TOME III
BUSS Y-RABUSTIN.
plutost uotre paquet, Je vous rends mille grâces de la peine que nous aués bien uoulu prendre de donner ma lettre, et d’en retirer réponce.
» Je ne uous ay point encor parlé de mon fils, parceque Lors que ie lenuoié a paris, ie uous croiois touiours à bauille; mais C’était bien mon intention de uous le recommander, et c’est ce que ie fais auiourduy, Mon Reverend Pere, en uous coniurant de Luy dire Ses uerités. Il donna uotre Jiure a un gentilhomme de mes amis pour me le faire tenir sans Luy dire qui Luy auoit donné. L’Epitre au fils de Mr le P. P. et le suiet du liure me firent douter que uous l’aniés fait. Je creus qu’il n’appartenoit qu’a uous a faire des reflections sur l’eloquence, et La lettre a Mr de La Moignon me fit songer à Lamitié que uous auiés pour Mr Son Pere. Mais Je N’eus pas Jeu La première partie que ie uous y reconnus tout a fait, et ie vous admiré iusques a la fin du liure. Il Est urav, Mon Reverend Pere, que uous y etes par tout admirable. Uous N’étes pas comme ces gens dont uous parlés qui ne font rien de toutes les bonnes Choses qu’ils enseignent : dans le même tems que uous donnés des préceptes de l’Eîoquence uous les exécutés. Ou La matière est belle d’elle même, uous uous contentés d’une expression aisee et naturelle. Ou le suiet n’est pas si heureux, uous leinbellissés d’un tour fin et délicat, et par tout uous aués cette Justesse de Sens que uous dittes si bien que le peuple sent, mais que les habiles gens sont seuls capables de remarquer. Je ne seay, Mon Reverend Pere, Sil ny a pas (1) un peu
(1) Trop , mot effacé.
BÜSSY-RABUSTIN.
de uanité a moy de nous dire qu’on ne peut trouuer tout ce que uous écriués aussy beau que ie le trouve sans etre en quelque façon Capable de faire ce que uous enseignés; mais Je suis sincere auec mes bons amis. Comme ie uous dis du bien de moy, ie uous en dirois du mal, s’il s’en présentent occasion. Par Exemple, Je uous auoue que Jay trouué Jusques icv la théologie sèche, seuére, et obscure entre les mains de tout le monde, mais auiourduy elle me paroi st douce, agréable, et intelligible entre les Cotres.
» Pour mes mémoires, Mon Reverend Pere, Je uous ay déjà mandé que ie uous les uoulois donner a Lire moy même, pareeque Ce n’etoient pas des Choses que ie pusse mettre au hasard d’étre perdues par les voies des messagers, Outre qu’ils sont fort amples; mais ie ne desespere pas de uous les porter bientost, car le roy est bon et Juste. Uoila cependant une lettre que ie uiens encor de luy écrire dont ie uous prie de me mander uotre sentiment, et de me croire à uous plus que personne du monde, fi
» Bussy Rabustin.
» Montrés, si uous uouîés, ma lettre au Roy a ceux de nos amis que uous Jugerés capables de s’y connétre; mais ie uous prie de ne la donner a Personne, pareeque ie ne uoudrois pas qu elle Courust par Le monde, fi »
M. le P. P. dont Bussy parle au début de cette lettre, est le premier président Guillaume de La Moignon, né à Paris en 1617, mort en 1677. C’est lui qui détermina Despréaux à écrire le Lutrin , où il est
Le premier président de
La Moignon.