‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 15 sur 127 · FAUX E>' AUTOGRAPHE · texte numérisé non relu

FAUX E>' AUTOGRAPHE

tnre en bois peint, comme le sont les retables et les calvaires de nos éfjlises gothiques, a fi(]^iiré l'enfer bouddhique, on voit la représentation de toutes les peines et de tous les supplices qu'a pu enfanter l'imagination chinoise. Des personnages de grandeur naturelle se tordent sous les instruments du bourreau. Ils sont pendus par les bras ou par les pieds. Ils sont ouverts et dépecés. Partout le sang coule; les chairs palpitantes tombent en lambeaux ; le métal en fusion reçoit des victimes vivantes ; on scie des corps , comme a été scié l'héroïque Tchèn.

Celui-ci ne fut pas plutôt mort , que le nouvel empereur, témoin de la Aénëration des peuples pour sa mémoire, exprima publiquement son repentir d'avoir perdu un fonctionnaire aussi fidèle. Il le mit au rang des saints ; et pour mieux entrer dans l'esprit des populations cantonaises, il lui fit ériger une pagode dans cette ville même de Canton ou ses vertus avaient le plus brillé.

On conçoit donc que l'autographe de cet homme vénéré, l'un des pénates du riche et du pauvre dans la Chine, à Canton surtout, soit des plus recherchés. Eh bien ! ini des personnages de notre première ambassade dans le Céleste Empire, très-savant sinologue, avait à Macao quatre pancartes de la main de Tchèn suspendues à sa muraille, lorsqu'un jour un artisan entre dans l'appartement, et apercevant les rouleaux déployés, se jette avec un dévotieux enthousiasme le genou en terre :

« Voilà, s'écrie-t-il, les approches de la première lune (les fêtes du jour de l'an), je marie mon fils; les

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courtières ont fait leur office, j'ai payé les parents, et demain le palanquin apporte la fiancée. Oh! si je pouvais déployer au repas ces sacrés caractères , quelle joie pour la double fête ! Quel ])résaoe de félicité ! »

C'est ici le lieu de remarquer que, comme en Orient, le fiancé ne voit pas une seule fois sa fiancée avant la célébration du mariage. Des courtières ont pour mission de voir les jeunes filles et de rendre compte de leur visite à ceux qui les recherchent, et qui, sur la description, acceptent ou refusent. Une fille n'a pour dot que son trousseau. C'est le ])ère du futur qui donne une somme ou une pension aux parents de la fiancée, et le jour fixé, un mystérieux palanquin apporte celleci dans la maison commune, où un repas aux nids d'hirondelles, aux holothuries et aux ailerons de requin, marque la célébration des noces.

Le mariage en question allait donc s'accomplir. L'artisaji prosterné demande, prie, supplie que les pancartes lui soient prêtées. Il arrache enfin le consentement, et emporte les quatre ])ancartes. Les fêtes imiiaiioii passées, il les rapporte d'un air béat. C'étaient des

lie

raii(o;;r.i|)iio contrefaçous , mais des contrefaçons si habiles, qu'on

«le 'Iclirii |);ir , ^ 1 f > / •

uu faussaire, u cut SU reconnaître le faux, n étaient certanies mar- (pies imperceptibles qu'avait faites le propriétaire aux feuilles originales. Pris au l)i('ge, l'impudent Chinois se trouble et demande grâce : « Ne me perde/ pas, disait-il en larmes, ne me dénoncez pas au magistrat;

Lpraiissairr !(. gnis liauvrc : je mourrais sous le bâton. » Et de

ex|iiisi- a pirir ■

»«us icl.âinii. fait il y serait mort, car la corporation assermentée (le biciilaisancc (|iii, ;i la Chine, reçoit la baslomuide a la (Ic'cliarge dc-s condanuK-s, avait haussé ses prix.

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Voilà, pour le dire en passant, une étrange corporation de bienfaisance prouvant une fois de plus qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Sans citer cette aristocratique institution des pages qui , sous Louis XIV, recevaient gaiement le fouet pour Monsieur le Dauphin , ne se rappelle-t-on pas (ju'au nioven âge, dans notre Europe, il était d'usage de mettre fort sérieusement dcvoii un pauvre religieux sous clef, dans une cour nue, où p,.oc il jeûnait au pain et à l'eau pour le salut et le plus grand bien du peuple ? La reine Ysabeau de Bavière n'a-t-elle pas multiplié, à grands frais de sous parisis et de francs, les neuvaines par procuration? En L416, c'est le physicien (médecin) du Roi, Guillaume le Pelletier, qu'elle « en charge de faire faire à sa dévotion des neuvaines ; » c'est un messager de pie qu'elle paye dix francs pour faire, h son intention, un pèlerinage en Avignon; en 1417, c'est luie sœur Jehanne la brune, religieuse à Saint-Marcel, à (pii elle liaille neuf livres quatre sous pour trente-six jours qu'elle a jeûné aux lieu et place et «■ à la dévotion de ladicte dame la Royne » . Aujourd'hui même, s'il n'y a pas à Rome, comme à la Chine, de corporation de charité (jui reçoive la bastonnade à prix convenus pour la caisse des pauvres , on a du moins ce pieux usa^je , quand on condamne à la peine du nerf de bœuf, d'ajouter d'office un certain nombre de coups rachetables au profit de la même caisse (1) .

par iiration.

(1) Voir Lkopold Robert, Sa vie, .tex œuvres et xa correspondauce , p. 41 de l'édition in-12.

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