‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 21 sur 127 · ARCHIVES DE CA^■TO · texte numérisé non relu

ARCHIVES DE CA^■TO

Gros du soin de présider avec son collè(j,ue de Ja mission britannique, M. Bruce, frère de lord Elgin, à l'inventaire des archives des affaires étrangères chinoises déposées à Canton, au yamoun du vice -roi Yèh, trouva ces archives dans le plus grand désordre. Probablement avaient-elles été décimées , à l'approche de nos troupes, parle vice-roi. Dans un amas informe de papiers que la rapidité de notre attaque n'avait pas permis à celui-ci d'enlever, on a saisi d'abord quelques-unes de ces adresses de félicitation envoyées, suivant la coutume , au souverain , à l'occasion de diverses solennités, par les vice-rois de la province de Canton. L'empereur veut-il donner à l'un de ses hauts fonctionnaires une marque de faveur spéciale, il daigne Annotations

. , (le lempereur

renvoyer son message après y avon* mscrit en marge, sur les lettres

1 •Il ,1 • dV-tiquette

au pmceau de vermillon , et de sa propre main , ces ^es hauts seuls mots sans signature , comme le faisait Khang-Hi à ses chambellans :

Moi {l'empereur), je remercie;

Ou bien :

Moi, /e le sais (c'est-à-dire : votre dévouement m'est connu) ;

Ou encore, s'il s'agit de souhaits de bonheur ou de santé :

Moi,ye suis ainsi (je suis dans l'état où vous me souhaitez) .

Ces seuls mots, faveur insigne, pièces de famille chez ce peuple idolâtre du maître, sont toujours attendus avec la plus vive anxiété. Les grands mandarins les reçoivent au milieu du plus pomj)eux appareil , dans une pièce de leur palais affectée à cette cérémonie. Ils les

fonctionnaires.

56 LA CHi:SE.

reçoivent à genoux , les élèvent au-dessus de leur tête baissée en signe de vénération, et ils en baisent les sacrés caractères.

Quand le message ne revient pas, la disgrâce n'est pas loin.

Comme tous les messages destinés à la cour de Pékmg , ceux de ce genre sont écrits sur un long papier de la couleur de la famille impériale, c'est-à-dire jaune. Ce papier est doublé de soie brochée, de même couleur, plié en éventail dans une sorte d'étui ou enveloppe de soie également jaune. Quand ce sont des Mantchoux qui écrivent à l'empereur, ils emploient toujours, en parlant d'eux-mêmes, l'expression Nu-tsaï : Moi, l'esclave. Les Chinois de vieille race n'usent pas de cette formule : ils s'intitulent simplement Chen, Moi le fonctionnaire. C'est inie marque de fierté que les Chinois pur sang payent quelquefois un peu cher; et quand un général tartare commande à des Chinois , race douce , paisible , cauteleuse , et qui ne sait pas manier les armes, il les traite en sujets de pays conquis, et les sacrifie comme un bétail. Ainsi, quand nos canonnières vinrent, en 1858, s'embosser à l'embouchure du Péiho, et menacèrent de faire crouler le fort de Takou, qui commande l'embouchure, l'amiral russe, comte Poutiatin , crut devoir insister aiq)rès du gouverneur tartare, Thàn, du Pétchéli, pour prévenir un massacre inutile : «A quoi hon, lui disait-il, opposer une résistance à l'escadre combinée de l'Angleterre et de la France? Ses canons vont balayer comme la poussière vos faibles ouvrages et vos soldats. — « Eh! quiwporte , s'écria, d ini air de dédain, le gouverneur, ce sont des Chinois! n

Page 1