LA PETITE MARIE. ( SUITE
Encore la petite Marie. Elle a été si sage dans la nuit ! Avez- vous tous été sages la nuit passée ? — Oui, oui. — Je n'en doute pas, cliers enfants. Avez-vous bien dormi ? — Oui. — Où as-tu dormi, Benjamin ? — Dans mon lit, dans la petite chambre, près de la grande chambre de maman. — As-tu éveillé ta mère la nuit ? — Non, monsieur, je n'éveille jamais maman. — Tu es bon, petit, comme Marie est bonne et sage.
La petite Marie s'éveille quand le jour paraît^ quand le soleil est levé. Et alors elle sort du lit, n'est-ce pas, George ? — Oui, je sors aussi du lit quand le jour paraît. Je ne dors plus quand
le soleil brillant entre clans ma chambre par la fenêtre. Je saute du lit. — Oh ! tu sautes du lit^ et en sautant du lit^ tu fais du bruit^ et le bruit éveille ta mère. Tu n'es pas sage^ George. — Si^ monsieur^ je suis sage : maman dit que je suis un sage garçon^ parce que je suis joyeux le matin. Ma mère a du plaisir quand elle me regarde sauter. — C'est bien^ cher ami. Saute^ saute beaucoup^ si ta mère est heureuse quand tu sautes près de son lit.
Mais la petite Marie ne saute pas comme George : " Tout doucement elle sort du lit pour savoir ce que maman dit." Maman dort-elle ? maman est-elle éveillée ? voilà le problème qui est dans la tête de la petite Marie. Et elle va doucement^ sans bruit^ se placer devant le grand lit de sa mère. Voyez ! comme elle la regarde ! comme elle l'admire en silence ! car sa mère dort et Marie ne l'éveillera pas.
Que fait la petite fiUe^ monsieur ? — Elle laisse sa mère. Elle part tout doucement et va jouer sur son petit lit.
Enfin la maman de Marie se réveille, car le soleil est déjà haut dans le ciel. Il est huit heures. Voyez courir la petite Marie. Elle saute aussi maintenant, elle saute comme George. Elle a entendu sa mère qui l'appelle. Elle saute au pied du lit;, elle saute sur le ht de sa mère*
La voilà dans ses bras. '' Bonjour, maman, bonjour ! dit-elle."
Que dit la maman de Marie ? — ^' C'est toi, ma fille ! Les yeux ouverts de grand matin ! ''
— Elle dit encore autre chose. — Oui : '^ Qu'elle est gentille ! " — Et pourquoi est-elle gentille ?
— Parce qu'elle a été sage dans la nuit, parce qu'elle n'appelle ni ne crie et jamais ne fait aucun bruit. — Oui, Olive : et aussi parce qu elle ni pleure ni ne soupire quand il lui faut passer plus d'une heure sans dormir. — Et parce qu'elle sort tout doucement du lit, n'est-ce pas, monsieur ? sans sauter, comme moi. — Oui, George, et parce qu'elle ne dit mot le matin, quand sa mère dort. Elle ne dit pas un mot.
La mère de Marie appelle la petite fille petit poussin : pourquoi, monsieur ? — C'est un nom d'amitié. Marie est comme un petit poussin.
Ne connaissez-vous pas les poussins ? — Non.
— Vous connaissez le coq : vous avez vu le coq, qui n'estime pas la perle et qui aime les grains d'orge ? — Oui : le coq est un petit poussin ? — Non, chère amie, c'est le père des petits poussins. Voilà la poule sur ce tableau, la mère, la bonne mère des petits poussins.
Ils sont si gentils les petits poussins, si vifs, si alertes, quand ils trottinent devant leur mère,
derrière leur mère, tout autour de la grosse poule qui les appelle sans cesse^ " Venez petits ! crie-t-elle^ venez ! venez ! venez ! petits^ venez !
N'as-tu pas vu^ George, les petits poussins avec la grosse poule ? — Si, je les ai vus à la ferme. — Et dans la prairie du fermier ? — Oui, monsieur. — Les as-tu vus courir devant la poule ? — Oui, souvent : ils sont si drôles ! — Sautent-ils comme toi ? — Plus que moi. Je les ai vus sur le dos de la grosse poule. — Quelle bonne mère, n'est-ce pas ? — Oui, elle est trèsbonne. J'ai vu sept, huit poussins sous la poule. — Oui, cher garçon : la poule ouvre ses ailes bien larges, et elle prend tous ses enfants sôus ses ailes, leurs petites têtes dans ses plumes, comme la mère de Marie prend sa fille dans ses bras. Et tous les petits poussins sont là bien près l'un de l'autre, qui parlent, et qui parlent, et qui se poussent dans leur lit de plumes. Cependant la bonne mère est immobile et crie tout doucement à ses enfants : " Soyez sages, mes fils et mes filles, ne vous disputez pas, ne vous poussez plus, soyez sages, soyez bons. Ne parlez donc plus ! silence ! Le soleil est couché, votre père est sur sa perche, il ne chante plus, toutes mes soeurs dorment. Dormez aussi, mes enfants, sous mes ailes, dans mes plumes !
Yous vous éveillerez demain avec le jour,
quand le coq^ notre maître et seigneur, annoncera le retour du soleil. Vous entendrez sa voix de Stentor, mes enfants, quand il criera au fermier, à la fermière, à la rouge Brigitte : éveillez-vous ! levez-vous ! il est quatre heures et demie ! Vous T entendrez crier cent fois aux vaches, aux chevaux, à la chèvre, aux brebis, au grand tapageur noir du chenil et à tous les échos du village : éveillez-vous ! éveillez-vous ! le soleil est au ciel. Vous entendrez demain, l'appel de votre père. Bonne nuit, mes enfants ! bonne nuit, mes amours ! "
XYI.
l'ange GARDIEN.
Voici Tine petite prière^, chers enfants^ que vous mettrez dans votre mémoire. C'est une prière à l'Ange gardien.
Veillez sur moi quand je m'éveille,
Bon Ange, puisque Dieu Ta dit ; Et chaque nuit, quand je sommeille,
Penchez-Yous sur mon petit lit.
Ayez pitié de ma faiblesse ;
A mes côtés marchez sans cesse ; Parlez -moi le long du chemin ;
Et pendant que je vous écoute, De peur que je ne tombe en route,
Bon Ange, donnez-moi la main.
Mme Tastu.
J'examine si vous comprenez^ amis. Vous connaissez le bon Ange, n'est-ce pas, l'Ange gardien, l'Ange qui garde, qui protège les enfants et les hommes ? — Oui, monsieur : maman dit que le bon Ange est triste, quand les enfants sont méchants. — Et quand les enfants sont sages, le bon Ange est joyeux, il sourit doucement de plaisir. — Que fait-il, monsieur ? — Il sourit doucement. Regardez Elise : elle sourit ; elle a toujours un doux sourire sur les lèvres. Le bon Ange sourit comme Elise, quand vous êtes bons et sages. Mais quand vous n'êtes pas sages, il est triste, il met sa tête sous son aile. — H a deux ailes, monsieur. — Oui, George. Il met sa tête sous une de ses deux ailes, il ne regarde plus le méchant enfant, il ne marche plus à ses côtés, il ne lui parle plus le long du chemin. — Où est le chemin ? — Venez voir le parc devant nos fenêtres. Regardez. Voyez-vous les enfants jouer et courir dans le chemin? — Oui. — Ils sont sages. L'Ange gardien est content et heureux. Ils jouent sans se disputer, ils ne se battent jamais . . . Oh ! que vois-je ? en voilà deux qui se battent ! ils se donnent des coups. Méchants enfants ! les voilà qui se roulent par terre ! L'ange gardien est triste : il met la tête sous son aile.
Mais tous les autres consolent le bon Ange ;
car ils sont sages. Ils jouent dans le chemin et ne courent pas sur le vert gazon. Voyez le vert gazon près du chemin^ sous les grandes arbres, sous les vieux ormes majestueux.
Qu'il est riant et frais le vert gazon de mai ! N'admirez-vous pas, mes enfants, les petites fleurs blanches au milieu du tapis vert ? Qu'elles sont coquettes ces joyeuses marguerites ! — Oui, monsieur, nous admirons le vert gazon et les joyeuses marguerites. — Voilà un moineau, dans le gazon, près des marguerites. Le voyez- vous ? ■ — Le petit oiseau ? — Oui : C'est un Européen, un moineau d'Angleterre. Il aime l'Amérique, le mois de mai, les fleurs et le gazon, et il aime les gros ormes qui portent sa petite maison. Ne voyez-vous pas sa petite maison sur la branche, près du vieux tronc, là, là, droit devant nous ? — Si, si : la voilà.
Mais n'oublions pas le bon Ange.
" Veillez sur moi, quand je m'éveille, prie l'enfant, car Dieu l'a dit." N'est-ce pas Dieu qui a dit à l'Ange de venir près de nous, chers amis ? — Si, monsieur : le bon Ange est le messager de Dieu. — Et Dieu n'a-t-il pas dit à l'Ange : '' Veillez sur mes enfants ; penchezvous sur leur petit lit la nuit quand ils dorment ; protégez-les, conduisez-les ?" — Dieu l'a dit. Mais nous ne comprenons pas penchez-vous. —
Je me penche à la fenêtre ponr regarder dans la rue. Quand ta petite sœur dort dans son petit lit^ dans son berceau^ Marguerite^ ta mère ne lui donne-t-elle pas bien souvent im doux baiser d'amour. — Si^ monsieur^ elle lui donne beaucoup de doux baisers dans son berceau. — Ne se penche-t-elle pas sur ta petite sœur ? — Si;, elle se penche. — Et toi? — Je monte sur une petite chaise doucement^ sans bruit^ je me penche avec précaution sur le berceau de JuliettC;, et tout doucement je lui donne un doux baiser d'amour. — Et ta mère sourit^ n'est-il pas vrai ? — C'est vrai^ monsieur. — Eh bien ! ton bon Ange sourit aussi^ parce que tu es sage^ que tu aimes ta petite Juliette ; parce que ta mère sourit et que toi; amie, tu rends ta mère heureuse.
Nous avons fini la leçon.
Monsieur ! monsieur ! voilà encore le moineau sur le tapis vert. — Que fait-il là? — Il n'est plus là : il est parti avec quelque chose dans sa bouche. — Non : dans son hec. Où est-il allé ? — Dans la petite maison près du vieux tronc. — Patience ! il sortira bientôt. Fixons bien nos yeux sur la porte de sa maison. . . . — Il ne sort pas. — Il va sortir. • . . Le voilà : il descend sur le gazon. — Eegardez ! regardez, monsieur ! il a encore quelque chose dans son
bec. — Oui : c'est im brin de fine paille. Il quitte le gazon^ il vole^ il remonte vers sa maison avec le brin de paille.
Cette paille est pour son nid^ chers amis. Il fait son nid^ un nid bien doux pour ses enfants. — A-t-il des enfants ? — Pas encore. Ses enfants viendront le mois prochain^ en juin. La bonne mère les voit déjà dans son imagination. Ils sont dans son cœur déjà. Elle les aime^ elle travaille pour eux; c'est pour eux qu'elle descend sur le gazon^ qu'elle cherche le brin de paille. Elle prépare pour ses enfants le bon petit berceau. La mère moineau est comme ta mèrC; Marguerite.
XYII.