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L'ART EN PROVINCE

Effets de la centralisation. — Position des artistes loin de Paris. — ■ Les peintres, les graveurs et les sculpteurs.

— Les architectes et le conseil des bâtiments civils.

— Le théâtre et la musique. — Rôle de l'administration centrale : ce qu'elle fait et ce qu'elle devrait faire.

Paris a certainement fourni son large contingent de grands hommes au panthéon français ; cependant, si Ton consultait l'extrait de baptême de tous les beaux génies dont la réunion fait de cette ville un des foyers de lumière les plus brillants du monde entier, il n'y aurait guère de province en France qui ne pût y réclamer sa part de gloire.

Dans notre pays, comme ailleurs, le génie pousse à l'aventure. On naît un peu partout : c'est une affaire de hasard. Mais, la volonté ayant plus d'action sur le reste de l'existence, chacun en grandissant cherche à se rapprocher du soleil; et tel qui naît dans une bourgade croit ne pouvoir mourir qu'au milieu des lucratives splendeurs d'une ville de preriiier ordre.

Chaque province, il est vrai, réclame ses morts dans le jugement dernier de la célébrité; mais, hélas! les statues sans nombre quij depuis quelques années, s'élèvent sur tous les points de la France, c'est à des déserteurs qu'on les décerne.

En somme, de tous les pays à grande civilisation, il n'y en a pas un au monde où la province soit, aussi complètement que chez nous, déshéritée d'hommes d'un talent supérieur, surtout en fait d'art.

Cela tient évidemment à un vice d'organisation.

L'excès de notre centralisation politique et

administrative y est pour beaucoup. Quand tout se fait à Paris, il est assez naturel que tout y converge.

C'est à ceux qui disposent d'un pouvoir centralisateur aussi exorbitant qu'il appartiendrait de répandre à la circonférence un peu de la manne vivifiante que leur seule main dispense.

Pour le présent, voyez un peu quel est comparativement la perspective ouverte aux artistes de province et à ceux de Paris.

Commençons par les peintres :

S'agit-il du grand art, de la peinture d'histoire? Le gouvernement seul peut la loger et la payer convenablement. Aussi, de lui seul peut-on espérer une commande, et cette commande c'est, bien entendu, par les bureaux de l'administration centrale qu'elle doit passer. A Paris donc est la source unique de tout encouragement pour qui veut peindre l'histoire.

D'autres genres moins ambitieux devraient offrir , n'est-ce pas, plus de ressources : on

peut faire en tous lieux des paysages, des tableaux de chevalet, des portraits ou des fleurs.

Le paysage, particulièrement, semble être une protestation inspirée par la nature ellemême contre la centralisation. Les matériaux en sont un peu partout, excepté dans les bureaux d'un ministère. Mais si, chaque année, le printemps voit s'envoler, s'éparpiller sur le monde entier l'ardent essaim de nos paysagistes, chaque automne les voit aussi rapporter forcément au marché de la grande ville, chacun selon son génie, un rayon de soleil ou de miel, un bouquet de fleurs ou de verdure. C'est qu'en effet, ce marché-là est le seul où chacun puisse espérer de vendre sa récolte à peu près ce qu'elle vaut. ^

La province, il est vrai, fait un peu plus consommation de portraits; mais à quel prix? là est la question. — A Paris, le portraitiste en vogue croit vous faire une faveur en reproduisant vos traits ou ceux de votre chère moitié pour la bagatelle de trois, quatre ou six mille francs. — En province, on est classé parmi les

opulents et les Mécènes de la localité quand on paye un portrait cent écus.

Étonnez-vous donc, après cela, si l'artiste qui se sent un peu de talent et surtout d'ambitioUj aime mieux peindre à Paris qu'à Limoges ou à Langres I

Et de même et pis encore pour la peinture de chevalet; car si le portrait, souvent précieux au point de vue de l'affection ou flatteur à celui de la vanité, peut à la rigueur passer pour une honorable partie du mobilier de famille, le tableau de genre, comparativement à lui, n'est qu'un objet de luxe dans toute la force du terme, une élégante im/^i7z7e dont un hommeraisonnablene peut se passer la fantaisie que lorsqu'il le rencontre très-au-dessous de sa valeur.

Il est d'ailleurs si commode d'y suppléer par des gravures incontestablement fort bonnes, qu'on peut se procurer à bien meilleur marché !

De cela faut-il conclure que l'art du graveur offre plus de ressources en province?

Quelle erreur, grand Dieu, serait celle-là! A la rigueur, et pour peu qu'on se contente

de modestes profits, on peut exercer à peu près partout la profession de peintre. Mais celle de

graveur impossible.

Ce n'est point pour le public que le graveur travaille ; ce n'est pas lui qui vend ces belles planches dont la gloire est à partager avec le peintre et le profit avec l'éditeur. Son œuvre, à lui, réclame impérieusement un intermédiaire, et cet intermédiaire, si recherché malgré les rudes conditions que trop souvent il impose, ce n'est que dans les grandes capitales qu'il se rencontre : elles seules, en effet, offrent assez de mouvement intellectuel et commercial pour qu'un éditeur d'œuvres d'art puisse songer à y tenter la fortune.

Y a-t-il plus de chances pour qu'un sculpteur trouve à vivre en province ?— Allons donc ! Qui s'amuse aujourd'hui à commander des statues ? La mythologie est bien morte, et si l'orgueil de la famille peut aller jusqu'à décerner à quelques-uns de ses membres l'apothéose du portrait à l'huile, nul ne songe assurément à l'honneur passablement lourd et

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encombrant du buste en marbre. Et puis le prix ! c'est à n'y pas songer !

Depuis longtemps la sculpture ne pénètre plus dans nos mœurs domestiques que sous la forme de ces méchantes épreuves en plâtre de madones ou de héros populaires, que de pauvres colporteurs italiens promènent jusqu'au fond de nos campagnes.

Disons le mot : la sculpture, de nos jours, ne peut exister qu'à l'état d'art monumental. Il ne faut pas l'en plaindre, c'est sa plus belle mission ; mais seulement il en résulte qu'à part de bien rares exceptions, elle n'a plus d'encouragements à attendre que du gouvernement ou des grandes administrations publiques.

Dans ces derniers temps, il est vrai, beaucoup de petites localités, mues par un pieux orgueil, se sont fait gloire d'élever des monuments à leurs grands hommes. C'était, à coup sûr, une belle occasion pour les artistes de quelque valeur qui pouvaient se trouver dans le département. Malheureusement nul n'est prophète dans son pays, et toute municipalité

qui se pique de faire de l'art croit ne pouvoir décemment s'adresser qu'à quelque artiste bien et dûment patenté par le suffrage tout-puissant du public parisien. D'ailleurs, cette clientèle locale ne serait pas d'une grande ressource pour les artistes départementaux. Une fois qu'une ville a sa statue^ en voilà pour jusqu'à la fin des siècles.

De toutes les caté^jories d'artistes vivant ou voulant vivre en province^ les architectes sont ceux qui semblent avoir le moins à souffrir des effets de la centralisation. On bâtit des maisons partout^ et partout même on construit des monuments plus ou moins importants, hôtels de ville, écoles, églises, casernes, prisons, fontaines, théâtres ou maisons de fous.

Mais d'abord, en fait d'architecture, il faut bien distinguer ce qui est art et ce qui est métier. Quoiqu'on puisse mettre de l'art un peu partout, ce serait se montrer bien large que de donner le nom d'artiste au maître maçon qui construit une grange ou se charge de percer d'un nombre voulu de portes et de fenêtres les

quatre murs à angles droits d'une bonne maison bourgeoise. Ce n'est que par de rares exceptions que les constructions particulières peuvent être considérées comme un champ ouvert à Fart; et l'artiste ne peut guère compter, pour faire preuve de talent ou de goût, que sur les édifices publics dont il aura l'entreprise.

Or, par le fait de cette ingénieuse fiction administrative qui veut que la France entière soit en tutelle, il se trouve que nul projet, si bien conçu qu'il soit dans le fond d'une province, ne peut être mis à exécution sans avoir subi le contrôle et reçu la haute approbation du conseil des bâtiments civils. Telle est la règle établie chez nous pour les œuvres du génie. On peut bien pétrir la pâte en province; mais on ne peut la cuire qu'à Paris, rue Saint- Dominique-Saint-Germain. C'est là qu'est le four banal.

Assurément le conseil des bâtiments civils est composé d'hommes du plus grand mérite. Cela n'empêche pas que ses exigences, parfois un peu pédantes, ont découragé plus d'un artiste distingué.

Et puis, si savant qu'on soit, peut-on connaître toujours aussi bien que les gens du pays les besoins, les convenances de chaque localité?

Je ne me donnerai pas le facile plaisir de raconter ici certaines bévues que l'ignorance des conditions locales a pu faire commettre à ce docte aréopage de la truelle : — l'emploi de la pierre substitué par lui à l'emploi des briques dans certaines contrées où Ton n'a point de pierres, — ailleurs des niveaux changés sans tenir compte du voisinage d'eaux plus élevées, dont le conseil ne soupçonnait pas même l'existence.

De telles anecdotes ne prouveraient rien; tout le monde peut se tromper une fois par hasard. C'est le système lui-même qui me paraît avoir de graves inconvénients.

Pour ne signaler ici que ceux qui se rattachent à mon sujet, je lui reprocherai de tuer Finitiative, de contribuer à jeter dans un même moule tout ce qui se fait en France, de dépouiller toute œuvre d'art de son originalité, de son cachet local et de son individualité propre.

Toujours placé sous le coup de cet omnipo° tent contrôle, rai'chitecte de province s'intimide^ se décourage, se sent gêné dans ses conceptions; ou bien si, plus tenace qu'un autre ou plus confiant dans le mérite de son œuvre, il veut sérieusement en poursuivre le succès, le voilà, lui aussi, entraîné vers ce Paris où tout se décide, comme tout plaideur est fatalement entraîné vers le siège du tribunal dont il relève.

Paris! toujours Paris ! Là est la fortune, là est la faveur, là est la gloire réservée au génie, là sont les seuls encouragements accordés au talent.

Pauvres artistes ! comment voulez - vous qu'ils résistent à une force d'attraction si multiple? Est-ce leur faute à eux s'il n'y a qu'un seul poêle en France où le génie qui grelotte puisse venir se réchauffer les doigts?

En Allemagne, l'école de Dusseldorf lutte contre celle de Munich, et Berlin se pique d'une noble émulation.

En Italie, le théâtre de la Scala contre- ba-

lance celui de Saii-Carlo, et la Fenice rivalise avec eux.

11 est bien vrai que TAllemagne a encore le bonheur de voir son gâteau des rois très-inégalement partagé entre une foule d'augustes convives.

Il est non moins vrai que Tltalie vient à peine d'échanger contre la tunique du soldat rhabit d'Arlequin dont ses anciens princes l'avaient affublée en cousant bout à bout tous leurs petits manteaux.

Dieu sait ce que l'unité produira demain en Italie, ce qu'elle produira un jour ou l'autre en Allemagne. J'espère pourtant, — et les premiers actes de Tltalie émancipée autorisent cette espérance, — que nos voisins se garderont bien de considérer une centrahsation exagérée comme le complément indispensable de cette salutaire unité nationale dont les seules bases solides sont l'amour de la patrie et delà liberté.

Pour en revenir à ce qui se fait chez nous, le théâtre de Marseille, celui de Lyon ou de Nantes ne sauraient évidemment rivaliser avec

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ceux de Paris, quand, au lieu et place des modestes appointements qu'un directeur de province peut offrir à ses artistes, les grands théâtres subventionnés de la capitale offrent à tout chanteur en vogue le traitement d'un maréchal de France, voir même celui d'un ministre à portefeuille, si l'heureux ténor possède Vut de poitrine.

Je cite le théâtre ; mais il en est de même pour tous les autres arts.

Qu'en résulte-t-il? C'est que hors de Paris, l'art n'existe pour ainsi dire pas.

Lyon avait longtemps lutté. Jadis il avait vu naître les admirables eaux fortes de Boissieux. Son école de peinture, caractérisée par un fini trop précieux peut-être, fut représentée ensuite par Bonnefonds ; puis, de nos jours, par Saint- Jean , lexcellent peintre de fleurs , et par M. Claudius Jacquand. Lyon a même eu ses maîtres en sculpture : Legendre-Hérald s'était fait un nom très-honorable dans les arts. Cependant Legendre-Hérald, fatigué de la lutte, est venu mourir à Paris; Saint-Jean, jusqu'au

bout fidèle à son terroir, est mort aussi ; et je ne vois pas que de nouveaux talents s'annoncent comme devant prendre leur place.

Strasbourg, au commencement de ce siècle, comptait dans la personne de Kirstein, un ciseleur artiste du premier mérite et d'un talent vraiment original. Après lui, son fils a fait de la sculpture plus médiocre, mais encore acceptable. L'un et l'autre sont morts, et je ne vois plus, parmi les enfants de Strasbourg, qu'un seul homme de talent, M. Grass, qui reste encore un peu fidèle au sol natal.

Ce n'est pas à dire assurément que, hors de Paris, il ne se trouve encore un certain nombre d'artistes recommandables. Dieu me garde d'en dresser ici la liste ! j'aurais trop peur d'oublier quelqu'un des plus méritants parmi eux. Deux ou trois noms seulement viennent sous ma plume : c'est, par exemple, celui de M. Loubon, le peintre d'animaux si vrai, si pittoresque, si local^ dont Marseille s'enorgueillit avec raison ; — celui de M. Cordouan, le spirituel peintre de genre de Toulon ; — celui d'un habile dessinateur paysagiste de Bordeaux,

M. Drouhin, — tous hommes de courage, dont le patriotisme local a su résister jusqu'ici aux attractions, aux éblouissements de la grande cité.

Quelques municipalités, jalouses de combattre cet appauvrissement intellectuel de la province, avaient eu la bonne idée d'emprunter à Paris des artistes en renom pour les mettre à la tête de leurs musées ou de leurs écoles. C'est ainsi, par exemple, que MM. Garneray et Bellangé furent successivement appelés à Rouen.

Mais ce sont là des mesures isolées qui ne peuvent avoir qu'une efficacité restreinte et toute partielle.

Puisque c'est le pouvoir central qui tient à la fois dans ses mains le contrôle suprême et tous les éléments d'encouragements sérieux, c'est à lui qu'incombe également le devoir de répartir, au plus grand profit de tous, les res^ sources dont il dispose.

Aujourd'hui, quel usage fait-il de ces ressources ?

Une grande école d'arts existe à Paris, une autre à Rome. D'anciens tableaux de maîtres sont achetés à des prix parfois exorbitants pour compléter notre galerie nationale du Louvre. Quelques commandes sont faites aux peintres vivants, ou bien leurs œuvres les plus remarquées sont achetées à là suite des expositions publiques; les meilleures d'entre elles trouvent place au musée du Luxembourg ou dans quelques palais impériaux; les autres vont orner les églises ou les musées de province. Enfin chaque année une somme considérable est répartie entre une phalange innombrable de soUiciteurs, à qui l'administration accorde de loin en loin l'obole d'une copie mal payée.

Pour la sculpture , l'immense impulsion donnée depuis quelques années aux travaux publics a pu justifier une masse de commandes à peu près suffisante.

Quant à la musique , à l'art dramatique , Paris possède une école célèbre connue sous le nom de Conservatoire, et quatre ou cinq théâtres subventionnés.

Il y a du bon sans doute dans cette organisation ; mais elle est incomplète, et Ton peut surtout lui reprocher de ne point faire une suffisante part à la province.

Pourquoi le midi de la France n'aurait-il pas, lui aussi, son théâtre subventionné ? Pourquoi une autre grande école, un second Conservatoire ne serait--il pas établi au milieu de ces populations si heureusement douées sous le rapport musical?

Le législateur, dans sa sollicitude éclairée, a voulu, par la création de nombreuses facultés des sciences ou des lettres, mettre Tensei" gnement supérieur à proximité de ceux qui ne pourraient l'aller chercher au loin. Pourquoi n'en serait-il pas de même, toutes proportions gardées, pour renseignement des beaux-arts? Pourquoi de grandes écoles, convenablement dotées et placées sous la direction de grands artistes, ne seraient-elles pas étabhes dans quelques-uns de nos centres de civilisation les plus importants?

Dans cette branche d'enseignement, l'État, concentrant tous ses efforts sur un seul point,

s'est laissé devancer par la libéralité des villes. Lyon, Rouen et plusieurs autres métropoles industrielles ont sagement compris tout ce que rindustrie elle-même avait à gagner à renseignement de l'art pur, à cette étude classique de l'idéal où le goût se forme et s'élève, et d'où dérivent ensuite les plus brillantes applications. Mais les ressources locales ne sont pas. suffisantes pour disputer à Paris ses premières célébrités. Quelle impulsion, cependant, donnerait à ces écoles la présence habituelle et l'enseignement d'un grand maître !

Ce que le gouvernement a fait de mieux, pour la vulgarisation de l'art, a été de répandre libéralement, entre toutes les écoles départementales, un nombre considérable de modèles en plâtre, moulés sur les plus célèbres chefsd'œuvre de la statuaire antique.

Il devrait se montrer également prodigue des admirables gravures dont les planches appartiennent à la chalcographie du Louvre.

Enfin ne pourrait-il pas aussi concourir plus efficacement à la prospérité des musées départementaux, de ceux au moins qui en

valent la peine par leur importance déjà acquise et par celle des localités elles-mêmes?

Plusieurs de nos musées de province sont, dès aujourd'hui , intéressants et très-riches. Ceux de Lyon, de Lille, de Rouen, de Bordeaux, de Montpellier, de Dijon et divers autres jouissent d'une célébrité parfaitement justifiée. Mais les chefs-d'œuvre de maîtres qu'ils possèdent s'y trouvent, presque toujours, d'ancienne date ou leur proviennent de la munificence particulière. D'habitude, ce que le gouvernement leur donne consiste à peu près uniquement en tableaux modernes d'une trèscontestable valeur.

Pourquoi, réformant les abus de ce malencontreux système d'aumônes établi, sous prétexte de copies, à l'administration des beauxarts, ne consacrerait-on pas une partie des fonds qu'il absorbe à l'acquisition de quelques vrais tableaux de maîtres destinés aux musées de province? Pourquoi encore, si l'on veut absolument persister dans le système des copies, ne donnerait-on point à un artiste de mérite, pour faire une seule bonne reproduction, ce qu'on

distribue aujourd'hui à dix peintres sans talent pour faire dix reproductions moins satisfaisantes les unes que les autres?

Ce n'est pas une œuvre sans mérite qu'une copie bien faite. Allez voir celle du Jugement dernier, de Michel-Ange, à l'École des beauxarts, celles des immortelles fresques de Raphaël au Panthéon. Par des copies ainsi faites, on popularise les œuvres du génie, et Ton propage les notions du beau.

L'enseignement de l'art industriel contribue certainement beaucoup, ainsi que j'espère le démontrer plus loin, à la supériorité de notre goût national. Mais rien ne saurait mieux le compléter qu'un enseignement classique supérieur, destiné à lui servir de base et de point de départ. C'est à l'administration centrale qu'il appartient d'y pourvoir. Elle seule, par de sages et intelligents sacrifices, peut créer les ressources indispensables, et placer à la tête de chaque grand centre de perfectionnement intellectuel, des hommes assez éminents pour que leur enseignement féconde les précieux

germes obscurément enfouis sur tant de points de notre sol.

Aux générations qui s'élèvent, l'État doit des maîtres et des modèles; aux talents déjà mûris de la génération présente, il doit une protection toute particulière, lorsque, dans leur généreux désintéressement d'artistes, ils savent rester fidèles au sol où Dieu les a fait naître.

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