TOME n
d'automne, et ses habits étincelants comme les ondes
du printemps.
» Il ressemblait au léopard qui change en secret ses magnifiques pelages, et à l'aigle qui, dans son vol, est habitué aux mouvements gracieux.
>' S'il parlait d'armées, c'était comme si on avait ouvert un arsenal. S'il suivait les lois de l'harmonie, il dépassait les maîtres du tympanon.
» En remplissant des magistratures, il est allé dans les grands royaumes. Sa renommée sans tache le parait comme de la soie blanche.
» Il a reçu soudain l'ordre de se transporter en Orient : un navire de guerre a flotté sur le fleuve céleste , comme l'oiseau Fàn qui fait neuf mille lieues.
» Immense comme le souffle d'une mousson favorable, il est arrivé à Macao à l'entrée de l'automne.
» Ceux qui accouraient pour le voir obstruaient toutes les avenues. Ses habits d'or avaient un éclat étincelant.
» Son étoile d'argent (1) jetait une foule de traits lumineux. Des piiroles admirables sortaient de sa bouche comme des fragments de jade. Son beau maintien le faisait ressembler à une aig^rette de pierres précieuses.
» Moi (pii suis un hôte dans le .séjour des roses, je vous ai rencontré sur les confins du séjour des immortels.
» Je rougis de ne pouvoir vous offrir des saphirs et du |asj)e : je ne puis (ju 'imiter le poëte San-Tso dans cette ode.
(1) La croix de la Lrgion d'iionnciir.
» Je l'écris sur une ieuille de papier blanc, afin qu'elle console vos pensées futures, quand nous serons séparés.
» Cette pièce de vingt-huit vers , dans le style antique, en rimes de quatrains, a été offerte à Perrière, premier secrétaire d'ambassade du royaume de France, par Huàn qui l'a composée. »
Ce morceau autographe était écrit en très-grands caractères , sur une feuille de papier de trois pieds carrés. M. de Ferrière, ne voulant pas demeurer en reste Le premier
secrétaire
de courtoisie diplomatique , improvisa la réponse sui- répond par
une poésie
vante, destinée à l'album du poète chinois. autoî;raphe
en l'honneur de Huàn.
A HUAX.
Dieu fit le inonde grand, mais d'une inême argile
Et d'un même souffle de feu.
Il mit partout l'esprit sous la forme fragile,
L'âme dans tout œil , noir ou bleu.
Ne soyons pas surpris, cher Huàn, malgré l'espace,
De voir dans nos deux nations Des talents, des vertus, du savoir, de la grâce,
Du génie et des passions.
Paris goûterait fort votre exquise élégance, Vos discours nets, brillants, adroits; Et moi, vous avez fait mon éloge, je pense, Quand vous m'avez trouvé Chinois.
Enfants d'un même Dieu , Francs, Chinois ou Tartares ,
Tout nous pousse vers l'unité :
Pour des gens comme nous, il n'est plus de barbares.
Mais seulement l'Humanité.
Cet assaut sans prétention finit comme commencent toutes les lunes de miel , en effusions touchantes , dont les grands du Céleste Empire sont fort prodigues.
Enfin , quand les commissaires impériaux songèrent à envoyer par l'interprète de l'ambassade, resté le dernier en Chine , des présents an roi des Français , l'objet le plus précieux qu'ils aient cru pouvoir choisir a été Fnc-simile uuc collcctiou complètc de fac-similé de l'écriture de
fie l'écriture
desem|)ereiiis leurs cmpcrcurs depuis la dynastie des Hàn , collection
de la Chine,
offerts faite par la voie du décalque sur des originaux, dont on
en souvenir
dipiomatirine. couscrvc religieusement les analogues dans les archives impériales de Péking. L'authenticité en était attestée par plusieurs grands de l'empire, parmi lesquels figure le fameux vice-roi Lin, qui a donné lieu à la première guerre des Anglais contre l'Empire du Milieu, et que l'on compte au nombre des curieux les plus passionnés d'autographes et de médailles antiques. La voix publique place dans la collection de ce haut personnage plusieurs manuscrits du célèbre encyclopédiste Ma- Tuàn-Lin , qui vivait au commencement du treizième siècle, ainsi qu'une partie des manuscrits autographes des commentaires que l'empereur Khang-Hi a composés sur les livres canoniques de Confucius.
GIIxVPIÏRE VII.
Les L'ambassade extraordinaire de M. le baron Gros n'a
ambassades
frariraise pas eu , nou plus (juc ccllc dc lord Elgin , l'occasion
et aii;;laise ij / i
de 1858 d echan{jer avec les négociateurs chinois les témoi-
éeiianj;.; guagcs d éruditc courtoisie (|ui signalèrent la célébra-
d°aiit(>|;ra|>lies • i •
avec les pi. - tioH du premier traité entre la France et la Chine. Les
lii|)Olenliaires . ,
circonstances n étaient plus, en 1858, ce (ju'elles avaient été en IHi^'. Nul doute qu'à conditions politiques éga-
CllIIIOIS.
les, le balîil cadencé des Chinois n'eut couru à la conquête de quelques strophes sonores de MM. de Bellecourt ou de Contades, secrétaires de cette mission, et n'eût effeuillé à profusion des fleurs de bel esprit académique en l'honneur des plénipotentiaires de France et d'Angleterre. Mais trop avertie par la non-exécution des derniers traités conclus h Canton, et par la lecture des archives enlevées dans cette ville, la défiance des ambassadeurs s'était refusée à y négocier de nouveau ; et poussant jusqu'aux portes de Péking , les plénipotentiaires avaient été faire trembler plus de quatre cents millions d'âmes avec six ou huit canonnières et quatre cents soldats , au milieu desquels marchaient les diplomates des deux ambassades alliées. Plus de quatre cents millions d'âmes , disons-nous ; du moins les statistiques du Livi'e Ronge ou almanach officiel chinois, paraissant tous les trois mois à Péking, ont porté à ce taux la population de l'empire. Quoi qu'il en soit du nombre, l'empire avait tremblé. Aussi, les procédés galants se onsest borne
• 11 11 1' / 1 1 ^ rechange
sont-ils bornes, des deux parts, a 1 échange de cartes .les plumes et
- . -, . . . • V 1 ^^^^ pinceaux
de visite et des plumes et pinceaux qui avaient servi a la qui
1 •/ i<nTm' 1 1 1 avaient servi
Signature du traite conclu a Tien-Tsing, dans la pagode a la signature d'Haï-Kouang , le 27 juin 1858. Et de fait, la diplomatie française ne pouvait guère exiger des hauts mandarins plénipotentiaires, le vieux Koueï-Liang et le majestueux poëte Hoiia-Cha-Nu , cpie leur pinceau retrouvât pour elle la calme limpidité , l'aménité douce des inspirations poétiques de Huân , et le gracieux abandon , sincère ou affecté, de Ki-Ing (1). Qu'auraient eu à cé-
(1) Le Tartare Koueï-Liang, homme très-âgé, s'intitule premier secrétaire d'Etat de l'Orient, capitaine général de la bannière blanche
lëbrer aujourd'hui leurs autographes qui ne fût une blessure pour leur orgueil? Était-ce l'apparition de nos drapeaux dans cette province même où, suivant le dicton chinois, « roule sur un chemin d'or le char majestueux du Fils du Ciel » ? Était-ce la supériorité de nos boulets, Xultima ratio qui avait passionné notre logique?
Qu'aurait eu , de son côté , à célébrer la diplomatie européenne? La cauteleuse civiHté des négociateurs chinois, leur art suprême de l'équivoque, la duplicité de leur défense luttant pied à pied contre le parti pris d'énergique netteté de la politique occidentale.
Il n'a donc point été donné, cette fois, d'ajouter aux' collections de précieux et lointains autographes quelques fragments nouveaux de ces poésies élogieuses qui avaient couronné à la Chine les grandes transactions internationales. Mais la conquête a su trouver des compensations plus précieuses encore. Ce ne sont plus de simples écrits de politesse , de vaines improvisations de lettrés qu'elle a ravis, ce sont des ra})ports officiels sur les négociations chinoises avec les Européens , des lettres de hauts fonctionnaires à l'empereur, lettres et rapports revêtus de caractères tracés par la main impériale elle-même , et dont l'enlèvement sacrilège indigne encore l'Empire du iSIilieu.
M. Duchesne de Bellecourt, chargé par M. le baron
unir (1(!S j)()rt('-l)nniii("Tcs iiiniitclioiix , et suriiitcudnnt {jriu'ral de l'adiniiiistialion ch; la justic-o (uiiiiiiielle. Son apparence générale, au rapport de M. Oli|)liant, rappelait vivement les portraits d'Olivier Croinwell. lIoûa-Clia-INa était président du conseil des affaires civiles. Il a éeiil l)iaM<()ii|) de poésies. C'est \\\\ llàn-Lin.