SUR UNE TROUVAILLE RECENTE D'ORFÈVRERIE ÉGYPTIENNE
On voit souvent sur les bas-reliefs égyptiens, parmi les ruines des temples comme dans les tombeaux, des étalages immenses de bijoux précieux et d'orfèvreries. Les vases y présentent des formes bizarres parfois à notre gré, et des éléments d'un goût douteux en surchargent les contours : il faut confesser pourtant qu'ils sont pour la plupart d'un galbe très pur et que les motifs du décor s'y combinent avec une simplicité et avec une élégance presque irréprochables. La panse en est habillée de fleurs ou d'ornements géométriques. Des zones de plantes, de poissons, d'oiseaux, de quadrupèdes, d'hommes aux attitudes variées entourent le goulot. L'anse revêt cent figures imprévues mais charmantes : c'est un gros lotus qui sort de l'un des flancs et dont la tête pesante vient s'appliquer à la lèvre du pourtour ; c'est un Asiatique ou un nègre qui se renversent de chaque coté comme pour enlever le rebord d'un coup de rein ; c'est un renard qui monte à l'assaut du goulot afin d'échapper à la poursuite d'une meute invisible ; c'est une chèvre dressée sur ses pattes de derrière et qui, le museau allongé vers le bord, semble
aspirer l'odeur du bon vin à pleines narines. Les inscriptions gravées au-dessus de chaque pièce nous apprennent, et les dimensions qui sont quelquefois importantes, et le métal dont elle est faite, or, électrum, argent, bronze émaillé ou nu : le poids en était considérable, et la valeur vénale de la matière égalait d'ordinaire, si elle ne dépassait pas, l'intérêt artistique de l'objet. Cette vaisselle prodigieuse avait trop de prix pour durer : le creuset l'a dévorée presque toute dès l'antiquité et le peu qui avait échappé à la destruction ne rappelait que de loin les représentations monumentales, les coupes plates de Thoutiî au Louvre, les patères en cuivre doré du tombeau de Rakhmirîya, l'argenterie du Caire, trouvaille de Tmaî-el-Amdîd et trouvaille de Toukh-el-Garmous, encore cette dernière est-elle d'époque saïte et ptolémaïque et passait-elle pour avoir subi l'influence grecque (1). Les tells de Bubastis viennent de nous rendre un trésor qui remonte aux derniers temps de la XIXe dynastie.
Il y fut découvert par des ouvriers qui consolidaient une chaussée de chemin de fer. Le site est riche en antiquités et, lorsqu'on le remue assez longtemps, il finit par dégorger des merveilles : un des hommes déterra coup sur coup deux vases intacts, l'un en or, l'autre en argent, puis bientôt après une masse de bijoux en argent qu'il dissimula de son mieux sous les remblais avec l'aide d'un de ses camarades. Ils les emportèrent pendant la nuit, et ils les vendirent pour une dizaine de livres à un marchand du cru, qui en informa aussitôt un de ses correspondants du Caire. L'aubaine nous échappait, si l'un de nos gardiens, qui avait surpris le rapt mais qui ne s'était pas senti de force à l'empêcher, ne s'était empressé de dénoncer les faits à notre inspecteur local Mohammed Efîendi Chabân et à
(1) Voir plus haut, pp. 305-310, l'article intitulé le Trésor de Toukh-el- Garmous.