VRAIE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET
Le renversement du Surintendant , insj)iré d'abord par un violent sentiment de jalousie au cœur de Louis XIV, ne devait pas être qu'iui événement de plus dans l'Etat, mais toute une révolution fjouvernementale , à savoir la substitution du j)ouvoir roval personnel au pouvoir des ministres. De là, contre Foucquet, cette ilié^^ale, ardente et partiale procédure qvii n'admit Prison aucun adoucissement ; de là , pour que l'exemple fût
de Foucquet. ^ ' ^
plus éclatant et plus mémorable , l'odieuse aggravation par le Roi de la peine infligée par les juges (1). En vain Foucquet, averti, avait-il fait des aveux à Louis XIY, pour essayer de conjurer l'orage amassé sur sa tête, le Roi, muni de contre-rapports secrets de Colbert, avait su que le Surintendant le trompait encore sur les fautes de son administration par des réticences; sa colère jalouse, avivée encore de son juste orgueil de roi , s'était armée de dissimulation , et le dénoûment n'était pas loin. D'Artagnan avait arrêté Foucquet à Nantes le 5 septembre 1601, pour le conduire au cbàteau d'Angers, d'où il fut transféré à Amboise , à Vincennes, à Moret, et enfin, le 18 juin 1063, à la Bastille. Durant toutes ces translations, le malbeureux, bien que très-gravement atteint des fièvres, ne cessa de supporter avec constance et dignité sa dis(;râce. Pas une plainte ne sortit de ses
(1) Voir sur le soulèvement de l'opinion contre cette mesure contraire à tous les principes de la justice , et sur tous les libelles, satires, épijjramnies (pii eu furent la suite contre Si'jjuier et (".olbeit, avec autant d(; pncjfusion qu'au temps de la Fronde contre le Mazarin : Tableau do la vie et dit gouvernement de MM. les cardinaux Richelieu et Muuirin et de M. Colbert, etc. 1G94. In-12. i\ 220-23'*.
LETTIÎ ES DE EOCCOrET. 529
lèvres. A An^jers , il se borna à demander un prêtre par la note suivante, que je transcris sur l'ori^jinal :
« Monsieur Le Tellier est tres-hunihiement supplié Note de représenter au Ilov, (pie ie nay point veu tout ce à i,. 'iviii'i'r, que mon médecin a escript , ne l'ayant pas escript en ",1" "<!!! "' ma présence, — outre que ie me sens mieux que tout '"'u,mr""' ce que les médecins en pouuoient iuger, tout consiste nI<.s':st';mT<en vu mot qui fait craindre le danger de ma vie auec '""" l""'""*'raison.
» Ma Heure estoit quarte et assez modérée , i'ay fait toutes sortes de remèdes grands et petits, tous ont opéré come Ion pouuoit souliaitter et au delà ; non seulement mon mal n'est pas diminué , mais il est augmenté et augmente tous les iours si notablement que les trois accez de la triple quarte sont devenus violents et fort longs. Il n'y en a qu'un qui n'est encor que de douze ou quatorze heures ; de sorte que de soixante et douze heures que durent les trois iours, j'en ay soixante de heure forte, et les trois nuits y sont comprises. le suis affoibli et exténué incroyablement; ie resue, ie suis quelquefois prest d'euanouir; ie ne dors presque point. le suis naturellement délicat : si la heure quarte est un effect de melancholie , le lieu ou ie suis ne dissipe pas beaucoup de chagrin. Chacun peut iuger si iay raison de craindre vu accident ch; la moindre fluxion , a quov ie suis fort subiet. Voicv la saison qui dénient mauuoise : ie puis estre surpris , et par la mort et par la perte de la raison , ou de la parole , car sonnent iay peine a parler. Mon inquiétude pour ma conscience est assez raisonnable. Le Roy est trop bon et trop iuste pour me refuser le secours que ie de-