ADDISON
l’ont-elles acheté livrable en telle année? Bélisaire est encore antique; mais, après le casque, la casquette; après les sandales, les chaussons de lisière. Ou bien l’auteur est-il de ces plumes orgueilleuses qui « échenillent Dieu » et livreraient l’homme à toutes les fureurs d’en bas sous prétexte d’amour brûlant de l’humanité? Ou bien est-il de ceux qui ont un fonds assuré de lecteurs acheté par l’État? ou n’est-ce qu’un bonhomme inoffensif qui écrit pour s’amuser et se raconter, et qui se résigne à l’avance aux rebuffades des critiques et au pilori du parapet des quais? En un mot, on veut savoir à qui s’en prendre. Doux et débonnaire, l’homme ferme les yeux, tolère et excuse; vif et passionné, il s’enflamme, outre et exagère ; politique et bilieux, il voit partout finesses, vues lointaines, arrièrepensées. Préjugés d’enfance, de famille, de caste et de parti, zèle religieux ou patriotique, ambitions satisfaites ou déçues , fonds honnête ou mal famé , tout agit et réagit dans les choses humaines. Entre des mobiles si divers, on veut savoir lesquels attribuer à son auteur. On prétend même les lire sur son front, et il semble que la présence de l’image d’un écrivain à côté de son œuvre rende ses paroles plus vivantes et plus claires. On dirait qu’on les relise mieux encore dans les traits de son visage, et qu’on y trouve comme une sorte de commentaire. N’a-t-on point son effigie authentique, on s’en forge une d’imagination, souvent bien différente de la réalité, et l’on est plus tranquille devant sa propre fiction. Ce paysan qui, voyant faire un Christ avec le bois de son figuier, déclarait qu’il ne prierait jamais Dieu devant ce crucifix, n’était
On va jusqu’; demander le portrait du Curieux.