‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 100 sur 127 · YALE^TIN CO^F.ART · texte numérisé non relu

YALE^TIN CO^F.ART

leur attention. J'y ferois entrer quelques rosles enjoués qui paroistroient de temps en temps , comme celuy d'un Hylas , pour esgaver !a narration , et pour relascher la contention d'esprit qu'il auroit iallu auoir pour suivre les succès importants et graues. J'y meslerois des histoires de particuliers qui tieiidroient du comique sans bouffonnerie , et dans celles-cy aussi bien que dans les héroïques, j'euisterois les longues plaintes, les longs soliloques et les longues agitations de l'àme. Dans celles des deux j)irates illustres, c'est ce que j'av le plus désiré , et dont je croy que vous deués estre le plus en garde. J'ay plié le papier en cinq ou six endroits sur la ligne de la page où je voudrois que vous fissiés reflexion. Mais celuv que vous deuez absolument ester est celuy où vous faites faire confidence à Sabahir j)ar Rodrigue du dessein qu'il a d'aller se remettre à Palfi , car Sabahir ne le doit point sçauoir, afin de conseîitir plus facilement au dessein ])areil que Ira a pris de faire la mesme chose pour deliurer Osour en se iiurant; d'autant j)lus (jue Sabahir ne pouuoit servir de rien à Rodrigue pour exécuter le sien et (ju'il le pouvoit em])escher.

') A Paris, ce 8""^ novembre 1660.

» ClIAl'IlLAlX. »

Courait. Son auji Yalentin Coin'art n'était pas mieux traité

(jue lui ]);u' la crilicjue. Affilié, en sa compagnie, à toutes les sociétés de conversation et de littérature ; parent du IVain de Jxilie, le petit Godeau, évëque de Agence; ami de Balzac, de Racan , de Gombauld, du chevalier de Gailly, plus connu sous le pseudonyme

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anagrammati(|ue de chevalier d'Acciliy; des Sciiderv, de Pellisson , de Siry, de Ha])ert, de son frère l'al^bc Germain de Cerisv, de Jacques de Serizay, de }ilalleville, de Segrais , il avait à sa suite des gloseurs et des chansonniers qui le maltraitaient. Gailiv l'avait chanté Caiiiy

. le chaule.

avec une sorte de preduection caressante :

Du grec et du latin peu de cliose il apprit ; Mais il put s'égaler aux plus savantes plumes. Par la grâce du ciel il trouve en son esprit Ce qu'un autre avec soin clierclie en mille volumes.

Mais Taîlemant des Rëaux, un peu son parent, le traite Taiiemant

le nialtrailc.

en ennemi , et le pousse du coude. « La fantaisie d'estre bel esprit et la passion des livres le prirent à la fois, dit-il , et je pense que c'est la seule bibliothèque du monde où il n'y ayt ])as ini livre {j,rec, ni mesme un livre latin. . . Son ambition a fait une partie de son mal ; car il a caballé la réputation de toute sa force, et il a voulu faire par imitation, ouplustost j)ar singerie, tout ce que les autres faisoient par génie. A-t-on fait des rondeaux et des énigmes? il en a fait; a-t-on fait des paraphrases? en voilà aiissytost de sa façon ; du burlesque , des madrigaux , des satyres mesmes , quoy qu'il n'y ayt chose au monde à laquelle il faille tant estre né. Son caractère, c'est d'escrire des lettres couramment; pour cela il s'en acquittera bien : encore y aura-t-il quelque chose de forcé; mais s'il faut quelque chose de soustenu ou de galant, il n'y a personne au logis. On le verra , s'il imprime , car il garde copie de tout ce qu'il fait; il ne sait rien et n'a que la routine (1). »

(1) Historiette (le Courait, t. III de Tallema>t, éd. tle I\f. Paulin Paris, p. 287-288.

496 VALE>;TIA' COISRART.

Linière Vient à la rescousse Linière, le « poète idiot de

e ciansonne. ggjjjjg „ ^ q^jj ]^[ adrcsse cc complimeiit à brûle pourpoint, et achève Tallemant :

Conrart, comment as-tu pu faire Pour acquérir tant de renom , Toi qui n'as, pauvre secrétaire, ^lis en lumière que ton nom?

Et de son côté, Desprëaux le loue de son « silence prudent » .

r r, 1 •.. r De quel côté était la vérité absolue? ni de l'un ni

Ce qu u était 1

au vrai. ^^ l'autre. Conrart fut-loin d'être un ignorant purement routinier. Il est vrai que son père, homme de bonne famille, mais original, étroit, bourgeois renforcé, n'avait pas voulu , rpioiqu'il eût du bien , que sou fds étudiât. Mais ce père si étrange une fois mort, il travailla avec ardeur à réparer les échecs de son éducation , et sans jamais oser s'attaquer aux langues anciennes, il aj)j)rit et devint \\n grand clerc dans le français, dans l'espagnol et l'italien. On était alors à une ^ é[)oque d'effervescence littéraire. La langue vigoureuse, mais inégale et inconstante du siècle précédent, était en travail et tendait à s'épurer et à s'asseoir. Elle secouait les langes du grec dont l'avait enveloppée l'école de Ronsard, et voulait être essentiellement française. Balzac, Descartes, Patru, Vaugelas,Mézeray, Pellisson, la Calprenède , le Roy de Gomberville , avaient devancé les Provinciales de Pascal , qui parurent la même année que la Pucelle, c'est-à-dire dans l'année 1 ()5G, et dont le stvle, résultat d'une raison très-cultivée et d'iuie infatigal)lc opiniâtreté de travail , passe pour le terme de la fixation précise de notre langue. A coup sur, ce n'est

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pas le latin rjui donne l'esprit ni le jnjjement; mais il n'y gâte rien, et les études classiques étaient les premiers pas obligés de <piiconque voulait entrer dans la voie littéraire où Conrart prétendait marquer. Sa ^ spconde maison cependant, ouverte dès 1629 aux assemblées ''■'"''"^^.'"•■' littéraires (1) , fut le berceau de l'Académie fran- '>'' ^"" '^i'"!"' çaise, et Vigneul-Marville rapporte qu'armé de son bon sens naturel tout seul, cet homme savait donner des leçons aux plus habiles , et « faire passer à sa coupelle des ouvrages sur lesquels des savants tout hérissés de latin et de grec auraient sué sans y trouver de quoi mordre.» Régnier, Sigongnes, Théophile, avaient enchéri sur l'audace de Martial; Conrart, avant Boileau, soutint la cause du bon goût , des bienséances et des bonnes règles. Il le fit avec un esprit qui goûte la politesse, avec l'esprit de l'institution de l'Académie vsm-it française. Qu'on ne s'y trompe pas en effet, si l'Aca- r,„st1mtion demie n'eût été qu'une pédagogie à éplucher des phrases , à passer au crible des mots de dictionnaire et peser des diphthongues , il y a longtemps qu'elle aurait cessé d'exister. Elle a eu pour objet et pour résultat de fondre le savoir du cabinet avec la courtoisie et les grâces du grand monde, de fonder une société d'honnêtes gens, comme on disait alors, où toutes les classes se rapprochassent par les liens de l'esprit. Et voilà pourquoi elle n'a pu garder dans son sein un mal appris tel que Furetière. Conrart fut avant tout un Q,u,iit homme de sens, d'esprit peut-être un peu tendu, mais

(1) Conrart demeurait rue Saint-Martin ; Chapelain, rue des Cinq- Diamants.

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