‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 10 sur 127 · CHAINT D'AMOUR D'UN EMPEREUR · texte numérisé non relu

CHAINT D'AMOUR D'UN EMPEREUR

Le Moi de l'empereur moderne de la Chine est un vocable particulier au Fils du Ciel, et dont personne ne saurait faire usage (1). C'est là ce qu'on a payé si cher de la main de Khang-Hi. L'adulation européenne, l'adulation vivante ou posthume, si ingénieuse cependant à s'attacher à la personne et même à la cendre des princes, tant qu'il y couve encore quelque reste de chaleur, n'a jamais été si loin. Il n'y a que les curieux d'autographes capables d'une pareille frénésie.

Quelles émotions ce fanatisme éprouverait-il donc devant une pancarte que j'ai en ce moment sous les yeux, et qui provient du riche cabinet de Ki-Ing? Elle est de la main de l'empereur Siuèn-Tsoung, qui florissait au neuvième siècle de notre ère. Cette écriture, bien constatée, donne une date certaine à la pancarte, qui est à la fois une pièce autographe précieuse et un vrai chef-d'œuvre d'art calligraphique d'auteur inconnu. Le rouleau fut adressé par l'empereur à une maîtresse, dont il était éperdument épris. A côté d'une aquarelle repré- cham

d'amour,

sentant la maison de plaisance de cette favorite , l'em- autographe pereur a écrit des vers de sa composition pour célébrer empereur

.,,,,. 1-1 du ix» siècle

son idole. Plus loin, sous un dais de verdure et de de notre ère.

fleurs, celle-ci, d'une beauté ravissante, écoute, les

yeux baissés , l'éloge de ses charmes , soupiré par la

bouche impériale. Au feu poétique que le Fils du Ciel

lui communique, et dont la chaleur ne se calcule point

à la durée, on voit qu'il n'était pas de la froide religion

des Guèbres, qui se bornaient à souffler sur leur divi-

(1) Quelques-unes des feuilles sacrées signées de ce Moi sont aujourd'hui en Europe; nous en reparlerons plus loin.

nité avec un éventail. Voilà une pancarte qu'un Chinois ne pourrait regarder qu'avec un soupir, et ce soupir vaudrait lui poënie.

Pancartes Daus la plus liumblc chaumière, comme dans le

servant palais Ic plus fastucux , chez l'ignorant comme chez le

d'ornements • i i • • / i c '

dans Hàn-Lm, le Chmois étale avec nerte ses autographes,

les maisons ,

particulières, cu tant qu autographcs , ensuite comme monuments de l'intelligence, quand ils ont un caractère religieux, littéraire ou philosophique. Mais, autant que ses moyens le lui permettent , il ne se contente pas de la première pancarte venue. Le riche veut avoir, dans une pièce , des inscriptions qui datent de la dynastie des Thang, c'est-à-dire des septièiue et huitième siècles ; dans une autre, quelques-unes de ces sentences que l'empereur Ming-Hoang-Ti écrivait de sa main au huitième siècle, et donnait en récompense pour des actions d'éclat. Ou bien , à défaut d'un écrit d'im si ancien monarque , on veut avoir quelqu'un de ces mots d'éloge en quatre ou six caractères , qu'à son exemple ses successeurs adressaient à des hommes vertueux, à des beautés cé-

Aiitojjrapiies lèbrcs, à dcs artistcs illustres, pour les honorer. Ainsi,

iin|)ériaux . . o r>

donnes en 1 cmpcrcur Taï-Tsou , qui monta sur le trône en 13()8,

récompense ,, iiii • ^ tii • i

à la vertu, et uit la souchc dc la dynastie des Ming, voulant recompenser les services éclatants du prince Lcao, lui envoya une pancarte sur laquelle était écrit de sa main le compliment suivant, (pic le prince suspendit siirle-chanq) avec dévotion dans son appartement d'honnenr :

« Yons l'emportez en mérite sur tous les généraux; vous surpassez en talent les héros les plus célèbres. » Le même empereur, quoique fort avare dc ses auto-

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