‹ Causeries d'ÉgypteChapitre 13 sur 40 · LE LIVRE D'UN MAGICIEN EGYPTIEN · texte numérisé non relu

LE LIVRE D'UN MAGICIEN EGYPTIEN

détourner un orage; en revanche, il s'occupait de médecine et il guérissait la morsure des chiens ou la piqûre des serpents par des paroles accompagnées de cérémonies bizarres. Il tenait un débit de maladies à la disposition des braves gens qui désiraient se débarrasser d'un parent à héritage ou d'un voisin gênant ; il distillait des philtres, il préparait et il consacrait des talismans, au besoin il disait la bonne aventure. Tout cela n'allait pas sans lui valoir souvent des avanies ou sans soulever contre lui les rancunes de la population. La loi le poursuivait, le prêtre le regardait de travers, la colère de ses victimes ou de ses dupes l'atteignait parfois et les esprits qu'il dominait ne le préservaient pas d'une condamnation en forme ou d'une vengeance privée; néanmoins le métier rapportait des bénéfices tels que beaucoup passaient par-dessus les inconvénients et, s'y adonnant, y faisaient fortune.

La technique des évocations variait naturellement selon les cas. L'une des plus fréquentes, celle dans laquelle une ou plusieurs divinités se rendaient visibles, voulait une préparation très longue et l'assistance d'un aide particulier, un enfant, un petit garçon âgé de dix ou douze ans. Aujourd'hui encore, l'évocateur qui suscite des scènes dans le miroir d'encre magique ne peut pas les contempler lui-même, car son impureté l'aveugle aux manifestations des esprits ; un enfant qui ;i l'àme et le corps sans tache est seul capable d'y percevoir le reflet des personnages conjurés et d'entendre les paroles qu'ils prononcent, ou d'interpréter leurs actes. Le sorcier se procurait donc une lampe qui n'eût jamais servi. Il la garnissait d'une mèche neuve et d'une huile pure, puis il se retirait dans une pièce isolée, complètement obscure, il y consacrait la lampe et il l'allumait. Sitôt qu'elle brûlait d'un éclat constant, il installait l'enfant devant elle, lui recommandant de fixer son regard sur la flamme, et il déclamait l'oraison qui avait

la vertu d'attirer les dieux. Une drogue dissoute préalablement dans l'huile, une poudre projetée sur la mèche au cours des manipulations, dégageaient un parfum pénétrant : l'enfant ne tardait pas à voir une image se dessiner soit à côté de la flamme, soit dans la flamme môme, et il la signalait à l'opérateur. Celui-ci entamait alors une prière nouvelle et il requérait l'aide de l'être qui se dévoilait en faveur du client pour lequel il travaillait. Il arrivait parfois que le dieu refusât de se déranger ou qu'il s'irritât contre l'importun qui avait troublé sa quiétude, et qu'il le maltraitât, voire le tuât. Un sorcier de Louxor qui, ayant deviné en moi un confrère, ne répugnait pas à m'entretenir de sa science, refusa pourtant de m'en donner une preuve : toutes les fois qu'il avait essayé d'accomplir l'œuvre depuis près d'un an, le sultan rouge qui règne sur les génies mauvais avait tenté de l'étrangler. Les a frites de l'Egypte musulmane n'ont pas, on le voit, perdu la tradition des dieux de l'Egypte pharaonique.

Les pièces du recueil démotique ne diffèrent pas grandement de celles qu'on rencontre dans l'Agrippa de nos sorciers de campagne. Elles présentent, à côté d'adjurations, de conseils, de menaces exprimés en un langage intelligible, des séries de mots baroques, sans signification appréciable pour le vulgaire et presque toujours pour le praticien qui les débite. On y distingue, au milieu de syllabes agglutinées pêle-mêle, des noms et parfois des débris de phrases empruntés^ des idiomes étrangers, à l'éthiopien, au grec, à l'hébreu. Les dieux et les génies devenaient, on ne sait de par quelle loi, les esclaves de ceux qui les appelaient par leur vrai nom, et d'abord en magie comme en religion, on avait employé leur nom courant, celui sous lequel le commun les implorait. Il est probable que cette façon de les citer à paraître se montra peu efficace, et l'on s'avisa que ces vocables d'Amon, de Phtah, de Râ étaient

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