VALENTIN COIS R ART
et que la inoit luy a imposé silence, je croy que vous vous l'imposerez aussi à vous-mesme, et que vous donnerez à la mémoire de ce fjrand Personnage la paix que vous ne luy avez pu donner pendant sa vie. Mon sentiment est aussi que ceux qui sont les dépositaires de ses papiers , doivent supprimer tous ceux qui concernent vostre différent, afin qu'il n'en soit jamais parlé, et que la Postérité sache seulement que vous avez esté tous deux célèbres entre les Gens de Lettres, et tous deux intimes amis. C'est ce que je souhaite, Monsieur, et que vous me faciez toujours la faveur de me croire vostre très-humble et très-obéissant serviteur.
>' GONRART (1).
» Pour monsieur Huet. »
Gette lettre fut fort apj)i-ouvée du petit nombre de personnes qui la connurent, car la candeur et la modestie de Bochart lui avaient concilié tous les coeurs. La vie de cet homme avait été en effet une des j)lus calmes, des plus unies, des j)lus touchantes qui pussent honorer le savoir. Il avait été fort lié et fort digne de l'être avec un autre religionnaire (Bochart était protesiieiiry Jiistci, tant) très-goûté des savants, Henry Justel , conseiller df Conrart. et Secrétaire du Roi , qui n attendit pas la revocation
(1) L'Académie de Caen , que Huct, à son retour do .Sucde, avait contribué à fonder, et dont il était une des lumières, avait été surnommée la Vertueuse Académie par Cliapelain, qui v avait d'intimes liaisons. Les principaux membres étaient, avec Huet et Rocliart, Savary, de Courtcsigny , Grentcmesnil, Ilallcy, pocite latin, principal du collé{;e du Bois à Caen; Moissant de Brieux, conseiller au Parlement de Metz, retiré à Caen, et qui avait écrit de belles pièces françaises et latines; Serrais, de la Luzerne, fds de Brieux, etc., etc.
VALENTIÏN CONRART. 501
de l'éclit de Nantes pour se retirer en Angleterre. A peine parti, il regrettait amèrement les douceurs de la patrie absente , comme les Israélites pleurant leur Jérusalem sur les bords de l'Euphrate. Là, il devint bibliotliécaire au palais de Saint-James , et ne se montra pas moins éclairé et de mœurs moins faciles qu'il ne l'avait fait en France , où il mettait à la disposition des savants la plus riche collection personnelle de livres dont il ne semblait être que le gardien. En correspondance fréquente avec le Jjon Bochart, avec Huet, avec les religionnaires les plus fameux , il évitait cependant de prendre part à aucune dispute , et la mort de son ancien ami lui était une leçon toujours présente. A l'époque où il (juitta cette terre , il achevait un ouvrage sur les Commodités de la vie, voulant laisser le précepte après avoir donné l'exemple. Douce époque pour y rêver et pour y vivre , que celle de ces vrais savants , érudits modestes que nous traitons de pédants, sans doute pour nous justifier à nos propres yeux de ne les point connaître et de ne les point lire ! Ces pédantslà s'en vont; malheureusement les cuistres restent. Par sa vigueur de caractère et sa pureté de goût , Gonrart « s'égala aux plus savantes plumes " . Ses propres écrits, peu nombreux du reste, qui figurent imprimés dans les recueils de poésies choisies de Sercy, ou qui courent en manuscrit, sont assez indifférents , mais l'autorité de ses conseils est venue respectée jusqu'à nous.
Comme Curieux, Conrart fut sans contredit le plus ses
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inratigable de son temps. 11 avait la lureur d écrire de papiers. pour écrire, tenir la plume, copier. Il n'est pas un Curieux au monde qui ait fait autant de copies de