TOME III
On annonce la mort du Ro
Seconde lettre de Bellièvre à Matignon.
1er mars 1585.
Remuements en Bretagne.
SIGNES DU TEMPS
Protestations de fidélité de messieurs de Guise.
M. de Savoie est en Espagne avec
des galères.
On prend les armes à Brouage.
M. de Bordeaux.
Mous, le cardinal de Guise a sceu que Ion y a meslé messieurs de Guise et de May ne dont il a parlé au Roy, asseurant Sa Maté que l’un et l'aultre seront tousiours prest de venir baiser les mains à Sa Maté quant il luy plaira de le leur commander. Le Roy a respondu simplement qu'ils peulvent venir en sa court toutesfois et quantes bon leur semblera. Mais Sa Maté faict profession de ne mander à aulcun de le venir trouuer, si ce n'est qu'il se présente occasion de commander quelque chose pour son seruice. Monsieur de Savoy e est passé en Espaigne avecques xviii galleres; on dict qu’il retournera auecques cinquante. J’estime quil continue au desseing d’assieger Geneve, où se pourroit allumer un très grand feu. Dieu veuille pouruoir à tout! Icy nous ne voulons que la paix. Nous attendons quelle sûreté aura l’auis que vous donnera monsieur d’ Aubeterre , dont aussi vous nous avez escript. Monsr. de Saint-Luc a escript au Roy auoir este aduerty que le lieutenant de Xainctes qui a este Huguenot, et le conseiîlier de Ferneau ont donné auis que à Brouage l’on faisoit préparatifs d’armes. Il asseure que c’est chose faulse et qu’il na pensé, ne pensera jamais à chose qui soit contre le seruice de Sa Maté. Jay esté aduerti que monsieur de Rourdeaux, vostre enseigne, vous est allé trouuer. Il vous souuient, monsieur, d’une lettre que vous me baillastes à mon partement dauecques vous pour lui fere tenir et de certains propos qu’il vous pleust me communiquer quauiez sceu de luy. Vous luy mandiés de me venir trouuer, lors que je le luy escriuoys. J’estois délibéré de luy enuoyer vostre lettre dont j’ay parlé à celiuy auquel l’affere touche de plus près qui vous en sçait très bon gré. Il vouloit que je luy envoyasse vostre lettre et desiroit quil vint icy pour
ET NOUVELLES DE COUR
entendre comme va de cette affere; mais m’ayant asseuré monsieur Du Laurens, que ledit Sr de Bordeaux vous est allé trouuer en Guienne, jai différé denuoyer vostre dite lettre , et au lieu de ce , vous ay voulu donner l’auis que dessus, affin, si trouués quil soit à propos que ledit Sr de Bourdeaux vienne jusqu’icy , vous le nous enuôyez. Monsieur de Villeroy se porte vn peu mieux. Il seche d’ennuy de se veoir si longuement esloigné de ceste compagnie où il est si necessaire. Nous traictons tousiours auecques noz Flamants. Monsieur, je me recommande très humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu de vous donner longue et contente vie.
» C’est de Paris, le 1er jour de mars 1585.
» Vostre très humble et affectionné seruiteur,
« Bellieure. »
« P. S. Monsieur, vous nous auez escript en recommandation du president des Aiguis. L’on m’a baillé la copie des lettres patentes touchant l’establissement de la chambre où les catholiques seuls sont nommés, et non pas un seul de la religion prétendue reformée, dont je mesbahy, ne sachant comme ceux de leur religion peuluent juger, s’ils ne sont nommés et compris auxdites lettres. De là vient le mal dudit president des Aiguis. Il vous plaira nous en escrire vos bons auis. »
Un des grands maux du temps , et de tous les temps de guerre civile et étrangère, c’est que les embarras financiers empêchaient de payer les troupes régulières, et que ces troupes trouvaient incessamment, comme nous l’avons déjà dit, dans leurs besoins
Suppression de ia chambre mi-partie.
Difficultés qui en résultent.
La solde de l’armée
n’est
pas payée.
196 SIGNES DU TEMPS
et leur dénûment une occasion sinon une excuse à leurs déportements et à leur indiscipline. Le rnaré- Le maréchal chai Armand de Biron, un des hommes les plus dése plaint, voues au Koi de r rance , est à bout de ressources, et il en exhale ses plaintes amères au lieutenant de Guyenne, et demande des « moyens comptants ».
Lettre
de
ce maréchal au maréchal de Matignon.
25 avril 1585.
11 demande des moyens comptants.
« Monsieur, lui écrit-il, jé antandu par vostre lettre lexecution du commandemant du Roy et plus particullieremant par monsr Beschomi (1). Se a esté bien heureusemant et prudammant et en bon marche. Je ne maresteré à vous dire se que ma raporté Mr de la Cheuallerie: vous en aurés seu tout se quy se peult par Mo1 2' de Bordeus (2), vostre lieutenant, quy est party despuis. Bien ai je quelques particulliarités coumme ung chescung en peult auoir. Aussy delaresollution de mon partemant près. Il fault moiens contampt, car les remises sur les finansiers et leurs promesses ne se peuuentplus digerer par moy , bien qu’il fallie seruir le Roy en sa nessessité. Je ne lay pas mis en nessessité, mes son seruisse et les menoies des finansiers mont mis à Fextremité. Il j a des villes, mes voisines, quy sont en grande dispute en leurs habitans pour les deffiansses. Je les ay acordés et acheminés pour se guarder , atandant vostre ordonansse ou ratifficasion . Ils sont sy pouures, qu’ils ne peuuent aller vers vous. Toutefois je leur ay ordonné ce qu’ils feront, me remettant audit sieur Beschomi (ou Bes-
(1) Ce nom est illisible. Serait -ce le dévoué François Boscheyron , seigneur d’Ambrugeac en Limousin, de qui le Boi de Navarre dit en une lettre du 10 avril 1587 : « D’Ambrujac (il avait pris ce nom à la mort de son père) m’est venu joindre avec tous les siens, cliasteaux en croupe, s’il eust pu. »
(2) M. de Bordeaux.
ET PRÉPARATIFS DE GUERRE, chomi , ou Boscheyron) de Vous dire quelque particulliarité et de M1 2 de St Seureius. Sy vous voies que je puisse seruir eu quelque chouse pour le seruisse du Boy, commandés, et pour le restre je j seray très affectionné et obéissant. Je prans les eauls: je men treuue très bien. Je prandré de la lange (1). Et sur se je me recommande bumblemant à vostre bonne grasse, suppliant le Créateur quy vous doint , monsieur, bien bonne santé et longue vie.
» De Eiron, ce xxv apuril (1585).
» Vostre plus obéissant et affectionné a vous fere seruisse,
» Biron. »
“ Le vrai subside , disait Pasquier, dont le prince devroit faire le fonds est la bienveillance de ses subjects (2). » Henry (II était loin d’avoir un pareil appui pour parer au dénûment du trésor et rendre possibles les incessantes exactions des édits bursaux.
One immense colère s’amassait, dont les flammes Hel„.y volaient au bout de la France et allaient le forcer MeZr un jour à fuir de la capitale : première victoire remportée par la démocratie sur l’autorité royale.
Réfugié à Chartres, il n’y sera pas longtemps en surete. Le fanatisme de la rébellion envahira toutes
de Paris.
(1) Les bains de fange, qui existent encore aujourd’hui sous ce nom, a Battaglia, dans le Padouan, étaient fort usités au seizième !.. 0n en prend aussi en France, où ils sont appelés bains de boue. Cest particulièrement à Saint-Amand, département du Nord, que ces Roues sont employées.
(2) Livre XI T, lettre 7.
SIGNES DU TEMPS
Sixte -Quint refuse ii ia Ligue les secours promis par son prédécesseur.
Les Bourbons déclarés hérétiques et déchus de
la succession au trône de France.
Ressources de la Ligue.
Prédications dans la rue contre
le Calvinisme.
les villes, dérangera toutes les têtes. Mais n’anticipons pas.
D’un côté, Sixte -Quint refuse à la Ligue les secours d’hommes et d’argent promis par Grégoire XIII. L’ambassadeur d’Espagne vient au Vatican s’en plaindre avec hauteur, et menace le Pape de le sommer au nom de toute la Chrétienté. « Faites cela, répond le lier Sixte, et je vous fais trancher la tête. » Mais en même temps il use du foudre suranné de F excommunication contre les Bourbons (le Roi de Navarre, Coudé, Conty, Soissons), et du même coup les déclarant hérétiques, déchus de tous droits et prérogatives de princes du sang de France et indignes de succéder à la couronne , il affranchit les sujets du Roi de Navarre du serment de fidélité et les exhorte à l’insurrection.
La Ligue, qui parlait aux passions populaires, qui flattait en même temps et l’esprit religieux et l’esprit de révolte, pouvait se passer des subsides pontificaux; mais l’appui quelle y cherchait était surtout un appui moral, un prestige sur les populations. Quant au nerf de la guerre, elle le trouvait dans les contributions volontaires ; elle le trouvait davantage encore dans les doublons d’Espagne, et ne se faisait faute d’ailleurs de piller et ruiner le Huguenot, voire au besoin le Royaliste. L’éloquence de la rue prêchait en style de porcherons la croisade contre le Calvinisme et contre le Roi de Navarre, sans épargner le Roi de France. Guise destinait à Henry III la tonsure et le couvent. Aux courtisans, il faisait entrevoir crédit et influence,
ET NOUVELLES DE GUERRE
avec l’héritage assuré des mignons. A la Reine mère, il déclarait qu’il ne travaillait à écarter du trône le chef des Bourbons que pour assurer la couronne à ses petits-fils , enfants de sa fille aînée, Claude de France, et du duc de Lorraine. Or, c’était flatter un des rêves de Catherine de Médicis. » La Reyne mère, qui ne se soucioit guères des loix fondamentales de la France, dit Mézeray en son Jbrécjé chronologique, vouloit appeller à la couronne les enfans de sa fille et du duc de Lorraine. Elle avoit souvent sondé l’esprit du Roy sur cela, et tasché de luy persuader que le sang estoit bien morfondu au delà du sixiesme degré ; que les Bourbons ne luy estoient plus parens que d’Adam et d’Eve, et qu’il estoit plus naturel de laisser sa succession à ses neveux qu’à des gens si éloignés. » Enfin, la Ligue, sous le nom du cardinal Charles de Bourbon, le Roi fantôme, lança au mois d’avril son manifeste, où elle se montrait intraitable. Verdun, Toul, Châlons, Mézières, Bourges, Orléans, Angers, Dijon, et plus tard Amiens, Abbeville, Montreuil, Rouen, Reims, tombèrent en son pouvoir. Lyon ouvrit ses portes aux secours que la révolte avait obtenus de Savoie, et les menées de la Ligue se glissèrent jusque dans Marseille et Bordeaux, qui lui échappèrent. Paris, sous les yeux du Roi luimême, retentit du bruit des armes. Une garde urbaine s’y organisait et s’y exerçait. « Nous sommes maintenant , disait Pasquier, devenus tous guerriers désespérés. Le jour, nous gardons les portes; la nuit, faisons le guet, patrouilles et sentinelles. Bon Dieu! que c’est un métier plaisant à ceulx qui en
Intrigues des Guise.
Catherine de Médicis.
Premier manifeste de la Ligue.
Paris sous les armes.
SIGNES DU TEMPS
Il pleut
des
pamphlets.
Bellièvre essaye de paciHer.
sont apprentifs (1) ! » Et ici, je ne parle pas seulement de la bourgeoisie, classe respectable, mais étroite, mais sans vue politique, et qui, dans tous les temps, est prête à toutes les factions pour donner des leçons aux gouvernements, je parle du peuple en général, qui, d’un bout de la France à l’autre, a la fièvre et le délire. « Les affaires de la Chrestienté, disait Ségur, ambassadeur de Navarre auprès d’Elisabeth, sont aujourd’huy en un tel poinct qu’elles vont par heures et par minutes, au lieu qu’ elles couloient cy-devant par ans et par mois. » Alors, toutes les voix de la renommée s’écrièrent à la fois, et l’on vit pleuvoir, sous tous les titres, sous toutes les formes, des apologies et des protestations : placards, pourtraicts, pasquils, pamphlets, sonnets, satires, de ces fadèzes bouffonnes ou amères, gaies ou furieuses, dont le brave L’Estoile raffolait et qu’il amassait dans le magasin de ses curiosités : clameurs assourdissantes et terribles qui précédaient la tempête et 11e déplaisaient pas trop à Catherine de Médicis, impatiente d’être négligée en temps de calme.
Cependant , le fidèle président de Bellièvre continuait ses efforts pour concilier et pacifier, avec l’autorité de son caractère, avec une prudence, une douceur, une modération parfaites qui le faisaient écouter de tous les partis, et lui valurent de Henry de Navarre, devenu Roi de France, la dignité de chancelier. Matignon demeurait sous les armes, au poste
(!) Pàsquier, Lettres y livre II, lettre 3.
ET NOUVELLES DE GUERRE
le plus brûlant. Voici la dernière lettre que lui écrivit, à cette époque, M. de Bellièvre :
« Monsieur, ie veids ces jours passés nions, du Londel qui me feist amplement entendre l’occasion de son voyage (1). Monsr. de Villcroy est allé trouuer la Royne où aussi, comme j’entends, ledit Sr du Londel est allé. Nous actendons leur retour en bref. Led. Sr de Villeroy passera jusqu’à nions1’, de Guise. Si, à son retour, ces affaires ne prennent fin , à mon jugement nous en aurons pour long temps. Ces gens se rendent merveilleusement difficiles et obstinés en leurs demandes. Le Roy desire la paix et accorde choses presqu’impossibles à croire; et toutesfois Ion ne se contente pas, c’est-àdire que l’on 11e desire pas l’accord. Je deteste ceste guerre pour plusieurs raisons. Monsr de Guise et le surplus des Golligny amassent leurs trouppes et s’auancent fort, comme jestime, pour empescher que nos Suysses ne se joignent en ceste ville. Sur ceste occasion, il se pourroit fere chose qui importeroit de heaucoub soit à un party ou à l’aultre. Dieu veuille conduyre le tout! J’estime que la Royne sera icy dedans huict jours pour le plus tard. Les afferes de Lion sont fort accomodées, s’estant le Roy contanté que la citadelle
Lettre
du président de Bellièvre au maréchal de Matignon.
16 jufin 1585.
M. de Guise et les Coligny amassent leurs troupes.
(1) Le Londel ou Du Londel- Auctoville , dont nous aurons l’occasion de reparler, était capitaine des gardes du maréchal de Matignon , et son homme de confiance, comme il résulte de l’histoire du maréchal par De Caillière, histoire curieuse en ce qu’elle a été écrite sur les documents originaux et papiers de famille. Du Londel fut plusieurs fois chargé de dépêches et de missions délicates.
Dans une lettre où le médecin Boyssonnade rend compte au maréchal de Matignon de l’état de la santé de son capitaine des gardes, qui avait été gravement malade, il l’appelle d’abord Du Londel, puis De Londel.
SIGNES DU TEMPS
Mandelot.
ayt esté démantelée. Monsieur de Mandelot s’est monstre du tout vertueux et homme de bien (1). Il a eu de la peine, qui luy est neantmoings reuenue à beaucoup d’honneur et contentement. Monsieur de Joyeuse a suivi monsieur le marquis d’Elbeuf. Je ne scaj s’ils se rencontreront: les forces sont presque égalés; celles de M. de Joyeuse peustestre plus choysies. Au retour de M. de Villeroy, vous scaurés plus amplement de nos nouuelles. M. le mareschal de Biron est icy arriué plein de bonne volunté. M. le mareschal d’Âulmont est joinct avec les Suysses qui feirent monstre le xii, et partaient le lendemayn (2) .
v Monsieur , je me recommande très humblement en vostre bonne grâce et prie Dieu de vous donner longue et contente vie.
» C’est de Paris, le xvje jour de juing 1585.
» Yostre très humble et affectionné seruiteur
» Bellieure. »
(1) Cet homme de bien, gouverneur de Lyon en 1569, et destitué en juillet 1584, en faveur de M. Du Bouchage, était un fort vilain homme, chez qui le zèle royaliste s’accommodait de sang, et qui avait reçu une terrible leçon du bourreau de la ville. Ayant appris que, lors des massacres qui suivirent à Lyon la Saint-Barthélemy, des Huguenots avaient échappé, il voulut contraindre le bourreau à les aller tuer. Cet homme lui répondit « qu’il était l’officier exécuteur de la justice , et non pas un assassin». En 1585, il fut employé de nouveau lors des troubles de Lyon, et fit du zèle. M. Paulin Paris a publié de lui des lettres abominables, où il demande à son profit la confiscation des biens des Huguenots égorgés.
(2) Jean dAumont, comte de Châteauroux, seigneur d’Estrabonne, de Chappes et autres lieux, chevalier des Ordres et maréchal de France en 1579, tué au siège de Camper, près de Rennes, en 1595, à l’âge de 73 ans. Très-brave, et s’épargnant trop peu devant l’ennemi.
Henry, roi de Navarre, depuis Henry IV de France . a Henry ///.
Z-4-* sUa^sVe. ^
*C- f^^tr *£^*^v* *** ~
frrtcfr’ï
for-frf
yZ/CffrgS£' <*- 'fr/r*€ <?**& <£*<4 O- tercet <??~u£es
;u**- -z^-ccyse é>Æcazx+--
eNf'
‘Z*fr?5'&e.z<ée' <^ïÉ~n>-ït*''S Z44
yyfe eTyyu^. -/ïcfH^y,
U <î ^'r^s^-*frée<2. . /Æa**- çycu^-f <^L céi**t#uc
tïéaztt-â' /ytfrfr&y^ ^9^t*
^<7-^^ 7U^l & J2*fr*-i*é- /£ </efr1
tvtv ^v
’/~l CV.ZïfrCZ4-f
-ïtta$ <xS7y&Uf ^ ^
/&J? 4^yfrt/2L
^ r«w*tjz*£**t J *<* •J^y-frr eyngyy#>
«A. -r lty,7‘^¥ty^u^n^'
œiïtajté seyt- -*-**s c***s*s ?jy*-**s
ejiyf 4**^ *£~u**7 ********* -*Ç^\
jé <i>**y**- ***' ****** /J7j 7? ^
7 " f 7-Sg iJ^t <* /£y<J***-**j7‘’**2T^4‘
JN
yy /
*?<*** 7*c>ï/fp<^&*cé- </C4-<l ^-'>-e
^ &rzc* &^esJjteZ4$ tes
4*juc.<i. /£? /^eJ~^z^UL $<?-*zs Zc c&vtgje. -z/^e /^
zU<z
** ^ ~*f'*‘*2r*' *"àéu»***. /Les^
£*/fA.Ae. *>«* WUXte Us cs^*^,
douter- esTrc y^s ÿ^c^T€i/f:<^t.
■y^ tes/Q™ &««***-
ej? '6ov<j£z, ^
£<4< ss?*&Jê,
/tf
- — - ÿC
<zz>zvct*4C^
>-«s r^'cr^y eJ/*"?* ~eya^e*ÿ6* te^*et
*?~s*r*ré*M+ . ffM/lri/ïr
Quant au Roi de Navarre , il n’est pas resté inactif. îl a commencé par faire afficher, aux portes mêmes du Vatican, un démenti vengeur aux foudres audacieux et impuissants du Pape, et il lance contre la Ligue un manifeste où il respecte le Roi de France, avec lequel cependant il n’a pu s’entendre, mais sans rompre avec lui. Enfin, pour épargner le sang français prêt à couler, il envoie un cartel au duc de Guise. Voici sa lettre écrite au Roi Henry III en lui adressant, le 10 juin 1585, son manifeste rédigé par Du Plessis :
Au Roy, mon souverayn seygneur.
« Monseigneur, Vostre Maiesté aura veu comme ceus quy se sont nagueres éleués en ce royaume montpryns à partye (1) en leurs protestasyons et par toutes sortes de calomnyes ont taché en iceües de me randre suspect à Vostre Magesté, odieux à tous les ordres et estats et en mauuayse odeur enuers tous les prynces et natyons de la crestienté; c’est pourquoy, monseigneur, jay pansé de vous enuoyer la declarasyon escryte et sygnée de ma myn qui vous sera présantée par les sÿeurs de Gleruan ou de Chassyncourt (2), laquelle
(1) Les Guisards.
(2) M. Berger de Xivrey pense qu’il y avait auprès du Roi de Navarre deux personnes du nom de Clervan ou Clervau : l’un aurait été conseiller intime du Roi; l’autre, un seigneur qui se serait appelé Claude- Antoine de Vienne, seigneur de Clervau ou Clervan, baron de Copet, souverain de Courcelles et de Bétancourt, colonel de cinq mille reîtres ou cavaliers allemands. Ce dernier aurait eu deux fils, dont le cadet, nommé Gédéon, aurait été tué dans l’armée de Henry IV, à la prise des faubourgs de Paris. Je n’ai pu, non plus que Berger de Xivrey,
Le Roi de Navarre fait afficher au Vatican un démenti au Pape.
Lettre du Ro à Henry III en envoyant son manifeste
10 juin 1585
je suplye très humblemant Yostre Magesté vouloyr lyre de poynt en povnt et en icelle se represanter deuant les yeus mes actyons et deportemans passés esquels je masseure que lœil equy table de Yostre Magesté ne remarquera que fydelyté et integryté. Nul, monseigneur, na veu plus profondémant ny plus clayremant soyt aus causes soyt aus efays que Yostre Magesté mesmes ; et pourtant encor que je desyre sur tout satysfayre à vostre jugement, sy me confiayje que ce mest chose fort aysée a l’androyt de Yostre Magesté. Mays parce, monseigneur, que le venyn de ces calomnyes se va répandant par toutes les venes de ce royaume et mesmes de la crestianté en tant quils peuuent , en quov mon honneur et reputasyon soufre vu interest incroyable, jay à suplyer très humblemant Yostre Magesté de me fayre tant de faneur que de trouuer bon que januoye la susdyte declarasyon à toutes vos cours de parlemens et aultres corps notables de ce royaume vers lesquels pryncipallement ils ont taché de me denygrer et dyfamer. Aussy que Yostre Magesté me face cest honneur de commander à ses ambassadeurs de la presanter à tous les prynces crestyens, ses amys et alyés, auecles lettres que, sous le congé de Yostre Magesté, je me délibéré leur ecryre massurant que Yostre Magesté ne pouuoyt trouuer que très estrange, luy estant ce que je suis et auec le courage que jay, que je passasse sous sylense les énormes blasmes dont ils chargent mon honneur quyjoseray dyre ne pouuoyr estre taché sans quelque interest de Yostre Magesté. Je l’en suplye donc très humblemant
établir nettement cette dualité, et il serait fort possible que les deux Glervan ne fissent qu’un seul personnage. Pour en faire deux bien distincts, il appelle l’un Clervan, l’autre Clervau; mais il avoue lui-même que ces appellations sont purement arbitraires.
et de toute mou afectyon ; et remetant le surplus sur lesdys sieurs de Gleruant et de Ghassyncourt , je suplyeray Yostre Ma geste les croyre comme
» Yostre très humble et très obeyssant suiet et seruiteur
» Henry (1) . »
Cependant le Roi Henry III, cédant aux obsessions de sa mère, venait de souscrire, malgré lui, une alliance avec la Ligue. La nouvelle, rapide comme F éclair, avant que la cour eut rendu F arrangement public, avait couru dans toute la France. Voyant dès lors la guerre à ses portes, et ne voulant pas être pris au dépourvu, le Béarnais sème ses Etats de dépêches à ses fidèles pour presser vivement les levées; il s’abouche à Castres avec M. de Montmorency; il appelle à la rescousse le zèle du duc Casimir, un des boulevards de la Religion ; il se multiplie, et présent partout, à Montauban, à Tende, à Lectoure, à Nérac, il ne quitte plus le harnois. Dans les premiers jours de juillet, il avait écrit la lettre suivante à l’un de ses meilleurs lieutenants, Armand de Gontaut, seigneur de Saint- Geniez, de la Capelie et d’Andau, sénéchal du Béarn en 1564, chevalier de l’Ordre du Roi en 1565, gentilhomme ordinaire de la chambre de Charles IX et conseiller de la Reine en 1568. 11 avait aussi été
(1) Cette lettre, qui fait partie de mon cabinet, a déjà été publiée dans le vaste recueil de M. Berger de Xivrey, où elle est perdue, de même que la suivante.
Henry III s’unit
à la Ligue.
Le Béarnais arme.
Lettre de Henry de Navarre à Saint-Geniez.
Juillet 1585.
conseiller et chambellan de Henry III , alors duc d’Anjou. Homme de haute probité et d’expérience profonde, il s’ était concilié toute la confiance du Roi de Navarre, qui l’avait nommé son gouverneur et lieutenant général en ses pays souverains.
A Monsieur de Saynl Genyes, mon lieutenant général.
« Jay veu le memoyre que maues enuoyé. Je trouue lordre quauyés donné, pour le fet du bayl des soldas, ans capytenes foreyns , fort beau , mays non propre pour ce temps ycy, me semblant que sy ussyés suyuy ce que ie uous an ay mandé, nous ussyés myeus fayt, et y auoyt plus de moyen de les retenyr an obeysance, et moy usse esté myeus seruy, car il ne fust party personne sans congé. Les Espagnols enuoyent les bysongnes (1) aux garnysons pour les dresser; mays moy, a ce commencement, jay afere des mylleurs hommes pour lespromeoerparîa Guyenne. Je ne frustre pas Bearn de leur defence : je tyens trop cher mondyt pays, et ce qui y est, pour le laysser degarny au besoyn. Jespere vous voyr dans dys jours et donner ordre a tout ce que nous auyserons estre necessere. Je vous meneray vn fayseur dartyfyces à feu. Je croy que vous aurés eu maystre Herué que je vous ay enuoyé. Jatends les canonyeres de jour a autre. Sy naués reçeu la depesche des sys myl escus, il fault quelle ayt esté pryse par les chemyns. Faytes fere force poudres. Vous aurés entendu, par les lettres que jay escrytes a madame la contesse, comme jay trouué monsr de Mommorancy très résolu au party.
(i) Des recrues.
Je nay poynt mandé des nouuelles que mons1 de Gleruans nous a aportées, pour le danger des chemyns. Je trauailie plus quyl nest croyable a préparer des sauses a nos ennemys que je masseure quyls ne sen lécheront povot les ïypes. Adyeu, ruons1' de Saynt Genyes. C’est vostre très afectyonné mettre et plus parfet amy.
(Juillet 1585.)
» Henry. »
Enfin il écrit, vers la mi-août, à Catherine de Médicis, cette autre lettre, F avant-dernière qu’il ait adressée à la cour antérieurement aux hostilités.
A La Reyne mere du Roy monseigneur .
« Madame, jay antandu par Mr ïabbé Dalhene (1) ce que uous iuy aues comandé de me dyre, et lasseuranse quyl uous playst me doner de uostre bonne volonté et afectyon naturelle enuers moy, dont ie ne ueus fayllyr de remersyer très humblement par luy mesmes Uostre Magesté, etc. Uous dyre que ie massure que tout ainsy que uous aues prys beaucoup de peyne pour treyter et fayre pays auec des estrangers quy sestoiet esleués an armes contre le Roy, au preyudyce de la pays et repos publyc et de lestât et meson de France, ausy naurés uous moy mire soyn des anfans de la meson. Car ancores, madame, que ie ne merÿte que uous prenyes ceste peyne, je croy que yan suys plus dygne que ceus pour quy uous laués pryse , et que uous saués
(1) Alfonse d’Elbene, fils du noble Florentin Barthélemy d’Elbene et de Clémence Buonacorsi, avait été attiré en France par Catherine de Médicis, dont il était un des agents favoris. Elle l’avait fait pourvoir de l’abbaye de Mézières, en Bourgogne. En 1588, il parvint à l’évêché d’Alby, et mourut en 1608.
Lettre de Henry de Navarre à Catherine de Médicis.
Mi-août 1585.
Protestations contre la faveur accordée aux Guise.
byen par uostre prudanse rechercher les movans dune pays generalle, sy necessayre à ce royaume. Je ne doute poynt ausy que nous ne me gardyés tousyours une sy bonne volonté , que uous ne trouerés mauuays que yopose une yuste defanse à la vyolanse quy a esté par eus fayte au Roy, pour se fayre acorder leurs ynyustes demandes, quy ne tandet qua la dysypasyon de cest Estât et a ma ruyne partyculvère, laquelle yanpecheray par tous moyans, me garder (1 ), autant que ie pouray, dofanser Yostre Magesté, de laquelle yatandray de receuoir tous bons auys , conseils et ofyces, comme de ma souuerayne dame et mere ; comme ausi ie massure que Dieu fauorysera ma yuste cause ; et pour nenuyer Uostre Magesté, ie remetray le surplus à la sufysance dudyt Sr abbé, auquel yl uous plera ayouster foy, et me tenyr tousyours pour
» Yostre très humble et très obeyssant suget, » fyls et seruyteur,
» Henry. »
Le boute-selle a sonné.
Première campagne de Henry de Navarre.
Mais désormais le temps des négociations était évanoui : ie boute-selle avait sonné, et Bourbon marchait droit à F ennemi. Dès le premier choc, toujours au front de bataille, il avait fait en héros, enlevant tout de première course sur son passage, « son honneur et sa vertu guerrière commençant dès lors à se dénouer. » La prise de Cahors singulièrement avait été un vrai triomphe. On avait vu le prince, ardent et en même temps de sang-froid, combattre cinq jours durant dans les rues de la ville.
(1) Il y a ici, ce semble, un lapsus calami , et probablement le Roi aura voulu écrire me gardant.
LA BELLE CORISAINDE.
C’avait été une campagne merveilleuse et comme une promenade militaire, comme un carrousel, un gant jeté dans une affaire d’honneur.
Le siècle avait un capitaine de plus.
Du reste, Biaise de Monluc l’avait prédit en terminant ses Commentaires, lorsque le jeune Boi s’était échappé de France pour aller retrouver son Béarn :
« Quand j’ouys dire que le Boy de Nauarre s’en mesloit et qu’il estoit party de la cour sans dire à Dieu, je jugeay deslors que la Guyenne auroit de nouueau beaucoup à pastir; car estant si grand prince, jeune, et qui donne esperance d’estre quelque jour un grand capitaine, il gaigneroit ayseement les cœurs de la noblesse et du peuple, et tiendroit tout le reste en crainte. »
Alors que la Beine Marguerite était revenue en Béarn, elle avait trouvé sa place occupée : Henry était engagé dans un nouvel amour avec Diane d’ Andouins, comtesse de Gramont et de Guiche , vicomtesse de Louvigny et dame de Lescun, surnommée la belle Corisancle , une des maîtresses les plus dévouées, des intelligences les plus aimables, un des cœurs les plus ardents, les plus généreux et les plus délicats qui aient occupé une place dans l ame si mobile du Béarnais. C’est d’elle qu’il vient d’être question, sous le nom de madame la Comtesse , dans la lettre à Saint-Geniez.
Fille unique de Paul d’ Andouins (1), vicomte de
(1) Baronnie du Béarn à trois lieues de Pau.
Vp
Horoscope de Monluc sur le
jeune Henry de Navarre.
La Reine Marguerite trouve sa place occupée pendant son absence.
La belle Corisande, née en 1554.