SUR UN FRAGMENT DE VIEILLES ANNALES
rés sur le trône, et aussi l'indication sommaire dune partie des faits survenus de leur temps. On les copiait sur papyrus, ou sur pierre, sur brique, et, môme si Ton admet qu'elles renferment des erreurs ou des lacunes, au moins dans leurs parties les plus anciennes, on est obligé de convenir qu'elles offrent un secours précieux: aux; savants qui travaillent à reconstruire le passé le plus lointain de l'Egypte ou de la Chaldée.
Une seule de celles qui existaient en Egypte nous est parvenue, encore est-ce dans un état de mutilation lamentable. C'est un fragment de granit noir, qui s'est égaré en Sicile on ne sait comment ni à quelle époque, et qui est déposé aujourd'hui au musée de Païenne. Il fut publié en 1896 par l'égyptologue italien Pellegrini, et aussitôt il suscita la curiosité générale, mais la nature du document qu'il portait ne fut définie qu'en 1901(1); ces jours derniers, M. Se ha fer en a donné une traduction complète qui le rend accessible non seulement aux égyptologues de métier, mais aux historiens de l'antiquité (2). L'en-tète a disparu, ainsi que la fin, et aucune ligne n'est complète de ce qui subsiste. On y aperçoit d'abord une série de groupes très courts, alignés à la suite l'un de l'autre dans des rectangles juxtaposés. Ce ne sont pas les noms de naissance des Pharaons, mais leurs prénoms d'intronisation, leurs noms de double, semblables à ceux que nous découvrons depuis quelques années à Sakkarah et près d'Abydos, peutêtre, a-t-on dit, un Canon des souverains particuliers à la Basse-Egypte (3). Il semble que de ceux-là le prénom seul
(1) Maspero, dans la Itevue Critique, mol, t. 1.1, [>. :;m.
(2) II. Schiller, pin liruchstiick alLvgyplisc/ier Antialen, extrait, des Mémoires de l'Académie des Sciences de iierlin, l!)U2, iu-4°, 11 p. et 2 planches.
(3) Les déterminatifs qui accompagnent ces noms représentent en effet le roi, coiffé de la couronne de la liasse-Egypte. J'ai fait observer ailleurs que cela n'était pas une raison suflisante. Les noms inscrits sur les Tables d'Abydos sunt tous déterminés par l'image du roi, coiffé de la couronne
fût resté, et que Ton ne sût déjà rien d'eux si ce n'est qu'ils avaient vécu. Ils sont suivis par d'autres personnages sur le compte desquels on possédait des notions positives, des mentions d'années, l'indication de leur mère, le chiffre des hauteurs que le PsTil avait atteintes lors de chacune de ses inondations. Même si le monument était moins endommagé, aurions-nous là vraiment la somme totale des années de leurs règnes ? Il est permis d'en douter, et pour peu que la chance des fouilles nous favorise, nous aurons plus d'une fois l'occasion de ramener au jour des inscriptions qui nous obligeront à élargir le cadre de la liste. La même sécheresse nous accompagne à mesure que nous examinons les lignes où les princes de la IIIe dynastie étaient énumérés, mais dès que nous abordons la IVe, les indications se multiplient rapidement. Le malheur veut qu'elle soit plus d'à moitié détruite, et nous n'avons qu'une faible portion de ce qui concernait le premier prince de la famille et le dernier : les constructeurs des trois grandes pyramydes , Chéops, Chéphren et Mycérinus se sont perdus dans les lacunes. Les Pharaons qui forment la première moitié de la Ve dynastie ont éprouvé une meilleure fortune : si toutes leurs années ne nous ont pas été conservées, les renseignements que nous rencontrons sur celles dont le texte est intact sont développés si amplement que l'activité de chacun d'eux y revit entière à nos yeux.
Et quels sont les incidents que le chroniqueur enregistrait de préférence ? Ce sont d'abord les épisodes principaux de l'existence du souverain. Sa première année, celle de l'avènement, tirait son nom des solennités usuelles en pareil cas et elle s'appelait Vannée de so7i lever en roi de la Haute et de la Basse-Egypte : il avait lié l'une à l'autre les
de la Haute Égyple : personne n'en a conclu qu'ils étaient des rois de la Haule-Égypte seulement, et de fait, ils régnèrent tous sur les deux Égyptes réunies.