‹ Causeries d'ÉgypteChapitre 32 sur 40 · LE TRÉSOR DE TOUKH-EL-C.VRMOUS · texte numérisé non relu

LE TRÉSOR DE TOUKH-EL-C.VRMOUS

avouer pourtant qu'elle est excellente à l'ordinaire et qu'elle justifie le renom d'habileté dont les orfèvres égyptiens jouissaient parmi nous, principalement sur la foi des représentations figurées. Nulle part elle n'apparaît plus belle que dans les deux petits brûle-parfums que nous avons reconstitués. La portion inférieure, l'autel, est rond, cannelé dans sa longueur, monté sur trois pieds de lion ou sur trois avant-trains de sphinx femelle. Les couvercles ont la figure d'un dôme ovoïde surmonté d'un coq. L'un d'eux se divise en deux registres de fleurs épanouies alternant avec des boutons; des sépales de lotus garnissent le sommet et les vapeurs de l'encens s'envolaient par des jours entre les lotus. On voit sur le second couvercle deux bandes, l'une de monstres ailés à corps de lion, l'autre de masques grimaçants empruntés au dieu Bîsou : au-dessus de ceux-ci deux guirlandes de fleurs contournent le dôme, découpées adroitement pour laisser fuir la fumée.

La série grecque comprend assez peu d'objets en argent, mais elle compte un chef-d'a3uvre. C'est un rhyton, une corne à boire, dont la pointe s'enfonce dans l'avant-corps d'un griffon. La patte droite du monstre s'allonge en avant, la gauche se replie sous lui, les deux ailes se déploient et le cou se renfle d'un mouvement large : rien ne surpasse la hardiesse du dessin que la finesse de l'exécution. Et pourtant les bijoux en or soutiennent la comparaison avec ce morceau. Ils sont assez peu nombreux mais d'une conservation et d'une netteté qui permettent d'en apprécier les délicatesses. On y reconnaît dans l'aspect général et dans le détail une ressemblance évidente avec les admirables bijoux du quatrième siècle qui ont été découverts dans la Russie méridionale; si nous en avions ignoré l'origine égyptienne nous aurions été tentés de croire qu'ils proviennent de quelque tombeau criméen. La chaîne estime gourmette souple, solide, terminée en têtes de grillon persan. Les

deux paires de bracelets sont chacune d'un modèle différent. Dans Tune d'elles, le cercle est une tresse à deux brins tordus dont les extrémités sont arrêtées également par deux têtes de griffon. Dans l'autre, c'est un jonc uni qui s'achève en deux bustes de sphinx femelles., les pattes étirées, les ailes recourbées derrière la tête : la coiffure est celle que plusieurs reines de la famille des Ptolémées portent sur leurs médailles. Le cinquième bracelet n'est qu'un serpent, une urseus enroulée qui dresse la tête et qui gonfle le cou, et il n'a de valeur que celle du métal, mais le sixième est l'un des plus beaux sinon le plus beau morceau de son espèce qui soit sorti de terre au cours de ces dernières années. Le cercle en est d'or solide, plat à l'intérieur, arrondi extérieurement. Il est garni sur le devant d'un large nœud dont l'ornementation en filigrane se compose de spirales et de fleurettes d'une fantaisie charmante. Une mignonne figurine d'Eros nu s'enlève en haut relief au milieu des fleurs entre les plis du nœud : ses petites ailes battent des deux côtés de sa tête, et il brandit une patère de la main droite. On pourra, quand on le voudra, décrire exactement le motif et en inventorier les éléments, mais ce que les mots ne sauraient dépeindre c'est la perfection avec laquelle l'orfèvre l'a interprété. Seule la photographie, et une photographie agrandie au double de l'original, exprimerait la grâce des contours et la richesse des ornements.

C'est évidemment pour les soustraire à des perquisitions inquiétantes que le propriétaire de tant d'objets disparates les avait cachés dans une cruche sous terre. Le fit-il au moment d'une incursion étrangère ou d'une guerre civile? Toutes les monnaies d'or que nous avons recueillies au nombre de cent huit, et celles des monnaies d'argent que nous avons nettoyées, sont de Ptolémée, fils de Lagos, et elles indiquent pour la date de l'enfouissement les der-

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