tle Tresesson
apeme que vous auez eue a 1 escrjre, et vous dirav a Foucquet.
librement qu'il est bien juste que vous preniez quelque soin de me consoler pendant mon voyafje, puisciue vous estes cause que je le fais avec bien de la mélancolie. Si le petit cabinet m'est assez fidèle jjour vous faire souuenir de moy, je luy promets d'augmenter l'amitié que j'auois pour luv et de redoubler mes souhaits pour le revoir bientost. Je vous conjure de continuer d'en faire pour mon retour, et de croire que vous ne me sçauriez procurer rien de plus a^jreable que l'honneur de vous voir.
« J'ay prié M. (Bruslon) de vous mander de quelle manière j'ay esté reçue icy. Il faut que je commence des aujourd'hui à vous dire que je luy ay bien de l'obli- {jation du soin qu'il a pris de moy depuis mon départ (1). »
« Ce 13" décembre.
» Je ne suis pas satisfaite de la grande lettre (|ue je Autre lettre viens de vous escrire , et quoi (pie je vous aye mandé mademoiselle une partie de mes sentiments, ils ne sont toutesfois pas a Foiuquet. représentés aussy fortement comme je les pense ; car je vous asseure que l'on ne peut j)as estre plus affligée que je la suis, et que jamais al)sence n'a paru plus ennuyeuse que la vostre me le paroist. Toutesfois , malgré l'extresme enuie que j'ay d'auoir l'honneur de vous
(1) ^° 202, second volume.
554 VRAIE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. voir, je vous supplie de ne songer paS à me le faire receuoir s'il y a le moindre danger pour vous. Le sacrifice que je vous fais est grand ; mais il ne l'est pas autant que les obligations que je vous ay sont grandes, et il n'est pas mesme capable de satisfaire les souhaits que je fais de vous en tesmoigner quelque reconnoissance. Je vous demande un mot de vostre main , avec toute l'instance que je puis faire (1). »
« (Turin).
Troisième " Saus quc je m'imagine que ce n'est que pour me
lettre
de Tresesson faire la gucrrc que vous me mandez que vous me soup-
à Foucquet. , , . „ . , .
çonnez de vous manquer de parole, je vous rerois bien des reproches d'auoir ceste mauvaise opinion de moy., et je vous asseure que j'aurois raison de vous en faire , car je vous promets que le souvenir du petit cabinet touche plus mon esprit tpie toutes les choses que peut faire M. Duclos pour me tesmoigner qu'il m'aime (2). Je ne me laisse jjoint éblouir au faux esclat , et tous les grands diuertissements de ce lieu icy ne m'enqjeschent point de souhaiter tres-ardemment de reuoir celuy que que je vous ay nommé (3). »
Mademoiselle Quant à mademoiselle Catherine de Manneville ,
de
Manneville. de la uiaison de RoncheroUes, elle est l'âme de ces deux
(1) ]S" 211, second voliiiiie.
(2) I^a cour de Savoie était fort fjalante. Le duc était aiiiourenx de luademoiselle de Tiesessoii, coiiiiiie il l'avait été de la iiiai<jiiise de Cavliis; et sa mère. Madame llovaie, dévote et sensuelle tout à la fois, qui aimait à parler (;t parlait hieu, en vraie fille de llenrv IV, contait volontiers les {jalanteries et les débanelies «lu jirinee. V. les Meinoiii'x de Mademoiselle dk Mon rrKNSiKn , t. III, j). îîO'J.
(3) Second volinne, n° 215.
VRAIE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQLET. 555 volumes. Elle comptait alors vingt-cinq printemps : il n'y avait que des printemps pour sa beauté (1), et cette beauté avait l'éblouissant éclat qui était un grand danger à cette cour, où la galanterie se respirait avec l'air. On a son portrait, merveilleux de séduction , en tète d'une de ces dédicaces rimées que le Toulousain <lu Puget de la Serre :
Qui livre sur livre desserre,
comme disait Saint-Amand , car c'était un grand ri- Son portrait
,., . . . ''" rniniature
mailleur, composait à la course , qu il faisait transcrire et en vers. par Jarry et qu'il avait accoutumé de présenter aux gens en crédit pour en tirer un tribut (2). Le visage a grande mine, un beau tour, un teint des plus vifs. L'héroïne est coiffée en plumes et tient à la main la pomme d'or que lui a cédée Vénus. « Son menton, dit la Serre , son menton à fossette qui sert de divertissement à l'Amour, quand il se joue avec les mignardises, est vu chef-d'œuvre de tout ensemble :
On ne voit rien de jilus parfait, • Et l'industrie en est si belle
(1) Elle était née en 1636.
(2) Les miniatures dont la Serre ornait ses dédicaces étaient encadrées d'un passe-partout yravé. Suivant lui, tout le succès d'ini livre était dans un beau titre et une belle taille-douce. La miniature de mademoiselle de Manneville est d'un ])inceau très-a{;réable. Le titre est celui-ci :
De Paris^ ce 12 septemlirc mil six veux soixante vn.
Le poftrait de inadeinoiselle de Maimeville, Jîlle de Louis, seif/neur d'AitzonviUe , et de Sinaiiite de Siricoiirt.
Ij'écrit a dix-lniit pajjes in-folio sur vélin. Cette cuiiosité, (jui fait aujourd'iuii partie du riclie cabinet de M. le baron Jérôme l'iclion, provient de la vente de M. Cliquot.