‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 104 sur 127 · CAP,I>ET DE CO^RART · texte numérisé non relu

CAP,I>ET DE CO^RART

lettres, de prose, de vers, de documents de tout genre. Aussi ardent que l'Estoile , il prenait de toute part, il saisissait dans le vent tous les bruits écrits ; et ce qu'il avait pu recueillir, copier ou faire copier par des secrétaires , il l'accumulait en collections. A tout cela il joignait autant d'originaux qu'il lui avait été loisible d'en acquérir : bons ou mauvais, vrais ou faux. Peut-être avait-il, comme tous les possesseurs de cabinets, l'intention de trier un jour à travers les broussailles ; mais le train habituel des choses emporte, et ce jour du choix, on le sait bien , n'arrive jamais. Or, le digne Conrart avait reçu tous ses degrés dans l'ordre des Précieuses : Cléoxène à l'hôtel de l'illustre marquise de Rambouillet, « où l'on faisait profession solennelle de sagesse, de science, de vers et de vertus (1) », il était Théodamas aux Samedis de mademoiselle de Scudérv, où le sentiment se mettait en vapeur. Archiviste de ces Samedis, secrétaire perpétuel de l'Académie française, on comprend qu'il ait manié beaucouj) de papiers, et que ses goûts conservateurs aient amplement trouvé à s'exercer pendant une vie de soixante et onze ans, la plume toujoxu's alerte dès qu'il eut pu la tenir, la main non moins alerte dès (pi il y avait eu quelque chose à prendre. De là les recueils manuscrits si considérables déposés ii la Bibliothèqne de l'Arsenal,

(1) « L;i maison de Cli'oxriic , » dit Fiircliric diiis sou Histoire dcx QttaratUe Jktrons, c'est-à-dire les Quarante d(! I" Ai-ad/'inie fVaneaise, « est un séminaire d'Iionnestes gens qui, après y avoir fait leur noviciat pendant quelque tcnqis, sont di;;nes d'entrer au palais de Roselinile (l'iiôtel de Randjouillet), oîi l'on fait profession soIcMuelli; de sajjessu, de science, de vers et de vertus. «

CABI^'ET DE COMIAIIT. 503

et qui se composent de dix-huit volumes {jrand in-folio, de trois petit in-folio , de vinjjt-quatre in-quarto, et de quelques volumes dépareillés. Malheureusement , ces Confusion

., < 1 / 11 • • ''^"^ papiers

recueils, très-rarement classes par ordre de matières, de Couran. sont un vrai pandœmoiuitm où des autoffraphes précieux de Balzac, de Jean de la Fontaine, de Pellisson- Fontanier, de Godeau, du duc de Montausier, de Ma(jdeleine de Scudérv, et d'autres j)ersonnages plus ou moins célèhres , sont entassés pêle-mêle avec des copies de lettres et de vers sur les sujets les plus disparates. Il arrive même qu'un grand nombre de ces documents copiés ne portent aucun nom d'auteur, et perdent ainsi de leur intérêt et de leur autorité. C'est cependant une mine précieuse où la sagacité de Walckenaer et de Monmerqué a déjà découvert de riches filons, et qui peut fournir encore matière h quelque publication plus ou moins piquante. Je possède le registre original des Chroniques des Samedis, annoté de la main de la savante Sappho-Scudéry et d'Acante-Herminius-Pellisson, le secrétaire ou chroniqueur en titre. Quelques-unes des pièces qui devraient s'y trouver se sont égarées chez l'archiviste Théodamas , et peu s'en faut que tout le reste, dont je donnerai la fleur dans le prochain volume, n'y ait entièrement passé en copie.

Mais cette fureur de tout amasser sans critique, sans annotations, a fait des paj>iers de Conrart une véritable fosse commune où, parmi d'excellentes pièces, les plus déplorables libelles sont venus usurper une place. Certes, quand il gardait pour mémoire et un peu légè- Pntendue rement un dossier scandaleux de lettres données comme aux poulets

, , , ^ . 1 de FouctTuet.

sorties de la Cassette aux poulets du surintendant

Lettre apocryphe

attribuée à madame

Scarroii.

504 FAUSSE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. Foucqiiet, l'iionnète Coniart ne se doutait guère Je l'usage qu'on en ferait un jour contre la belle-sœur du Surintendant, contre l'abbé de Bélesbat , contre la princesse de Monaco, contre Suzanne du Bue, marquise du Plessis-Bellière ; il ne se fût jamais avisé qu'on dût après deux cents ans exhumer de pareilles feuilles, pour les jeter avec ignominie à la face de madame Scarron et de la marquise de Sévigné, La fausseté de ces tristes lettres, dont il a été beaucoup trop parlé dans ces derniers temps, et dont il faut faire justice une bonne fois pour toutes, est flagrante. Il suffit de les lire pour se convaincre qu'elles sont impossibles. On en va juger par celle qui suit :

» J'ai toujours fuy le vice, et naturellement je hais le péché ; mais je vous avoue que je hais encore davantage la pauvreté. J'ai reçu de vous dix mille écus ; si vous voulez encore en apporter dix mille dans deux jours, je verrai ce que j'aurai à faire. » Une autre version de la lettre commence autrement, et finit ainsi : « Je ne vous deffends pas d'espérer. »

Cette lettre qui traîne dans tous les recueils de scandale, et qu'on retrouve dans les Mémoires hislorùjues sur la Bastille (1), cette lettre, qui est si peu dans le caractère et dans le style d'une femme du monde, telle éhontée qu'on la suppose, cette lettre qui eut révolté Ninon , et qui serait à peine celle d'une ï\\\(i d(ï carrefour, est cependant, le croirait-on? attnbuée à madame Scarron, au tome XI, page 151, des mamiscrils du bon-

(1) Lu Dwitille dévoilée, ou Aféinoira liistoriiiiic^i sur la Bwitillf, t. I, j). 57 (par (jiiAniKNTiKu). 1789.

FAUSSE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. 505 homme Gonrart. Plus loin, aux mêmes mamiscrits, elle est attribuée à madame d'Aufrcmout, et, à côté de cette attribution même;, une note mar^jinaie donne pour certain qu'elle est de la marquise de la Baume. Le plus certain en toute cette confusion, c'est que la lettre, digne des inepties qu'on était en possession d'envoyer de Hollande à cette époque, et surtout un peu plus tard, n'a jamais existé, non plus que les autres lettres de cette prétendue cassette intime. Fabrication du lîrnovaiion

T „ ,,■,,,. . , «le la fausse

temps de Gonrart, renouvelée de 1 mvention des pou- casseiie de

1 ' • ^ r^- ■\T '11 Ciiiq-Mars.

lets cents a Guu:j-Mars, répandus de son temj)s, sous le titre de Cassette de monsieur le Grand. Voyez encore madame de Sévi(;né : que n'a-t-on pas dit plus tard des mille belles merveilles de la cassette de ce fat de Lausun !

Ce serait, je le veux bien, courir aventure que de se Mad faire le champion officieux des vertus de ce torrent de Catherine-Gharlotte de Grammont (1 ), née en 1C39, mariée en IGGO au prince de Monaco, duc deValentinois, « une belle et aimable personne » , suivant mademoiselle de Montpensier (2) ; devenue la favorite de Madame (Henriette), sans en mettre pour cela, comme disait madame de Sévif|né , « ])lus fjrand pot au feu pour l'esprit ni pour la conversation » ; fine cependant, adroite à se ménager dans les familiarités de haut lieu, et qui volontiers pour dérober sa rougeur se cachait dans le tëte-à-téte avec le Roi, avec Lausun, avec le

(1) Surnom que son caractiio houiilaut et im|)('tueux lui avait fait donner.

(2) Memoues, t. III, p. 4V9, édilion île Pelitut.

aine de Jlonaco.

50G FAUSSE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. chevalier de Lorraine. jNIais i! y a loin de là à une courtisane.

L'ai)hé A coup sûr on se soucie peu, de nos jours, de Paul

lie Bélesbat. 1,1, .1 i i - i t> -1 1 • 1

Hurault de 1 Hospital , abbe de Bélesbat , prieur de Saint-Benoît du Sault, le Bi-ùidesius du Grand Dictionnaire des Précieuses , tout frère qu'il fût de la fameuse amie de la reine Louise de Pologne, madame de Ghoisy, qui, sans orthofjraplie , écrivait des lettres si charmantes. Assidu familier des belles ruelles, ce cpii n'est pas un crime, il fit force chansons, etfutpeu chansonné. Tallemant , qui ne calomnie pas sciemment, que je sache, mais qui médit à cœur joie, Tallemant, qui maltraite si vertement le frère Henry le conseiller, est loin de dire sur Paul rien qui puisse; donner de près ni de loin crédit à la sale lettre mise au compte de ce joli Sale lotire abhé , moudaiu et (galant, mais honnête homme. « J'ai

qui lui est , . l'i • j Pc • t • r\\ i il

aitribuëe. trouvc aujourcl liui votrc ariaire. Je sais une lille belle et de hou lieu, et j'espère que vous l'anrc'z pom^ trois cents pistoles. " Yoilà ce cpi'on lui attribue : (juclle abjection et quelle invraisemhlance ! Est-((; (jn(; les Mercures du {jrand monde qui ju'ocureht de belles fenunes comme ils procurent un beau bijou et de heaux chevaux (c'est un mot du duc de Richelieu), jiarlent jamais d'«r{;ent?

La n)an[uise Jcsaisqu'oii a imprimé, mèm<; dans des livres prédit Plessis- . 1 ■ • 1 II • •

iJeiiiùre tcudus s(;rieux, que ce lut madame du Plcssis-Beluere

calomniée. . , , . ,. i i^ i i 'C -i

qui essaya de ne{;ocier en laveur de rouc(juet la delaite de madame de. la Vallièrc; ; mais c'est inu! calomnie fondée sur une hideuse lettre apocryj)he tombée de ce panier aux ordures gardé avec inconséquence par Gom'art, et dont il avait couiu d'autres coj)ies. Calomnie/., fût-ce grossièreiiKMit, il en restera toujours (piehpie chose. Tel

FAUSSE CASSETTE AUX POULETS DE rOUCQUET. 507 est le fruit (jàté de ces pitoyables inventions de désœuvrés ou d'ennemis du Surintendant, à l'heure de son arrestation. Ces lettres flattaient les j)assions du moment, la curiosité, l'amour du scandale; il n'en fallait pas tant pour qu'elles se répandissent à ])rofusion. Or, il est des choses, et celle-là est du nombre, qui une fois dites se répètent sans cesse : arrachez donc une calomnie passée en proverbe! La paresse de réfléchir d(;vient, sans s'en douter, complice de la mali^jnité (1 ). Que la marquise du Plessis-Bellière ait été une femme remuante, éperdue d'ambition pour elle, pour les siens, pour Foucquet, son ami; qu'elle soit entrée ardemment dans les pratiques du Surintendant pour l'aider à devenir principal ministre après la mort de ^Mazarin , d'accord; mais la flétrir, c'est exajjérer. Que si le Roi lui

(1) Les meillciires natures même» s'y laissent prijnilre par distiartion. Ainsi, Walckenaer, qui était un bonhomme ami de la vérité, s'est fait, sans preuves contre madame du Plessis, l'écho des calomnies dont la haine pour Foutquet avait de son temps jioursuivi ses amis. Il dit, p. 250 du second volume de ses Mémoirex sur madame de Se'vigné : " Le mouvement de colère auquel Louis XIV s'était abandonné trahit ses desseins, et Foucquet en fut averti par madame du Plessis- Bellière, un de ses plus habiles et plus courayeux agents, dans les affaires de finances connne daiifi lex intrifjiies d'amour. Et sur ce dernier mot il renvoie aux Defenxex de Foucquet, t. II, p. 15 et IG. Je devais supposer que là quelque })aiule révélerait l'intervention de la marquise dans une négociation galante. Pas un mot! pas un seul, r.i direct ni indirect! Les Défenses ne pailent que d'affaires d'Etat.

Dans une lettre de Conrart qu'on a jointe à ses mémoires, il se trouve un billet de madame du Plessis qui aurait roinu à l'époque du procès; ce billet est absurde, impossible, et soulève le dégoût. On voulait à tout prix perdre cette femme avec le Surintendant dont elle avait été l'agent politique, et la Reine mère avait dit : « C'est inie fenune à raser et à mettre aux Madulonnettes. » Les libellistes aux écoutes ont enchéri sur les colères rovales.

508 FAUSSE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. envoya dire de se retirer à Montbrison en Forez, quand la disgrâce de Foucquet eut éclaté, madame de Motteville explique à merveille les motifs de cet exil. La marquise, on le doit craindre, avait beaucoup aidé à gâter l'esprit de Foucquet par des intrigues de cour. Elle était son intermédiaire dans ses liaisons avec les grands, et, suivant madame de Motteville , « les honnêtes gens s'en trouvoient bien ; ils entroient dans ses intérêts, et, pour les en payer, elle trouvoit toujours le moyen de les obliger » , par le crédit du Surintendant. Notons que, tout en servant l'ambition de celui-ci , elle faisait à la fois les affaires de sa propre ambition de famille en poussant au poste de général des galères le marquis de Gréquy, son gendre. « Elle crut, ajoute madame de ^Motteville, avoir fait pour lui un grand coup; mais elle se vit deux mois après, en partie pour cette même cause, dans la disgrâce et le malheur, et eut le déplaisir de voir renverser pour lors la grandeur et la fortune du marquis de Gréquy, " Les défiances toujours éveillées de l'ambition de Foucquet l'avaient porté à entourer la cour, la ville, le parlement, d'un réseau d'observateurs qui le tenaient au courant des moindres détails de ce qui s'y passait; et les récompenses (pi'il semait, dans la profusion de son luxe, excitaient le zèle d(; cette police secrète étendue jusqu'à l'étranger. Madame du iMessis- Kile.taitiiiic I5elllère avait d'office et en amie les yeux toujours ouverts dans l'intérêt de Foucquet, et sa bouche et sa plume ne laissaient rien ignorer au ministre de ce (ju'elle j)ouvait recueillir dans les régions (h; la faveur et du pouvoir. Tel (ul iini([U('nu'nt son l'olc. l{iche , graiitle diinie, des mi(Mix apj)areiil(''('s, en eCommerce

aiiiir |)(>lili(|ri

cl IIIIII IIIIC

oiilriMiiettciisi

FAUSSE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. 509 avec tout ce que la cour avait de plus estime, elle n'eut point le vol pour les subalternes ; et en faire une femme avilie de mœurs et de langage, hvpocrite italienne alliant les com])laisances de la volupté aux momeries dévotieuses, c'est ce qui est inacceptable , c'est ce que contredit le duc de Saint-Simon , le rude Tacite , que Témoignage

de

ie crois volontiers quand il dit du bien. A l'époque de Saim-Simon

sur madame

la mort de cette dame, en 1705, il parle d'elle d'une du Piessis. manière honorable , et son langage est celui aucpiel il faut se tenir, tant qu'on n'aura pas de preuve évidente du contraire. Agir ainsi est de stricte honnêteté. Elle fut, dit Saint-Simon, « la meilleure et la plus fidèle amie de M. Foucquet, souffrit la prison pour lui, et beaucoup de traitements fâcheux, à l'épreuve desquels son esprit et sa fidélité furent toujours. Elle conserva sa tête, sa santé , de la réputation , des amis jusqu'à la dernière vieillesse, et mourut à Paris chez la maréchale de Créquy, sa fille, avec laquelle elle demeurait. « Il y a des mémoires, ceux de ral)bé Blache, qui sont pleins d'étranges accusations contre Foucquet , dans lesquelles il mêle le cardinal de Retz, madame d'Assérac et d'autres encore. Mais ce Blache est un écrivain bizarre et suspect, qui accuse beaucoup et provive peu (1).

Moufîlat parle des scellés mis sur tous les papiers de M<-moires

^' ^ ^ ^ (le Montglat

Foucquet, de la découverte d'un p.raïul n<)ni])re de <■' Je

' ' " Goiu^ille.

lettres galantes des dames de la cour dont il payait les faveurs. De madame du Plessis-Bellière , pas un mot. Gourville dit bien qu'on reprochait au Surintendant d'avoir assez présumé de lui pour marier son frère à

(1) Ces Mémoires ont été publiés dans la Revue réuoapective.

510 FAUSSE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. mademoiselle d'Aumont (1), sa fille au comte de Béthune-Charost , et acheter la magnifique maison de M. d'Emery; mais c'étaient là les récriminations de la jalousie. Il parle aussi de la saisie opérée chez Foucquet d'une copie de lettre de Saint-Evremond, qui tournait eu ridicule le Mazarin ; il ne dit rien du caractère de la marquise ni de la Cassette aux poulets du Surintendant. Mais le vif al)])é de Choisv, en ses Mémoires, parle de cette dame avec une sorte de respectueuse tendresse. Nous verrons, quand nous jetterons un rapide coup d'œil sur les déhris encore existants de la véritahle Cassette, qu'en aucune des nombreuses lettres qui s'y lisent d'elle, ne règne le ton équivotpie qu'on lui a prêté. Jamais il n'y est question ni de près ni de loin de galanterie; et certes, si ces lettres eussent révélé un agent de mauvais commerces , on les eût soigneusement conservées pour la mieux perdre. On verra d'ailleurs aussi par cette Cassette même en quel ordre de gens Foucquet allait demander assistance pour ces sortes d'amours qui s'expliquent non par le cœur, mais par l'enchère. Louis XIV lut seul avec là Reine, sa mère, et le .irixmiiie XcUier, les lettres saisies narmi les i)apiers du Surinla casseiti- tcudant. « On en trouva, dit madame de Motteville,

aux poiik'Is. '

de plusieurs personnes de la cour, les unes pleines de beaucou[) d'intrigues poiiti(jucs, et les autres de beaucoup de galanterie. Par elles, on vit qu'il y avoit des femmes et des filles qui passoient pour sages et hon-

Loiiis \1V

(I) AniK! (rAiimi)iit, hlli' (le (".('s:u' (rAiiiiiniit, iiiar(jiiis de Clairvaiix, vicijiiitc de la Giicrclie, dit le marquis d'Aiiiiioiit , cl de Marie Amelot de r.arnefiii, mariée à Gilles Eoucfjiiet , j)remier conseiller an Parlement de Paiis, puis picmier éenver de la Grande Eenrie dn Roi.

FAUSSE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. 511 «êtes, qui ne l'étoient ])as; o.t on connut manifestement que s'il avoit luie (jrantle anjl)ition, il n'avoit pas moins d'emportement pour la volupté. Il y en eut même de celles-là qui souffrirent pour lui , qui firent voir que ce ne sont pas toujours les plus aimables, les plus jeunes ni les plus galants, qui ont les meilleures fortunes, et que c'est avec raison que les poètes ont peint la fable

de Danaé et de la pluie d'or Peu de personnes de la

cour se trouvèrent exemptes d'avoir été sacrifier au veau d'or; et comme, par un malbeur fort extraordinaire pour eux, le Surintendant (jardoit toutes les lettres qu'on lui écrivoit, le Roi et la Reine, sa mère, les avant toutes lues , y virent des choses qui firent tort à beaucoup de personnes (1). »

Il était inévitable que le nom de quelques-unes des Quelques

1 ifi'ii A' » noms

belles correspondantes du burmtendant vmt a transpi- d.s cnncs-

, 1 II • ■ i , • pondantes

rer, et qu on se rit un peu de celles qui avaient clieri transpirent dans Foucquet non l'homme , mais le ministre disposant à son gré du trésor public. Cependant il n'y eut de réellement avoué par la cour que ce qu'il n'y avait nul inconvénient à ne point ensevelir dans le silence. Quelque doctrine historique que l'on professe à l'égard de Louis XIV, nul ne saurait disconvenir qu'il n'ait été un parfait gentilhomme et naturellement secret ; nul ne saurait avancer qu'il eût pu abuser de l'honneur de tant de familles de qualité en livrant à la gazette du scandale copie des lettres compromettantes , avant de les détruire? Gomment supposer aussi qu'à l'âge de quarante- six ans il se fût décidé à épouser la veuve

(1) Mémoire!; de madame de Motteville (1661).

512 FAUSSE CASSr.TTE AUX POULETS DE FOUCQUET. ScaiToii , dont il eût connu par le dossier les anciennes turpitudes publiquement ébruitées, par son lait à luimême, durant le procès de Foucquet? Une seule femme fut tout à fait compromise et convaincue. Son nom sera plus loin. Il v a d'ailleurs un passajje du journal de d'Ormesson, le rapporteur du procès de Foucquet, qui prouve «pie le cbancelier Pierre Séguier, « ce Pierrot métamorpliosé en Tartuffe, » comme l'appelait Arnauld d'Andilly, reconnaissait lui-même la fausseté des lettres ébruitées. « il a ajouté, dit d'Ormesson, qu'il étoit oblifjé de dire que M. Foucquet s'estoit plaint avec raison des lettres infâmes qui avoient couru lors de sa capture; qu'elles estaient supposées, et que l'on n'en avait publié aucune , le Roy n'ayant pas voulu commettre la réputation des dames de qualité (1). » En résumé. Le dossicr de Gonrart et des Mémoires sur la Bastille

le dossier , , ^ , . ^ ^

de Conrart n cst douc cu rcsumc qu un tissu d al)surdites et de

est fahiiijiié. . . . l f • i ii

gratuites suppositions, quelquelois obscènes, et I on ne peut voir qu'avec étonnement l'écrivain , d'ailleurs intelligent et instruit, (jui se cacbe sous les pseudonymes de Colombey et de d'IIarinonville, se montrer assez peu sérieux pour relever, tout récemment encore, sans la flétrir, la lettre qu'il en a tirée contre madame Scarron (2). Et il n'est pas le seul qui ait commis cette insigne légèreté.

Jamais surintendant ne trouva ilo ornelles,

a-t-on dit (3), et la vraie Cass(ïtte de Foucquet a laissé

(1) Journal de d'Ormesson^ publié par M. Chéruel dans les Documents sur l'histoire de France, second volume. Année 1661.

(2) Voir la préface de la Journée des Madrii/aux, publiée chez Aubry.

(3) Huitième satire de Boileau, v. 208.

FAUSSE CASSETTE. MADAME SCARllO-N. 513 en effet des traces flagrantes de ses succès à hougio éteinte. ]\Jais ses défaites ont eu autant de célébrité que ses succès. Nous allons en trouver une preuve eu un lieu où l'on ne songerait guère à l'aller chercher. Qui ne connaît le petit livre de la comtesse de Gaylus, Souvenirs

(le madanip

ces délicieux Souvenirs, souriants, fins, moqueurs, <ie Cayius. dégagés, et qui savent si bien s'arrêter à la juste mesure du goût et de la délicate urbanité? Elevée à Saint- Gyr, sous les yeux du grand Racine , sous l'aile de madame de Maintenon , sa tante, madame de Cayius, d'abord mademoiselle de Yallois, puis mademoiselle de Murçay, était celle qui savait le mieux à Saint-Cyr tempérer le respect par la séduction familière, et s'effarouchait le moins de la robe feuille morte de l'austère ennuyée. Elle fut le mouvement et la vie, elle fut le doux rayon de luisant soleil , la gaieté , l'éclat de rire contenu, la grâce espiègle aux côtés de la marquise, et joua auprès d'elle le rôle épanoui que joua auprès de Louis XIV vieillissant la duchesse de Bourgogne , aussi sémillante et moins réservée. C'est Voltaire qui a r.etouch été le premier éditeur des Souvenirs, à Genève, en 1770, et l'on i>e saurait douter que, suivant l'usage du dixhuitième siècle, il n'ait pris des licences avec le texte, et n'y ait surtout fait des coupures. On ne connaît aucun manuscrit des Souvenirs de la main de madame de Gaylus, mais on en retrouve le texte disséminé péleméle dans les cahiers confus et nombreux des Mémoires des dames de Saint-Cyr sur madame de Maintenon, et particulièrement dans les Mémoires arutographes de mademoiselle d'Aumale , la confidente et secrétaire de cette femme illustre, à la fin de sa vie. Qu'y a-t-il en

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