SUR UNE TROUVAILLE D'ORFEVRERIE ÉGYPTIENNE
habileté transcendante en son métier et sa clientèle ne se montrait pas difficile : habitait-il un quartier de petites gens sans grandes prétentions aux raffinements de la parure, ou peut-être Bubaste n'était-elle déjà plus qu'une ville moribonde, abandonnée de presque toute sa population aisée ? Il fut probablement tué et sa maison détruite dans une des guerres qui ensanglantèrent l'Egypte vers les débuts de la conquête arabe; les murs, en s'éboulant sur sa boutique, ont enterré les richesses qu'elle contenait et nous les ont gardées loyalement.
Certes, les bracelets de Ramsès II sont des merveilles de technique, mais nous possédons au Musée mieux que cela parmi les trésors de Thèbes et de Dahchour ; d'ailleurs l'habileté des bijoutiers égyptiens nous était manifeste par mille exemples et elle n'est plus pour nous étonner. Ce qu'il y a de vraiment nouveau dans le fond de Bubaste, c'est ce qu'il nous enseigne des orfèvreries de l'âge Ramesside. On se demandait naguère encore si les variétés innombrables de vases figurées sur les monuments étaient bien authentiques, et si beaucoup d'entre elles avaient existé autre part que dans l'imagination des artistes chargés de décorer les temples ou les tombeaux ; il paraissait presque impossible que tant d'inventions luxuriantes et tant d'ingéniosité de dessin eussent été réalisées sur le métal à une époque aussi ancienne. Il n'y a plus à douter maintenant que toutes les espèces représentées n'existassent vraiment. Des planches — et beaucoup de planches — me seraient nécessaires, si je voulais montrer ce qu'il y a de délicatesse et de fermeté tout ensemble dans nos vases d'or : la phrase seule est impuissante à en donner une idée égale à la réalité. Et pourtant, il faut bien essayer de décrire en quelques mots le vase en argent que l'on considère comme le morceau principal de la trouvaille. Il ne mesure guère plus de vingt-cinq centimètres de hauteur et
la forme en est des plus familières : je ne saurais mieux la comparer qu'à celle d'une bouillotte de taille moyenne sans gueule ni couvercle. Le corps entier est d'un argent très pur que l'enfouissement a revêtu d'une croûte de terre et d'oxyde bleuâtre, et que le pic d'un ouvrier a crevé malencontreusement en un endroit au moment de la découverte. La panse est séparée du goulot par une ligne horizontale d'hiéroglyphes où le double du propriétaire reçoit des souhaits de vie joyeuse en ce monde et dans l'autre ; elle est couverte d'un bossage au repoussé dont les saillies régulières rompent la monotonie de la surface et la colorent par les jeux de l'ombre et de la lumière. Le goulot est garni sur son rebord d'une ourlure d'or léger : quatre bandes d'animaux, d'hommes et de fleurs s'y étagent, que l'oxyde a empâtées et dont il nous empêche de saisir le détail. Il n'y a rien là qu'on ne rencontre ailleurs, mais, ce qui sort de l'ordinaire c'est la façon spirituelle dont l'anse a été conçue par le sculpteur. Une chèvre, attirée au parfum du liquide enfermé là-dedans, a escaladé le renflement de la panse, et, dressée le long du goulot dans un élan de convoitise, elle appuie ses pattes de devant et son museau contre le filet d'or. Le mouvement, à la fois prudent et hardi dont elle s'enlève, l'extension du train de derrière et de l'échiné, l'expression gourmande de la tête et du museau sont d'une justesse inouïe, et le faire égale au moins l'invention : jamais maître ciseleur ne fouilla l'or d'une pointe plus savante. C'est une œuvre pour tous les temps.
Et elle est bien égyptienne, sans aucune trace d'influence étrangère. On s'est inquiété beaucoup, depuis quelques années, de savoir ce que l'Egypte devait aux peuples qui l'avoisinaient et au contact de qui elle avait vécu : les Chaldéens, les Assyriens, les tribus de l'Asie- Mineure et celles de la Grèce sont entrés en lice tour à tour,
SUR UNE TROUVAILLE d'oRI ÈVRERIE ÉGYPTIENNE .Vil
et Ton a pu croire un moment qu'au choc de leurs revendications, l'originalité de l'Egypte allait disparaître entière. En fait, il s'est passé dans ce monde ancien ce qui se passe dans notre monde moderne : les nations échangent leurs inspirations d'art, leurs méthodes de travail, leurs procédés d'industrie et, le caprice aidant, chacune d'elles impose les siennes aux autres l'espace de plusieurs générations. Les contrées du vieil Orient ont chuldaisé, égyptisé, mycénisé,assyrisé tour à tour, et toujours il leur est resté quelque chose de ces modes diverses, dans des proportions plus ou moins sensibles selon la vitalité de leur génie propre. L'Egypte a subi ces entraînements comme ses contemporaines, mais avec la puissance d'absorption qu'on lui connaît, elle a eu vite fait d'en neutraliser les ell'ets et de s'assimiler complètement ou d'éliminer les éléments qui lui venaient du dehors. A se heurter sans cesse aux forteresses syriennes, Ramsès III conçut le désir d'en avoir une aux bords du Nil, et il se bâtit le Pavillon de Médinét- Ilabou, mais on ne voit pas que cette fantaisie ait modifié les tendances de l'architecture nationale : son exemple ne fut imité de personne après lui. Ce qui est vrai des arts majeurs tels que l'architecture ne l'est pas moins des arts industriels tels que la bijouterie et l'orfèvrerie. Les butins rapportés des expéditions lointaines contenaient des milliers de pièces d'une facture nouvelle ou rare aux bords du Nil : on les copia ou l'on s'en inspira, mais le premier intérêt émoussé, on revint aux modèles traditionnels. Les quelques motifs de décor qui se maintinrent se plièrent aux habitudes de l'art indigène : une génération ou deux ne s'étaient pas écoulées qu'on ne les distinguait plus déjà des motifs purement égyptiens.
■| janvier 1W)7.
Il y a deux ans, M. Théodore Davis découvrait dans la Vallée des Rois, à Thèbes, un ménage de momies endormi paisiblement au milieu de son mobilier, le père et la mère dé la reine Tîyi (1) ; il est entré chez la reine ellemême cette année. C'est au tournant du ravin qui conduit chez Sétoui Ier. Une nappe de gravier et de cailloux roulés s'étalait sur le site et nul indice n'y trahissait la présence d'un tombeau. M. Davis l'attaqua pourtant, fidèle à son principe de ne laisser aucun recoin inexploré si peu encourageant que l'aspect en put être, et la fortune récompensa une fois de plus l'esprit de méthode qui préside à ses recherches. Quelques jours de travail, et le rectangle régulier d'une fosse se dessina sur le sol, deux ou trois marches apparurent puis tout un escalier à ciel ouvert, une porte, un couloir, un mur de rocailles et de terre battue. Les sceaux apposés par les gardiens, il y a plus de trente siècles, étaient intacts sur le crépi. Il les leva le 6 janvier, et l'obstacle jeté bas, il se heurta à une barri-
(1) L'histoire de la découverte a été contée dans le feuilleton du Journal des Débats en date du 2!) mars I !)()."; cf. p. 281-287 du présent volume, l'article intitulé Une tombe nouvelle dans la Vallée des Hois. J'ai remanié la (in du présent article pour y introduire les résultats de l'étude faite par le docteur Elliot Smith et les conjectures auxquelles elle peut donner lieu.
cade de moellons empilés en désordre. Deux panneaux en bois doré, vermoulus et ternis, s'allongeaient négligemment sur le tas en travers de la baie. Il les aurait brisés peut-être en les enlevant : il préféra les éviter et se glisser rampant contre la paroi de droite, les genoux et la face aux angles des pierres, le dos au plafond. Arrivé au fond, il constata qu'un éboulement s'était produit naguère, au moment des dernières cérémonies : les portions extrêmes du barrage, s'écroulant dans la chambre, l'avaient remplie jusque vers le milieu.
Un fil dérivé du réseau qui fournit l'éclairage aux syringes royales avait amené la force électrique : des reflets d'or éclatèrent partout au premier rayon qui jaillit, et M. Davis put se croire transporté dans une de ces grottes à trésors dont les Mille et une Nuits nous décrivent les merveilles. Or sur le sol, or sur les murs, or là-bas dans l'angle le plus reculé où le cercueil s'accote à la muraille, or vif et clair comme s'il sortait tout battant neuf des mains de l'orfèvre, or voilé à demi par la poussière des âges et luttant pour se dégager d'elle, il semble que tout l'or de l'Egypte antique s'allume et flambe dans ce réduit. Les deux ouvriers indigènes qui ont accompagné M. Davis pour lui donner un coup de main en cas de besoin n'en croient pas leurs yeux. Tout à l'heure, ils en diront deux mots à leurs camarades, et la nouvelle volant de bouche en bouche ne tardera pas à franchir la montagne qui sépare les Bibân-el-molouk de Deir-el-Bahari. Elle s'enflera à mesure qu'elle se répandra par la plaine, de FAssassif à Gournah et de Gournah à Louxor. Les lingots se multiplieront et les urnes débordantes de monnaies lourdes, et les plaquettes, et les vases, et les armes, et les statues massives : on les comptera par milliers ce soir, et il faudra convoquer la police pour prévenir le danger d'un assaut. Et pourtant, si l'on y regarde de près, la réalité est assez
LE TOMBEAU DE LA REINE TIYI 3'i5
médiocre. Le cercueil est bien une gaine d'or incrustée de pierre et d'émaux, mais l'or n'a point de consistance et les soi-disant émaux ne sont que des cailloux multicolores ou des pâtes de verre teintées. D'autre part, le traîneau sur lequel on avait charrié la momie était en bois comme d'habitude et enduit de stuc : on y avait ciselé des bas-reliefs très fins, puis on y avait appliqué une pellicule d'or sans épaisseur. On le démonta pour l'introduire au caveau et on posa les panneaux et les pieds-droits au hasard dans le premier endroit venu, les uns au milieu de la chambre, les autres appuyés contre le mur. Epars ainsi, ils présentaient une surface énorme et qui reluisait généreusement, mais où la valeur du métal est presque nulle. L'objet n'en est pas moins unique de son genre jusqu'à présent, et il aurait fait bonne figure au Musée, si nous avions réussi à l'y transporter tel quel et à l'y reconstruire. Par malheur, la colle qui avait lié le paillon au stuc et le stuc au bois s'était évaporée au cours des temps, et les parties ne tenaient plus en place que par un reste d'habitude. Sitôt que l'air du dehors les eut touchées, elles se disloquèrent et le décor, se détachant par couches, se réduisit en poussière sous les yeux mêmes de l'artiste qui le copiait. Moins d'une semaine après l'ouverture, les panneaux étaient nus, ceux-là seuls exceptés qui étaient demeurés en plan depuis le jour de l'enterrement.
L'un d'eux porte un tableau qu'on croirait emprunté aux hypogées d'El-Amarna. Le roi Khouniatonou et sa mère Tîyi sont là debout en adoration devant leur dieu : le disque solaire plane au-dessus du sacrifice et il lance dans toutes les directions ses rayons armés de mains prenantes, dont les unes jouent parmi les offrandes, tandis que les autres tendent la croix de vie aux souverains. L'inscription déclare que le Pharaon a fabriqué ce traîneau pour sa mère la dame Tîyi, et nous serions assurés dès
maintenant que les reliques d'humanité aplaties sur le sol à quelques pas de nous sont celles de la reine, si la légende gravée sur un second panneau n'en attribuait pas la possession au roi : nous serions-nous égarés chez Khouniatonou sans nous en douter? Pourtant, les lignes d'hiéroglyphes tracées sur le cercueil contiennent le cartouche de la reine, et la momie, examinée rapidement, semble bien être celle d'une femme. Elle est emmaillotée assez chichement dans deux ou trois épaisseurs de toiles, fines si l'on veut, mais élimées, trouées, rapiécées. Gomme à l'ordinaire on avait choisi pour l'habiller le linge le plus usé de la garde-robe, et, afin de compenser cet excès de parcimonie, on l'avait roulée ensuite dans une vingtaine de lames d'or llexible qui lui formaient une gaine lâche : c'était la misère en-dessous, mais au-dessus le luxe le plus extravagant. Le corps a mal résisté à l'action lente des siècles. Il n'est plus qu'un résidu d'os fibreux et de membres désarticulés auxquels un peu de chair sèche adhère par endroits. Le crâne était emboîté dans une sorte de casque en or audevant duquel on pensa d'abord distinguer la saillie de l'urœus royale ; toutefois cet armet prétendu se trouva n'être à l'examen qu'une feuille d'or découpée en vautour, les ailes déployées et le sceau d'éternité aux serres. C'est la coiffure des reines-mères, mais dans la hâte de la mise au cercueil les embaumeurs l'avaient ajustée de travers, le bec à la nuque et la queue au front de la momie. Les traits avaient relativement peu souffert, et, malgré l'écrasement du nez, ils demeuraient très nettement définis. Les statues et les bas-reliefs prêtent toujours à Tiyi une bouche proéminente et un menton énorme. Elle avait hérité ces caractères de sa mère Touîyou, ainsi qu'on s'en convaincra aisément au musée du Caire, et elle les avait transmis à son fils Khouniatonou : le cadavre couché à nos pieds les offre, et la comparaison "de son profil
avec celui de la femme représentée sur les panneaux dorés nous garantit qu'il est de la famille. Le type est fréquent chez les tribus errantes entre le Nil et la Mer Rouge : si Ton voulait tirer des conclusions de l'apparence, ne serait-on pas autorisé à prétendre que Tiyi comptait des ancêtres assez proches parmi les Bicharis antiques, au moins du côté maternel?
Des voleurs n'auraient pas manqué d'emporter les feuilles d'or; puisqu'elles sont encore là, c'est que la tombe n'a pas été violée, mais alors qu'est devenu le mobilier qui devait correspondre à tant de richesse personnelle? Les parents d'il y a deux ans possédaient des fauteuils, des coffres à bijoux, un panier à linge, des sandales, des statuettes répondantes, des simulacres de vases à parfums, des lits, des chevets, des provisions desséchées et empaquetées, de quoi remplir une salle entière de notre musée ; on n'apercevait sur leurs murs ni une inscription, ni un tableau, mais ce qu'il leur fallait pour vivre confortablement dans l'autre monde, ils l'avaient à profusion. Le caveau de leur fille est nu comme le leur, parois gauchies et mal blanchies à la chaux, niche creusée de guingois au côté droit, plafond crevé et fendillé en tous sens, et sur le sol la couche de sable rituelle. Plusieurs pots de terre étaient semés au hasard, trois ou quatre jolis cornets en albâtre derrière la tête, une douzaine d'amulettes variés entre les panneaux; à force de fureter partout, on finit par recueillir environ une centaine de menus objets. Quelques-uns étaient un don d'Aménôthès III et ils avaient figuré sur la table de toilette de la reine, un llacon à kohol en malachite ébréché et sans goulot, une fiole en hématite polie, une manière de gobelet en brèche verte. Comme ils étaient trop endommagés pour l'usage des vivants on les lui avait laissés ; c'était la façon habituelle de concilier l'économie bien entendue avec la prodigalité
sans borne que la piété commandait. Après cela, on ne s'étonnera plus d'apprendre que le reste de la trouvaille consiste surtout en modèles minuscules de meubles ou d'ustensiles domestiques. Coffres à linge de six centimètres de long en émail vert, boumerangs, couteaux, maillets, coupes, ce ménage de poupée amusant et puéril était chezlesdoub/es l'équivalent de leur ménage terrestre; il produisait pour eux les mêmes effets et il coûtait beaucoup moins cher aux survivants. Les quatre canopes avaient été emmagasinés dans la niche de l'Ouest ; ils sont en albâtre surmontés chacun d'une tête de femme, et on y reconnaît soudain les portraits de la reine, — ou du roi ? — non pas vieillie et telle qu'elle était vers sa fin, mais dans la force de l'âge. Ils coiffent la lourde perruque et ils ont perdu l'urseus de bronze doré qui se dressait au-dessus de leur front ; même l'un d'eux a eu le nez écrasé dans quelque bagarre. Ils sont de la main d'un maître et ils donnent l'impression de la fidélité au modèle : visage long, d'un dessin sec et un peu grêle, yeux retroussés légèrement vers les tempes, joues maigres, nez droit et mince, bouche ferme, menton volontaire, expression obstinée et presque cruelle. Ce sont autant de chefs-d'œuvre de sculpture réaliste et l'on souhaiterait qu'ils fussent vraiment ceux de Tiyi ; on comprendrait l'empire qu'elle prit sur le débonnaire Aménôthès III, et comment de simple fille de prêtre qu'elle était elle sut devenir reine d'Egypte.
Le contraste est si fort entre sa fortune et la mesquinerie de sa dot funéraire qu'on se demande si l'endroit où M. Davis vient de la rencontrer est son tombeau d'origine : j'en ai douté quant à moi du moment même que j'y suis descendu. Elle mourut avant son fils et la splendeur de son cercueil montre qu'elle fut traitée avec la pompe qui revenait de droit à la mère du souverain régnant : elle eut alors, — à Thèbes ou bien à el-Amarna? on ne
sait, — une hypogée digne de son rang. Mais, une dizaine d'années plus tard, quand la réaction triompha et que le deuxième ou le troisième successeur de Khouniatonou restaura le culte d'Amon, il fallut la soustraire à la haine des prêtres thébains. On l'enleva sans rien dire, on la chargea sur le traîneau des premières funérailles après y avoir effacé l'image du Pharaon maudit, on n'oublia point les canopes qui étaient nécessaires à la perpétuité du double, on ramassa quelques menus objets et on abandonna le gros du mobilier dans les salles qu'elle quitta. L'opération fut menée rapidement à l'insu de la foule et peut-être avec négligence : sommes-nous certains qu'il n'y ait pas quelque erreur commise et qu'on ne confondit pas la dépouille d'un autre membre de la même famille avec celle de la reine? Le Dr Elliot Smitt, examinant le crâne à loisir dans une des salles de notre musée, a déclaré que c'était celui d'un jeune homme âgé de vingtcinq ans au plus. Khouniatonou, n'était plus aussi jeune quand il mourut et il est exclu par cela seul, mais on pourrait songer à l'un de ses gendres, celui qui régna quelques mois à peine sous le nom de Sâanakhouîtou, Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, il résulte avec évidence des faits observés au moment où M. Davis entra dans le réduit que les Égyptiens qui procédèrent à l'enterrement crurent avoir à faire à une reine et bien certainement à la reine Tîyi. Ils lui posèrent sur la tête une coiffure de femme, ils rangèrent les can opes — les siens ou ceux du roi ? — dans la niche, ils poussèrent le cercueil dans un coin, ils répandirent sur le sable, à l'aventure, l'attirail de toilette et le bagage minuscule, puis ils obstruèrent le couloiravec des moellons. Alors que l'on introduisait les derniers morceaux du traîneau, l'accès était déjà si étroit qu'une fausse manœuvre renversa les assises intérieures du remblai dans la chambre. On ne se soucia pas de les relever, mais on
laissa les bois sur le tas, à l'endroit où ils étaient au moment de l'accident ; on mura la porte et on combla la fosse. La cachette avait été choisie si heureusement, que Tiyi — ou son remplaçant involontaire — a pu y dormir en paix pendant plus de trois mille ans.
20 mars 1907.