VRAIE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET
Que l'on n'a des veux que pour elle; L'Amour se vante qu'il l'a fait.
Elle est aussi saj^je que belle; Et comme sa conduite esj^ale sa beauté, Toutes deux aujourd'hui font sa félicité : On n'en voit point de si heureuse (ju'elle. »
Le pauvre la Serre se trompe de date. Il est vrai qu'à celle de son œuvre , si Foucquet était déjà sous les verroux depuis une semaine, la cassette aux poulets, encore sous les scellés, n'avait pas livré le nom de ^lanneville. Du reste, on avait parlé diversement du caractère de ses lettres, alors que la découverte s'en Ce que dit était ébruitée. Madame de Motteville, qui approchait madame Cependant de si près la reine Aïine, les déclare mno-
deMotteville. t» r / • t i i ta -ni
centes dans ses Mémoires : « Le duc de Damville, le Brion de jadis , dit-elle , lui avoit fait une promesse de
maria.fje Son prétendu mari s'étoit aperçu qu'elle
avoit eu quelque commerce avec le Surintendant — , et qu'elle avoit cinquante mille écus de lui en promesse. Elh; ne les reçut j)as, et perdit honteusement en huit jours tous ses biens , tant ceux (ju'elle estimoit solides que ceux où elle aspiroit par sa beauté , par ses soins et par ses en^jagements. Ilsj)aroissoienthonnestcsà l'égard du duc d'Amville , et n'estoient pas non ])lus tout à fait criminels à ré{jard du Surintendant. On le connut clairement; car il arriva pour son bonheur que l'on trouva de ses lettres dans les cassettes du prisonnier, La comtesse qui justifièrent sa vertu (1). » La comtesse de la
de la Fayette
mieux Favcttc dit au contraire : « On trouva dans la cassette
informée.
(1) Meinoiics , année 1661.
VRAIE CASSETTE AUX POULETS DK I-OrCOrF.T. 557 de M. Foiicquet pins de lettres de (jalanterie fjue de papiers d'importance. Et comme il s'y en rencontra de quelques femmes qu'on n'avoit jamais soupçonnées d'a.\oir de commerce avec luy, ce fondement donna lieu de dire qu'il y en avoit de toutes les plus honnestes femmes de France. La seule qui fut convaincue , ce fut Mesneville , une des filles de la Reyne et une des plus belles personnes, que le duc d'Anville avoit voulu espouser. Elle fut chassée de la cour et se retira dans un couvent (1). »
C'est malheureusement madame de la Favette qui était dans le vrai : la reine Anne avait usé de secret envers madame de Motteville. La belle fille d'honneur fut en effet la seule vraiment compromise de tout point; car il serait bien difficile de supposer qu'en son aventure avec Foucquet le cœur eût eu l'excuse de la surprise. On trouve cependant une certaine effusion dans ses lettres, s'il y a peu d'orthographe. Qu'on en juge :
« Goisque malade ala mor ie ne pas le se danvoier Lettre avostre logie pour vous prier de ne voier me prandre mademoiselle che mamere pour aler au vous sauez ie tous les de Maaueviiic plesier imaginable de ni pouuvier aler se soier il lia bocoup de voste fote saiet pour coie nan panse pas crier la première ie vous done le bonsoier et ie vous prie da 1er au vous sauez et faics bien mes excuse adieu ie suies auous sanreserue (2). »
(1) Histoire de madame Henriette d'An(]lelerre , fin de la seconde partie.
(2) ]N° 37 du second volume. Quand elle signe, elle écrit Mannevielle. Les Mémoires du temps écrivent indifféremment Menneville ou Mesneville. Elle cachette cette lettre-ci et d'autres encore avec un dé à coudre. Le plus souvent elle se sert du cachet de l'entremetteuse.
558 VRAIE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. Autre lettre « Yous ne pouues pas douter de mon namitie san
de , ^ ^
mademoiselle mofanscr fiiHeus maiis après les marque ie vous enne
de
Manneviile. doiie ie trouue le tans au si Ion que vous de ne vous poient voier et si iaves pue aporte quel que remaiede ie noses pas essaie ieusque asleure si ie vous laies croien le brie du monde ie seres persuade que vous il aues moienes de pênes que moie ie faies tout se que peut pour nan rien croiere se la seraies for vilen a vous de nafjier pas dosi bonne foie que moie Ion vous dira les moienes que ie cherche pour vous voiere a dieu ie suies tout a vous san reserue (1). »
Troisième « Mou ucu passiauce naies pas moiens grant que la
lettre (a G
mademoiselle vostre lou uiadoune au iourdhuie bien de la goye de l'es-
de ManucvilIc ,. . .
à Fomquet. pediau quc vous aues trouue pour nous voier le vous assure quil ne se presantera poient docasion de le faiere que ie ne le fasse de tout mon ceur ie vous prie de nan j)oient douter ie suies bien onteses de ne vous auoierpue encor remercier de se que vous aves faict en partant adieu ie vous prie que la pesance ne diminue point la mitie que vous maues promis vous ne pouues me loter saninieusties quant vous sere sen de vosion ie vous prie faics le moie sauoier bonsoier ie vous prie de croier que ie vous esme de tout mon ceur (2). »
Enfin , dans une autre lettre , qu'elle ferme du cachet de l'entremetteuse, elle lui dit : qu'elle trouve fort long
le temps de son a pesance « Votre avis sera le seul
que ie suiure. A dieu, ie suis tout à vous. Je vous ])rie que la pesance ne diminue point la mitié (pie vous
(1) Second volume, n" 54.
(2) Second volume, u" 68.
VRAIE CASSETTE AUX POULETS DE ITJUCQIET. 559 maiiez promise. Pour moi le vous assure (rue !a mien duerera toute ma vie. A dieu. Croyez que ie vous esme de tout mon ceur, et que ie nesmere iamais que vous. »
Quant à sa beauté, elle était incontestée, célèbre et Sa beauté, célébrée. En 1G56, elle avait essuyé une rougeole sans rien perdre de ses charmes. Un vaudeville courut qui disait :
Cachez-vous , filles de la Reine ,
Petites, Car Menneville est de retour,
M'amour.
Et Loret, de la Muze historique , chanta également cette réapparition redoutée. C'est aussi dans cette même année 1656 qu'elle représenta une nymphe dans le ballet de Psyché. En 1661, dans celui des Saisons, elle figura encore en nvmphe avec Mad. Diane, la duchesse de Valentinois , mademoiselle de Montbazon , mademoiselle Gourdon , mademoiselle du Fouilloux, mademoiselle de la Mothe-d' Argencourt , mademoiselle de Chemeraut, mademoiselle des Autels, mademoiselle de la Vallière , mademoiselle de Pont. En cette même année 1661, Racine écrivant à Jean de la Fontaine, la désigne avec mademoiselle du Fouilloux comme le type le plus accompli de la beauté de cour ( 1 ) . Benserade de son côté ne manque pas, chaque fois qu'elle danse, de
Elle danse
dans les ballets de cour.
(1) « Je ne me sçaurois empêclier de vous dire un mot des beautés de cette province. On m'en avoit dit beaucoup de bien à Paris; mais sans mentir on ne m'en avoit encore rien dit au prix de ce qui en est, et pour le nombre, et pour l'excellence : il n'y a pas une villageoise, pas une savetière qui ne disputât de beauté avec les Fouilloux et les Menneville.... Toutes les femmes y sont éclatantes, et s'y ajustent
560 VRAIE CASSETTE AUX POULETS DE FOUCQUET. la célébrer en devises assez fades. Déjà, en 1656, il fait allusion à son projet d'alliance avec M. de Damville, cadet de Yentadonr, dont on commençait à parler. Et en effet , le 8 février de l'année suivante, ils échangeaient une mutuelle promesse. François-Christophe de Lévy, duc d'Ampville (il orthographie ainsi ses noms), a seul « escrit et fine » la sienne propre, tandis que Louis de Manneville et Suzanne de Sericourt, les père et mère de la fiancée , ont signé avec lui et avec elle celle de cette dernière (1). La mère de Damville, la duchesse de Yentadonr, refusait son consentement au mariage, et malgré l'âge du héros (il avait cinquante-huit ans en 1661), il ne pouvait obtenir de sa mère qu'elle le Ce qu'était laissàt sc marier à sa guise. Mademoiselle de Montpen-
le duc . 'l'i • l'i 11-
de Damville sicr, a qui la reine Anne avait parle de cette alliance ,
qui lui .,,.,, ■. , , ,
avait tait l'acoute comuie il était 1 amant du moiide le plus inde l'épouser, comuiodc , jaloux à outrance, et quand il allait à quelque voyage , laissant à sa fiancée son aumônier pour lui dire la messe et pour la garder. Mais ce qu'elle ne dit })as , c'est que cet homme, d'abord capucin , j)uis marié et veuf d'Anne le Camus de Jambeville , était le plus grand rêveur et prometteur en matière de mariage. Il avait pendant un an et demi promené de promesse en promesse mademoiselle Jeannin de Castille, depuis
d'une façon qui leur est la plus natuiellc du monde; et pour ce qui est de leur personne ,
Color vcrus, corj)US soliduni et succi j)lenuin. »
Lettres de la jeunesse de Racine. Lettre d'Uzis, le 11 novcndjre 1661. La date de cette lettre est curieuse quand on sait raventure de l'infortunée Manneville, en septenibie.
VRAIE CASSETTE AUX POCLET.S DE rOCCQIi:!, 561 comtesse de Talleyiand de Cbalais. Quelques années après, il était accordé avec mademoiselle d'Elbeuf, et réconduisait comme mademoiselle de Castiile , en s'éclipsant à l'exemple du prophète Élie (1). Ce que n'a pas dit non plus la Grande Mademoiselle , c'est que joueur et besogfneujx, il tirait sans cesse de l'arjjent de sa fiancée, qui un jour, pour lui faire trois ou quatre cents pistoles, voulait vendre ses boucles d'oreilles avec ses pendants. Foucquet y pourvut. La correspondance de l'entremetteuse est pleine de ces répu^'niantes demandes d'argent, et Manneville qui n'a rien à elle et en manque toujours, « quand on lui en donne, dit la de laLoy, elle philosophe moins. »
Quant à Damville, il ne « philosophait » que pour le mariage. A en croire les devises de Benserade (ballet de la Nuit, ballet de Thétis, ballet des Plaisirs, ballet de Psyché) , « les belles » auraient eu « de ses nouvelles » ; il eut été un grand abatteur de bois, un grand épouseur à la cavalière; mais on le vantait, si l'on en croit son Alléluia :
De Méneville et de Brion S'il sort jamais un embryon, Fils de son père il ne sera.
Au vrai, c'était un de ces fous par amour (pii ont des moments lucides où ils ne sont qu'idiots, comme disait Heine. Et de fait, Retz en témoigne, il n'avait que beaucoup de routine avec fort peu d'esprit. C'était ce même comte de Brion, un des importants inutiles de la Régence, premier écuyer de Monsieur, qui avait bâti
(1) V. Tallemant des Réaux, t. III, p. 195.