‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 117 sur 127 · F. SCARRON · texte numérisé non relu

F. SCARRON

On n'en vaut pas moins pour avoir été beaucoup outragée. Voilà donc cette femme de tous, cette créole publique qui se met à la petite charité, avant qu'il lui soit donné d'obtenir des bontés de la Heine les moyens d'entrer dans un couvent!

On a bien dit que M. de Miossens, maréchal d'Albret, s'était montré fort amoureux de madame Scarron et fort pressant :

Ce Miossens aux maris si terrible, Ce Miossens à l'amour si sensible, Mais si léger en toutes ses amours, Qu'il change encore et changera toujours ,

disait Scarron en son Épître chagrine à monseigneur le maréchal d'Albret (2). La Fare va jusqu'à soutenir qu'elle avait été la maîtresse du maréchal. Mais je soupçonne fort que c'est là une légèreté du bel air, et que le pauvre héros, tout héros qu'il fût, n'eût gagné que des sermons à ses mines de conquête. Une grossièreté rimée du rancuneux Gilles Boileau à l'adresse de madame Scarron ne prouve non plus que contre Boileau lui-même. La Martinière , dans son Histoire de M. Scarron et de ses ouvrages, placée en tête des

(1) « Scarron disoit de ses deux sœurs (Anne et Françoise) que l'une aimoit le vin, et l'autre aimoit les hommes. Il disoit aussi d'ellesmêmes qu'il y avoit douze coureuses dans la rue des Douze-Portes, à ne prendre ses deux sœurs que pour une. » {^Segraistana, p. 78.) La lettre est de la cadette , fort belle , qui était mal entretenue par le marquis de Tresmes, dont elle avait un fils, que le facétieux Scarron appelait son neveu à la mode du Marais.

(2) Seconde satire, t. VII, p. 191 de l'édition déjà citée.

Page 1