SUR UNE TROUVAILLE D'ORFEVRERIE ÉGYPTIENNE
l'inspecteur en chef du Delta, M. Edgar. Ils firent aussitôt saisir le butin chez le receleur, d'où procès qui se termina à notre avantage : la propriété des deux vases nous fut confirmée et les deux terrassiers indélicats furent condamnés à la prison. En même temps Edgar reprenait la fouille à l'endroit où la découverte avait eu lieu, et bientôt de nouveaux objets surgirent. Il semble qu'ils étaient enfermés à l'origine dans une vaste jarre d'argile séchée au soleil. Celleci s'était brisée, soit jadis sous la poussée des décombres accumulés, soit récemment sous la pioche des terrassiers, et le contenu s'était répandu aux alentours; seuls les résidus du fond s'étaient agglutinés par la pression des masses supérieures en un culot compact de terre durcie et de métal. Malgré leur vigilance, nos gens ne parvinrent pas à sauver tout, et quelques morceaux s'égarèrent entre les mains d'un antiquaire cairote, une passoire en or, un goulot de vase en or finement ciselé, puis les fragments de trois ou quatre plats d'argent et cinq à six vases en argent entièrement lisses. Le gros lot nous échut pourtant et il est exposé dans nos vitrines, deux pots en or et une coupe en or d'une conservation parfaite, une demi-douzaine de coupes plates en argent brisées menu et dont deux seulement ont été reconstituées jusqu'à ce jour, un pichet en argent avec anse et garniture en or, deux admirables bracelets en or et en lapis-lazuli, deux colliers en or et en pierres fines, puis des feuilles d'argent cisaillées et tordues provenant d'objets détruits, un lingot d'argent, des boucles d'oreilles et des bracelets en argent, toute une boutique de bijouteries à bon marché dont la facture n'a rien de commun avec celle des deux bracelets en or et de l'orfèvrerie.
Il y a là, en effet, les produits confondus de plusieurs âges différents. Les boucles et les bracelets en argent offrent le type de ceux qu'on rencontre aux derniers temps
de l'empire romain ou aux premiers de la domination arabe. Les unes sont de simples anneaux légèrement allongés en ovale, avec un semis de granules soudés à la courbure inférieure par trois ou quatre d'affilée ou bien superposés deux et un. Les autres consistent en un bâtonnet arrondi, coupé droit et orné aux extrémités d'un quadrillage incisé grossièrement à la pointe, puis arrêté par deux lignes parallèles. Au contraire, les bracelets en or et en lapis-lazuli portent le nom de Ramsès II ; la coupe en or et quelquesunes des patères appartinrent à la reine Taouosrît, arrière-petite-fille de Ramsès II, ou à des officiers de sa maison, et ceux des objets sur lesquels on ne lit aucune inscription ressemblent tant à ceux-là qu'on ne saurait douter qu'ils proviennent delà même époque et peut-être du même atelier. Il y a donc vingt siècles d'écart, plus ou moins, entre les deux séries, et l'on risquerait de chercher en vain les causes qui les ont réunies, si les circonstances mêmes de la découverte ne nous fournissaient la solution du problème. Comme les orfèvres modernes de l'Egypte, les anciens s'approvisionnaient de bijoux et de vases recueillis dans les ruines des villes par les fellahs en quêtes de sébakh; ils les achetaient au poids, et, s'ils épargnaient parfois les objets les mieux conservés afin de les vendre d'occasion, ils dépeçaient aussitôt le reste et ils utilisaient les morceaux pour les besoins de la fabrication courante. C'est évidemment la réserve d'un orfèvre de petite ville que le hasard nous a livré cette année. Les vases et les bijoux en or de la première série constituaient une provision qu'il s'était procurée chez les preneurs de sébahk, et qu'il se proposait sans doute de vendre telle quelle à des amateurs de vaisselle précieuse, mais il avait déjà brisé et fondu en partie les plats et les vases en argent afin de les transformer en boucles d'oreilles et en bracelets. A en juger par les spécimens qu'il nous a laissés, il n'était pas d'une