INSCRIPTION TRILINGUE DE C. CORNELIUS GALLUS
Les fellahs du Saîd se montraient dès lors irréductibles aux influences du dehors. Ils les subissaient, faute de se sentir assez forts pour les rejeter, et ils acceptaient en apparence les modifications qu'elles imposaient à leur vie politique ou privée ; ils payaient l'impùt, ils fournissaient le service militaire, ils se pliaient aux rites de l'administration nouvelle, ils inscrivaient les noms des Achéménides et des Ptolémées en tète de leurs actes ou sur les murailles de leurs temples, mais leur obédience s'arrêtait à ces marques extérieures, et, dans tout ce que la volonté des gouvernements étrangers ne leur ordonnait pas expressément, ils conservaient leurs habitudes et leurs conceptions d'autrefois. Quand le stratège grec avait perçu leurs taxes et réglé celles de leurs affaires qu'ils étaient obligés de lui soumettre, ils rentraient dans leur vie antique, et ils y retrouvaient toutes les formes en usage dans l'Egypte des Thoutmôsis ou des Ramsès ; le véritable chef n'était plus pour eux le Grec mais le noble ou le prêtre héréditaire, et si, par fortune, il avait dans les veines quelques gouttes plus ou moins pures du sang royal, il était le roi de droit, qu'ils vénéraient secrètement jusqu'au jour où une circonstance heureuse les encourageait à le déclarer roi de fait et à l'introniser ouvertement. Un siècle et demi au moins avant la mort de Cléopâtre, deux de ces prétendants avaient réussi à soulever la ville môme de Thèbes et ils s'étaient succédé sur le trône, tandis que les Ptolémées se querellaient dans le Nord. Ç'avaient été des Pharaons véritables, avec cartouches, sceptres au poing, urœus au front, casques et couronnes traditionnelles ; leur suzeraineté n'avait pesé que sur une demi • douzaine de villes ou de bourgades, mais les premiers princes de la XI" ou de la XVIIe Dynasties n'avaient-ils pas débuté par être des roitelets d'étoire aussi mince, et leur faiblesse originelle les avait-elle empêchés de réunir
les nomes en un Etat unique, puis de fonder un empire immense ? Ceux-ci n'eurent pas le temps d'affermir et d'étendre leur autorité ; Ptolémée Epiphane mit la main sur Thèbes et châtia les rebelles de façon cruelle. Il ne parvint pas à étouffer l'esprit d'indépendance qui animait le pays, et des séditions éclatèrent après sa mort, dont la dernière ne fut réprimée par Ptolémée Aulète qu'au prix d'une guerre meurtrière. Thèbes succomba en l'an 67, après un long siège ; son enceinte fut rasée, sa population fut dispersée. Elle ne guérit jamais de la blessure dont elle fut frappée alors.
Strabon attribue l'insurrection qui se propagea au Midi contre les Romains aussitôt après la conquête à la difficulté de supporter des impôts écrasants. Il est plus probable que les nomes du Saîd avaient profité des troubles qui précédèrent la mort de Cléopâtre pour chasser les garnisons grecques et pour rétablir leurs dynasties locales. Lorsqu' Alexandrie fut prise et l'Egypte annexée à l'empire, ils refusèrent assez naturellement de payer au nouveau maître les tributs qu'ils refusaient à l'ancien. Ils n'avaient sans doute que des idées assez confuses sur ce qu'était Rome ; ils savaient seulement qu'elle était située au-delà des mers, et ils crurent que l'éloignement les sauverait de ses attaques. Gallus fut contraint de mener la campagne à fond pour prendre possession de ce peuple qui ne voulait pas courber sous son autorité : « G. Corne- « lius, fils de Cneius Gallus, chevalier romain, le premier « préfet d'Alexandrie et de l'Egypte après la défaite des « rois par César, fils du divin Jules, pour avoir vaincu « la défection de la Thébaïde en quinze jours pendant « lesquels il défit l'ennemi deux fois en bataille rangée, « pour avoir enlevé cinq villes, Boresis, Coptos, Kéra- « mîké, Diospolis-la-Grande, Oplmeon, et avoir tué les « chefs de ces défections, pour avoir conduit le premier