‹ Causeries d'un curieux (volume 2)Chapitre 36 sur 97 · janvier · texte numérisé non relu

janvier

SIGNES DU TEMPS

Création de chevaliers des Ord res.

Les barons de Termes et de Buffev.

Le comte de Griynan.

Affaire

de

Saint-Gouard, marquis de Pisani.

l’Ordre, et il n’est pas même payé de remercîments. La vérité est que cet habile homme, depuis longtemps historiographe de France et secrétaire des finances, fut le premier pourvu de la charge de généalogiste du Saint-Esprit, mais seulement par lettres patentes du 9 janvier 1595 : jusque-là point d’émoluments.

Cette année, le Roi n’a créé que trois chevaliers : et d’abord Jean de Saint-Larry, seigneur et baron de Termes, conseiller d’Etat, capitaine de cinquante hommes d’armes, maréchal de camp, gouverneur de Metz, mort en 1586; puis Jean de Vienne, seigneur et baron de Ruffey, conseiller d’État, gouverneur du Bourbonnais , capitaine de cinquante hommes d’armes; enfin Louis de Castellane , dit Adhémar de Monteil, comte de Grignan, baron d’Entrecasteaux, conseiller d’Etat, capitaine de cinquante hommes d’armes. Mais tous les chevaliers sont convoqués pour connaître d’une insulte faite à l’un de leurs collègues, M. de Saint-Gohart ou plutôt de Saint-Gouard. Ce personnage n’est autre que Jean DE Vivonne (il signe de Vyuonne), dit de Torrettes, plus connu sous le nom de marquis DE PlSANi, le même dont on vient de lire un bout de lettre au maréchal de Matignon et qui fut père de la célèbre Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet. 11 a son historiette dans Tallemant des Ré aux. Pisani, seigneur de Saint-Goüard, était colonel de la cavalerie légère italienne, sénéchal de Saintonge, ancien ambassadeur en Espagne, maintenant ambassadeur à Rome, où il se trouvait au mois de juillet de cette

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même année, et mourut en octobre 1599. Deux lettres de lui, écrites de Paris, les 14 et 25 janvier 1585, au maréchal de Matignon, qui vient de lui faire remettre une dépêche, content comme quoi Du Laurens , secrétaire du maréchal , Fa trouvé aux arrêts dans son logis par commandement du Roi , pour une affaire survenue inopinément entre lui et un parent de M. d’Epernon. C’est F affaire dont parle Du Haillan. Il y a eu discussion très-vive entre un gentilhomme de la suite de Vivonne, nommé Saint- Prix, et un gentilhomme du nom de Saint-Germain. Comme Vivonne se trouvait à Poitiers, appelé par le Roi, on s’en prit à lui, et il reçut une lettre de grossières injures d’un individu qui signe de La Rousse et s’intitule valet de chambre de M. de Saint- Germain : « de manière, ajoute Saint-Goüard, que voilà le métré et le valet, comme dit Ma rot , egos coume de sire. » il voulut d’abord retourner sur ses pas pour aller trouver le maître de ce valet, qui l’avait insulté dans ses titres, qualités et fonctions. On l’en dissuada, et lors arriva à Poitiers le maréchal de Biron, auquel il déféra sur-le-champ la lettre. Le maréchal lui conseilla d’aller trouver Sa Majesté. Le Roi ordonna au chancelier de convoquer tous les chevaliers de ses Ordres et tous les membres de son conseil, pour délibérer sur la conduite à tenir, afin d’amener juste réparation au chevalier outragé. 11 fut décidé qu’on écrirait à M. de Ruffec, gouverneur de l’Ângoumois, et que M. de Gondé commanderait à Saint-Germain de venir à la barre, sous la protection et sauvegarde de M. de Ruffec. Un héraut

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d’armes des Ordres fut dépêché pour faire le commandement de comparoir à jour préfix. Le héraut revenu sans avoir pu joindre Saint-Germain, qui se cachait, fut renvoyé de nouveau par le Roi. Alors le prince de Coudé intervint auprès du Roi pour excuser Saint- Germain. Enfin, mieux avisé, celui-ci comparut devant le conseil, présidé par le chancelier. Il ne s’agissait de rien moins que de faire déclarer ledit Saint-Germain traître, méchant et failli de cœur, s’il avait dicté ou avoué une pareille lettre. Saint-Germain la désavoua. Sur-le-champ, Vivonne retira sa plainte, pour n’en plus longtemps occuper les princes et cardinaux de Bourbon et de Vendôme, et autres grands seigneurs convoqués.

Ce qui domine dans cet incident, c’est la sévérité que met le Roi à faire rendre justice à un membre de ses Ordres et à faire comparoir le prévenu à la barre des chevaliers institués en tribunal. L’opinion publique imposait à Pisani la modération dont il fit preuve, et la sagesse du marquis de Ruffec acheva ce que Pisani avait commencé. Ce marquis de Le marquis ^ÜFFEG était Philippe de Volvire, seigneur de Saintde Ruffec . Brice, vicomte du Bois de La Roche, chevalier de l’Ordre du Roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, conseiller d’Etat, capitaine de cent hommes d’armes, gouverneur de l’Angoumois et de la Saintonge, de la ville de la Rochelle et du pays d’Aunis, en 1570; lieutenant général au gouvernement de Bretagne en 1571, et adjoint, en 1583, à la lieutenance générale du gouvernement de Guyenne, dont son parent le maréchal de Matignon était titulaire.

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Il mourut le G janvier 1585, ayant été ambassadeur en Allemagne en 1567. C’était un homme de vigueur, qui avait fermé les portes d’Angoulême à M. de Montpensier quand ce prince voulut y entrer pour livrer cette ville à Monsieur , à qui, par accord fait, le Roi l’avait arbitrairement donnée (1).

L’imprudence de M. de Lénoncourt, conseillant à un Roi, jeune et marié, de se choisir un successeur, était peu d’un courtisan. L’union de Henry SI et de Catherine de Médicis avait été plus de dix ans stérile; tout à coup elle était devenue féconde, et l’avait été longtemps. Ce qui pouvait vivement blesser Henry III, c’est que le propos de Lénoncourt n’était qu’un écho de l’opinion publique, fondée sur les désordres étranges de la vie du Roi. Des imprimés circulaient à profusion qui dénonçaient son impuissance. » L’on ne savait que trop, dit l’évêque Hardouin de Féréfixe, qu’il était incapable d’avoir des enfants, à cause d’un mal incurable qu’il avait contracté dans Venise, à son retour de Pologne (2). » Loin de faire un mauvais parti au conseiller inopportun, le Roi se borna à faire de plus belle des pèlerinages pour obtenir des enfants , et se montra d’autant plus indulgent pour lui que son frère, Henry de Lénoncourt, seigneur de Lénoncourt et de Coupevray, chevalier de l’Ordre, conseiller au conseil privé, capitaine de cinquante hommes d’armes des ordonnances, maréchal des camps et armées, venait de mourir le 31 décembre 1584.

(1) Riuntosme, t. II, p. 431.

(2) Histoire de Henry IV, année 1584.

M. de Lénoncourt.

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Belleville , auteur de libelles «contre le Roi

Le traître Sainte-Saline.

Henry III fut moins indulgent pour Belleville, autre imprudent, qui s’en était pris à sa personne. Ce Belleville était un gentilhomme huguenot sexagénaire, du pays Chartrain, et du nom de Pierre Degais. Il avait été dénoncé comme auteur de pasquils diffamants pour le Boi sur ses désordres et ses mignons. Le Boi, qui n’a été cruel dans sa vie que par peur, aurait voulu gracier cet homme , et par pitié le fit venir devant lui. Malheureusement le vieil opiniâtre le prit de haut et aggrava son fait en répondant au Boi qu’il n’avait parlé que sur le bruit commun, et que sa voix avait été la voix du peuple. De quoi indigné, Henry III l’avait abandonné à la justice du Parlement, qui, par arrêt de décembre ensuivant, le condamna à être mené dans un tombereau en place de Grève, pendu et étranglé, pour son corps être brûlé avec ses libelles diffamatoires. Toutes vérités ne sont pas bonnes à dire.

On répandit alors le bruit, assez probable, que la terre de Belleville était proche de celle du duc d’Epernon, qui avait voulu l’acheter, et qu’un valet «gascon du condamné, traître officieux, était venu apporter les libelles au duc pour faire arrêter son maître et procurer la terre à d’Épernon, par confiscation et sans bourse délier.

Quant à Sainte-Saline, il courait grandement le risque de subir le même sort que Belleville. Cet homme, du nom de Doineau, était accusé de trahison et d intelligence avec l’Espagnol à la journée de Terceira, où Strozzi avait été battu et noyé par l’ amiral Santa-Cruz.

ET NOUVELLES DE COUR. i75

Plusieurs membres de la maison de Savoie figurent dans la lettre de Du Haillan. C’est d’abord Charles-Emmanuel de Savoie, surnommé le Grand, né le 12 janvier 1562, mort le 26 juillet 1630, qui épousa, le 11 mars 1585, Catherine d’Autriche, fille de Philippe II d’Espagne. C’est ensuite Jacques de Savoie, duc de Nemours, né le 12 octobre 1531, en Champagne, un des grands capitaines qu’ait eus la France, qui mourut le 15 juin 1585. Il avait épousé, par paroles de présent, Françoise de Rohan, dame de la Garnache en Poitou, et en avait eu un fils qui prit le nom de Henry de Savoie, duc de Genevois. Le mariage ayant été cassé par le Pape comme clandestin, et le fils déclaré illégitime par arrêt du Parlement de Paris, en 1566, Jacques épousa, cette même année, Anne d’Este, veuve de François de Guise et fille d’Hercule II, duc de Ferrare, et de F illustre Renée de France, fille de Louis XII.

La demi-veuve, Françoise de Rohan, était devenue duchesse de Loudun en 1579, par l’érection de la châtellenie de Loudun en duché. C’est une laveur que lui avait obtenue Anne d’Este, en compensation de l’annulation de son mariage avec le duc de Nemours. Elle était fille de René 1er, vicomte de Rohan, et d’Isabelle d’Albret.

Quant à ce Henry de Savoie, bien que déclaré illégitime, il ne se faisait pas moins appeler duc de Genevois. Henry de Navarre avait la courtoisie de le traiter de mon cousin , et l’on possède des lettres du Roi ainsi adressées à la duchesse sa mère : « A notre tres-chère et tres-amée tante Françoise de Rohan,

Charles - Emmanuel de Savoie.

Le duc de Nemours.

Le duc de Genevois.

SIGNES DU TEMPS

Le pape Grégoire XIII.

Le prince tle Parme.

Le grand-duc de Toscane.

duchesse de Nemours , de Lodunois et de Garnache. » Henry de Savoie mourut en 1596.

Du Haillan cite Hugues Buoncompagno , pape sous le nom de Grégoire XI H, à qui Fou doit la réformation du calendrier qui porte son nom. Ce pontife, né à Bologne, avait été nommé pape en 1572, et mourut le 10 avril 1585, âgé de quatre-vingt-trois ans et trois mois , et non de quatre-vingt-cinq ans , comme le dit Du Haillan. Son successeur fut Sixte- Quint, qui excommunia Henry IV. Il était fort favorable au prince de Parme, Alexandre Farnèse, dont parle aussi du Haillan. Ce prince, fils d’ Octave Farnèse et de Marguerite d’Autriche, était né en 1544. Gouverneur des Pays-Bas en 1578, il fut, après don Juan d’ Autriche, le principal général de Philippe II, et se montra aussi habile politique que grand capitaine. Il entra en France avec les troupes envoyées à la Ligue par le Roi d’Espagne, en 1590, et mourut le 3 décembre 1592, à Arras, des suites d’une blessure reçue au siège de Rouen.

Vient ensuite le grand-duc de Toscane, qui, suivant Du Haillan, marie ses quatre filles. Ce grandduc est François de Médicis, fils et successeur de Corne le Grand, premier grand-duc de Toscane. Il était né en 1541, fut proclamé grand-duc en 1574, et mourut en 1587. Il a été le père de notre Marie de Médicis, par son premier mariage avec Jeanne d’Autriche, et marié en secondes noces avec la laineuse Vénitienne Bianca Capello. Sa première femme lui avait donné un fils qui l’avait suivie au tombeau, en 1578. Un autre fils, celui-là supposé et mis en avant

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par Bianca, n’avait pu, malgré tous les efforts de cette femme, être élevé aux honneurs de la succession. François de Médicis mourut donc sans autre héritier direct que le cardinal Ferdinand, son frère, qui, pour monter sur le trône, dut renoncer au cardinalat et déposer F habit religieux. Il régna sous le nom de Ferdinand Ier, non sans le soupçon d’avoir hâté la succession en empoisonnant son frère et sa belle-sœur. Quant aux quatre filles du grand-duc, mariées en 1585, les Tables synchroniques , généralement si bien faites, de M. de Reumont, n’en parlent pas.

Parmi tous ces noms, apparaît celui de l’infortunée Marie Stuart, prisonnière d’Elisabeth, et dont la dernière catastrophe n’était pas loin. Cette princesse avait eu la maladresse de blesser Catherine de Médicis en la traitant de race de marchands. L’orgueil de la fille des Médicis n’avait point pardonné l’injure et avait poussé Henry III, déjà si mal disposé pour les Guise, à abandonner F ancienne Reine de France, à sa destinée. L’alliance intime de la France avec l’Angleterre, bien que ce n’ait jamais été pour nous qu’un leurre et une duperie , avait été considérée volontiers par Catherine comme un contre-poids indispensable à la monarchie universelle qu’affectait Philippe IL Mais la Saint-Barthélemy avait rompu tout d’abord cette intime alliance : l’abandon de Marie d’Ecosse tendait à racheter en quelque point ce passé. L’intérêt et surtout les passions des chefs diffèrent souvent des intérêts de leurs causes. Catherine de Médicis, nous l’avons déjà

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