‹ Causeries d'un curieux (volume 2)Chapitre 22 sur 97 · M. DE LAN S S AC · texte numérisé non relu

M. DE LAN S S AC

teurs quj sera la fin de toutes les lettres que je vous scauroys escrire, nayant plus par cellecy qua prier Dieu,

» Monseigneur, quil Vous donne en santte très heureuse et très longue vie.

» De Madrid, ce xije januier 1585.

» Yostre très liüble et très obéissant seruiteur,

» L ONGLEE.

» Monseigneur, je suis tous les jours solicité du lieutenant ciuil de Madrid de vous fere très humble recommandation du prisonnier bespaignol. »

On est en plein drame ; la neuvième guerre civile, celle qui fut surnommée la guerre des Trois Henry , va éclater, et le sort décidera qui doit l’emporter, ou des armes royalistes de Henry III, ou de la croix des Ligueurs marchant sous Henry de Guise, ou du drapeau de Calvin porté par Henry de Navarre.

C’est le moment des professions de foi et des grands dévouements , pour ceux qui ne sont pas encore à Faction. C’est aussi le moment des dénonciations et des calomnies souterraines ou patentes. Louis de Saint-Gelais, dit de Lézignem, baron de la Motte Sainte-Heraye, seigneur de Lanssac et de Pressy, chevalier d’honneur de la Reine Catherine de Médicis, surintendant de sa maison, l’un des prédécesseurs de Montaigne à la mairie de Bordeaux, et qui, retenu à la cour, n’avait guère gouverné la ville que de loin, le même enfin à qui Montaigne adressa, en 1571, la dédicace de la Ménagerie de Xénophon, mise en français, par Es-

La guerre des

Trois Henry va éclater.

M. DE LANSSAC,

tienne de la Boëtie, avait laissé lignée (1). De sa première femme Jeanne, fille de Philippes, seigneur de La Pioche- Andry, en Angomnois, il avait eu un fils, Guy de Saint-Gelais, dit de Lesignem, seigneur de Lanssac, mort fort âgé, en 1622, après avoir beaucoup servi dans la marine, à l’époque des guerres de religion. Ce Guy avait épousé Antoinette Raffin, fille et héritière de François Raffin, dit Poton, et de Nicole de Roy-Chavigny, dame de Baion. Raffin était seigneur d’Azay-le-Rideau, capitaine des gardes du corps du Roi, sénéchal d’Agenois, homme de détermination et de vigueur. Guy de Saint-Gelais était lui -même fort estimé pour la netteté de son caractère et son dévouement à la cause royale. Attaqué dans ces sentiments auprès du maréchal de Matignon , son allié, il croit avoir à se défendre. Il adresse la lettre suivante au maréchal :

Lettre de Guy de Lanssac au maréchal de Matignon.

A Royan , le 20 janvier

Protestations de loyalisme.

«Monseigneur, il fault que tout passionné je vous die que je veuxs estre dempné après ma mort et deshonoré durant ma vie, si j’ay jamais pencé à mentremectre daccorder le Roy de Navre et Monsieur de Guyse, et moings d’en mettre aucun article en auant ; et quiconque la deist à la Court dudit Sr Roy le respestast.

(1) Politique habile, Louis, de Lanssac, le père, avait été ambassadeur à Rome en 1554, et au concile de Trente. Il était aussi chevalier de l’Ordre du Roi, conseiller en son conseil privé, surintendant de ses finances, capitaine de cinquante gentilshommes d’armes, dits becs de corbin, dont il ne restait plus sous Louis XIV qu’une seule compagnie, commandée par le comte du Charmel. Ce Du Gharmel fut le dernier capitaine des becs de corbin , sa charge ayant été tout à fait supprimée quand il fit retraite à l’Oratoire, en 1687. Louis de Lanssac mourut en 1589.

M. DE LANSSAC.

Et Monsieur le prince de G on dé ha faulcement parlé.

Et yeuxs estre estimé le plus meschant des hommes, si jay eu lettre de mondict Sr de Guyse, il y ha plus de dixs mois, et ne scay quel différend il y peult auoir entre euxs ; sinon ce que chascun sçait et deist que ledit Sr Roy est de religion contraire à celle de mon dit Sr de Guyse et quilz ne saiment guieres. Yoilla, Monseigneur, la veritté de ceste faulce et très malicieuse et faicte a desseing calompnie et imposture. Je sçay bien que ceuxs de ceste farine m’appellent GUISART. Vraie- il se défend ment si par necessitté il failloit estre ou Guisart ou un Guisart. Huguenot, je veuxs bien quilz saichent que je le serois mille fois plus tost que Huguenot, que je crois estre le mesmc que Héréticque. Et tant sen fault qu’à ceste faction je ueuille servir. Que je ne ueuxs auoir nulle praticque ne intelligence auec euxs. Et na tenu qu’à moy que je n’y aie esté bien reçeu, car despuis peu j’en ay esté recherché assés curieusement. Il me suffist destre de tresfidelle affection et de dehuoir subiect du Roy, et, quant à Monsieur de Guyse, de luy estre seruiteur volontaire, comme dun Prince que, despuis 26 ans, j’ay cogneu nourri près du Roy à la court et en ses armées où il auoit réputation d’estre Prince vertueux et bien meritté de Sa Mté; et aussi que tousiours luy et les siens m’ont faictcest honneur de m’aimer et estimer.

Mais pour cella je n’accepte le tiltre de Guisart. Aussi, m est -il donné de gens (pii me cognoissent peu et qui me ueullent mal mortel, et que je naime guieres plus .

» Et quand à ce que ie suis venu en ce lieu, Monseigneur, il est vray, et m’en croiés, que seullement pour changer d’air, pour me cacher à ces fauxs bruicts et vivre en quelque tranquillité, je my suis rendu. Ce que

M. DE LANSSAC.

ie neusse sçeu fayre à Bourg (1) ny à Bourdeauxs, et ne peuxs pencer pourquoy on trouue estrange que je aille ou vieigne où bon me semble. Je ne porte auecques moy qu’unne fieure quarte et nulle contagion. Que si j’ay laissé à ma mayson de quoy la guarder , je l’ay faict pour le seruice du Roy et me conserver ce peu de Bien (pie jay; toutesfois auecques ceste condition que s’il vous plaisoit y en mettre d’aultres, que mesmes les miens en sortiroient. Car, Monseigneur, pour vostre particulier, je vous suis deuotieuxs seruiteur; et, pour le lieu que vous tenés, j’ay ceste inreuocable resolution de vous obéir en tout et sur tout. Je vous supplie que cella soit deist un ne fois pour toutes ; et pour la fin que vous me faciez ceste grâce de n’adiouster foy à ceuxs qui n’en ont que sur le bort des leures et qui me sont ennemis. J’ay deist à ce porteur plusieurs aultres petittes. particularités: il vous plaisra les recepuoir de luy comme venant de moy en bonne part, et me tenir très humblement ramenteu en voz bonnes grâces. Priant Dieu vous donner,

» Monseigneur, en parfaite santé très-longue et trèscontente vie.

» A Royan, ce 20me januier 1585.

» Votre très -humble allié et seruiteur,

» Lanssac. »

Un peu plus tard, le dernier de février, la peur prit à Lanssac, à la nouvelle que sa maison de Bourg, occupée après son départ et gardée par un

(1) Bourg-sur-Mer, petit port de l’arrondissement de Blaye, département de la Gironde, non loin du confluent de la Garonne et de la Dordogne.

MADAME DE LANSSAC.

capitaine royaliste, vient d’être abandonnée par cet homme à cause d’un service qui l’appelle ailleurs. Lanssac demande que le maréchal lui laisse ce capitaine, qui est « personne saige et bien aduisaye, pour empescher que l’insolence de quelques lois orgueilleuxs et outrecuidés de Bourg ne causent quelque escandalle entre eux et ses gens. » — «Je sais, ajoute-t-il, que l’envie et haine que me portent les heretiques et quelques atheïstes de Bordeauxs vous solliciteront de ne me gradifier en ma requeste si juste; mais ce seroit vnne dure chose que je ne peusse disposer de ma maison que à la fantaisie de telles gens. Vrayment, j’aime mieuxs mourir que d’y consentir. »

« La femme de ce Lanssac » a aussi, comme on le va voir, ses expressions de dévouement pour Matignon.

«Monsieur, lui écrit-elle, j’ay esté aduertie par plusieurs de noz amys, que les Huguenotz ont intelligence en ceste ville auecques des habitants d’icelle qui diueulgueement ou cacheement tiennent leur parti, chose à laquelle y aiantasses daparence, à raison que aulcuns d’eulx coumencent desia à transpourter leurs personnes et biens hors d’icy ; semblablement parleurs assemblées sécrétés et parla resolution quilz ont prinse de ne faire poinct garde, nonobstant ce que leur en aués ma'ndé. C’est pourquoy il me semble ne pouuoir moins faire de vous en aduertir, veu mesmes le nombre d’hommes qui se rallient en beaucoup d’endroictz non loin de nous, et vous supplier voulloir derechefz commander ausdictz habitans dobseruer plus soigneusement ce qui!

Nouvelle

cle Lanssac à Matignon.

28 février

. Lettre d’Antoinette Raffin ,

femme de Guy de Lanssac, au maréchal de Matignon , sur des assemblées secrètes d’hérétiques.

Bourg,

6 février 1585.

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