‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 106 sur 127 · i ■ ' J- • i (le Sévi{;né · texte numérisé non relu

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honneur, et je n y trouue nen a redu-e, sinon que, selon 7 novembre mov, elle est sans fondement, après ce que madame la marquise de Montauzier nous en a escrit à tous deux. Croies moy, ce n'est pas une plastreuse, et il faut prendre au pied de la lettre ce qu'elle dit a ses amis dans les choses de l'importance de celle-cy, dans laquelle ce

(1) Cette lettre a tléj'i été publiée par M. de Monmcrqué, t. I"^"", p. 60 de son édition de 1820.

524 FAUSSE CASSETTE. MADAME DE SÉVIG^sÉ. seroit trahir que de desguiser. Je scav bien qu'on a dit de vous comme des autres beaucoiq) de mal et de bien, et a charge et a décharge; mais il y a dans le monde force médisants volontaires et quelques amis officieux qui inuentent en attaquant et en défendant , les uns pour nuire, les autres pour seruir. Les sages ne s'arestent ni aux vus ni aux autres que sous bonne caution, de peur de s'affliger ou de se consoler en vain. J'ay peur que ceux qui vous escriuent sur cela ne soient des personnes crédules, des gens plus affectionnés que prudents , qui , pensant vous bien prouuer leur zèle , vous remplissent l'esprit des bruits de la basse cour, et qui ne sont bons qu'à vous donner vn faux trouble ou vn faux repos. Nostre amie n'est pas de ce monde là, et il s'en faut tenir précisément à ce qu'elle mande, parce qu'elle est aussy sincère qu'éclairée, et que la dernière chose qu'elle feroit seroit de gauchir ou de flatter. Je croy donc ce qu'elle vous a escrit, et je vous conseille de le croire, d'autant plus que vous aues de quoy vous (Ml contenter. C'est vn grand point que la Ilcyne luy ait juré que vous n'auiés point esté nommée parmv les autres; et cela doit estre véritable à l'esgard du Roy (pii ne l'auroit pas teu a sa mère, si on en auoit trouué (jui fussent suiettes a interprétation. Que si la Reyne l'eust voulu dissimuler a M* de Montauzier, elle ne se fust pas engagée a demander au Hov s il s'v en estoit trouué des vostres. Je scav bien (pic vous ne les demandés point, mais il me souuient bien (pie vous aués (lesir(' de nostre amie (ju'elle la j)riast, ])uis(prellc les auoit, de dire à tout le monde ce qu'elle y auoit veu. Ainsi donc sa response vous est tres-favorabic , puis-

FAUSSE CASSETTi:. MADAME DE SE VIGNE. 525 qu'elle a respondu (jn^'llc ii'c.'ii avoit jioint veu et moins encore ouy dire qu'il s'y en iust rencontré. C'est peut estre vostre prière qui a esté cause que la Revue a sceu qu'il y en pouuoit auoir. Calmés vous la dessus et croyés que tout le monde vous a mandé des chansons horsmis elle. Quand je la verray, je lerav l'office pour le remerciement du sien. Mais quand la verray-je? L'enfaut est venu et la retient a Fontainebleau ou je n'iray asseurement pas. J'ay impatience de vostre retour pour acheuer de vous fortifier et de dissiper dans vostre esprit tous ces fascheux nuages. Vostre tresliumble et tres-obeissant et fidelle seruiteur.

» De Paris, ce 7°"' novembre 1661.

» Chapelain. »

Chapelain vient de dire ces paroles obscures : « L'enfant est venu , et retient la marquise de Montauzier à Fontainebleau. » Les mots suivants d'une autre lettre de lui à Godeau expliqueront ce passage :

(i Pour madame la marquise de Montauzier, elle s'est lettre

, . , . ' T^ll Tir I T-w ''•^ Chapelain

trouuee {juerie a pomt nomme. File a receu M. le Dau- i madame j)hin en naissant. Elle est entrée dans cet employ de la Mdmansier.

H] 1 T-iii A ' ' X 1*< novembre

eure grâce du monde. File a este présente aux igijI.

compliments de tous les corps jusqu'à celui de l'Vniversité , et a répondu à tous comme une papesse. Le Roy et les Reynes sont enchantés de son air à tout faire, ne cessent de la louer et de la caresser, et comptent entre leurs bonheurs de l'avoir en cette place. Ils la choyent, et par le soing qu'ils en prennent monstrent le cas qu'ils en font et la peur qu'ils ont de la perdre.

526 FAUSSE CASSETTE. MADAME DE SÉVIG^'É. Le logement du prince et le sien est ce que vous aués veu occuper par feu Son Eminence (1). »

Neuf jours après, Chapelain écrivait une troisième lettre à madame de Sévigné pour calmer les dernières vivacités de son chagrin.

A viadanie la Diai-rjuisc de Sevigny, aux llocliers , en Bretagne .

Autre lettre « Je VOUS Ic disois bicu par ma dernière lettre cpie

<le Cliai>elaiii • i -«t

à la marquise madauic la uiarquisc de Montauzier estoit vue amie eu

de Sévi{;iic . . . ^ ,..

encore OUI VOUS pouuicz prendre toute confaance , et qu u vous

sai- la Cassette ,^ ,, . . » u i- • r i i

aux poulets ralloit ancstcr a ce qu elle vous disoit preterahlement

de Foucquel. ^ ■ , -il' , i i' ,

a tout ce que tous les autres de 1 un et de 1 autre sexe vou.s pouuoieut auoir mandé , parceque sans leur faire tort, si elle n'a pas plus de vertu, elle a au moins plus de ceriielle, et qu'elle est à la source des choses où elle ne puise rien que de pur, au lieu qu'ils ne puisent que dans les ruisseaux esloignés et meslés de fange et de bourbe. Ce n'est pas que leur affection né soit louable et digne que vous leur en scacliiés gré. Mais parmy ceux qui scauent viure , il n'v a rien qui se doiue moins faire que de donner des sursauts à ceux (]U(! l'on avme sur de simples ouï dire et sans de fort bons garants, surtout en matière d'honneur qu'on ne doit jamais suj)j)oser attaqué (pie quand on en a des attestations fldelles. Il vaudroit mieux aller dire légèrement à vue f(Mum(! (jik; son mary est mort, et vous scaués si ces sortes d'estourderies sont approuuées ou excusées. Dans les malheurs mesme véritablement arriués , ceux (pii

(1) Lettre du 18 novcml.rc 1061.

FAUSSE CASSETTE. MADAME DE SÉVIGNÉ. 027 sont o]jli{;cs de les annoncer le font avec ])reparation en les adoucissant, et ne les font connoistre que par de^jre et pièce à pièce auant que de j)roj)oser les remèdes qu'il y faut apporter, tant la discrétion est requise en toutes les choses importantes dans la conduitte de la vie. Ce fut le sentiment de M. Gorijinelli, qui laissa courre les plus hastés, et qui ne creut pas deuoir signaler le zèle qu'il a pour vos interests par vue relation douteuse et précipitée. Ce fut aussi le mien, et je ne vous en escriuis avec l'émotion que vous vistes qu'après que je sçeus qu'on vous auoit troublée, et je ne le fis })as tant pour croire qu'il v eust lieu de craindre rien pour vous que par l'indignation que j'auois de l'aueu^^lement de ce misérable personnage, <jui auoit appresté matière à ronger la réputation de tant de gens. Ouand vous prenés confiance en mes paroles, vous me faites plus de justice que de faneur, car elles sont très-desinteressées , et ne regardent jamais que vostre bien. J'en appelle à vostre lumière et à vostre expérience. Il vous peut souuenir que je suis vostre père d'élection, et que je vous en ay rendu tous les devoirs , entre lesquels le moindre n'est pas d'auoir estreint la liaison que vous aués avec mesdames de Rambouillet et de Montauzier. Je feray les offices que vous désirés, auprès de l'vne et de l'autre, de mon stvle ordinaire, et je l'aurois mesme fait quand vous ne l'auriés pas désiré de mov, comme je le fis encore avant-hier auprès de madame la duchesse de Nemours, et de la bonne sorte. Je suis à vous paternellement.

» De Paris, ce IG'' novembre IGGl.

)) Chapelain. »

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