‹ Causeries d'ÉgypteChapitre 25 sur 40 · LA FORTUNE D'UN DIEU EGYPTIEN IL Y A TROIS MILLE ANS · texte numérisé non relu

LA FORTUNE D'UN DIEU EGYPTIEN IL Y A TROIS MILLE ANS

Lorsque le roi Ramsès III se sentit fatigué du pouvoir, il prit philosophiquement son parti de la vieillesse qui lui était venue, et la trente-deuxième année de sou règne, il associa au trône l'aîné de ses fils qui s'appelait Ramsès comme lui. Il le couronna en pompe devant l'armée, la noblesse et le clergé assemblés à Thèbes dans le temple d'Amon, puis quand le nouveau souverain eut été dûment présenté à son peuple, les vies publiques et privées recommencèrent leur train ordinaire. Ramsès IV gouverna, Ramsès III l'aida de ses conseils et se reposa le reste du temps. Comme il avait des loisirs, ce qui vraisemblablement ne lui était pas arrivé depuis le jour lointain où son père Setnakhîti lui avait confié la régence, il en profita pour dicter ou pour commander à ses scribes une sorte de testament politique destiné à suggérer la meilleure idée de sa personne aux générations futures. Une des copies ofiicielles de cet acte véridique a échappé à la destruction, comme par un miracle, et, après être demeurée plus d^un quart de siècle aux mains d un certain Ilarris qui fut consul d'Angleterre à Alexandrie, elle a été achetée, fac-

similée, publiée, traduite par les directeurs du Musée britannique. Elle se termine par un récit sommaire des exploits de Ramsès III; elle contient aussi des listes énormes et de belles descriptions des biens donnés aux dieux par le souverain. Donnés, c'est lui qui le dit et nous pouvons l'en croire si cela nous plaît, mais en réalité, ces dons prétendus furent, dans bien des cas, la confirmation pure et simple de largesses faites par ses prédécesseurs de la dixhuitième et de la dix-neuvième dynasties. Quoiqu'il en soit nous avons là un état authentique des richesses du clergé dans la trente-deuxième année de Ramsès III : le document est unique de son espèce jusqu'à présent.

Les termes en sont parfois un peu vagues, et nous ne devons pas nous attendre à y rencontrer les statistiques minutieuses qui sont consignées au Polyptyque (Tir minon, par exemple : la précision dans le détail n'était pas le fort des Pharaons en travail de panégyriques. D'ailleurs, si les rédacteurs avaient voulu y introduire les dimensions de chaque domaine, avec les noms des fermiers, tenants, colons, esclaves qui les exploitaient, ce n'est pas un seul rouleau de papyrus qu'il leur aurait fallu, c'est une bibliothèque entière. Ils exposent en effet ce qui appartient aux dieux des trois cités maîtresses, Thèbes, Héliopolis, Memphis, puis à ceux des cités moindres, hommes, jardins, terres à blé, bestiaux, bateaux, bourgs et villages. Même indiqués en général et par sommes, les renseignements que le manuscrit Ilarris nous fournit nous permettent de nous figurer assez aisément l'étendue et la nature de la fortune sacerdotale. Il serait trop long et assez fastidieux d'en transcrire les portions qui intéressaient cha que sanctuaire : il suffira d'extraire ce qui concerne Amon thébain, le plus honoré et le mieux rente des dieux de l'Egypte. Il possédait : 5.164 statues divines, 81.322 vassaux, serviteurs et esclaves, 421.262 têtes de

Page 1