‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 99 sur 127 · ô août IbbO · texte numérisé non relu

ô août IbbO

]SIon dessein , en vous rendant à tous deux ce deuoir, estoit de me faire présenter à madame la marquise de rUrpinav, qui ne sçauroit estre vostre amie au point que nous l'auons appris de vous, sans attirer mes respects, et m'obliger à l'aller asseurer de mon très-humble service. Je voulois aussv, monsieur, vous entretenir de quelques endroits de vostre AlmaJiidc , qui m'ont semblé dignes de vos reflexions et })eut estre de quehpies nouuelles touches pour discerner i'enuie qui ne manquera pas de mordre un si bel ouurage que celuy-Ià, ])iiisque

(1) Almahide ou l'Esclave reine. Paris, IGGO. 8 vol. iii-8".

c'est le destin des belles choses d'élever par leur esclat de ces nuages qui s'efforcent de les offusquer. !Mais vous ayant manqué, et craignant que la publication du livre ne preuienne ces petits auis , j'av cru vous les deuoir par escrit, afin que vous jugiés s'ils sont aussy raisonnables que fidelles. Car ce n'est point comme censeur, mais comme amy qui s'intéresse à vostre gloire, et pour satisfaire à mes obligations , que je prends la liberté de vous les donner; et à mon esgard , il m'est égal que vous les suiuiés ou que vous ne les suiuiés, persuadé que vos lumières sont tousiours meilleures que les miennes. Ce sera un secret de confession entre nous, que je vous garderay inuiolablement. Ce fut par l'occasion d'une affaire que j'auois au palais, et qui m'y fit aller trois jours de suitte, que j'y vids ce second Hure, et qui par ses beautés m'y attacha extresraement. Je suis trompé si cet ouurage, allant partout de ce mesme air et de cette mesme force, ne vous fait pas beaucoup d'honneur, et je m'en suis expli(|ué desja en plus d'un lieu dans ces termes, et |e vous jure sans faueur et sans esprit de cabale, dont vous n'aués pas besoin , et dont est incaj)able le cœur, monsieur, de vostre, etc.

» De Paris, ce 25"" août ICyGO.

" Chapelain. »

Seconde lettre.

Chapelain « Mousicur, jc VOUS renuoyc les cinq cahiers qui

Scndtry, fiuisscnt la dcuxicMUC j)artie à'Almahide , aj)res 1{.'S auoir

{joiivcrnciirile

Noire-Daini- his aucc b(,'aucoup d'atteutiou. Pour vous en dire mon

de la Garde,

à Paris. sentiment, puisque vous l'ordonnés, on ne sçauroit,

dans ce genre d'escrirc, pousser plus loin ni avec plus de vi{jiieur cpie vous faites les matières. Vous v vovés tout ce qui s'y })eut voir, et nen laissés eschapper aucune partie. Mais, (juoique cela mesme soit une grande vertu que nos escrivains stériles sont Lien éloignés de posséder, cette vertu neantmoins comme toutes les autres veut estre modérée , et le veut plus dans le roman que dans l'héroïque , pource qu'il a j)our sujet principal l'amour, qui est une passion tendre, et pource que les courtisans et les dames, pour qui ces ouvrages sont faits , prennent un tout autre plaisir par des campagnes fleuries que guindés au faiste des roches, quelque sublimes et eleués qu'ils soient. Je vous auoûe que pour cela je crains vostre force et vostre abondance, et que j'y souhaitte de la modération et du retranchement. Ce que vous n'y mettrés pas , ce sera une espargne qui vous reuiendra de bon pour l'employer utilement dans vos compositions suiuantes. J'euisterois le rebattement des pensées, et ne ferois pas fort sur les mesmes figures et les mesmes couleurs. Je prendrois un style tantost concis et tantost estendu, parce que l'esprit humain se plaist dans la variété et demande tousiours des choses nouuelles. Que si j'auois à pencher de quelque costé, ce seroit moins du costé du style ferme que de celuy du doux , à cause que les lecteurs de romans ne sont ni philosophes ni gents d'Estat , mais sont gents de cour ou femmes délicates. J'insisterois sur les passions tendres et les assaisonnerois d'euesnements diuers et surprenants , les unes et les autres estant la pasture de ces sortes de personnes que toute autre degouste , sans pouvoir jamais attacher

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