TOA1E III
M. le Prince, né à la Fertésous-J ouarre le 9 décembre
322 MICHEL DE MONTAIGNE
F y trouvay de la difficulté. Toutesfois, ie la surmontay, ny aïaot amploïé nulle faveur, voire ny la science seulemant d’aulcun François. L’auethorité du Pape y fust amploïee, par le inoïen de Filippo Musotti, son maggiordomo , qui m’avoit pris en singulière amitié, et s’y pena fort, et m’en, feut despeciié lettres. » Voilà bien notre Montaigne, dominé par les impressions du moment, livré au vent de son imagination, et, comme il dit lui-même, « ondoyant et divers. » Or, dans la lettre que nous venons de lire, la mise en scène de l’incident de Vil— lebois est la même qu’aux Essais : nous avons la forêt, les hardes pillées par un parti politique; nous avons la boîte enlevée; seulement le dénotaient diffère totalement, et le ligueu de la lettre (on disait ligneux pour ligueur) ne se montre pas aussi courtois : il garde ce qu’il a pris , et la plupart des papiers et des hardes lui demeurent , bien que la prise soit jugée injuste par M. le Prince.
Quel est ce M. le Prince? C’est évidemment Henry Ier, prince de Fondé, le même qui a écrit avec Henry de Navarre, son cousin, la lettre que nous avons donnée page 65. Son père, Louis Ier, tué par Montesquieu en 1569, était le premier qui se fût appelé Monsieur ie Prince, et la qualification en est restée au chef de la branche de Coudé. C’étaient là de ces appellations qui devenaient immuables, une fois qu elles avaient été agréées par le Roi. D’autres princes de la maison ne se fussent pas permis de les usurper. Ce prince , « très-libéral, doux, gracieux et très-éloquent, et qui promettoit
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d’ètre aussi grand capitaine que son père », suivant Brantosme, est le même qui mourut à Saint-Jean d’Angély, le 5 mars 1588, empoisonné par ses domestiques, peut-être sur la suggestion de sa femme, Charlotte de la Trémouille, intéressée à échapper à l’accusation d’une intrigue. Cette intervention de M. le Prince donnerait à penser que le gentilhomme de grand chemin était Huguenot : comment expliquer alors que la lettre F appelle ligueu? Ce mot, sous la plume de Montaigne, serait-il ici un mot générique pour désigner tout partisan soulevé contre l’autorité du Boi?
Quant à M. de Thorigny, également dévalisé par des gentilshommes qui pouvaient bien n’être que des reistres débandés, c’était Odet de Matignon, comte de Thorigny, lieutenant général dans la Normandie, hls aîné du maréchal, et qui mourut le 7 août 1595, à l’âge de trente-six ans. Il s’était acquis , par sa valeur et par son esprit , une réputation si brillante qu’il passait pour devoir aller plus loin que son père. Charles, son frère, fut aussi un homme d’infiniment d’esprit, grand hâbleur, qui, suivant l’expression reçue alors, « galopait » volontiers de brocards et de chansons les ridicules du temps. Il s’est plus tard rendu fameux par une excellente plaisanterie contre le Père Cotton , confesseur de Henry IV. Nous verrons cela dans le volume suivant.
Quand le comte Odet de Thorigny fut dévalisé, il se rendait à Montrésor, petite ville près de Blois, sur Flndrais, à peu de distance de Loches, et qui
Le comte Ode de Thorigny
Son frère Charles.
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Marie
de Batarnay et Marguerite de Lorraine.
M. de Barrault.
M. de La Rochefoucauld.
Doutes sur l’identité du
personnage
cité.
avait été érigée en comté en faveur du puîné de la famille de Bourdeille. C’est là qu’était la sépulture des deux frères, Anne et Claude de Joyeuse, ses parents, tués à Coutras. La mort des deux frères avait plongé dans le deuil leur mère , Marie de Batarnay, et la femme d’Anne, Marguerite de Lorraine; c’est en faveur de ces dames esplorées qu’il s’était détourné de sa route, pour leur porter des consolations (1).
M. de Barrault, mentionné dans la lettre, est François de Jobert, sieur de Barrault, sénéchal de Bazas, qui était en grand commerce de lettres avec le maréchal de Matignon.
Quant au La Rochefoucauld, assez heureux pour avoir évité, avec M. de Barrault, la tempête qui a éclaté sur Montaigne, il me paraît bien difficile, sinon impossible, de dire nettement, faute de détails dans la lettre, lequel ce peut être. Est-ce Jean- Louis de La Rochefoucauld, comte de Randan, chevalier de l’Ordre du Roi , gouverneur d’Auvergne, et capitaine de cent hommes d’armes des ordonnances, mort le 10 mars 1590?
Ou bien est-ce François, comte de La Rochefoucauld, colonel du régiment du Roi de Navarre, tué au siège de S ain I- Yrier s-1 a-P e r ch e , en Limousin, le 15 mars 1591, » un brave seigneur et très-homme de bien » , suivant Brantosme , et qui fut grand-père de l’auteur des Maximes? — Un plus heureux décidera.
(1) Voir page 53 (les Recherches sur Montaigne ; documents inédits, recueillis et publiés par le D1' J. F. Payes, n° 4; Techener, 1856.
MICHEL DE MONTAIGNE
[leste parmi les personnes citées , M. de La Guiche, qui, avec Beliièvre, est envoyé en mission à Nancy auprès de Guise le Balafré. Philibert de la Guiche, seigneur de La Guiche et de Chaumont, favori de Henry III , puis de Henry IV, grand maître de l’artillerie en 1578, conseiller d’Etat, gouverneur du Lyonnais, du Beaujolais et du Forez, était né vers 1540 et mourut en 1607. C’est lui qui commandait à Mâcon lors de la Saint-Barthélemy; et il fut du petit nombre de ceux qui eurent le courage de désobéir aux ordres de la cour et de se refuser à opérer le massacre des Huguenots dans leur gouvernement.