LES ANIMAUX
NoC3 parlerons aujourd'hui dea animaux. — Ob I oui, monsieur ; je sais nommer beaucoup d'animaux en françtûs. — Vraiment, mon ami ? Qui vous les a nommés ? — C'est la aœur de mademoiselle. — La aceur de mademoi^le eet bien bonne de nous aider. Quels animaux connaiBsez-voua ? — Le lion, le tigre, le toup, le cheval, le chien, le bceur. — Est-ce toutP — La sœur de mademoiselle ne connaît pas les autres. — J'en doute: elle s'est défiée de votre mémoire. Ne savez-Tous pas le nom d'autres animaux, mesdames? — Si: il y a la vache, le veau, le taureau, le mouton, la brebis. — El le petit de la brebis? — Oui, l'agneau. — Et le mSle de la brebis ? — Nous ne savons pas son nom, — C'est le bélier; c'est un animal cornu. Continuez. — Le bouc. — Bien ; c'eat le mâle de la chèvre, et le père du chevreau. — Est il intelligent? — Noua le de manderons à Ta Fontaine. — Oh ! oui, parlez-nous de La Fontaine. — Je le veux bien. Savez-vons qui eat La Fontaine? — Cest un poëte françaia. — Continuez. Parlez vous-mêmes de La Fontaine, mesdames. — Il a écrit des fables. Cest le plus grand des fabulistes. Nous connussons déjà en français Le Corbeau et le Renard. — Quand vivall-îl ? — Au 17* siècle, eous Louis XIV. — Nommez les grands
écrivains da 17* siècle, les contemporaÎDS da fabuliste.— Molière, Pascal, Racine, Bossuet, le duc de La Rochefoucauld, Corneille, J. J. Rousseau, Boileau, Rabelais ... — Tout doucement, vous mettez tous les génies dans le grand siècle; ne lui faites pas de présents, il est assez riche. Rabelais est plus vieux ; il appartient au 16* siècle, au siècle de Montaigne et de Shakspeare. £t J. J. Rousseau est-il du siècle du roi absolu, lui, ce grand humanitaire, ce grand réformateur ? — Ne réformait-on pas sous Louis XIV? — Ne connaissez-vous pas le fameux Edit de Nantes? — Quand est-ce que Rousseau a vécu? — Au siècle dernier, au siècle de Voltaire, avec Montesquieu, Buffon, Diderot, d*Alembert. — Et Saint-Simon, l'auteur des Mémoires f — Il a un pied dans le 17' siècle et un pied dans le 18*. Mais n'avez-vous rien oublié dans le 17* ? — Non. — Et les femmes ? — Oui, Mme de Sévigné. — Et Mme de Main tenon, et Mme de La Fayette. Il y a un philosophe célèbre encore. — Qui ? — Descartes, le père de la philosophie moderne. — Partageait-il les opinions de Darwin ? — Ah ! vous voulez me ramener aux animaux de La Fontaine; vous faites bien. Non assurément. Descartes n'avait pas les opinions de Darwin ; il est à l'extrême opposé. — Lequel a raison ? — Les extrêmes ont rarement raison. — Pourquoi ? — Ils sont trop affirmatifs. L'affirmation absolue ne convient pas à l'honmie. La vérité pour nous faibles mortels, la sagesse du moins, est entre ceux qui disent non et ceux qui disent oui. Que savons-nous ! que savons-nous ! — Que pense Descartes des animaux ? — Que ce sont des machines. — Cest impossible et c'est faux. — Voyez-vous que voilà un extrême qui vous révolte et qui me révolte autant que vous. Mais ^ Que sais-je " dirait Montaigne, le
sceptique, ou plutôt le sage. — T a-t-il moyen de douter ici, monsieur ? — Non, il n'y a pas moyen : mais cependant Descartes doutait; que dis-je? il affirmait. Et Maiebranche, un père jésuite, un philosophe, le plus doux des hommes, battait son chien pour entendre le bruit de cette machine. — Mais c'était un monstre. — Pardonnez-moi : il avait le meilleur cœur du monde ; il était certain que sa machine n'avait ni souffrance, ni sensation. — Il était donc fou ? — Peut-être : mais c'était un savant, et tout ce grand 17* siècle était fou avec lui ; car il avait les mêmes idées. — N'y avait-il pas d'exception ? — Certes, il y en avait ; il y en a une illustre: la connaissez-vous? — Cest La Fontaine bien sûr, car ses animaux sont pleins d'esprit et de sentiment. — Oui, et il les aimait vraiment. — Quel animal préférait-il ? — Il se passionnait pour tous tour à tour. Il aimait tout ce qui avait vie, plantes, oiseaux, animaux, la nature entière. — Quel est son animal le plus intelligent ? — C'est le renard. — Lisez-nous encore une fable du renard. — H y en a beaucoup; voyez: "I^ Renard et la Cigogne ; Le Renard qui a la queue coupée." • . . — Qu'est-ce qu'une queue et une cigogne, monsieur ? — Voilà la queue du renard ; priez la sœur de mademoiselle de vous expliquer en français ce que c'est qu'une cigogne. Je continue : ^^ Le Renard, le Loup, et le Cheval ; Le Renard et les raisins ; Le Renard et le Bouc." ... — Voilà la fable que nous demandons. — Pourquoi la préférezvous ? — Vous avez dit que La Fontaine nous dirait si le bouc est intelligent
Eh bien ! voici la fable. . . . Mais il est onze heures et cinq minutes ; il nous &tut renvoyer à demain le plaisir d'entendre pour la seconde fois la poésie de La Fontaine.