‹ Causeries avec les enfantsChapitre 14 sur 20 · DIEU NOUS VOIT · texte numérisé non relu

DIEU NOUS VOIT

RÉCITEZ votre leçoii;, mes enfants. . . . C'est bien. Examinons la petite poésie de Mme. Ferrier.

Qu'est-ce que le père du petit garçon lui a dit ? — Il lui a dit souvent que Dieu voit tout.

— Oui;, l'oeil de Dieu est ici; dans la chambre ; il est sur toi; Marguerite^ sur nous tous^ il est dans la ciel; il est sur la terre^ il est partout. Où est DieU; Benjamin ? — Il est partout. — Te voit-il ?

— Oui. — Es-tu triste que Dieu te voie ? — Non.

— N'es-tu pas heureux quand ton père et ta mère te voient et te regardent? — Si; je suis heureux alorS; et quand ils ne me regardent pas.

quand mon père lit son grand journal^ ou que ma mère a sa grosse bible sur ses genoux, je suis malheureux. — Ne sois pas malheureux, petit ami, car tu n'es pas seul : il y a quelqu'un qui te voit et te regarde, quelqu'un qui a toujours son œil sur toi et qui t'aime comme ta mère et ton père t'aiment. Le petit garçon est heureux, n'est-il pas vrai, parce que Dieu le voit ? — Oui, car il dit : "^ Oh ! quel bonheur ! "

Quel bonheur d'être vu de Dieu, mes enfants ! Il vous voit et vous regarde toujours, son œil vous suit partout, il n'est jamais absent, ni distrait. Il vous voit auprès de votre mère, il vous regarde avec bonheur, quand auprès d'elle vous êtes sages et bons, quand vous la rendez heureuse, quand vous mettez sur ses lèvres un doux sourire, et dans son cœur la joie d'être votre mère. Vous souvenez-vous, mes amis, de la bonne petite Marie ? — Oui : elle était sage et faisait sourire le bon ange.

Marie faisait aussi sourire Dieu qui a envoyé l'ange gardien. Pendant que la maman de Marie dormait, et que la petite fille éveillée de grand matin jouait sur son lit sans faire de bruit, le bon ange était près de Marie, et Dieu voyait la maman, l'enfant et le bon ange, et il bénissait toute la petite famille.

Dieu est présent aussi, monsieur, quand je

saute au pied du lit de ma mère. — Oui, Çreorge, et il te bénit aussi, parce que ta mère est heureuse de te voir gai et joyeux.

Dieu ne vous voit-il pas, mes enfants, quand l'oeil de votre mère n'est pas sur vous, quand elle lit sa grosse bible, et quand vous êtes loin de son œil protecteur ? — Vous avez dit, monsieur, que Dieu nous voit toujours. — Oui : écoutez le petit garçon.

" Dieu me voit quand le jour m'éclaire, Et que le ciel est azuré."

Le ciel n'est pas toujours azuré, monsieur. — Tu as raison, Olive. Le ciel n'est pas d'azur tous les jours. Il y a des jours saiis azur, sans soleil et sans lumière. Il y a des jours tristes, des jours noirs, des jours d'hiver, et des jours d'orage. — Hiver et Orage^ monsieur ? — Oui, amie : tu vas comprendre.

Les mois du soleil sont passés. Mai et juin sont partis avec les roses, les jeunes feuilles vertes, le moineau du parc qui j)orte le brin de fine paille pour faire le doux berceau dans la petite maison du gros orme. Le rossignol ne chante plus dans le bosquet ; l'alouette ne monte plus dans l'azur, au haut du ciel ; la montagne et la vieille église ne crient plus : cou-cou, coucou ; le pommier n'a plus ses flem*s rouges, ni

sur sa branclie le pinson qui salue Taurore^ et célèbre les charmes d'un beau soir. Juillet est venu avec ses feux^ ses épis d'or, ses joyeux moisonneurs, ses glaneuses qui emportent sur leur tête le pain de décembre ; il est venu, il est parti avec ses pêches rosées, ses groseilles rouges, ses abricots jaunes. Août, septembre, octobre ont passé, novembre aussi. L'automne n'est plus.

L'automne est la troisième saison, n'est-ce pas, monsieur ? — Oui, mon ami. — Les saisons ont trois mois en Amérique. — Oui. — Notre automne est si beau ! mais il n'a pas quatre mois comme en France. — Il a trois mois en France comme en Amérique, George. — Vous dites : Août, septembre, octobre et novembre. — Pardonne-moi ma distraction, petit ami : août appartient à l'été. Nomme-nous les mois du printemps ? — Ce sont mars, avril et mai. — Tu connais donc les mois de l'hiver, la quatrième saison, la saison rigoureuse, la saison du froid, le temps de la misère pour les pauvres qui n'ont ni pain ni feu, et pour les moineaux qui sont sans nid, sans enfants et sans verdure. — Oui, je peux nommer les mois d'hiver. Les voilà : décembre, janvier, février.

Le ciel n'est pas azuré en hiver : Dieu abandonne-t-il le petit garçon? — Non, Julie : Dieu

n'abandonne jamais ses enfants et ne détourne pas son œil paternel un seul instant. Ecoutez.

" Dieu me voit la nuit, solitaire, Et je sens mon cœur rassuré."

Le petit garçon n'a pas peur^ la nuit. La solitude fait peur aux enfants, n'est-ce pas ? — Oui, je n'aime pas la solitude. — Il n'y a pas de solitude, Marguerite ; car Dieu est toujours là. Le petit garçon le sait bien. Son cœur n'est pas inquiet. Il est rassuré par la présence de Dieu. Dans les ténèbres et la solitude de la nuit, Dieu est la lumière et le compagnon.

Adieu, petits amis. . . . — Vous n'avez pas expliqué Vorage^ monsieur. — Je l'oubliais.

Ecoutez le vent qui souffle dans les arbres : les grands ormes secouent leur chevelure ; leurs grosses branches se font la guerre ; la tempête est dans la tête des géants du parc. Plus de petits oiseaux. Où sont les papillons qui font l'amour ? Les marguerites cachent leur tête blanche sous l'herbe qui se couche par terre. . . . Regardez dans la rue. Elle est déserte. Toutes les portes des maisons sont fermées. Voilà un petit cheval brun qui emporte au galop son maître et sa voiture. La poussière remplit ses naseaux. H a la fièvre le pauvre animal : il jette à droite et à gauche sa tête per-

sécutée par les vents; ses yeux sont à moitié fermés^ et ses oreilles effrayées se rejettent en arrière sur son cou qui tremble.

C'est que le firmament est plein de bruit^ mes enfants. Entendez-vous le tonnerre qui gronde ; un coup, deux coups, trois coups, dix coups ! Jupiter roule sa voix terrible au-dessus de nos têtes éj)Ouvantées. Pitié, pitié ! maître de r Olympe ! rends-nous l'azur et la paix.

Au revoir, mes enfants, n'ayez pas peur : nous avons rêvé. Le ciel est bleu, nous sommes en mai ; sur les arbres pas une feuille ne remue, et j'entends chanter le rouge-gorge. Voilà la noire hirondelle qui poursuit les moucherons dans un rayon du soleil.

l'écureuil.

Lisoîs^s une petite fable.

Voyez ce petit écureuil Dans les branches de ce tilleul :

Comme avec sa queue en panache, Sa fine oreille et sa moustache, Ses yeux brillants, son nez pointu, C'est un drôle d'individu !

Il s'élance, bondit, sautille De la façon la plus gentille.

S'il voulait bien venir vers nous Il serait un de nos joujoux ; Nous lui donnerions une cage, Pourvu qu'il fût toujours bien sage.

Écureuil, mon ami,

Viens un peu par ici.

Tiens, voici sur l'herbette Une châtaigne, une noisette ; Mais bah ! cet ingrat entêté D'un bond choisit la liberté.

George^ je te donne la parole. Faisons la description du héros de notre fable. ■ — C'est nn drôle de héros. — C'est un héros^ ami. Les petites filles l'appellent sur l'herbette, de jolies petites filles, bien douces, bien gentilles. De leur voix enchanteresse elles l'appellent, elles l'invitent à un banquet. ^^Mon ami, écureuil, mon ami, disent-elles tour à tour, viens un peu par ici. Pour toi, beau sauteur des branchettes, pour toi nous avons mis sur l'herbette jaune et molle, une châtaigne, une noisette, la noisette du noisetier de grand-père. C'est un plat de roi, ami : viens, descends de ton tilleul, assiedstoi au festin."

Eh bien, George, vois-tu le petit écureuil quitter sa branchette ? — Non, il est entêté. — Tu le calomnies, mon garçon. Il aime la liberté ; à aucun prix il ne veut entrer dans la cage des petites filles. A-t-iltort? — Il a raison: je ne voudrais pas non plus vivre en cage, sans la liberté de courir où je veux. — Il a faim cependant. C'est en novembre que les jeunes filles l'appellent sur l'herbette, et depuis plus d'un jour les arbres du bois sont sans noisettes. — Il souffre,

monsieur^ puisqu'il a faim. — Oui, mais il aime la liberté ; il souffre la faim plutôt que d'accepter la servitude dans la cage dorée des jeunes filles, toujours pourvue de noisettes et de châtaignes.

Je comprends, monsieur, que votre écureuil est un héros et je ne dirai plus : drôle de héros. Voulez- vous que je fasse sa description? — Je te l'ai dit: tu as la parole et nous t'écoutons tous.

Le petit écureuil est dans les branches d'un tilleul. Il a sa queue en panache. ... Je connais sa queue, monsieur, sa queue longue et riche de beaux poils bruns, qu'il balance sur son corps mince et sur sa tête si vive ! Mais je n'ai pas vu le 'panaolu, — Il n'a pas de panache : sa queue est comme un panache. Quand tu seras chez tes parents, George, pendant les vacances, à la campagne, va chez le fermier du village. — Pourquoi ? — Pour faire un j)anache. Va dans sa basse-cour et au bord de l'étang, où nagent les canards, les oies et les cygnes. Ramasse les plumes des poules, du coq et des oiseaux de l'étang. — Pourquoi ? — Pour faire un panache. Tu as ramassé les plumes, n'est-ce pas ? — Non, monsieur, mais je les ramasserai. — Tu les ramasseras, puis tu les lieras par l'extrémité inférieure. — Oui. — Ton panache est fait, un drôle de panache. Voilà en bouquet les plumes du coq.

du canard, du cygne et de l'oie, qui toutes ensemble voltigent devant tes yeux. Comprendstu que la queue de l'écureuil est comme un panache ? — Oui, elle voltige sur sa tête.

Continue ta description. — Notre écureuil a l'oreille fine. — Oui, il entend le bruit le plus léger. — Il porte une moustache ; ses yeux sont brillants, son nez est pointu. C'est un drôle d'individu. J'aime à le voir s'élancer, bondir et sautiller. — Il saute d'une façon si gentille ! - — Je l'ai vu mal sauter, monsieur. Je l'ai vu manquer sa branchette, je l'ai vu tomber sous l'arbre. — Pauvre écureuil ! il était mort. — Non : il se releva aussitôt, et rapide comme le vent il courut vers le tronc de l'arbre, grimpa le long du tronc. — Il grimpait vite? — Une minute après sa chute, monsieur, il était sur une grosse branche, bien assis, et me regardait de ses yeux brillants ; sa queue en panache se balançait audessus de sa tête. Je crois qu'il se moquait de moi. — Non, George: il jouissait de la liberté.

LE PONT d'aYIGN^ON".

Sais-tu danser^ George ? — Non^ monsieur ; ma sœur danse tous les mardis et tous les jeudis avec les petits messieurs et les petites demoiselles^ chez le maître de danse. — L'as-tu vue danser? — Oui^ cela m'amuse, et j'aime à entendre le violon. — Mais tu ne danses pas avec les petites demoiselles? — Non, je suis trop jeune pour danser. — Chantes-tu ? — Je chante pour ma mère et pour moi, sans musique. Ma soeur dit que je chante faux.

Eh bien, mes enfants, vous allez tous chanter aujourd'hui et danser en rond. Ne chante pas faux, George, et ne saute pas plus vite que les

petites filles dans notre danse en rond. Va au piano^ Julie. Tu donneras le ton et la cadence à tous les petits enfants.

Sur le pont D'A-vi - - gnon, L'on y dan -se, l'on y

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dan -se. Sur le pont D'A-vi - - gnon, L'on y dan-se tous en

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rond.

Les beaux messieurs font comm'

Et

puis

en - core comme

Sur le

Sur le pont

D'Avignon, L'on y danse, Ton y danse,

Sur le pont

D'Avignon, Tout le monde y danse en rond. .

Les beaux messieurs font comm' ça (bis). Sur le pont D'Avignon, etc.

Comment est-ce que les beaux messieurs font, Arthur ? — Je l'ignore. — Eéponds;, Julie. — Ils

font une belle révérence^ beaucoup de belles révérences aux dames. — C'est bien. Mes enfantSj en dansant et en chantant^ faites tous de belles et profondes révérences^ comme ça. Eecommencez. . . . Voilà de belles révérences.

Que font les hlancMsseitses sur le pont d'Avignon ? — Nous ne connaissons pas les blanchisseuses.— Eegardez la manchette d'Elise. Je vous la montre. C'est du linge. Le col de Benjamin^ le mouchoir blanc de Marguerite que voilà sur ses genoux^, la chemise de ton petit frère^ George^ tout cela est du linge. Le linge est blanc, n'est-ce pas ? — Il est blanc. — C'est la blanchisseuse qui blanchit le linge. Elle prend de l'eau chaude, dans l'eau elle met du savon, et puis elle plonge, comme ça, tout le linge dans l'eau. Et ensuite que fait-elle ? . . . Elle lave le linge, mes enfants : elle retourne la manche de sa robe, et la manche de sa chemise, bien haut, au-dessus de son coude.

Dites-moi comment elle fait pour laver le linge. Quel mouvement fait-elle ? imitez le mouvement des bras de la blanchisseuse. — Elle fait comme ça. — C'est bien. En chantant^ imitez donc la blanchisseuse.

Yous connaissez les tailleurs ? — Oui. — Que font-ils ? — Ils font des habits et des pantalons. — Oui : ils coupent le drap et puis le cousent.

Comment cousent-ils ? — Ils ont une aiguille et du fil^ et ils cousent comme ça. — Tu les imites parfaitement^ Arthur.

Voyons^ mes amis^ mettons les tailleurs du pont d'Avignon dans notre chanson : " les tailleurs font comme ça." Imitez-les bien.

Et les forgerons^ comment font-ils ? Vous les connaissez. Quand le cheval a son pied nu, quand il a perdu son fer, le pauvre animal marche difficilement. Il a mal au pied quand il le met sur les pierres dures de la rue. Alors son maître le conduit chez le forgeron. — Nous comprenons : le forgeron frappe sur le fer, il fait comme ça. — C'est bien: imitez les forgerons du pont d'Avignon.

Et le vanneur^ l'avez- vous vu vanner les grains ? — Où vanne-t-il ? — Dans la grange de la ferme. Au mois de juillet, au mois d'août, allez dans les champs et vous verrez les épis jaunes, les gros épis de froment, d'orge, de seigle, tomber sous la faux du faucheur, . . . Regardez : je dessine une faux sur la planche. Voilà la faux des faucheurs. Ils fauchent le grain comme ça.

Voyons : chantez mes enfants, chantez, fauchez comme les faucheurs du pont d'Avignon. — Ne fauchons-nous pas bien, monsieur ? — Vous fauchez comme de vieux faucheurs. —

Nous voulons aussi vanner comme de vieux vanneurs. Mais nous n'avons pas vu les vanneurs. — Quand les grains sont coupés et les épis réunis en gerbe, le fermier met les gerbes sur son char, n'est-ce pas ? — Oui, et les chevaux tirent le char plein de gerbes. — Et ils le conduisent à la ferme, dans la grange. — Oui. — Et pendant l'hiver, les ouvriers du fermier battent les grains. Et après, George ? — Après, monsieur ? c'est fini ; les grains sont sortis des épis. — Oui, mais ce n'est pas fini. On ne laisse pas les grains sur l'aire de la grange. On en fait un tas, n'est-il pas vrai ? — Un tas ?

Mettez tous vos livres ici, au milieu de la chambre, les uns sur les autres. — C'est fait, monsieur. — Voilà un tas de livres. — Nous comprenons. Les grains sont en tas, et puis les ouvriers mettent les grains dans des sacs. — Non, non, mes enfants, pas encore. Ne voyezvous pas cette paille mêlée avec les grains, ne voyez-vous pas la poussière qui vole dans la grange et retombe sur les grains. Que dira le fermier si vous mettez dans ses sacs cette poussière et cette paille ? — Il sera mécontent.

Voilà le vanneur, mes enfants : il prend son van ; son van est chargé de grain, de paille, de terre et de poussière ; il fait danser comme ça, tout doucement^ son van ; il vanne, vanne,

vanne ; la poussière s'envole, et la paille légère aussi ; le grain, le bon grain, le grain qui sera notre pain, le pain que nous demandons à Dieu, ce grain-là tout seul et bien propre, reste dans le van du vanneur. — Nous comprenons. Nous dansons, nous chantons, monsieur : ne vannonsnous pas comme les vanneurs du pont d'Avignon ? — Vous êtes de beaux vanneurs.

Adieu, mes enfants. Vous êtes bien fatigués. Vous dormirez bien ce soir. Vous avez dansé, vous avez chanté ; vous avez salué les dames comme les beaux messieurs du pont d'Avignon ; vous avez lavé le linge comme les blanchisseuses d'Avignon ; vous avez cousu le drap comme les tailleurs ; vous avez battu le fer comme le forgeron ; vous avez fauché les orges et les froments comme les faucheurs du mois d'août ; enfin vous avez vanné, vous avez chassé la paille et la poussière comme les vanneurs du pont d'Avignon. — Nous n'avons pas été paresseux, monsieur. — Non, certes. Adieu !

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