‹ Causeries avec mes élèves (volume 2)Chapitre 24 sur 51 · LE COCHET, LE CHAT, ET LE SOURICEAU · texte numérisé non relu

LE COCHET, LE CHAT, ET LE SOURICEAU

U» anuriceau tout jeune, et qui n'aTiUt rien vu,

Fut )HVsqae pris an dépourvu.

Vii'ki comme il conia l'aventure à sa mtre.

J'avais Tranclii les monta qui bornent cet état.

Et trottais comme un jeune rat

Qui cherche à se donner cRrri^re, Lorsque deux aniniauji m'ont an-Êté les yens :

L'un doux, bénin, et gmcieux, Et l'autre turbulent, et plein d'inquiétude ;

n a la voix perçante et rude,

tJor la tête un morceau de chair.

Une sorte de bnu dont il s'élève en l'air

Comme pour prendre sa volée,

Ia quene en pnnache étalée.

Or, c'était un cochet, dont notre souriceau

Fit à SB mÈre le tableau Comme d'un animal venu de l'Amérique.

Il se battait, dit-il, les flanci avec ses bras,

Fflisant tel bruit et tel fVacaa,

Que moi, qui gn^ftce aux dieux de courage me pique,

En ai pris la fuite de peur,

Le maudissant de très-bon cœur.

hans lui j'aurais fait connaissance Avec cet animal qui m'a semblé si doux :

Il est velouté comme nous, Marqueté, longue queue, une humble contenance ; Un modeste regard, et pourtant l'œil luisant.

Je le crois fort sympathisant Avec messieurs les rats ; car il a des oreilles

£n figure aux nôtres pareilles.

Je l'allais aborder, quand d'un son plein d'éclat

L'autre m'a fait prendre la fuite.

Mon fils, dit la souris, ce doucet est un chat,

Qui, sous son minois hypocrite.

Contre toute ta parenté

D'un malin vouloir est porté.

L'autre animal, tout au contraire.

Bien éloigné de nous mal faire.

Servira quelque jour peut-être à nos repas.

Quant au chat, c'est sur nous qu'il fonde sa cuisine.

Garde-toi, tant que tu vivras.

De juger des gens sur la mine.

Qu'est-ce qu'un cochet ? — £t un souriceau ? — Quel est le personnage principal de la hhle ? — Nous représente-t- 11 ? — N*y-a-t-il pas une souris en scène ? — Quel est le plus sage des deux, le souriceau ou la souris ? — Pourquoi ?

— Le souriceau avait-il vu le monde ? — Av£dt-il de Texpérience ? — Pensez-vous qu'il juge bien le monde la première fois qu'il le verra ? — Ne sommes-nous pas comme lui ? — Est-il dangereux pour lui de mal juger ? — Et pour nous ?

L'état, le pays du souriceau et de sa mère est-il grand ?

— Et notre pays, et notre monde? — Le monde de la

souris n'estril pas grand à ses yeux ? — Le monde de la Boaris et notre monde sont-ils beaucoup plus grands Tun que l'autre aux yeux de Dieu ? — Nos monts et nos océans De sont-ils pas pour lui comme les monts qui bornent l'état des souris ?

Que signifie se donner carrière f — Les chevaux des Grecs ne couraient-ils pas dans la carrière d'Olympie ?

Quelle est la première expérience du souriceau dans le monde ? — Qui renoontre-t-il ? — Quelle description fait-il du chat ? — Et du jeune coq ? — Lequel préfère-t-il ? — Pourquoi aime-t-il le chat? — Pourquoi a-t-il peur du coq ? — A-t-il jugé sur la mine ? — A-t-il bien jugé ? — At-il vu un hypocrite ? — L'a-t-il reconnu pour un hypocrite? — Ne jugeons-nous pas comme lui, quand nous entrons dans la vie ? — Rencontrons-nous des hypocrites ?

— Les reconnaissons-nous ? — Sont-ils dangereux ? — En sommes-nous dupes quelquefois ? — Le chat pour les souris et Tartufe pour nous, est-ce la même chose ? — Molière aimait-il Tartufe ? — La vieille souris n'a-t-elle pas signalé le chat, l'hypocrite à son enûmt ? — Et La Fontaine nous signal e-t-il les Tartufes ? — Le souriceau profitera-til de la leçon de sa mère ? — Profiterez-vons de celle de La Fontaine, mon ami? — Un bon drôle comme le coq est-il à craindre ? — Et les hommes qui sont comme lui ?

— Aimez-vous les chats, petite fille? — Aimez-vous les hommes-chats, madame ? — Il n'y a pas de femmes-chats, n'est-ce pas, mesdames ?

Quelle est la morale de notre fable ? — La mine n'estelle pas l'image de l'âme ? — Ne devrait-elle pas l'être ? Ecoutez une petite histoire à ce sujet.

Victor Considérant, un socialiste fameux qui croyait au

progrès de l'espèce humaine, à ses transformatioDs, avait été frappé de ce tait que la mine peut tromper. •' Par la mine nous ne lisons pas dans Ifs âmes, disait-il, et nous ne voyons pm la grimace qu'on fiiit & notre doa après nous avoir fait une révérence et un complimeut par devaoL Il V a là un double vice de notre natare. Quand nous serons plus parfaits, nous verrons dans les cceurs et nous aurons un œil derrière." C'était ingénient, trop ingénieux. Le lendemain de cette découverte de Considéraot, Le Charivari de Paris se moqua et nous fit rire. Il avait représenté un bel homme avec une queue auperbe terminée par une riche touflè de cheveux, et au milieu de celte touâè un œil de bœuf. C'était l'homme de l'avenir.

Croyez-voua à cet homme-là, mademoiselle? — Pouvonsnous espérer avoir une queue un jour? — Ne devronanouj pas noua contenter toujours de l'œil de l'expérience ?

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