TOME II
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mande avec empressement depuis lonjjtemps. Sa Maieste auroit re^jret, sil ni'arrivoit quelqu'un de ces accidents, de ne m'avoir pas doné cette consolation à temps : la distance est longue dicy a Paris.
» En vn mot, ie ne puis avoir lesprit en repos que ie n'aye fait ce que i'auray peu pour me mettre bien auec Dieu. Et come iay de grands comptes a luy rendre, que iay eu plusieurs affaires délicates et de grandes administrations pendant des temps fascheux , iay besoin d'un home très capable auec lequel iay beaucoup de consultations à faire et de questions a résoudre. Il est impossible que ie puisse communiquer mes affaires oq a des ignorants , ou jansénistes , ou gens qui n'ayent pas vn peu pratiqué le monde, ou en qui ie n'aye pas confiance. Il me semble que quand ie ne serois pas en lestât de maladie ou ie suis on ne deburoit pas me refuser vue chose de cette nature , j)uisqu'au contraire nous deburions tous trauailler pour mettre les homes en cette pensée quand ils ne lont pas , outre que cela les ayde a mieux supporter de grandes afflictions.
" l'auois souhaitté ardemment M. Joly pour ce quil a desia assez de cognoissance de ma conscience, m'avant assisté dans vue autre grande maladie, pour ce qu'ayant serui ^I. le Cardinal , il est plus susceptible des affaires du monde , pour ce (juê le cognoissant ieusse pris graiule confiance en luy, (!t (pie d'ailleurs estant homme d'une vertu et ])rol)ité cogneiie , et ayant receu depuis peu des grâces du Koy, il eust deub estre moins suspect qu'un autre.
» Mais si cela ne se peut, et que le Roy veuille bien auoir quelque pitié de moy en vue affaire aussi délicate
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et a laquelle ie crois iiiesme quil est ohlijjc'' deiiant Dieu, je me iette a ses pieds autant que ie le puis et implore sa bonté ])onr auoir a{]reable qu'on aduertisse ma mère de me choisir un ecclésiastique séculier ou rejjulier capable et non suspect, en qui ie puisse prendre confiance pour la descliar^je de ma conscience, et que le Rov me fasse la grâce de luv permettre de l'amener ici elle-mesme; elle en fera toute la despense et diligence nécessaire. Ce me sera un doul)le secours, et temporel et spirituel , car ie la tiens plus capable pour mou mal (pi'un grand nombre d'habiles médecins (1).
» Mais come elle n'a pas peut estre l'honeur d'estre cogneûe du Rov, nv assez de M. Le Tellier pour quil peust bien resjiondrc délie, je ne doubte point que la Reyne mère qui la cognoist , et tout ce quil y a de gens de pieté qui l'ont veûe et qui sçavent sa vertu et la sainteté de sa vie , ne respondent quelle ne voudroit pas, pour vn rovaume, nv pour la vie de tous ses enfants et la sienne ensemble , auoir fait vne menterie et vn péché quel quil fust. Elle peut donc douer sa parole et faire serment, mesme signer et sobliger tant pour elle que pour celuy quelle amènera, dont elle jieut mesmes communiquer auec le P. Annat, quils ne se mesleront dans aucune autre affaire que de ma con-
(1) La mère de Foucqiiet, >Lirie de Maupeou, était un ange de piété. La grande Mademoiselle ne l'appelle dans ses Mémoires que « la bonne femme madame Foucqiict » . En apprenant l'arrestation de son fils, elle se jeta à genoux en s'écriant : « C'est à présent, 6 mon Dieu, que j espère le salut de mon fils! » Elle mourut en 1G81, âgée de quatre-vingt-onze ans. Foucquet était mort, un an auparavant, à Pignerol.
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science et de ma santé , ne se chargeront de lettre ny de message ou comission de qui que ce soit pour moy, ny en s'eji retournant de moy pour qui que ce soit. On j)eut faire douer la mesme asseurance a l'ecclésiastique. Aj)res cela ie ne vois pas ce quil peut y auoir de suspect ny de difficulté qui entre en balance auec vn si grand bien et une si grande nécessité. Si elle estoit d'autre nature, ie ninsisterois pas tant. »
Du même lieu , il écrivit également à le Tellier cette seconde note, que je tire aussi de mes papiers autographes :
Seconde note « Puisquc Ic Roy a la bonté descouter iusques au
de Founjiiet • i i ^ •
pour momth'e de ses subiets , et receuou" auec humanité
se défendce • i • i i i
auprès du lîui. Icurs rcqucstcs pour y exammer la raison de leurs demandes, Monsieur Le Tellier pourroit ce me semble hiv représenter ma disgrâce m'empeschant de luy oser faire directement laddresse d'un escript qui les j)ourroit contenir plus amplement, et d'assez considérables. Ce (jui me semble digne de considération est de veoir (pie tous ceux qui, pendant la minorité (!t pendant les guerres, ont porté les armes contre Sa Maiesté, ont excité des troubles dans son Estât, ont voulu luy oster sa courone, (]ui ont assisté dans les conseils des factieux, les ont appuyez de leur crédit, qui leur ont doné j)assage en France et fait des actes d'hostilité ou témoigné mauuaise intention, sont tous en repos iouissants de leurs biens, de leurs dignité/, de leurs g«nuernements ; plusieurs, beaucoup dans des employs, et que moy «pii non seulement suis demeure'' feiine et iiH'branlabbî dans le service, mais (pii en loiiles les occasions nie suis signalé ha/ardeusemenl , sans en
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laisser escliaper une seule, et qui puis dire auoir reudu des seruices autant et j)lus importants quautre home sans exception qui soit dans l'Estat (le Roy nen a pas cognojssance de tous, et si on me le permettoit ie les expliquerois et les prouuerois bien), moi, disie, qui ay vescu de cette sorte iusques au dernier moment, ie suis seul attaqué !
» l'ay gouuerné les finances auec W Seruien ; ie n'estois que le second; il auaitle crédit et l'autliorite les premières années : — monsieur le Tellier sçait bien qu'a la fin de 1G54, et luy et ^r le Cardinal raesmes demeurèrent tout com't sans j)Ouvoir plus trouuer un sol , a la veille de veoir tout le royaume une autre fois bien plus dangereusement bouleuersé. Je me chargeay de la conduite, et par mon zèle et mon application , mais qui plus est (ce qu'aulcun autre home n'eust fait , mais qui estoit le seul salut du royaume) par mes aduances et mes engagements et ceux de mes amis , je restablis les affaires et les ay soustenues , toutes misérables quelles estoyent, par ces yoyes là sept ans durant; en sorte que non seulement on na manqué de rien , mais nous auons esté supérieurs aux ennemis. Nous ne somes en aduance presque que d'une année, et M'' le Cardinal mesmes en a encor assez honestement profité. — l'auois raison d'espérer après la paix quelque recompense , car ie puis dire que , sans nioy et sans ma manière hazardeuse, dont mes affaires sont a présent bien en desordre, aulcun autre n'eust soustenu , et l'Estat perissoit. On pouuoit croire que si i'auois bien gouuerné la barque dans une tempeste, dans un calme on eust fait quelque chose de mieux ; et en effect le lîoy a
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veu d'assez beaux comencenients, et cependant pour
recompense on me fait périr !
» Je puis auoir fait des fautes, ie ne m'en excuse pas. J'en ay fait quil a fallu faire, et c'est par la que iay soustenu les affaires, ce que ie n'aurois peu faire sans cela. Et puis on ne pouuoit pas auoir une règle certaine auec M. le Gard', en matière d'argent. Il ne donoit iamais d'ordres précis. Il blasmoit et permettoit neantmoins. Il desapprouuoit tout, après quon l'auoit conuaincu de l'impossibilité de réussir autrement. Il approuuoit tout. Me parloit dune façon et m'escriuoit auec beaucoup d'estime, parloit mal aux autres; et come les finances attirent la hayne et quil vouloit s'en descharger, a tousiours laisse exprès des impressions.
" Ces raisons m'obligèrent de dire au Roy que si ma conduite liiy auoit despieu, quoy que ie creusse l'auoir bien serui, et afin que ie feusse en seurete du passé contre tout ce quon viendroit luy dire, que ie suppliois Sa Maiesté de me pardonner toutes les fautes que i'auois faites, le Roy très obligeamment me dit qu'il me par~ donnoit tout et m'en doua sa parole. Cependant, ie me trouue emj)risoné et poursuiui!
» Depuis les derniers temps, en combien d'aduauces suis ie encor entré j)our j)laiie au Roy, et reudre le conK.'ncement de son administration tranquille! Sa Majesté a-t-elle ordonné ou souliaitt('' «pioy que ce soit que ie n'aye exécuté aussitost. Si i'osois la supplier de se remettre en mémoire auec cpiel zèle , auec (piel cœur ie luy av rendu les derniers seruices auant partir; il lut esloué mesme de la 'promplilude et i\c