DIXIÈME LETTRE
Au maréchal de Matignon.
Lettre
de Montaigne au maréchal de Matignon.
22 mai 1588.
M. de Bordeaux.
« Monseignur, i’ai receu ce matin vostre lettre que i’ai cômuniquee à Monsr de Gourgues , et auons disné ensamble ches Monsr de Bourdeaus. Quand a l’inconueniant du transport de lariant (1) contenu en uostre mémoire, nous uoiés côbien c’est chose malaisée a pouruoir ; tant y a que nous y arons leuil de plus près que nous pourrons. Je fis toute dilijanse pour trouuer Idiome de quoi vous nous parlâtes; il n’a pouirit esté ici , et m’a Monsr de Bourdeaus môtré une lettre par laquelle il mande ne pouuoir uenir trouuer le dicter de Bourdeaus corne il deliberoit, aiant esté
(i) L’argent.
MICHEL DE MONTAIGNE
auerti que nous uous deffiés de lui. La lettre est de auant hier. Si ie l’eusse trouué, i’eusse a lauanture suiui la uoie plus douce , estant incertain de uostre resolution ; mais il uous supplie pourtant ne faire nul doubte que ie refuse rien, a quoi uous serés résolu, et que ie nay ny chois ny distinction d’affaire ny de persane ou il ira de uostre comàdemant. Je souhete que uous aies en Guiene beaucoup de uolantés (1) autant uostres qu’est la miene. On faict bruit que les galeres de Nantes s’enuienent uers Brouqge (2). Môsr le mareschal de Biron n’est encores deslogé. Ceus qui auoient charge Le maréchal d’auertir Monsr d’Ysa disent ne l’auoir peu trouuer et de Euon'
1 M. d Csa.
croi qu’il ne soit plus icy, s’il y a esté. Nous somes apres nos portes et gardes, et y regardôs un peu plus attantifuemant en vostre absance, laquelle ie creins non sulemant pour la côseruation de cette uille, maist aussi pour la côseruation de uous mesmes, connoissât que les enemis du seruice du Roy sautent assés combien uous y estes necessere , et côbien tout se porteroit mal sans uous. Je creins que les affaires uous surpran- Montaigne derôt de tant de costés au cartier ou uous estes, que qUe Matignon uous seres iogtamps a prouuoir par tout, et y ares beau- longtemps coup et longues difficultés. S’il suruient aucune nouuelle de idéaux occasion et inportante, ie vous despecherai soudein Paf,. .
1 / 1 son expédition
home exprès, et deués estimer que rien ne bouge si ,cte.
1 1 . a pacification.
uous n’aués de mes nouu elles; vous suppliant aussi de côsiderer que telle sorte de mouuemants ont acôstumé
(1) Montaigne dit souvent volante pour volonté. C’était un usage du temps et la reproduction de la prononciation de certaines provinces.
(2) Ces navires annoncés venaient contre le parti de Navarre, puisque la ville de Nantes était au pouvoir des catholiques. Le duc de Mereœur s’ébranla et se mit en campagne ; mais il essuya un rude échec et fut forcé de rentrer à Nantes.
Du Loudel.
Guisards
venant
d’Agen.
Guy
de Lanssac.
d’estre si inpourueus, que s’ils deuoint auenir, on me tiéndera a la gorge sans me dire gare. Je ferai ce que ie pourrai pour santir nouueîles de toutes pars , et pour j cet effaict uisiterai et u errai le goût de toute sorte d’homes. Jusques a cete heure rien ne bouge. Mr du Londel m’a veu ce matin et auons regardé a quelques aiancemans pour sa place, où i’irai demein matin (1). Despuis ce comacemant de lettre, i’ai apris aus Chartreus qu’il est passé près de cete uille deus iantilsh ornes qui se disent à môsieur de Guise, qui uienent d’Agen, sans auoir peu sçauoir qu’elle route ils ont tiré (2). On atant a Agen que nous y aillés. Le Sr de Mauuesin uint iusques a Ganteloup et de la s’en retourna, aiant apris quelques nouueîles. Je cherche un capiteine Rous a qui Masparraute escrit pour le retirer a lui aveq tout plein de promesses. La nouuelle des deus gaieres de Nantes prestes a descendre en Brouage est certeine auecq deus compaignies de ians de pied. Monsieur de Mercure est dans la uille de Nantes. Le Sr de la Courbe a dict a Mr le présidant Nesmond que monsieur d’Elbeuf est andeça d’Angiers et a logé chés son pere , tirant uers le bas Poitou aueq quatre mill’ homes de pied et quatre ou cinq çans cheuaus aiant recueilli les forces de Monsr de Brissac et d’autres, et que môsieur de Mercure se doit a lui. Le bruit court aussi que môsieur du Meine nient prandre ce qu’on leur a assamblé en Auuergne, et que par le pais de Forest il se randera en Rouergue et à nous, c’est a dire vers le Roy de Nauarre cotre lequel tout cela uient. Môsieur de Lansac est a Bourg et a deus nauires armés
(1) Sur Du Londel, voir p. 201.
(2) Il n’était pas surprenant que des Guisards arrivassent d’Agen, puisque la reine Marguerite, qui intriguait avec la Ligue, était en cette
ville.
MICHEL DE MONTAIGNE
qui ]e suiuent. Sa charge est pour la marine. Je uous dis ce que iaprans et mesle les nouuelles des bruits de uille que ie ne treuue uraisamblables aueq des uérités , affin que uous saches tout, uous suppliant très hüblemant uous en reuenir incôtinant que les affaires le permetteront , et uous assurer que nous n’espargnerôs cependàt ny nostre souin , ny, s’il est besouin, nostre uie, pour côseruer toutes choses en lobeissance du Roy.
» Môseignur, ie vous baise très hCiblemât les meins, et supplie Dieu vous tenir en sa garde.
» Yostre très hüble seruitur,
» Môtaigne. »
De Bourdeaus, ce mecredi la nuit, 22 de mai (1585).
«Je nai ueu persone du Roy de Nauarre; on dit que Mr de Riron la ueu. »
Les notes historiques dont nous avons fait précéder la correspondance de Montaigne nous dispensent d’entrer en de très-grands détails sur F importance de cette lettre, un des plus précieux documents qui soient sortis de la plume de cet écrivain, pendant sa mairie de Bordeaux.
La Ligue, qui depuis longtemps minait sourdement les provinces, avait lancé de Péronne son premier manifeste, le dernier du mois de mars. L’esprit de faction s’était glissé jusque dans Bordeaux, au cœur du gouvernement de Guyenne, sous les yeux du vigilant Matignon; et au mois d’avril, la Ligue, essayant ses forces, y avait, suivant Varillas et Mézeray, tenté un coup de main , dont , il est vrai, ne parlent ni De Thon ni De Cailîière, le
Le Roi de Navarre et le maréchal de Biron.
Premier manifeste de la Ligue.
Coup de main tenté
à Bordeaux.
MICHEL DE MONTAIGNE
Le
gouverneur du château Trompette trahit.
Le Roi donne avis de mauvais projets aux jurais de Lectoure.
Il donne également avis
à Matignon sur un soulèvement préparé à Bordeaux.
Matignon convoque le conseil.
biographe de Matignon (1). Des mutins avaient élevé des barricades et investi l’hôtel du maréchal pour le forcer à quitter la ville ; et le gouverneur du château Trompette, Gourdon de Genouillac, baron de Valhiac , « fort embrené dans la Ligue, » comme dit Brantosme, Valhiac, qui peut-être avait sous main fomenté l émeute, n’attendait que le moment favorable pour livrer au duc de Guise le château, qui eût mis la ville au pouvoir de la Sainte-Union. Mais ses menées avaient été éventées, et une action de vigueur de Matignon l’avait rendu maître de la personne de Valhiac et des portes du château.
Le premier avis des mauvais desseins provenait du fait du Roi de Navarre, qui, d’un côté, écrivait, le 3 avril 1585, aux jurats de Lectoure, pour leur donner l’éveil sur certaines entreprises menaçantes qui intéressaient le royaume. Il ne nommait personne, mais il révélait au maréchal de Matignon toutes les particularités sur un mouvement préparé à Bordeaux. Le maréchal, toujours prudent, et qui redoutait de se trop livrer à un Calviniste , profita de l’avis et se tint en éveil et silence. Tout à coup, il convoque à son hôtel M. de Montaigne, maire; les jurats, les premiers du Parlement et de la garnison , pour une communication officielle du Roi affectant les intérêts de la ville et de toute la Guyenne. On s’assemble. Valhiac est présent. Le maréchal expose en traits rapides l’état de la pro-
(i) Il est à noter, en passant, que De Caillière n’est pas toujours d’une exactitude parfaite, quand il n’a point sous les yeux des papiers et documents authentiques pour guides.
MICHEL DE MONTAIGNE
vince, l’état du royaume troublé par les pernicieuses menées des Ligueurs. Il peint la ville travaillée de leurs intrigues, émue, inquiète, demandant paix et protection. « Je vous ai tous réunis, ajoute-t-il, afin de m’ouvrir à vous sur un secret aussi important pour votre fortune et votre vie, que pour la tranquillité de l’Etat. Le danger est grand et menace nos têtes ; le remède doit être prompt et immédiat. » Et soudain, se levant, il désigne le baron de Valhiac assis au milieu du conseil, et lui déclare que sa fidélité est suspecte au Roi; que le château où il commande n’est point sûr dans ses mains, et qu’il ait à lui en faire remettre les clefs. Valhiac, pris au dépourvu, proteste de sa fidélité, balbutie, supplie le maréchal d’en croire sa parole et de lui donner le temps de se justifier. « Enfin, s’écrie-t-il, je suis homme d’honneur, et j’aime mieux mourir que d’être déshonoré. — Si vous voulez mourir, lui réplique le maréchal, vous n’avez qu’à désobéir aux ordres du Roi. Plus de défaites : « ou bien mandez soudain à votre femme de m’ouvrir et rendre le château, ou je vous fais pendre haut et court â la veue du ehasteau mesme (I). »
(1) Voir Brantosme; à l’article Matignon , p. 34 et 35 du t. IV de ses Œuvres. Brantosme ajoute : « Ce que ledit Baron appréhenda aussi tost , et manda a sa femme d’avoir pityé de sa vie ; et , plaine de compassion, fist ouvrir la porte à M. le mareschal, lequel entré, en chassa toute la vieille garnison, et y en mist une nouvelle a sa poste, et luy donna congé de s’aller loger ailleurs, voire luy donna cinq cens escus, a ce qu’il m’a dict, pour aller trouver le Roy et se purger a luy. »
Caillière donne un récit plus circonstancié que Brantosme, que De Thou et que Davila. Il avait le mérite d’écrire d’après les papiers de famille du maréchal. Mais Brantosme, qui était le parent de Mati-
II y désigne le gouverneur du château Trompette comme un traître.
Le
gouverneur Valhiac est arrête.
MICHEL DE MONTAIGNE
Valhiac , au lieu d’aller se blanchir devant le Roi, demeure dans
.la province
et y intrigue pour la Ligue.
Ce terrible coup de théâtre émut toute l’assistance. Valhiac avait des amis; on intercéda auprès du maréchal : le maréchal fut inflexible. Il fit appeler son capitaine des gardes Du Londel-Aucto ville, et lui ordonna de désarmer l’accusé et de l’emmener prisonnier; puis il enjoignit à M. de Montaigne , le maire et gouverneur, de faire connaître à toute la ville les intentions du Roi.
Valhiac n’obtint (pie la permission de retirer du château ce qui lui appartenait, et la liberté d’aller se justifier auprès du Roi. Mais il sentait fort bien qu’il eût été mal venu s’il eût essayé de « se purger à lui 55 . Aussi le vit-on s’arrêter à mi-chemin de la cour, renoncer à l’apologie et songer à la vengeance. Persuadé, comme tous les hommes de parti, du triomphe du sien , il était revenu l’ attendre dans sa province , et y travailler : agissant comme « le renard qui ne voulut aller voir le lion contrefaisant du malade ». Valhiac continua donc ses menées et menaça Bordeaux, où ses anciennes habitudes lui avaient ménagé de nombreuses intelligences (1). Dans la lettre suivante de Montaigne, nous retrouverons encore Valhiac ourdissant des intrigues au¬
tour de la ville et y jetant la terreur.
Bordeaux une fois pacifié, le maréchal s’était,
gnon, tenait le récit de sa bouche. Voir De Thou, Hisl., liv. LXXXI; Davila, Histoire des guerres civiles, liv. Vil.
(1) Il signait son nom comme nous l’avons écrit; mais sa descendance écrivit Vaillac. Son petit-fils, Jean-Paul de Gourdon de Genouillac, comte de Vaillac, lieutenant général des armées du Roi, premier écuyer et capitaine des gardes françaises du corps de Monsieur, duc d’Orléans, fut chevalier de l’Ordre, il mourut à Paris, le 18 janvier 1681.
MICHEL DE MONTAIGNE
conformément à l’ordre de Henry III , porté sur Agen, théâtre des intrigues de la Reine Marguerite, soulevée contre la double autorité de son mari et de son frère. Chemin faisant, il pourvoyait à la sûreté de Condom, de Fîeurance et autres villes, travaillées soit par les Huguenots, soit par la Ligue, ou par les deux à la fois.
Dans ce même temps, Philippe -Emmanuel de Lorraine, duc de Mercure , c’est-à-dire de Mercœur, dont la sœur avait épousé Henry III, Mercœur, un des principaux chefs de la Ligue , un des plus ardents et des plus pressés, s’était mis en marche à l’encontre du prince de Coudé, et campait à Nantes. De son côté, Charles de Lorraine, duc du Mayne, c’est-à-dire de Mayenne, frère puîné de Guise le Balafré, et qui, après la mort de ses deux frères, Henry de Guise et le cardinal, devait , en 1589, accepter le titre de chef de la Ligue et de lieutenant général du royaume, se préparait, dès qu’il aurait assemblé les fonds nécessaires, à rejoindre Matignon pour tenir tête au Roi de Navarre. Cependant Henry III, qui se méfiait toujours de la Ligue, avec laquelle il allait bientôt malgré lui faire alliance , et dont il sentait la pression perfide, n’ avait pas perdu l’espoir de ramener à la religion catholique et à sa couronne le Roi de Navarre ; volontiers ii se fût associé à lui pour écraser de concert la Sainte-Union, plutôt que de se fondre en elle pour combattre son beau-frère. Mais le temps n’était pas encore venu où le Béarnais pourrait se convaincre que Paris valait bien une messe.
Matignon va enlever Agen
à Marguerite.
Le duc de Mercœur.
Le duc de Mayenne.
Henry III se méfie de la Ligue, et préférerait s’allier à Henry de Navarr.e
MICHEL DE MONTAIGNE
Le
duc d’Elbeuf.
Position
des
combattants.
Le prince de Condé menace Brouage.
Ce que c’était que ce port au xvie siècle.
Où se trouvait le Roi
de Navarre.
Enfin, Charles de Lorraine, duc d’Elbeuf, comte de Harcourt par sa mère Louise de Rieux, comtesse de Harcourt , grand écuyer et grand veneur de France, cousin germain du Balafré, mais peu trempé aux choses de la guerre; brave pourtant, mais plus propre à la table qu’au combat, tenait dans le voisinage d’Angers, à la tête de divisions de la Ligue, et allait rencontrer pour adversaire le duc de Joyeuse.
Cependant, le prince de Condé, sur lequel veillait le duc de Mercœur, menaçait le Brouage, défendu par Saint-Luc. Le Brouage, aujourd’hui hameau et petit port de la Charente-Inférieure, sur un chenal faisant face à l’ile d’Oléron, était alors et est demeuré, pendant le dix-septième siècle, une place importante, et par ses riches salines, et par sa situation centrale dans le golfe d’Aquitaine. De son port, une escadre pouvait manoeuvrer lestement à la défense des deux branches du golfe, depuis la pointe de la Bretagne jusqu’à T embouchure de f Adora*. Plus tard, le cardinal Mazarin ne dédaigna pas d’être gouverneur du Brouage, et c’est là que se retira sa nièce Marie de Mancini , après le mot fameux : « Sire, vous êtes roi, vous m’aimez, et je pars. »• Mais revenons « à nos coches » , comme disait Montaigne. Guy de Lanssac, qui disposait de deux bâtiments au petit port de Bourg, était prêt, au premier ordre, à se porter où les nécessités de la défense F appelleraient.
Quant au Roi de Navarre, il se trouvait dans le voisinage de Bordeaux, à Bergerac, sur la rivière
MICHEL DE MONTAIGNE
de Dordogne, depuis le 1er de mai. Le 25, il couchait à Sainte-Foy. Le 30, il était à Guitres, à la réunion des chefs protestants. Il avait vu avec un particulier déplaisir les troupes de la Ligue se masser petit à petit, et prendre pied à Villefranche de Périgord, à Belvez-Moncuq , à Fleurance, et les menées et pratiques de ses adversaires affermir les moyens d’attaque contre ses pays souverains. Il s’était plaint à Matignon, il s’était plaint au Roi. Les remuements s’échauffaient de jour à autre. Matignon biaisait, et le Roi, qui flottait incertain sous les conseils de sa mère, se taisait. En vain le Béarnais écrit de nouveau, envoie le baron de Sali— gnac, les sieurs de Clervant, de Chassincourt et de Buzenval, pour se condouloir devant le Boi du déplorable état auquel les auteurs des ligues et conspirations veulent réduire le pays : nulles nouvelles. C’est alors qu’il prend ses mesures à 1 intérieur et à l’ étranger. Il attend sous les armes.
Telle était la situation des choses quand Montaigne , livré à lui-même , écrivait la dernière lettre que nous venons de lire , et où il appelle de tous ses vœux le retour de Matignon le modérateur. Il ne faiblit pas, mais le poids de la responsabilité lui pèse.
Parmi les personnages cités dans la lettre, il en est un certain nombre dont nous n’avons pas encore eu l’occasion de faire mention, et sur lesquels nous dirons, pour plus de clarté, quelques mots rapides.
Et d’abord se présente un vicomte d’Usa, qui tenait vaillamment pour le Boi de France. On le trouve en 1562, avec Moulue et le comte de Can-
II se plaint cle la
concentration des troupes qui
le menacent.
Montaigne
rappelle
de
tous ses vœux Matignon à Bordeaux.
Le vicomte d’Usa.
M. de Mauvesin.
Le capitaine Roux.
304 MICHEL DE MONTAIGNE
claie, à ce fameux combat de T argon , «une des j plus rudes cargues et la plus furieuse sans bataille j où je me sois jamais trouvé, » dit le rude Monluc, et dont, suivant de Thou, les deux partis s’attri- j buèrent la victoire. On le retrouve encore, en 1570, j devant la ville de Rabastens , assiégée par Biaise de Moulue. Il en avait reçu la direction d une partie de | f artillerie de siège, et montra une grande activité et bravoure. M. le docteur Fayen nomme un vicomte d’Uza qui commandait la marine en 1573. Est-ce le même? et si c’est le même, est-ce celui qui, en 1585, est cité par Montaigne?
Vient ensuite un Michel de Castillon, sieur de Mauvesin, gentilhomme gascon, capitaine de deux cents hommes d’armes. C’était un de ces rares officiers qui avaient survécu à l’assaut donné, en 1569, par Biaise de Moulue le Massacreur, à la ville de Mont-de-Marsan, et qu’il avait enlevée « avec plus d’heur que de raison » , comme disait le maréchal Henry de Montmorency-Damp ville.
On trouve également un capitaine Roux , dont le nom se reproduit dans les correspondances du maréchal de Matignon, et qui tenait pour le Roi de Navarre. 11 avait le commandement de la garnison de Montignac, dont il défendit avec vigueur le château, résidence ordinaire des comtes de Périgord, contre l’assaut des troupes du duc de Mayenne. Il ne se rendit qu’à la dernière extrémité , et sortit avec les honneurs de la guerre devant le duc, étonné du petit nombre de braves qui si longtemps l’avaient tenu en échec.
MICHEL DE MONTAIGNE
On retrouve ce même 110m parmi ceux des personnes de la suite du Roi de Navarre, dans la visite que lit ce prince au château de Montaigne, le 19 décembre 1584.
Le Pierre de Masparaulte que cite Montaigne était conseiller au conseil privé et maître des requêtes. Il avait été adjoint à Jean, frère de Biaise de Monluc, l’évêque de Valence, fin diplomate, sous les ordres suprêmes du maréchal de Dampville, depuis connétable de France, pour connaître des infractions commises à l’édit de pacification, et assurer la répression des délits. 11 connaissait le terrain pour être déjà venu, au nom du Roi, en 1576. Sous la date de décembre de cette dernière année, on lit dans L’Estoile (1) : « Sur la fin de ce mois, le Roy aïant entendu sous mains que les Estats se résolvoient, tous trois d’un accord, de demander l’abolition de l’exercice de la nouvelle religion, pourveu que cela se fist avec toute douceur et sans rentrer, s’il estoit possible, en guerre, envoya de Blois le secrétaire Viard avec Masparrot, maistre des requestes, vers le Roy de Navarre et le mareschal de Dampville, pour traiter avec eux et leur faire relascher beaucoup de choses à eux accordées par l’édit de pacification, entre autres les chambres mi-parties. » Le maintien de ces chambres , qui étaient une sage garantie accordée aux Religionnaires pour l’administration de la justice, aurait rendu de grands services dans l’intérêt de la pacification, et le siècle
(1) Page 80 de l’édition citée.
Pierre
de
Masparault.