‹ Causeries d'un curieux (volume 2)Chapitre 77 sur 97 · MM · texte numérisé non relu

MM

Guessartl .

Quicherat et Teulet.

422 UTILITÉ DES DOCUMENTS ORIGINAUX, sauce des dialectes, appuyée sur l’appréciation savante du fond même de ]a pensée, lui a permis d’écarter ce qui n’appartenait point en propre au génie du grand médecin sorti de F Ionie. Nous avons Hippocrate au vrai .

Le public ne se doute pas de toutes les peines que peut donner le moindre travail exécuté avec conscience. Qu’est-ce donc quand il s’agit d’une si profonde et ardue révision de la collection hippocratique ! Qu’est-ce donc quand il s’agit de ces travaux herculéens que continuent de courageux membres de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, après les Bénédictins! J’ai toujours été émerveillé des vaillantes élucubrations de quelques savants qui, en dehors de l’Académie, ne tirent guère de leurs immenses publications d’autre profit que la satisfaction d’avoir bien fait. Ne dirait-on pas qu’il en est de la science comme des hasards de la guerre? Y a-t-il un poste dangereux et des coups à recevoir, il se trouvera toujours vingt courages pour un prêts à se dévouer. Y a-t-il quelque travail pénible, gigantesque, à affronter; quelque montagne littéraire , historique ou archéologique à fouiller jusque dans les entrailles, assurez-vous qu’il se trouvera toujours aussi des dévouements pour y passionner et consumer une vie entière de modestie et de désintéressement. Voyez MM. Guessard , Jules Quicherat, Alexandre Teulet. Le premier, déjà si fort estimé pour ses travaux de linguistique , dévore sa vie à publier une collection de tous les Poètes français du Moyen Age, ou vieilles chansons de geste. Le second a rassemblé avec une sagacité incomparable un faisceau lumineux

UTILITÉ DES DOCUMENTS ORIGINAUX. 423 de documents sur Jeanne cl’ Arc; et pendant qu’il fait un excellent cours d’archéologie à l’École des Chartes, il trouve encore le temps de donner une édition parfaite du livre de Thomas Bazin. M. Teulet, après vingtcinq ans de labeurs sans relâche, a commencé à lui tout seul la publication, avec commentaires, des dixsept mille pièces composant les layettes du Trésor des Chartes des Archives générales de l’État, depuis T avènement de Henry Ier, en 1031, jusqu’à la mort de Henrv II , en 1559. C’est le grand cartulaire de la monarchie française pendant cet espace immense d’années; c’est un tableau de la vie au Moyen Age. Traités internationaux, histoire ecclésiastique, politique et civile, croisades, législation, coutumes, statuts, causes célèbres, contrats privés, etc., etc., tout est là. N’est-ce pas à épouvanter l’imagination?

Dans les temps et les textes plus modernes , l’histoire naturelle va tout d’abord nous fournir un fait curieux.

On pensait généralement avant Cuvier que le Benne avait autrefois habité les Alpes et les Pyrénées. Cette opinion, partagée par Buffon lui-même, se fondait sur un passage altéré d’un fort ancien traité de la chasse, écrit par le fameux Gaston Phoebus, comte de Foix, qui avait envoyé son manuscrit en présent à un bibliophile passionné, Philippe de France, duc de Bourgogne, surnommé le Hardi, mort en F404. C’est le même Gaston qui avait joué un rôle si brillant sous les rois Charles Y et Charles VI , était allé en Prusse combattre les infidèles, et dont le magnifique manu-

bongue bévue en histoire naturelle provenant de la fausse lecture cl’un texte , dans le livre de Gaston Phoebus ,

scrit, passé dans la bibliothèque de Louis XIV, fut donné en présent par ce prince à son grand veneur, fut confisqué en 1848 parmi les livres du roi Louis- Philippe, et figure aujourd’hui à la Bibliothèque impériale. On trouve en effet dans ce manuscrit le Benne bien décrit sous le nom de Rangier, nom qu’il portait alors en langage vulgaire, et qu’il conserve encore en langue héraldique. L’auteur dit qu’i7 a vu cet animal en Maurienne et en Pueudève. C’est ainsi du moins qu’on lisait ce passage dans les trois éditions imprimées des Deduiz de la chasse des hestes sauuaiges et des relevée oy seaux de proye (1), et personne n’y avait soupçonné

par Cuvier.

une incorrection.. Mais le grand naturaliste Cuvier, dont l’esprit pénétrant savait si bien démêler et caractériser les idées et les choses et mettre chacune d’elles à sa place, ne se contenta pas de faire observer que le fait adopté jusque-là sans examen était incompatible avec les lois de la distribution géographique des animaux; il entreprit de montrer d’où provenait l’erreur. A cet effet, il eut recours au manuscrit original, et tout d’abord l’erreur s’expliqua par une altération de texte :

« Dès l’ouverture du livre, dit-il, je fus frappé d’une figure de Renne fort reconnaissable qui s’y trouve, en tête de l’article Rangier . Mais quelles ne furent pas ma surprise et ma satisfaction , lorsque j’y lus le passage, inintelligible dans les imprimés, parfaitement écrit, comme il suit, au feuillet YÏ1I recto :

(1) La première édition a été imprimée, vers 1507, par Antoine Vérard; la seconde par Jehan Tréperel; la troisième par Philippe Lenoir. Toutes trois sont en caractères gothiques et sans date ; les deux premières petit in-folio, la troisième petit in-quarto.

« J’en ay veu en Norwègue et Xuedene, et en a oultre mer, mes en romain pays en ay-ie peu veus. . . » Gaston avait fait, en 1357 et 1358, un voyage en Prusse; de là, il avait eu la. curiosité de traverser la mer Balticpie, et les Rennes ou Rangiers qu’il avait vus et chassés, il les avait vus et chassés dans les pays où il y en a encore, c’est-à-dire en Norvège et en Suède ( 1 ) . »

Passons maintenant en Angleterre. Il y a dans un autographe de la collection Cottonienne (Titus, B. X., fol. 23), au Musée Britannique, un passage mainte et mainte fois imprimé pour établir que la culture des roses était l’objet d’une attention universelle en Irlande sous le règne d’Elisabeth, comme jadis dans l'antique Pæstum.

On est parti de là pour faire ressortir les délicatesses de goût et de civilisation de cette contrée dans ce bienheureux temps, à la grande honte des temps modernes. Voici ce qui avait donné lieu à cette opinion. La ville irlandaise de Kilmallock avait été ravagée par le rebelle anglais Fitz-Maurice en 1573. Sir Henry Sidney, qui eut l’occasion de la visiter un an ou deux après, la trouva en si peu de temps sortie de ses ruines, et en fut tellement surpris, que, suivant les textes publiés , sir Henry se serait exprimé ainsi :

« C’est au point que là où il n’était pas une rose, pas une fleur qui n’eût été brûlée, il n’est presque pas une maison, dans l’enceinte des murs, qui ne soit maintenant couverte : For where there was nol one

Autre exemple tiré de la monographie de l’Irlande.

( 1) Cuvieiî, Ossements fossiles, t. IV.

Éloge

des patients et vraiment savants éditeurs.

rose nor flower left unhourned , few or no hoivsees are now within the wall uncovered. »

Pure méprise et fausse lecture : il n’est en aucune façon , dans le vrai texte , question de roses ni de fleurs, et tout le faux sens vieüt de ce qu’on a mal lu en transcrivant la phrase. L’autographe dit : « For where there tuas not one rofe nor flower left unbourned.few or no housees are nowe within the wall uncovered , c’est-à-dire en écrivant le passage à la moderne : « For where there was not one roof nor flo or left unhurned, few or no houses are now, within the wall, uncovered : — Là où il n’était pas un toit, pas un plancher qui n’eût été en cendres, il y a peu ou point de maisons, dans l’enceinte des murailles, qui n’ait déjà sa couverture (1). »

Et voilà justement les écueils où l’on se brise quand on ne recourt pas aux textes originaux. Cette considération s’applique surtout aux correspondances, qui offrent déjà tant de difficultés d’attribution et de classement quand elles sont dépourvues d’adresses, de dates et de signatures. Travail ardu, minutieux, pénible; labeur sans gloire et dont il faut savoir gré à ces hommes de science, de courage et d’abnégation qui n’ont guère leur récompense que dans le plaisir du travail. Si vous marchez de plain-pied aux grandes œuvres de nos classiques, c’est que ces éditeurs ont pour vous écarté les ronces du chemin.

(1) Voir une lettre de T. Crofton Croker, ancien secrétaire de l’amirauté d’Angleterre, dans l’avertissement d’une Collection de facsimilé de personnages illustres de la Grande-Bretagne , publiée par Netberclift. Londres, 1849.

Yoyez-les penchés sur leur bureau, retenant leur haleine en confrontant ces textes phrase à phrase, lettre à lettre ; éclaircissant les difficultés par de modestes notes et rendant la statue à sa pensée première. Et pour arriver, après tant de peines, à un résultat efficace, il ne suffit pas d’être cuirassé de patience, il v faut avant tout apporter un sentiment littéraire, un amour fervent du beau; il faut avoir écouté et pesé tout ce qui s’est dit de siècle en siècle , d’année en année , sur ces génies qui , comme le dit Ghilde- Harold, ont rendu légers nos travaux mortels.

Voilà les vrais éditeurs, les vrais ouvriers de la philologie, de la littérature et de l’histoire, qui s’effacent devant leur auteur, ne songeant qu’à l’élucider, non à le refaire au rez-de-chaussée des livres, et à briller à ses dépens pour leur propre compte. Mais les éditeurs de cette trempe ront les raræ cives.

Il en est un particulièrement qui mérite d’être MSo^oxe signalé, c’est M. Eudoxe Soulié, infatigable chasseur, , ët)Aeur toujours à l’affût, consultant tous les échos du grand de Molière. Molière, recherchant pas à pas ses moindres vestiges dans* les études de notaires , à commencer par les tabellions du bailliage d’Argenteuil , dont les minutes contenaient de premières indications sur la fille du comédien. A force de battues dans les broussailles des cartulaires enfouis aux greniers, dans les dossiers disparus sous la poussière , sa patience ardente a retrouvé des papiers précieux qui font revivre Poquelin de la vie intérieure. U a reconstitué sa maison et ses entours; il a complété Beffara, Bazin et M. Taschereau.

Il nous a fait entrer dans les secrets des familles

P o quel in et Béjard ; il s’est assis dans les caquetoires (nous disons aujourd’hui causeuses) de tout ce monde; il a, dès l’abord, suivi dans ses plus intimes retraites la mère de Molière; il a tenu ses patenôtres, lu ses livres, vérifié ses notes et ses comptes, et par la mère il a déjà deviné le fils. Il a éclairé l’administration, les faits et gestes des comédiens de l’illustre Théâtre et de l’Hôtel de Bourgogne. De l’homme il arrive aux oeuvres. Il est toujours à la piste, et s’il découvre quelque morceau de la main , encore inconnue , du comique par excellence (on n’a jusqu’ici que sa signature : ce qu’on a produit de nos jours comme étant de son écriture n’est qu’apocryphe, fait à plaisir pour se jouer de la crédulité des naïfs), il nous mettra dans la confidence. Il est à la recherche d’un nouveau monde, car tout ce qui touche à Molière — c’est le privilège de ce grand esprit — est chose toujours nouvelle et en quelque sorte sacrée. La justice a sa mode ; elle a ce mérite du moins de s’attacher aujourd’hui à Molière; Molière est un de nos dieux domestiques, comme l’est Dante à l’Italie , Shakspeare à l’Angleterre, Cervantes à l’Espagne, le Camoëns au Portugal, Goethe à l’Allemagne. L’édition qui va suivre les recherches personnelles de M. Soulié sur Molière ne peut manquer d’être bien faite. Celui-là aussi est un vrai éditeur qui sait ce qu’il veut et où il va : adepte fervent qui au sentiment littéraire joint les scrupules d’un savant en us. Il négligera, je n’en doute pasy cette première édition, trop longtemps recherchée, des œuvres complètes de Molière, donnée en 1682, après sa mort : édition fautive, ou l’étourderie de l’éditeur a passé des vers. Il ne con-

MALHERBE

sultera que les éditions princeps corrigées par Poquelin lui-même. Ab Jove principium.

Tôt ou tard une édition critique et définitive des œuvres de Malherbe doit remplacer celles de Saint- Marc et de Parelle, qui sont devenues insuffisantes, et celle de Biaise, qui est détestable.

Marot avait réussi dans la poésie galante et badine. Avec moins d’esprit et de grâce que Marot, le fils naturel d’Octavien de Saint-Gelais, évêque d’Angouïême (1), Mellin de Saint-Gelais, qui était aussi d’église, mais pratiquait plus Ovide que le bréviaire, avait montré naïveté, finesse et douce facilité dans P épigramme. Ronsard, trop oublié, et qui pis est, mal connu, et qu’on a trop puni de s’être surchargé d’un bagage hellénique, à cette époque d’érudition où il fallait à toute force se montrer érudit, avait donné cependant un essor nouveau à la langue. Il l’avait dégagée des livrées trop gauloises qui si longtemps avaient entravé sa marche ; il l’avait enrichie de magnifiques locutions dont la poésie et la prose se prévalent aujourd’hui , sans s’inquiéter d’en rechercher l’origine. Passerat, dans une de ses pièces, une seule il est vrai, L’Homme métamorphosé en coucou, pièce un peu légère, sans pourtant être indécente, s’était montré, par le naturel et la grâce, réellement supérieur, et peut se placer à côté de La Fontaine. Qui ne connaît Mathurin

Qu’une bonne édition critique de Malherbe est à désirer.

Avant

Malherbe.

Marot

et

Saint-Gelais.

Ronsard.

(1) Octavien, mort aujourd’hui à peu près tout entier, n’était pas un auteur sans mérite. Il a traduit les épîtres d’Ovide et Y Enéide. On a aussi de lui la Chasse d’ Amours , le Séjour d'honneur.

MALHERBE

Régnier Régnier? Celui-là, dans sa verve encore inculte et sans vergogne, avait rencontré un style plein de sens, de finesse, d’abondance, d’énergie native, et s’était montré le précurseur de Molière par l’observation et le vis comica. Mais Malherbe, artiste incomparable en poésie, est le premier modèle du style noble épuré par le goût ; le premier maître du rhythme, le créateur de cette poésie lyrique dont le vol s’est élevé si haut de nos Qualités jours. On ne saurait avoir un texte trop exact de cet

de Malherbe. ,.. . . i . , 7 r • i

écrivain, qui a si bien pénétré le genie de sa langue. Qu’on l’accuse si l’on veut d’avoir eu moins d’imagination, d’invention, de pensée, de sentiment, de passion, de vigueur soutenue, que de tour, de justesse et d’expression; en un mot, plus d’élévation que détendue, il n’en a pas moins une forte trempe, il n’en a pas moins des vers frappés au meilleur coin de Corneille, et toujours il possède les convenances du style proportionné au sujet qu’il traite. Mais il est de bon air, pour quelques écrivains de notre temps, de sacrifier sur l’autel des génies du siècle précédent, génies plus osés, plus primitifs, de verve bouillonnante et capricieuse, qui avaient justement posé en principe le droit de libre inspiration pour toutes les facultés humaines. Mais si leur langue était plus large, plus diverse que celle qu’il a intronisée , ils ne savaient pas comme lui en régler l’essor et la spontanéité par le goût et la mesure. Pour être si dédaigneux, en sommes-nous plus fins, plus déliés, plus délicats? Du reste, les inconstances et inégalités de goût ont été les mêmes dans tous les temps. Ce que nous appelons vérité dans l’art ne change que trop périodiquement tous les vingt-cinq

MALHERBE

ou trente ans, et la beauté d’aujourd’hui, toute fière de sa nouveauté, court risque d’être remplacée demain par une ancienne idole redevenue nouvelle, ou par une plus récente qui aura vieilli demain. Je ne sais quelle vivacité d’esprit, quelle fécondité d’imagination, quels bonheurs d’expression et de grâce avaient un instant usurpé le succès en faveur de cet impertinent Théophile. Il fut bientôt décrié chez les honnêtes gens et méritait de l’être. Un élan d’admiration accueillit le dictateur Malherbe. Encore un peu de temps, et le génie français s’éprenant du burlesque, Malherbe a été négligé. Corneille le Romain eut son tour et fut méconnu. Les fleurs de lis d’or de la poésie de Racine furent portées aux nues, puis bafouées. Tels sont les caprices étourdis et les fantaisies de la mode. Il est des esprits exclusifs qui, leurs choix une fois faits, professent un dédain profond pour tout ce qui en sort. Leur superbe admet Tacite, et non pas Tite-Live ; Thucydide, et non pas Xénophon ; Corneille, et non pas Racine; Pascal, et non pas Nicole ; Bossuet, et non pas Fénelon. C’est de gaieté de cœur gâter ses plaisirs. Passe encore que l’on gâte ses jouissances par la comparaison ; mais je ne pardonne pas l’injustice. Si Malherbe n’est pas un talent d’improvisation et de premier jet, il a eu ce mérite de demander à la méditation et au travail les vraies conditions de Part d’écrire , de les proclamer et faire triompher par ses exemples. S’il n’est pas arrivé de prime-saut, — et l’on serait mal venu â Je lui reprocher, — à l’incomparable pureté des écrivains du siècle de Louis XIV, du moins il a paru admirablement en son temps , et il a couvé sous sou aile

MALHERBE

Racan.

poétique ce Racan si aimable, chez qui la vérité de sentiment s’empreint souvent d’une teinte de mélancolie ; poète plus bucolique que lyrique, plutôt de la famille de La Fontaine par le génie que de celle de Malherbe , et qui parfois cependant a rencontré un essor d’âme , des notes élevées et pénétrantes dans le goût de son maître.

De qui, par exemple, croirait-on les strophes qui suivent?

Que te sert de chercher les tempêtes de Mars,

Pour mourir tout en vie au milieu des hasards Où la gloire te mène?

Cette mort qui promet un si digne loyer IN est toujours que la mort qu’avecque moins de peine L’on trouve en son foyer.

Que sert à ces galands ce pompeux appareil Dont ils vont, dans la lice, éblouir le soleil Des trésors du Pactole?

La gloire qui les suit, après tant de travaux,

Se passe en moins de temps que la poudre qui vole Du pied de leurs chevaux.

Eh bien, ces vers sont de Malherbe.

Non, ils sont de Racan , dans son ode adressée au père de Bussy-Rabustin. Plusieurs avaient fait cette remarque avant moi. Ces vers ne sont-ils pas une sorte d’écho des strophes magnifiques du maître, paraphrasées d’un psaume sur la grandeur périssable des rois?

Ont-ils rendu l’esprit? ce n’est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière,

Dont l’éclat orgueilleux étonnait l’univers;

Et dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines Font encore les vaines,

Ils sont rongés des vers.

MALHERBE

Là se perdent les noms de maîtres de la terre,

D’arbitres de la paix, de foudres de la guerre;

Comme ils n’ont plus de sceptre, ils n’ont plus de flatteurs, Et tombent avec eux, d’une chute commune,

Tous ceux que la fortune Faisoit leurs serviteurs.

La plus ancienne poésie authentique de Malherbe que l’on possède aujourd’hui est son inscription de 1585, pour le fameux portrait sans main d’Estienne Pasquier, peint en 1583 par le Flamand Jean Dovy. C’est ce même portrait, aussi célèbre que la Puce de madame Des Roches, et qui fit éclore tant de vers grecs, latins, français, provençaux et italiens, que Pasquier en imprima, en 1584, à Paris, le recueil in-quarto. En ce temps-là, les recueils de ce genre et les tombeaux étaient à la mode, comme les emblèmes et les devises. Quelques stances et son imitation des Larmes de saint Pierre , du Tansillo, sont de 1586 et 1587. Mais il est probable , sans que jusqu’ici l’on ait pu l’établir avec netteté, qu’antérieurement il a composé des paroles pour les airs de Guesdron et d’autres musiciens de la chambre du Roi. Il est indubitable, du moins, que, dès 1582, il jouissait déjà d’une réputation poétique, et qu’il avait écrit des vers pour des ballets, comme il le fit plus tard, ainsi que Durand, Bordier, Motin, Sigongnes, etc. Je n’en veux pour preuve que les stances finales du Ballet comique de la Royne, imprimé sous cette date, et dont nous aurons l’occasion de reparler amplement plus loin. Comme on le verra, les vers courants du ballet étaient d’un aumônier de cour, plus habile peut-être à dire sa messe qu’à faire des vers; mais le maître était intervenu et avait jeté,

Que toutes les poésies de Malherbe ne nous sont pas connues.

Ballet comique de la Reine dans lequel Malherbe a composé tles vers.

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