‹ Causeries d'un curieux (volume 2)Chapitre 50 sur 97 · CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LETTRE

Au maréchal de Matignon (2).

Lettre

de Montaigne à Matignon.

2 février

La

Marsillière.

Le Roi de Navarre.

Roquelaure.

« Monseignur, Y home par qui ie vous escriui dernieremât et enuoiai vne lettre de Mr du Plessis, n’est encores reuenu. Despuis, on me mande du Fleix que Mesrs du Ferrier et la Marseliere sot encores à S. Foi, et que le roy de Nauarre vient d’enuoier quérir quelque reste de trein et dequipage de chasse qu’il auoit icy, et que sa demure sera plus longue en Bearn qu’il ne pansoiL Suiuant quelques nouuelles instructions de M.r de Roquelaure , et fauorables, il s’enreua vers Baïone et Daqs , pour leur mostrer que le roy a pris en très bone part l’entree qu’il y a faicte. Voila ce qu’on me mande. Le reste du pais demure en repos

(1) Mémoires de Bouillon , édition Michaud, page 48.

(2) Cartulaire de Monaco.

et n’y a rien qui bouge. Sur quoi ie uous baise très liüblemât ies meins et supplie Dieu vous doner,

» Monseignur, longue et hureuse uie.

» Yostre très hüble seruitur,

» Môtaigne. »

» De Môtaigne, ce 2 febur. 1585. »

De main de secrétaire, au dos :

A Monseigneur Monseigneur de Matignon ,

Mares chai de France.

Cachet de cire portant une balance entourée du cordon de Saint-Michel.

C’est un cachet de plus à ajouter à ceux que M. le docteur Payen a fait connaître de Montaigne, et qui portent le même blason, mais sont de dimensions diverses. Ces armes sont d'azur semé de trèfles d'or , avec une patte de lion de même , armée de gueules , mises en fasce.

Cette lettre est toute d’informations et de nouvelles. Il y figure Hurosius Berziau, seigneur de LA j Marsillière, qui était secrétaire d’Etat en quartier auprès du Roi de Navarre. L’état de la maison du Pioi le porte, en 1585, comme secrétaire de ses commandements ordinaires.

Quant à Roquelaure, c’est Antoine, fils de Géraud | de Roquelaure et de Catherine de Bezolles. Gascon de joyeuse humeur et de courage, qui fit en héros au combat de Fontaine -Française, il fut lieutenant de la compagnie de gendarmes du Roi de Navarre et maître de sa garde-robe ; sénéchal de Iiouergue

Un cachet de

Montaigne

La

Marsillière

Roquelaure

MICHEL DE MONTAIGNE

et de Foy, lieutenant général du gouvernement de) Guyenne et de la Haute- Auvergne, et maire de Bordeaux après le maréchal de Matignon, successeur de Montaigne. Il reçut le bâton en 1615. Né en 1543, il mourut en 1625, plus qu’octogénaire. « Il avait! perdu un œil, dit Tallemant des Béaux, d une épine qui lui perça la prunelle comme il était à la portière du carrosse, en allant voir madame de Maubuisson, sœur de madame de Beaufort, » c’est-à-dire Gabrielle

N’avait d’Estrées. Cet homme n’avait jamais été blessé qu’au

jamais été . . , -

blessé qu’au service des dames; et, bien qu il se lût prodigué

service

des dames, sur le champ de bataille, il n’y avait jamais rencon-

et en devint . , , . Tl • i •

borgne. tre la moindre egratignure. 11 amusait le Boi par son esprit, et lui plaisait par la sûreté de son caractère.

On voit de nouveau dans cette lettre que Montaigne, en son poste de maire, n’épargnait ni ses paroles ni sa plume. Dès que l’activité entrait dans son devoir, il avait de l’activité. Nous en avons assez dit sur ce point précédemment. Dans le P . S. de la lettre suivante, il va lui échapper des paroles qui prouvent et son peu de goût pour les affaires publiques, et ses aspirations vers la retraite. U a été un excellent maire , mais encore une fois plus par devoir que par inclination.

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