‹ Causeries d'un curieux (volume 2)Chapitre 39 sur 97 · LA BELLE COR I S AN DE · texte numérisé non relu

LA BELLE COR I S AN DE

Louvigny, et de Marguerite de Cauna, elle avait épousé en 1567 Philibert de Gramont et de Toulongeon, comte de Gramont et de Guiche, sénéchal du Béarn, le même dont Michel de Montaigne fut chargé d’accompagner à Soissons les restes mortels. Le maréchal xLntoine de Gramont et le fameux chevalier, depuis comte , dont son beau-frère Hamilton a écrit les mémoires , une des merveilles de notre langue, étaient ses petits-fils. C’est en faisant allusion à la belle Corisande , cpie le chevalier disait qu’ « il n’avait tenu qu’à'son père d’être le fils de Henry ÏV, que le Roi voulait à toute force le reconnaître, et cpie jamais ce traître d’homme n’y avait voulu consentir. »

Diane d’Ândouins, restée veuve en 1580, à l’âge de vingt-six ans, s’était rencontrée à Bordeaux avec le Roi. À sa vue, celui-ci avait été frappé du coup de foudre en amour. Une liaison s’établit entre eux, qui dura dix ans; et, pendant ce long intervalle, la comtesse de Guiche fit preuve d’un dévouement héroïque : elle vendit ses bijoux; elle engagea toute sa fortune ; elle se multiplia pour servir la cause du Roi et favoriser des levées aux temps les plus périlleux. Dans l’enthousiasme de la reconnaissance, le prince lui signa de son sang la promesse de F épouser. Les guerres amenèrent des séparations fréquentes qui d’abord ne firent qu’attiser les ardeurs du Béarnais ; mais un jour qu’ après une longue absence la comtesse, qui avait perdu toute sa beauté avant le temps, se présenta défigurée devant lui, Henry s’étonna , rougit de l’avoir aimée et la

LA REINE MARGUERITE

délaissa : triste destinée de tous des amours. Mais à l’époque dont nous nous occupons, elle brillait de toute sa fleur ; le Roi n’avait d’yeux que pour sa conquête, et i apparition de la Reine Marguerite, plus belle que jamais et qui semblait redoubler d’éclat pour faire triompher ses droits sur les séductions de la maîtresse, n était aux yeux du mari qu’une importunité .

En arrivant en Gascogne, la malheureuse princesse s’était flattée de pouvoir faire des conditions et de rentrer triomphante dans son ménage. Elle posa d’abord à Agen en divinité sur le nuage, mais bientôt descendit de sa gloire pour rentrer sans condition dans Nérac. Là, dédaignée par son mari, regardée de haut par les Calvinistes, elle rongea d’abord son frein, pendant une année, dans les amertumes d’un intérieur brisé. Voyant ensuite gronder ces orages que les marins appellent fleurs de tempêtes, elle tenta de profiter de la confusion pour s’attaquer à son mari. Sous prétexte de mieux faire son carême et ses pâques loin d’un excommunié, elle demanda la permission de se rendre à Agen. L’excommunication du moins avait eu cela de bon pour le Roi de Navarre, qu’elle l’avait débarrassé de sa femme. Mais la Reine, qui portait au cœur une pointe acérée, ne resta pas inactive : elle essaya de se fortifier dans Agen sous la protection de la Ligue (1). Elle y travaillait depuis l’ouverture

(1) « La Reine de Navarre s’étant retirée à Agen avec de la cavalerie et de l’infanterie vers le 1er août, fit la guerre an Roi son mari. » Jaurin, Journal des guerres de Castres.

Marguerite

croit

pouvoir faire

des

conditions.

Elle se relire à Agen.

Elle arme contre son mari et son frère.

LA REINE MARGUERITE

Embûches dressées contre le Roi de Navarre par sa femme.

Marguerite est forcée de s’enfuir en Auvergne,

du Carême, et ses 'intrigues avaient commencé dès le mois de mars ou d’avril; car, dans une lettre du 3 mai 1585, Henry III, après avoir félicité le maréchal de Matignon sur la prise du château Trompette, dont nous aurons à reparler plus loin, ajoutait : « Je desire que vous vous acheminiez à Agen le plus tost que vous pourrez; car i’ay esté aduerty que ma sœur a desliheré de s’en asseurer, et que desia elle se vante qu elle Fa du tout a sa deuotion; a quoy ie vous prie de remedier (1). » En effet, elle avait levé une petite armée dans FAgénois et ie Quercy, provinces qui faisaient partie de sa dot; et avec F assistance malfaisante de ses âmes damnées, M. et madame de Duras, elle dressa mille embûches au Roi de Navarre , dont la vie fut plus d’une fois en péril, jusqu’au jour où les troupes de Matignon la malmenèrent en ennemie et la réduisirent à des nécessités indignes de sa haute fortune. « Enfin, elle fut forcée, avoue le bonhomme Hilarion de Coste, de se sauver, portée en trousse par un gentilhomme appelé Lignerac (2), quelle avait surnommé le chevalier de Belle-Fleur . » Elle se réfugia dans le fond de l’Auvergne, ou « elle acheva de consumer le reste de sa jeunesse en aventures plus dignes d’une femme qui avait abandonné son mari que d’une fille de France (3). » Lignerac, soutenu

(1) Voir Histoire du maréchal de Matignon, par Jacques de Caillière.

(2) « Le sieur de Lignerac, » disent les Mémoires du duc de Bouillon, k la charge en croupe sans coussinet, et, en cet équipage, la meine au mur de Varroz. » (Page 50 de l’édition Michaud et Poujoulat.)

(3) MÉzeray, Histoire de France, t. III, p. 598.

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de quelques gentilshommes assez mal équipés, la eonduisit jusqu à la ville de Carlat (1), où le seigneur du château, frère de ce gentilhomme, lui offrait asile : « lieu sentant plus sa tanière de larrons, disent les libelles, que la demeure d une princesse, fille, sœur et femme de Bois. » Le Père de Coste Fy fait cependant séjourner dix-lmit mois. Mais le châtelain vint à mourir, et Lignerac, soit inquiétude pour la sûreté de la princesse, soit tout autre sentiment, accourut d’Aurillac, où il commandait, pour la faire sortir de Carlat et lui trouver un nouvel abri. A peine se voyait-elle en sécurité dans un château d’Iboy, près de la rivière d’ Allier, qu elle y fut enlevée par le marquis de Canillac, gouverneur de F Auvergne, qui la mit au château fort d’Usson (2). Canillac lui fit sentir d’abord la main inexorable d’un vrai geôlier, et la prisonnière trembla. « Pauvre homme ! dit Brantosme, que pensait-il faire? Vouloir tenir prisonnière, subjecte et captive en sa prison, celle qui, de ses yeux et de son beau visage, peult assubjectir en ces liens et chaisnes tout le reste du monde comme un forçat (3) !» Il oubliait que le sexe

(1) Carlat, chef-lieu dans le Carladez, dont Vie était la capitale. Cet ancien pays de la haute Auvergne avait ses vicomtes particuliers, et passa à la couronne en 1531. Louis XIII le donna, en 1642, aux princes de Monaco, qui le conservèrent jusqu’en 1789. Le château de Carlat était très-fort. Il fut détruit en 1604 par Henry IV.

(2) Usson, dans le Puy-de-Dôme, à neuf kilomètres d’Issoire, n’offre plus que les ruines de cet ancien château fort des comtes d’Auvergne, qui avait résisté à Du Guesclin en 1371, et était considéré comme imprenable. Il avait été transformé par Louis XI en prison d’Etat, et fut rasé en 1634.

(3) T. V des OEuvres, p. 182.

LA REINE MARGUERITE

Incarcérée à Usson, elle chasse son geôlier et se fortifie clans

le château.

Le sieur de Bran to s me.

faible sait user, s’il lui plaît, de cette initiative qui a rendu si célèbres les femmes des sociétés primitives de F Amérique : la reine Margot eut bientôt fait de son geôlier un esclave , et quand elle le vit à son point, elle le poussa dehors, lui jeta au nez le pont-levis, et fortifia sa prison de soldats que le duc de Guise lui avait envoyés d’Orléans. Elle ne sortit de ce lieu qu’en 1605, pour paraître un instant à la Cour de France. Elle alla ensuite habiter le château de Boulogne, puis, à Paris, cet hôtel de Sens, prostitué de nos jours à une exploitation de petites voitures et de diligences de banlieue; enfin, elle bâtit, au faubourg Saint-Germain, un hôtel répondant à la majesté des Bois dont elle estoit issue (1). » Cet hôtel s’élevait en face de F entrée de la rue Mazarine, sur Femplacement de l’ancien Pré aux Clercs.

Brantosme a donné sur cette princesse une notice qui n’est qu’un panégyrique passionné, piquant, du reste, dans les détails, mais dont, encore une fois, on ne saurait trop se méfier. Esprit aimable, mais caillette de cour sans vergogne, grand libertin s’amusant de tout, quoique ruiné, Brantosme, quelquefois judicieux, se montre le plus souvent léger, dépourvu de tout sentiment moral, de tout respect des bienséances, aussi indifférent au bien qu’au mal, aussi prompt à répandre le scandale qu’il l’est à le chercher et à le croire. C’était bien le Procope hardi et délibéré qui convenait à ce temps de dissolution, à

(i) Hilario>t de Coste, Eloges des Dames illustres , t. II, p. 630.

LA liEINE MARGUERITE.

cette cour de Bas-Empire. Familier des princes et eu tirant vanité, il n’a pas plus qu’eux souci de vertu ni de vice. Il n’en a ni le discernement ni la conscience : la conscience n’entre pas dans le bagage de qui veut faire fortune. Jamais aucune de ces « braves paroles » jaillissant du cœur, comme les aime Montaigne, et qu’il préfère aux plus beaux discours. Louis XI est pour lui le prototype des bons rois; et si, de fortune, l’éloge de quelque grande vertu, du chancelier de i’Hospital, par exemple, tombe sous sa plume, ne l’accusez pas d’avoir eu cette pensée à lui tout seul : il n’est, en l’exprimant, que l’écho de l’opinion publique. Miroir qui voit et ne juge pas, il est précieux par ce qu’il reflète de ce siècle si complexe. Raconte-t-il par le menu les galanteries et folles équipées de belles dames de cour sous ce François Ier dont le règne ne fut qu’une longue fête, u une magnifique et superbe bombance, » comme le dit lui -même l’amusant et dévergondé chroniqueur; peint-il en buste ou en pied ses plus légères et savoureuses contemporaines , ses saintes seront les beautés qui se passeront le plus volontiers de chemises, et il en fera sans façon un bouquet de la meilleure senteur d’honnêtes et vertueuses femmes. Qu’attendre d’un pareil peintre , quand le modèle est la reine Marguerite, u Vénus tout entière à sa proie attachée? »

Or, ce que fait celui-ci par frivolité païenne, le bonhomme Hilarion de Coste le fait par naïveté crédule. Son livre diffus, prolixe, et cependant curieux, a le tort d’être banal et de confondre au même rang,

Hilarion de Coste.

LA REINE MARGUERITE

clans ses ('loges outrés, des femmes telles que la Reine Anne de Bretagne, Isabelle-Claire-Eugénfe, les filles de Thomas Morus et autres perles de l1 histoire, avec une Bona Sforza et une Marguerite de France. Au vrai, la Reine de Navarre tenait de la nature et de F éducation les qual ités les plus éminentes. A une fierté de cœur, à une bonté d ame, trop souvent humiliées et comprimées par son mari et par Henry III, elle unissait beaucoup desprit, beaucoup de lecture, mais malheureusement encore plus de faiblesses, « ne refusant personne, dit le Divorce satirique , et acceptant, ainsi cpie le tronc public, les offrandes de tous venans. » — « La Nanna de FArétin ni sa sainte, dit encore la même satire, ne sont rien auprès. » Et néanmoins, s’il arrive au bon Minime de dire quelque chose au désavantage de la Reine, c’est que les paroles lui ont échappé.

Il fut encore à la même époque un autre homme d’aussi débonnaire nature, un procureur du Roi au présidial d’Agen, qui Fa canonisée à sa manière (1). « C’est une chose tres-vraye, dit-il, cpie Sa Majesté garde tres-estroitement la dedans (c’est-à-dire au château d’Usson) une coustume, depuis qu’elle y est, fort louable. Apres s’estre recreée modérément à 1 exercice des Muses, elle demeure la plus part du temps retirée en sa chapelle, faisant prières à Dieu, pleines d’ardeur et de vehemence : se communiant une fois ou deux la sepmaine . Aussi,

ceste tres-noble ame roïale s’est retirée dans le

(F Jehan Darnalt, Antiquités d’Agen, chap. xxn, fol. 124 v°.

chasteau elysien d’Usson; avant qu’entrer a la gloire des cieux, s’est voulu avoisiner d’iceulx, commençant d’y prendre sa volee, ayant apprins de s’exercer en la vie contemplative et de séparer son ame bien heureuse d’avec son corps très-parfait, et le tout pour bien mourir. »

Voilà de bien édifiantes paroles. La vérité est que cette étrange princesse mêlait , dans sa retraite , l’exercice du sacré et du profane, qui, chez certaines femmes, n’ont rien d’incompatible. Mais le profane passait avant, et le diable n’y perdait rien.

Nous retrouverons pins tard notre sainte dans les lettres de Montaigne. A l’heure où nous sommes des événements (août 1585), elle s’ingéniait à susciter des obstacles politiques au Roi de Navarre, et se liguait en même temps contre son frère, ses deux aversions. Poussée à bout, elle faisait battre la campagne par des Guisards ; elle ouvrait des intelligences avec Philippe II d’Espagne. Voici une lettre du Béarnais qui prouve qu’il en prenait son parti en homme de cœur :

A mon cousyn monsieur de Turenne.

« Jay guagné le tamps , auec ces députés , que nous desyryons. Je nous anuoye ce porteur en dylygence pour fayre sursoyr toutes entreprynses : croyés ce quyl nous dira. Je nous prye , uenés avec dys ou cîouse me treuuer ycy dymanche sans faute, car lundyje partyray pour ramener ce que uous scaués. Je lesse ma seur ou elle est. Duras ua noir le Roy dEspagne , quy (depuys troys semaynes) est anfermé dans son logys , a cause de

Henry de Navarre à Turenne.

Août 1585.

Duras

va intriguer en Espagne.

Encore la Reine Margot et

ses rancœurs.

Alarmes de la Ligue.

Dénûment des armées royales.

défend aux Huguenots d’obéir à l’édit de leur expatriation.

lacontagyon. La coqueluche s’est mellee auec la peste, sy byen quon an rechape peu. Ledyt Duras ua cepandant par les enemys, demandant quyls aydent de moyens a la ïteyne de chasser les eretyques quy sont auec celuy que Ion noinoyt son mary. Uenés pour Dyeu : il y aura plus a fayre que nous ayons eu ny que nous naurons peutestre dun an. Jav byen ocasyon de me passer de uous. Je ne nous guarderé guieres; mais que ie uous uoye. Croyés que je nous a y me plus que uous ne faytes moy. Sur ceste ueryté ie uous prye ancore un coup uenyr.

» G est votre plus parfayct cousvn et antyerement uray amy.

» Henry. »

La rapidité des conquêtes du jeune Roi avait alarmé îa Ligue, et elle récriminait contre Henry III. Et de fait, les armées catholiques manquaient de tout : organisation et argent. On sait dans quel gouffre allaient se perdre les contributions forcées dont le Trésor de France frappait le peuple. Et d’ailleurs, au fond, le Roi n’était pas de bonne foi avec la Ligue ; il la redoutait et lui promettait plus qu’il 11e voulait tenir. De son côté, le Béarnais couronna l’année 1585 par un vigoureux édit, qui défendait d’obéir à l’édit royal prescrivant le bannissement des Religionnaires. En outre, il confisqua les biens des Catholiques, et les vendit pour subvenir aux frais de la guerre.

Une maladie qu’il essuya à Bordeaux, au prin-

temps de 1586, ne ralentit pas son activité. Le 4 mai , il écrivait à son fidèle Saint-Geniez :

« Monsieur de St Genies, jay ueu vue lettre que uous' aués escryte au Pyn, par laquelle uous pensés auoyr ocasyon de uous douloyr de moy, ce que uous ne pourryés fere qu’atort , vous aymant et estymant comme un des plus fydelles et utylles seruyteurs que jave. Je nay eu nulîes lettres de uous depuys sys semaynes que deus , ausquelles jay commandé les responses et cuydoys que uous les eussvés eues. Jay la teste tellement rompue dafayres, que comme jay commandé une depesche, je pense quelle soyt fette. Il y a eu de la malyce au fet des memoyres que dyttes mauovr enuoyés, car je ne les ay point ueus, je le uous jure auec ueryté, et uotre grande amye (1) uous respondra pour moy que je ne suys poynt manteur. Toutes les foys quyl est ryen suruenu vcy de nouueau, jay commandé au Pyn de le uous escryre en mon nom. Lapins part du temps, ne me trouuant a connnodyté pour sygner , j! les uous enuoye au syen. Vous aués prys la mouche en homme de la race de Gontault. Gest homme quy vynt a Pau, de Soulle, sen alla nayant eu autre responce que celle que nous auysasmes ensemble. Faytes tout ce que vous uoyrrés estre de mon seruyce; je remets tout a uous. Vous mandés au Pyn et a uotre fils que uous enuoyés des nouuelles dEspagne ; ils sont allées auec les memoyres : ou les laquays les jettent, ou uous oubliés a les enuoyer. Quant au uoyage duquel uous parlés, sy uous eussyés esté icy, il y a quinze jours que uous me leussvés conseyllé. Quant au prysonnyer, sa

(1) La comtesse de Guiclie.

Nouvelle de Henry de Navarre à Saint-Geniez.

4 mai 1586.

Confiance du Roi envers Saint-Geniez.

Paroles de cœur.

negotyassyon 11e nous peut nuyre et sa pryse a desja de beaucoup seruy. Nacomparés plus les actyons de feu Mr (1) aus myennes ; sy jamays je me fyé en Dyeu, je le fays a cette heure ; sy jamays jeus les yeus ouuers pour ma conseruatyon , je les y ay. Deuant cpie la fyn dejuyn passe, uous dyrés que ma teste est la meylleure de mon conseyl. Vyués contant, sy cela uous aporte contantemant de penser que uotre mettre uous ayme autant quyl ayma jamays semyteur, Lon ma fet destranges trauerses, je dys les nôtres. Par patyence et chemyner droyt, je vayncs les enfans de ce syecle. Hyer encores fut tué neuf reystres et prys neuf cheuaus. On doyt commancer anuyt la batry de Monsegur. Ils se défendent aussy bven que les autres lont fet mal. Je remets au Pyn a uous mander des nouuelles. Adyeu, Mr de S. Genies, croyes que je ne seray jamais que

» Votre très afectionné mettre et parfet amy.

» Henry. »

A Bregerac, ce iiii may (1586).

Art de Henry Voilà une de ces lettres de politique et de cœur pour tout à la fois dont le Béarnais avait le secret. Qui

se faire aimer. A .. .

ne connaît celle qu il adressa , vers les premiers jours de 1577, au catholique baron de Batz, gouverneur de la ville d’Eause en Armagnac, lettre si intéressante par le tour et par Faccent de l ame? N’est-on pas touché de cette preuve si remarquable de l’habileté avec laquelle le jeune prince faisait de sa tolérance un moyen de gouvernement, et savait

(1) M. (T Alençon, depuis duc d’Anjou et enfin Monsieur.

maintenir à sa cour tant de personnages entre lesquels la diversité de religion et d’intérêts semait des germes de désaccord? « Combien, disait-il, en terminant sa lettre à De Batz , combien que soyez de ceux-là du Pape, je n’auoys, comme le cuydiés, mesfyance de nous dessus ces choses. Cens quy suyuent tout droyt leur conscyence sont de ma rclygyon, et je suys de celle de tous cens la quy sont braues et bons. » Adroites, sinon sublimes professions de foi , qui font adorer les princes ; aussi n’aimait-on pas médiocrement celui-là, quand on l’approcbait. Le ton de familiarité digne de la lettre à Saint-Geniez appartient au même ordre d’idées, et l’ouverture d’âme du maître avait transformé la loyauté de ce gentilhomme en affection, son affection en dévouement, son dévouement en fanatisme.

Le Béarnais vient de parler de sa sœur Catherine de Bourbon, duchesse de Bar. On lira, j’aime à le penser, avec plaisir, quelques lettres de cette princesse à M. de Saint-Geniez et au vicomte de Turenne. C’était une femme d’élite, de ferme caractère, de charmant esprit, qui avait la nature de son frère, se jouait à la poésie, et prouvait, par ses saillies et par sa grâce, qu’il coulait dans ses veines du sang de la Marguerite des Marguerites, et qu elle avait été élevée sous l’aile de Jeanne d’Albret. Jamais, quelques instances qu’on lui ait faites, elle ne voulut abjurer la foi de sa mère et imiter sur ce point l’exemple de Henry IV ; on le va voir par une de ses lettres.

Ses

belles paroles à Manaucl de Batz.

Catherine de Navarre,

Lettre

de Catherine de Navarre à Gontaut de Saint-Geniez.

En voici une première adressée, sans date, à Gontaut de Saint-Geniez, et que je présume être de 1586.

« Monsieur de S-Genies, il vient de venir un laquais du Roy, mon frère, par quy il escrit que le mareschal (1) a prins le bec dambes, en a tue et noyés (2) et prins quarante dont Guabaret (3) en est un qui a tant de fois voullu tuer le Roy, mon frere. La compagnie qui estoit de la Ligue ou il auoit enuoyé de ceux de sa compagnye, et Parabelle (4) ses venu randre a luy auec promese de ne retourner plus a Agen ou Ion a beaucoup de nesesité. Il est venu vn de mes gens de Tours quy dit que ceux des Ligues ettoiet près dorleans et font tous les maux quy se peuuet dire. Iespere que leur meschansetés les fera périr. Sy ie say dautre nouuelles, ie ne faudray de les vous mander, le roy, mon frere, me mande tous les iours que ie ne parte d’icy qu’il ne me le mande. A Dieu, Monsieur de Saint Genies, ie suis et seray touiour

» Vostre bien afectionnee et asuree amye » Catherine de Navarre. »

(1) Montmorency Dainpville ou Damville.

(2) Tué et noyé.

(3) Ce Gabarret avait suivi pendant quelque temps le parti de la réforme, mais il avait passé bruyamment dans le parti catholique et s’était donné la mission ouverte d’assassiner le Pioi. D’Aubigné raconte en son Histoire universelle , t. II, liv. V, chap. iv, un horrible crime commis par ce misérable comme garantie de son dévouement à la cause catholique.

(4) Jean de Baudéan, seigneur de Parabère, lieutenant général au gouvernement de Poitou.

La lettre qui suit est également sans date et est adressée au vicomte de Turenne.

« Mon Cousin , ie viens de receuoir des lettres du vicomte de Fascebourg (1) que ie vous enuoie. Mandés moy vostre auis sur ce quil me mande, et receués cettuy-cy de moy qui es de prendre très bien garde a vostre retour. le suis bien marie questant venu exprès aux eaux pour esperer guérison, vous ne luy puissiés trouuer. Elles ne sont propres pour tous maux, de quoy ie suis bien marrie pour lamour de vous. Vostre lettre d’assesoir me fait croyre que vous estiés fort mal ; mais mon laquais me dyt que vous vous portiés mieux quicy. Quant a ce beau discours du mespris du monde ; que vous me voulés faire, ie leusse trouué plus a propos lors que iauois ma migraine ; mais a ceste heure que ie me porte très bien, ie trouve qu’il y fait bon demeurer pour voir les cours du marché et receuoir ce bel air de France ou iay la chose du inonde qui mest le plus afectionnee et tous mes parents. Tlesolués vous donc a changer de discours et me parlés piustost des singularitez des montaignes : cela me sera plus agréable. À Dieu, croyés moy touiours fort vostre amye et quy vous desire autant d’heur que nul que vous en ayés. »

Quand la princesse parle de la chose qui lui est le plus affectionnée, elle veut désigner son cousin germain le comte de Soissons, F élu de son cœur.

(1) Phalsbourg.

Autre lettre de la princesse de Navarre au vicomte de Turenne.

A l’époque où cette lettre fut écrite, le roi Henry n’était pas encore maître de son royaume. Dès qu’il fut, de fait comme de droit, Roi de France, il songea à marier sa soeur et se heurta contre l’ancienne passion de la pauvre princesse. Des raisons politiques le portèrent à la donner à Henry de Lorraine, duc de Bar, dont l’âme brisée de Catherine ne put jamais s’accommoder. « Peut-être y a-t-il de grands avantages, disait-elle avec amertume, quand on la félicitait sur son mariage, mais je n’y trouve pas mon compte. » Aussi, de ce moment, tomba-t-elle en mélancolie, et elle mourut à Nancy, le 13 février 1604, Elle était née à Paris, le 7 février 1558, et avait été mariée en 1599. Elle ne laissa point d’enfants. Ah! la raison d’Etat!

Voici encore une autre lettre de la même princesse au même vicomte de Turenne :

Lettre

tîe Catherine de Navarre à M. de Turenne.

On ne lui paye pas ses revenus

« Mon cousin, encore que je n’aye point aperçeu que vous vous soyez ressouvenu de moy despuis votre parlement, si ne scauroi-je croire pour cela que vous m’en aimiés moins, m’asseurant aux dernieres paroles que vous m’avés dittes en me disant a Dieu. Cette croyance | me fait vous supplyer de me rendre un bon offyce en la compagnye où vous estes, en une affaire quy me touche, c’est que parmy l’argent que cens de i’assemblee de Saumur ont arresté pour les garnisons, i’y avois vingtquatre mille escus d’assignation pour ma despense, quy l’ont aussy esté ; de sorte que plusieurs de mes officyers, et le pourvoyeur que vous savés qu’il faut quy aille toujours, s’en sont reueneus me trouuer sans auoir pu auoir rien; et bien que cela m’incommode fort, ci ne

Catherine de Navarre au roi Henry IV, son frère

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HENRY IV

me fasche-t-il point tant que les reproches que l’on me fait du mauvais traitement que je reçois de ceuls de mon party mesme. Si non seulement mon bien, mais ma vye mesme pouuoit seruir a l’auancement de la gloire de Dieu, je luy employerois avec beaucoup de contantement ; mais il n’y peut auoir de zesle ny de justice a prendre mon bien pour l’employer en lieu quy ne me passe ny en volonté ny en utilité. Je crois que quand ces messieurs de l’assemblée sçauront comme je n’en jouys point, contre ce qu’ils m’ont assuré avoir expressément ordonné, ils y metront tel ordre que désormais je n’en seray plus en peine. Au reste, Ion m’a dit que l’on fait courir le bruvct en Guyenne que j’ay esté a la messe : Ça donc esté à celle de Mrs de Montigny et de laFave. Obligez-moi de respondrepour moy que je suis résolue de vivre et mourir en la Religion que seule je croy et reconnois pour bonne, et que les tourmens ni les grandeurs ne pourront jamais, auec l’aide de Dieu, esbranler ma foy. Voilà la plus ferme résolution que j’aye, et de vous tesinoingner que vous n’aués parente ny amie plus desireuse de vous seruir et tesmoingner une fidelle amitié que moy, quy sur cette vérité vous dys a Dieu. »

On a fait courir le bruit quelle a été à la messe , tandis qu elle veut vivre et mourir en la Religion.

La grande image de Henry IV repose lesprit La figure

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