable monument consiste dans le piédestal, dont la statue ne serait, suivant eux, que l'accessoire.

Il faut bien le dire aussi, tous les sujets ne prêtent pas également à l'inspiration. Il est difficile, par exemple, de varier beaucoup sa composition, lorsqu'il faut reproduire^ tour à tour, une entière pléiade de héros en bottes à l'écuyère, en uniforme de général, le sabre au poing ou au côté. On a beau mettre à celuici un affût de canon, à celui-là une pile de bombes pour accessoire, un bâton de maréchal ou une carte de géographie pour contenance; la liste des variantes est bientôt épuisée.

Le costume un peu débraillé de nos vieux généraux républicains prêtait plus à l'art que l'irréprochable tenue de nos célébrités contem-

poraines. Kléber, le magnifique Ajax de l'expédition d'Egypte, en est peut-être le plus bel exemple. Aussi Kléber a-t-il presque toujours bien inspiré les artistes. Je n'en veux d'autre preuve que la statue exécutée à Strasbourg par M. Grass.

Tout le monde n'a pas à reproduire une figure aussi pittoresque par elle-même que celle du général Kléber; mais les ressources sont déjà grandes pour l'artiste, lorsque son héros appartient à une époque ou à une profession dont le costume se prête, un peu mieux que le nôtre^ aux exigences de l'art. Les magistrats, les évêques avec leurs longues robes, les femmes avec toutes les grâces de leur corsage et les ampleurs de leurs jupes, les célébrités du moyen âge avec leurs accoutrements si gracieux et si variés, sont autant de bonnes aubaines pour les artistes intelligents, — et certes nous n'en manquons pas.

Si l'école française de sculpture a fait de grandes et irréparables pertes, il lui reste encore de beaux noms et de brillantes espérances. Après David (d'Angers), Rudde, Pradier,

qu'on n'a pas remplacés, il nous reste les Duret, les Cavelier, les Foyatier, les Jaley, lesPelitot; et, dans la jeune génération^ bien des noms que je ne cite pas, de peur de commettre involontairement quelque injuste omission, sont déjà connus et appréciés à bon droit.

Aussij l'apothéose locale est-elle^ chez nous, toujours en vogue. Aux statues succèdent les statues. On se croirait dans la vallée de Josaphat. De toutes parts les grands hommes sortent de leurs tombeaux et, droits dans leurs linceuls de marbre, se dressent sur notre passage aux carrefours de toutes les villes. — Salutaire résurrection, si elle peut servir d'enseignement aux générations qui s'élèvent!

Saluez la Tour-d'Auvergne, dirais-je aux braves Bretons de Carhaix, et sachez imiter les vertus austères du premier grenadier delà république !

Bons habitants de la Corrèze, voici le maréchal Brune, qui fut le bienfaiteur de votre pays! Chérissez sa mémoire, et que le souvenir de sa mort vous garde à tout jamais des excès du fanatisme politique !

Soldats de la garnison de Versailles, saluez le général Hoche! D'autres ont su vaincre, mais non pas comme lui, en pacifiant et en réconciliant les vaincus. Deux fois honneur au grand guerrier qui fut un grand citoyen !

A combien d'autres encore n'aurions-nous pas à demander des leçons?

Autrefois on n'élevait des statues qu'aux princes. Le tour des grands hommes est venu, et la morale n'y perd rien. Depuis Lafontaine et Racine jusqu'au grammairien Lhomond, depuis Poussin jusqu'au peintre de pastel Latour, depuis Duguesclin jusqu'à Jeanne Hachette, depuis Descartes jusqu'à Jacquard, toutes les gloires du passé sont revendiquées tour à tour, et la France entière devient comme un Panthéon décentralisé.

Paris seul ne me paraît pas suivre bien franchement ce mouvement. Paris, il est vrai, fourmille de statues; toutefois ces statues, accessoires purement décoratifs des grands monuments publics, ne peuvent par conséquent

être considérées elles-mêmes comme de vrais monuments.

Les niches de l'Hôtel de ville sont garnies, j'en conviens^ d'une très-respectable phalange de célébrités historiques; mais, ces pauvres grands hommes, quel regard songe à les aller découvrir dans leurs guérites si haut perchées. — Une autre série d'immortels garnit les terrasses du nouveau Louvre. — Les parterres du Luxembourg fleurissent entre une double rangée de femmes célèbres, plus gracieuses les unes que les autres. — Enfin, Sully, Coibert, et je ne sais quels autres ministres du temps passé, sont confortablement assis, comme des donneurs d'eau bénite, à la porte du Corps législatif.

C'est fortbien, assurément; mais cela n'empêche pas qu'en fait de statues monumentales isolées et plantées pour leur propre compte sur un piédestal à elles, Paris est d'une pauvreté qui étonne.

Trois rois, dont un à peine mérite quelque popularité, Henri IV, Louis XIH et Louis XIV, ont été remis parla Restauration là où les avait laissés l'ancien régime.

Depuis lors, de quelles statues le gouvernement ou l'administration municipale nous.ontils dotés?

Il a fallu une fontaine pour réunir quatre illustres évêques sur la place Saint-Salpice ; une fontaine pour rappeler le nom de Cuvier, sans même rappeler sa figure; une fontaine encore-, et l'initiative particulière, pour que Molière eût sa place au soleil.- Quant à Voltaire, il y a tout lieu de penser qu'il demeurera éternellement à Fombre, sous le vestibule du Théâtre-Français, où, par bonheur pour lui, les dévots ne vont guère.

Bichat a trouvé place, il est vrai, derrière la grille de l'école de médecine, et Larrey dans la cour du Val-de-Grâce.

Mais, sur la place publique, je ne vois réellement que cette malencontreuse statue du maréchal Ney s'escrimant tout seul avec son grand sabre, comme s'il avait pris à tâche d'écheniller tous les arbres qui l'entourent.

Franchement, Paris devrait avoir mieux que cela. Les gloires ne lui manquent pas, et d'ailleurs toutes celles de la France y ont leur place.

Au milieu de ces quartiers populeux et producteurs qu'on veut assainir et décorer à leur tour, pourquoi ne pas élever quelques stg^tues aux plus illustres apôtres de l'industrie qui fait vivre le peuple: à Jacquard, à Papin, à Salomon de Caus, à Bernard Palissy? Pourquoi ne pas ériger, au milieu des halles, une statue à Olivier de Serres ou tout simplement à Parmentier, l'illustre agronome qui a tué les disettes en introduisant la pomme de terre en France? ,

Le reste de la ville suffira bien aux héros et aux génies d'un ordre plus poétique.

Mais si, dans Paris, il n'y a de ,place que pour une statue, celle-là, je demande qu'avant tout on la consacre à réparer la plus monstrueuse ingratitude que jamais peuple ait commise.

Osons-nous bien parler de notre patriotisme et de notre culte pour le principe des nationalités, lorsque la capitale de la France n'a pas encore songé à élever le moindre monument à la mémoire de Jeanne Darc?

Orléans, depuis longtemps et à diverses re-

prises^ a payé sa dette. Ce n'est pas sa faute si la valeur de Tœuvre ne répond pas à l'intention.

Rouen, théâtre involontaire du crime, en a témoigné son horreur par un monument expiatoire.

Qu'attend donc Paris?

La place et l'occasion s'offrent d'elles-mêmes. Bientôt va disparaître ce sordide carrefour où les rues Sainte-Anne, des Frondeurs, d'Argenteuil et Fontaine-Molière viennent déboucher dans la rue Saint-Honoré. C'est là, en face des Tuileries et de la rue de l'Échelle, sur cette même butte des Moulins située alors hors des remparts de Paris, et au lieu même où la Pucelle fut blessée, c'est là qu'il faut élever un monument

A JEANNE DARC LA SAINTE FILLE DU PEUPLE QUI DÉLIVRA LA FRANCE DU JOUG DE l'étranger.

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