‹ Causeries d'ÉgypteChapitre 9 sur 40 · INSCRIPTION TRILINGUE DE C. CORNELIUS GALLUS · texte numérisé non relu

INSCRIPTION TRILINGUE DE C. CORNELIUS GALLUS

« une armée au-delà de la cataracte du Nil, auquel lieu « n'étaient parvenus les étendards ni du peuple romain, « ni des rois égyptiens, après avoir soumis la Thébaïde, « commune terreur de tous les rois, entendu près de « Philo- les envoyés du roi des Ethiopiens, reçu ce roi « dans la tutelle du peuple romain, institué un prince « vassal dans le Triacontaschène sur la frontière de « l'Ethiopie, [a érigé cette stèle] aux dieux de la patrie et « au Nil propice, [en actions de grâces]. » C'était la prise de possession et l'organisation des territoires qui appartinrent désormais pendant près de sept siècles aux Césars, puis aux empereurs byzantins. Le Pharaon d'Ethiopie voulut se concilier son voisin, et il lui dépêcha soudain une ambassade pour nouer des relations amicales avec lui. Gallus affecta de voir dans cette démarche une marque de sujétion, mais les termes différents qu'il emploie en latin et en grec afin de rendre sa pensée prouvent bien qu'il savait à quoi s'en tenir. Dans l'un, il parle de la protection et de la tutelle acceptées par le souverain ; dans l'autre, il se borne à confesser que le roi lui a proposé d'être son hôte, et il rend à la soi-disant déclaration de vasselage son caractère d'offre de proxénie. Dion Cassius expose que les ennemis de Cornélius Gallus l'accusèrent plus tard auprès d'Auguste d'avoir affecté les allures d'un roi plutôt que celles d'un simple gouverneur, et ils citèrent à l'appui de leurs dires les inscriptions qu'il avait gravées sur le revêtement des pyramides de Gizéh. Disgracié, rappelé à Rome et se sentant perdu, il se tua pour échapper au supplice, donnant le premier exemple de ces suicides qui se multiplièrent si fort à partir du principat de Tibère ; Auguste se plaignit qu'il lui eût ainsi ravi sa vengeance. Les inscriptions des Pyramides n'existent plus, mais celles de Philae nous sont un bon échantillon de ce qu'elles pouvaient être, et le ton

y dénote la haute opinion que l'homme entretenait de luimôme. La langue en est ferme et le tour ample, comme dans la plupart des textes de cette époque ; mais on conçoit, en les lisant, qu'Auguste ait conçu quelque inquiétude sur la fidélité d'un général qui savait si bien exalter ses propres mérites.

Il est difficile pour un contemporain de ne pas songer immédiatement à cette autre inscription plus moderne, qui s'étale en bonne place sur le montant intérieur de la grande porte à Philœ. Dix-huit siècles après le Gaulois Cornélius, d'autres Gaulois, transportés en Nubie par un coup d'aventure et voulant y laisser un souvenir de leur présence, racontaient en style lapidaire, comment « l'an VI « de la République, le 12 messidor, une armée française, « commandée par Bonaparte, est descendue à Alexandrie. « L'armée ayant mis, vingt jours après, les mamelucks « en fuite aux Pyramides, Desaix, commandant la prea mière division, les a poursuivis au-delà des cataractes, « où il est arrivé le 13 nivôse de l'an VII ». L'inscription du Français est plus simple que celle du latin, mais au fond le sentiment est le môme chez les deux. La première cataracte n'est plus à nos yeux, dans cet âge de communications rapides, qu'une banlieue un peu lointaine de Paris ou de Londres, et une dizaine de jours suffisent à l'atteindre pour qui sait combiner son affaire. Les temples de Phila? voient défiler à leurs pieds des caravanes périodiques de touristes au rabais, et chaque hiver le pronaos abrite presque autant de pique-niques qu'il recevait d'offrandes ou de sacrifices au temps des païens. A l'époque d'Auguste, l'île était littéralement au bout du monde, et, si on ne la classait point parmi les terres fabuleuses, on la plaçait sur la limite extrême du réel, au point même où les merveilles incroyables commençaient. On répétait vingt histoires sur la hauteur de la cataracte, sur le

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