‹ Causeries avec mes élèves (volume 2)Chapitre 48 sur 51 · IVRES 1 LIRE · texte numérisé non relu

IVRES 1 LIRE

whîlit they provide ua with libraries, ir ot books ; and, I think, do chair ia Ehbssoh.

Avant de vous dire adîen, mes chers élèves, je veux vous donner pour vos lectures quelques conseils qui vous

guident dans l'ayenir. Cest le plus ûmé de mes siyets ; je pourrais vous y tenir un mois sans l'avoir épuisé. Cependant je serai très-bref: je vous ai signalé toute cette année les grands livres ; d'autre part je vous renvoie à rezoellent chapitre de M. Emerson, Books, que vous connaissez. — J'ai lu cette étude, monsieur : êtes-vous d'accord avec l'auteur ? — Plus complètement que je ne Taie jamais été avec personne sur ce point Je ne saurais vous dire le plaisir que j'ai eu de voir recommander par un tel homme les livres que j'ai toujours recommandés moi-même. Il y a un seul correctif à faire : M. Emerson est anglais dans sa littérature autant que je suis français dans la mienne ; mais il est grec aussi, et quand on se rencontre sur ce sommet, la différence d'opinion est toujours assez légère.

Quelles sont les différences ?

Il est trop long de les toucher en ce moment ; j'en parlerai dans une de mes Conférences de Thiver prochain. Vous savez bien que nous sommes toujours de notre pays. Sans doute M. Emerson, comme tdUs les hommes de génie, comprend mieux que nous l'humanité en général ; il est très-anglais cependant, même en Grèce.

Commençons notre liste par les Grecs. Us sont les premiers et les maîtres. *^ Lisez les Grecs, dit Goethe, les Grecs, toujours les Grecs ! "

Lisez donc :

Homère.

Hérodote.

Eschyle.

Platon.

Plutarque.

Je vous recommande toutes les lionies de M. Emerson

sur ces cinq auteurs. H est inutile que j'y ajoute rien. Ce qu'il dit de Prométhée m*a frappé ; j'ai préféré cette tragédie à tout le théâtre grec, dès les bancs de Tuniversîtë, et elle m'a conduit, je pense, à une admiration enthousiaste pour le Satan de Milton, ce Cromwell sublime du royaume du ciel.

Tenez bonne note des DicdogtMs de Platon que l'auteur signale, mais commencez par le '* Phédon " qui est le plus grand ; et ajoutez à sa liste le ^' Premier Hippias " sur la Beauté. Voilà déjà une omission anglaise.

Nommons avec les cinq auteurs :

Sophocle.

Comment M. Emerson a-t-il pu ne pas le dter ? C'est encore une lacune anglaise, mais inexplicable pour un adorateur de Platon. Lisez au moins les trois tragédies sur Œdipe, et commencez par. Œdtpe^où Vous ne connaîtrez jamais bien la beauté grecque sans cette lecture.

Et Aristophane, monsieur ?

Je ne nommerai pas tous les grands livres, madame, mais seulement ceux que je vous recommande de lire. Par conséquent ma liste ne sera pas une liste complète des génies ; j'en passerai, et des plus grands. Ce ne sera pas oubli, mais réflexion et intérêt pour vous.

Suivez les instructions de M. Emerson sur Plutarque, et lisez les Œuvres morales, aussi bien que Les Vies. Prenez pour les premières la traduction de M. V. Bétolaud, et pour les Vies celle de M. A. Pierron. M. Emerson cite parmi les œuvres : ** Du Démon de Socrate, Isis ef. Osiris, Du Progrès dans la Vertu, Du Bavardage, De TAmour." Je vous signale en outre : " Sur les Sanctuaires dont les Oracles ont cessé, Des Notions communes rapprochées des Maximes stoïciennes. Que les Bêtes ont

l'asage de la raison." — Quand youb perdrez une personne qui vous est chère, ce malheur arrive à tous un jour, lisez : ** Consolation à sa femme, et Consolation à Apollonius." n j a dans ce dernier morceau sur les deux préceptes inscrits au temple de Delphes : ^ Connais-toi toi-même," et ^ Rien de trop," des pages dignes de Platon.

Pour les VîeSfjeYons prie de lire surtout celles indiquées par M. Emerson : '* Cimon, Lycurgue, Alexandre, Démosthène, Phocion, Marcel lus." Ajoutez-y : " Nicias, Alcibiade." Celle-ci est aussi élevée que l'histoire de Thu cydide. J'ai confiance que vous ne vous arrêterez pas plus * dans la lecture de Plutarque que dans celle de Platon, une fois que vous aurez appris à goûter leurs grands livres.

Passons aux Latins.

Le chapitre ** Books " indique :

Tite-Live.

Horace.

Tacite.

Ne manquez pas délire en outre :

Virgile : Les Eglogues, Les Géorfftques, et le quatrième chant de VMfiéide.

Cicéron : Traité des Devoirs.

Est-ce tout pour le latin ? ne devons-nous pas lire Ovide ? — Non. — Et César ? — Vous trouverez peu d'intérêt à le lire dans une traduction. Mais mettez encore sur votre liste: «

Saint Augustin : Les Confessions,

Marc-Aurèle : Pensées,

Prenez l'excellent volume traduit sous ce titre par M. A. Pierron. C'est un des plus grands livres que je connaisse. Cet empereur Stoïcien est un prodige de sagesse humaine et de vertu. Lisez son livre comme vous faites

une prière, en tenant votre âme dans un recueillement reli^eux. Lisez-le surtout les jours où la lecture des Maximes du duc de La Rochefoucauld aura ébranlé votre confiance dans la vertu ; le stoïcien vous relèvera.

Je ne vous donne pas d'autres Latins ; ils sont tant inférieurs aux Grecs !

Quelle traduction £siut-il choisir en général ? — Je partage absolument l'opinion de M. Emerson : ^' The most literal prose version is the hest of ail.

N'est-il pas préférable de lire les livres dans la langue 'de leurs auteurs ? — Si, mais à condition que vous connaissiez ces langues comme la vôtre. Vous êtes en état maintenant de lire les Français en français : pour le reste Fauteur de Society and Solitude a bien raison de dire : "• I should as soon think of swimming across Charles River^ as of reading aU my hooks in originals, when I hâve them renderedfor me in my mother^tongueJ'

Pour les langues vivantes, consultez aussi M. Emerson. Sa liste est riche pour votre langue, et pauvre pour la nôtre. Suivez ses conseils pour l'anglais, les miens pour le français.

Quels anglais recommandez- vous vous-même ? — Ceux-ci :

Shakspeare.

Hilton.

Bacon : Essays»

Prenez la belle édition annotée par R. Whately.

Mrs. Browning : Aurora Leigh.

Walter Scott : quelques romans.

Tliackeray.

Currer Bell : Jane Eyre, ,

Et Macaulay ? — Je lai lu tout entier et beaucoup aîmé ; je ne l'admire phis. Je demande une histoire plus grande,

plus impartiale, moins déclamatoire, plus sérieuse, celle de nos historiens, Aug. Thierry, M. Guizot, ou plus haute et plus puissante, comme celle de M. Michelet.

Et Spenser, monsieur ? — Sans doute, mais ne me demandez pas vos poètes : les conseils ne vous manquent pas sur ce point.

Je n'ai pas besoin de signaler à votre lecture vos grands écrivains, MM. Emerson, Lowell, Longfellow, Holmes, Whittier, Bryant, Hawthorne, Motley, Prescott. Ils figurent parmi les plus grands de ce temps-ci. Vous devez les placer au cœur de votre petite bibliothèque choisie et les lire beaucoup. Ds vous feront penser et vous donne ront la foi dans la grandeur intellectuelle de votre patrie. Kn philosophes, poëtes, historiens, hommes-d'état et orateurs, le Massachusetts a plus produit en ce siècle qu'aucun autre lieu du monde, eu égard à la population.

Je vous recommande :

Dante.

Boccace : Vîe de Dante.

Manzoni : Les Fiancés.

Michel- Ange : Les Sonnets.

Us sont très-grands ; c'est toute l'âme de cet Eschyle de Fart.

Cervantes: Don Quichotte.

Goethe : Les Mntretiens avec Echermann^ La Correspondance entre Schiller et Goethe.

Et DIphigénie de Goethe ? — Oui, mais demandez aux Allemands leurs poëtes. Et le jour oîi vous lirez cette belle composition de Goethe, lisez aussi les deux Iphigénie d'Euripide et celle de Racine, et vous sentirez combien est grand même le dernier des tragiques grecs.

Pour la France ma liste sera plus longue naturellement.

puisque c'est celle-là que j'ai à tous donner tout particulièrement. Du reste avec les Grecs, les Français ont la prose la plus riche et la plus grande, comme les Anglais ont, grâce à Shakespeare, la plus grande poésie, avec les Grecs aussi. Les Grecs sont à côté des plus glorieux dans tous les genres et dans tous les arts.

Je vous recommande donc :

La ChoMon de RolanéL

JoinyiUe : Mémoires,

Froissart: Lee Chroniques.

Ph. de Comines : Mémoires,

Le Roman de la Rose.

Montaigne.

Pascal.

Bossuet : Oraison de la duchesse (f OrUans.

La Rochefoucauld : les Maximes,

La Bruyère: les Caractères,

Molière.

Corneille : le Cidj Horace, Cînna, Polyeucte,

Racine : Athalie, Andromaque, Phèdre, Iphigénie, Bri' tannicus,

La Fontaine.

Mme de Sévignë : quelques Lettres,

Mme de La Fayette : la Princesse de Clèves,

Mme de Motteville : les Mémoires,

Saint-Simon : les Mémoires.

Voltaire : Charles XII,

•T. J. Rousseau : Emile,

Montesquieu : Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains,

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