CHAPITRE IL
Dès l'époque de Louis XIV, sous le règne de Chin- lésuites
peintres et
Tsou-Gin, autrement appelé Khang-Hi, quatrième savants empereur de la dynastie des Mandchoux, on trouve Premières
années
parmi les héroïques missionnaires qui se servaient des Ju
XYIF siècle.
sciences, des arts et des métiers pour propager l'Evangile, quelques hommes qui pratiquaient la peinture. Un manuscrit inédit, provenant du cabinet de l'avocat
général Joly de Fleiirv , et intitulé : Journal du voyage
de la Chine, fait dans les années 1701 , 1702 et 1703 (1),
Les peintres . , . -'il' ir><
Bciieviiie mentionne deux peintres aimes de 1 empereur : le trere Belleville, Français, qui faisait des dessins et des miniatures, et Jean Gherardini, Piémontais, qui peignait à l'huile et à l'aquarelle (2).
Les Jésuites avaient trois maisons ou églises à Péking. Les Pères français en occupaient une dans la ville tar-
(1) Ce manuscrit est déposé aux Archives générales de l'État.
(2) Ce peintre a publié le récit de sa navigation sous le titre de Relation du voyage fait à la Chine sur le vaisseau V Ainphitrite , en l'année 1698, par le sieur Gio. Gherardini, peintre italien, à monseigneur le duc de Nevers. Paris, Nicolas Pépie, m.d.gc, in-12, vu et 94 pp. La relation est datée de Canton, 26 février 1699. Le permis d'imprimer de cette rare plaquette est du 20 mars 1700.
Il ne faut pas s'attendre à trouver dans cet opuscule des notions sur les arts. Ce n'est autre chose qu'un journal de voyage et un récit des peurs de Gherardini durant sa navigation de la Rochelle à Canton sur V Amphitrite, commandée par le chevalier de la Roque. Là s'arrête le récit, amusant d'ailleurs et tout farci de citations de poi'tes italiens. h' Amphitrite était le premier vaisseau de la Compagnie IVançaise de la Chine, créée en 1698, qui eût paru dans ce pays. Le livre de bord de ce bâtiment a été publié en anglais à Londres, sous le titre de Premier Voyo-ge des Français a la Chine, etc. ( The Journal of the first French Embassy to China), par Bannister. Ce que cet éditeur appelle ambassade était une expédition de la Compagnie des Indes, dirigée en personne par son directeur en chef M. de Bénar.
Gherardini, qui signe son nom comme nous venons de l'écrire, est, dans cette plaquette, appelé tantôt Ghirardini, tantôt Girardini. C'était un laïque. L'ordre des Jésuites, à l'exemple des Dominicains, avait plusieurs degrés d'observance. Les prof es , qui tous étaient prêtres, formaient seuls le premier degré, la grande observance. On les appelait pères. La petite observance se com])osait de novices, de scholastifjues et de coadjuteurs tm convers. Celaient \i.'a frères, Kn outre, l'ordre s'associait, dans ses missions, des laïques qui ne faisaient ni vœux ni promesses religieuses : tel était Gherardini. Avant son départ, il avait |)(;int aux Grands Jésuites (à présent collège Cliarlemagne) d<!s plafonds assez mal conservés aujourd'hui.
tare; les Pères portugais deux dans la ville chinoise. Français et Portugais ne communiquaient ensemble qu'autant que l'intérêt général de la Compagnie pouvait le requérir, ou qu'ils étaient appelés par l'empereur pour travailler de concert à quelque ouvrage. Les Italiens étaient généralement réunis aux Portugais; les Allemands, aux Français. Cependant l'Italien Gherardini, amené par le P. Bouvet, qui avait été envoyé en France par l'empereur pour recruter des missionnaires et des personnes habiles dans les sciences et dans les arts (1), demeurait dans la maison Française avec le F. Belleville, et c'était le supérieur, le P. Gerbillon, qui lui servait d'interprète auprès de Khang-Hi, quand il travaillait en présence de ce prince. Sans être aussi fou de musique que cet empereur du huitième siècle, Hiouang-Tsoung, de la dynastie des Tang, qui négligeait les affaires de l'Etat pour jouer sur une flûte de jade, Khang-Hi aimait fort la musique. Celle du Céleste Empire, lente et plaintive, monotone et sans harmonie , quelquefois criarde et dure , ne reposait, comme elle le fait encore aujourd'hui, sur aucun principe scientifique, et, à vrai dire, c'était seulement du bruit rhythmé, que les Chinois ne savaient même pas noter (2). La nôtre avait du moins le mérite
(1) Le P. Bouvet était curé de l'église des Pères français, et c'est lui qui leur administrait les sacrements. On a de lui un Portrait lii<;torique de l'empereur Khang-Hi, publié en 1697, pendant le vova;;c du Père a Paris. Glierardini relate dans son opuscule qu'on rendit à ce dernier les plus grands honneui'S à Canton, lors de son débarquement; que le vice-roi de la province lui fit plusieurs visites, et (luc It'uipereur fit connaître par un message son impatience de le revoir.
(2) « On nous éveille tous les matins au son désagréable d un limlire de cuivre et d un cornet à bouquin, qui lont conune la basse, avec
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d'étonner l'emperenr, si elle ne lui agréait que comme nouveauté étrangère. Il aimait aussi beaucoup la peinture et ménageait les artistes. Presque tous les jours, il passait quelques instants dans l'atelier des peintres, et le F. Belleville ayant été malade, il l'emmena avec lui en Tartarie, pour le faire changer d'air et le distraire. Gherardini n'avait pas moins ses bonnes grâces. L'empereur, informé un jour que cet artiste n'était pas bien traité par les Frères français , le fit sortir de leur maison , l'envoya demeurer chez un mandarin , de ses favoris, et lui donna pour compagnon et pour interprète le frère Bodini, qu'il avait exprès tiré de la maison portugaise. Là-dessus, les Pères français de prendre l'alarme. Redoutant surtout que Gherardini n'allât s'établir chez les Portugais, ils firent mille avances à la brebis effarouchée, et la ramenèrent au bercail. L'empereur avait plusieurs raisons pour goûter Gherardini. Le subtil Italien avait plusieurs cordes fines à son arc : aussi bon musicien que peintre, il jouait à ravir de la basse de viole et de la trompette marine.
Arts et métiers Le P. Percira , qui possédait aussi plusieurs instru-
cru exercent
les ments, était le premier maître de musique de l'em-
missionnaircs i • i i • • • • i
pour pereur, et celui de tous les missionnaires qui le voyait
conquérir |'. , , , . i/ii- 111
la Chine Ic piiis souvcut. C cst a lui (|uc Kl Ciliiue cst redevable de l'art d'écrire la musique au moyen de certains caractères représentant les tons d'une gamme.
Un P. Pernon était le facteur cl l'atxordeur des in-
une espèce de fifre et doux fluttes du païs, qui servent de dessus, et qui s'accordent cominc des chats qui miaulent et dc-s clii<Mis (jui aboyent. » I»aj;es 7^(1-75 de la Jiclaliun île Gherardini.
à l'Evangile.
struments de l'empereur, tels que clavecins, épinettes, tympanons, et il en donnait des leçons à Sa Majesté. Il maniait aussi fort lestement la flûte et le violon. De son côté, le célèbre P. Parennin, procureur de la maison des Pères, et qui était habile aux bâtiments, jouait du flageolet et de la flûte , un peu aussi de la trompette marine. Le premier, il avait fait connaître à l'empereur cet instrument, aujourd'hui si répandu à la Chine, au Thibet et dans l'Inde.
L'empereur voulait-il se donner le divertissement d'un concert, soit dans ses appartements, soit dans la cour au milieu des ouvriers, il y faisait appeler les PP. Pereira, Pernon et Parennin, avec Gherardini, et le quatuor symphoniste avait l'honneur de divertir Sa Majesté, mais à genoux, vrai supplice que l'étiquette forçait de subir. L'empereur retint un jour dans cette posture les missionnaires musiciens pendant quatre heures , et s'étant aperçu à la fin qu'ils étaient fatigués, il daigna, par compensation, honneur insigne! leur offrir de sa main impériale une coupe remplie de vin.
Pereira était en même temps le machiniste et l'armurier de l'empereur. Il travaillait aussi à l'horlogerie, avec l'assistance d'un frère Brocard.
Le P. Régis faisait des observations astronomiques que le R. P. Grimaldi, président du tribunal des mathématiques, c'est-à-dire chef de l'observatoire, et qui avait été créé mandarin , revoyait et présentait à l'empereur. Le P. Thomas était aussi pour les mathématiques et l'astronomie, et suppléait au besoin le P. Grimaldi, ce qui eut lieu durant un voyage que ce père fit en Europe.
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Venait ensuite le P. Suarès, yrand lunettier, racommodeur d'horloges, monteur de pendules pour l'empereur, lapidaire, tailleur merveilleux des pierreries de Sa Majesté.
Un Allemand, le P. Kilian Stromp, habile tourneur, était en même tem})s , dans la maison française , le chef et conducteur d'un grand établissement de verrerie, où il confectionnait de beaux ouvrages à l'usage de l'empereur, de ses femmes et de ses enfants. Sa Majesté fut si satisfaite de son zèle, qu'un jour elle le gratifia d'un vieux oitaïthao, ou veste de dessus, qu'elle avait portée longtemps, et lui versa à boire dans sa propre coupe impériale.
Le frère Frapperie était le chirurgien empirique du palais.
Un frère Rhodes était l'apothicaire du corps, fonction qui lui donnait le privilège de suivre l'emjjcreur dans ses voyages.
L'ami de Gherardini, le P. Bodin ou Bodini , était l'apothicaire du commun et le confiturier-bouche.
Hormis le P. Bouvet et le P. Visdelou (1), <pii avaient
(1) C'est le même qui avait été de l'ambassade de Louis XIV près le roi de Siam, et qui, pendant la traversée, ensei{;nait le portuf^jais à l'abbé de Choisy : ■< J'explique le portugais avec le 1*. Visdelou; M. Basset m'apprend ce que c'est que les Ordres sacrés ; je re{;arde dans la lune avec le P. de Fontenav ; Je parle du pilotage avec noire enseigne Chammoreau, qui en sait beaucoup, et tout cela en j)assant, sans ein|iresseinent, en se |ironicnant. Kt quand je me veux faire bien aise, je fais venir M. Manuel, I un de un- missionnaires, (jui a la voix fort belle, et qui sait la musique ciuiiine Lully. Vous savez si j'aime la musique, et cela ne s'oppose point au séminaire. (Ju'esl-ce (jue le Paradis, qu'une musique éternelle? n V. Jotiriial du voyarjc île Siam, fuit en 1685 et 1686 (par Tiinoléon de Clioisv). Paris, 1687, in-V".
PEIISTRES EUnOPÉENS A LA CHINE. 93
enseifjné les mathématiques au prince héritier, aucun des rehyieux n'était appelé à donner des leçons aux fils de remj)ereur. Khan^-Ili s'était réservé de les instruire lui-même et de leur faire faire en sa présence tous leurs exercices. Mais, par ordre de l'empereur, tous les missionnaires formaient des élèves et des apprentis, chacun selon son talent. C'étaient d'ordinaire de jeunes eunuques du palais. Le P. Chareton leur enseignait l'algèbre ; Belleville et Gherardini, la peinture.
Outre quatre cents livres que chacun des Jésuites, peintre ou savant, avait du roi de France, il leur était assigné par l'empereur cent vingt taëls, c'est-à-dire neuf cents francs par personne, qu'ils « touchaient au magasin du palais en riz, en viande de cochon, en bois, en charbon de terre. » Le surplus, qu'ils ne prenaient pas en nature , leur était payé comptant par les fournisseurs.
Pour eux comme pour leurs ouvriers nul jour de fête, pas même le jour de Pâques. Le frère peintre Belleville s'en fâcha, refusa de travailler les jours fériés, et témoigna plusieurs fois aux Pères qu'il voulait retourner en Europe, ce que ceux-ci n'eurent garde de lui accorder, parce que l'empereur prenait beaucoup de plaisir à ses ouvrages.
Jamais aucun des Pères ne paraissait devant l'empereur sans être appelé, à moins d'avoir quelque requête extraordinaire à présenter, auquel cas il fallait s'adresser à l'un des quatre mandarins nommés par l'empereur pour servir d'intermédiaires aux Européens. Un missionnaire avait-il reçu quelque gratification du monarque, il allait, sans être appelé, dans le lieu où
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travaillaient les ouvriers, c'est-à-dire dans la cour, demandait audience et la permission de battre neuf fois de la tête devant le trône, en signe d'action de grâces; après quoi il se prosternait au milieu de cette cour, devant une grande porte faisant face au trône impérial. Tous en général étaient censés domestiques de l'empereur, payés sur ce pied, et aucun n'aurait osé prendre d'autre titre, à l'exception du mandarin, le R. P. Grimaldi. Pour arriver à leurs fins sacrées, il leur fallait beaucoup ménager les eunuques qui approchaient la personne de l'empereur. C'était, disait-on, par le crédit de ces gens-là que les Pères , qui , de la cour, se répandaient dans les provinces de l'empire, obtenaient leurs brevets de ta-jùi, littéralement, grand homme, qualification équivalant à notre titre à' Excellence.
Peintres Un pcu plus tard, on trouve à la Chine deux Jésuites :
européeus , , i -, • i • • i • •
sous le père Joseph Castighone, peintre pour la mission portu-
Khien-Lomij». . l r - !• t-v • i •
n3b-n77. gaise, et le h'ere coadjuteur Jean Denis Attiret, [)eintre pour la mission française. Le premier était Italien de naissance, le second avait vu le jour à Dôle, en 1702, et s'était rendu, vers la fin de IT.'H, à Péking, où Castighone l'avait devancé depuis plusieurs années. Khien- Loung, monté sur le trône en 17!iG, régnait alors. Le ,ic-siiiie Déjà Castighone avait peint les portraits de l'empe-
i.iriritrc favori rcur ct dcs impératrlccs, (pumd le peintre français vint Kiiitti-i.oim,;. le rejoindre. Le premier avait embelli le collège des églises chrétiennes à Péking de deux grands tableaux, représentant, l'un Constantin sur le point de vaincre, l'autre Ccnistantin vain<|ueur et triomphant. H avait
PEIjNTRES EUROPEENS A LA CHI^JE. 95
ueint aussi, sur les côtés de la salle, deux pers])e{;- Le frère
...... . . Attiret,
tives qui faisaient illusion (1). A son tour, Attiret pei- autre peintre. gnit le frère de l'empereur, sa femme, quelques autres princes et princesses du sang, et plusieurs des favoris et seigneurs. Il fit plus tard un portrait en pied de l'empereur, figura en plafond, dans le palais impérial, le temple de la Gloire civile, puis exécuta quatre tableaux représentant les Saisons, et une grande peinture d'une dame à sa toilette : toutes œuvres que le P. Amiot, qui les avait vues, célèbre comme magnifiques (2). Pendant les jours de repos que lui laissait son emploi auprès de l'empereur, il allait travailler chez les grands, chez les ministres, et il enrichit de tableaux religieux, pleins d'onction et de sévérité, les églises et les maisons chrétiennes. On cite particulièrement un beau tableau de VAnge gardieti dont il orna la chapelle des Néophytes, dans l'église de la maison française. Enfin, il peignit plus de deux cents portraits de personnes de différents âges et de différentes nations. En résumé, deux grands ateliers particuliers se formèrent, où vinrent de la cour quelques rares élèves qui eurent pour maîtres les deux Jésuites, mais où il ne fut guère permis aux religieux d'enseigner ni de produire dans le goût européen.
« Vive l'Italie ! s'écriait avant l'arrivée de Gastislione , C"iLres
^ (le Gherardini
et d'Attiret, le peintre Gherardini: vive l'Italie pour les , '""""•^
^1 i{;norance ■ des Chinois
(1) Mémoires concernant l'histoire, les sciences, tes arts, les mœurs, '^" inatiere les usages des Chinois , par les missionnaires de Pcking, iii-4", t. VIII,
(2) Journal des Savants. Juin 1771. Extrait d'une lettre du P. Amiot, du l^t" mars 1769, de Pcking, contenant l'éloge du frère Attiret, et le précis de l'élut de la peinture chez les Chinois.
Anecdote qui justifie Gherardini.
96 LA CHi:SE.
beaux-arts! Les Chinois se connaissent en architecture et en peinture comme moi en grec et en hébreu. Ils sont pourtant charmés d'un beau dessin, d'un paysage bien vif et bien ménagé, d'une perspective naturelle; mais pour savoir comment on s'y prend, ce n'est pas là leur affaire; ils entendent mieux comment on pèse l'argent, et comment on prépare le riz (1). »
Un jour qu'il avait terminé une grande décoration de colonnade qui j)araissait s'enfoncer dans la perspective, les Chinois, stupéfiés à première vue, crurent, de sa part, à quelque fait de magie diabolique. A peine, s'approchant de la toile, se furent-ils assurés par le toucher que c'était un trompe-l'œil sur une surface plane, qu'ils se récrièrent: « Est-il rien, disaient-ils, de plus contraire à la nature que de représenter des distances là où il n'y en a point, où il nepeuty enavoir (2)!»
(1) Relation de Gherardini.
(2) Cette anecdote n'est point dans la relation do Giierardini, qui a écrit do Canton et n'avait pas oncoro vu Pékinj;; elle est rapportée au cliapitre VIIl du livre de John Barrow : Travels in China cunlainiug descriptions and observations made in tlie course of a short résidence at the impérial palace of ï'uen-Min(/-i'ucn, und ou a subser/uent
journey through the country,from Peking, to Canton. London, Cadell, 1804, gr. in-4".
John Bairow élait attaché à l'anibassado do lord Matartnov, à la Chine, on qualité d'astronome et de médecin. Il devint depuis secrétniro particulier de cet ambassadeur au cap de Bonne-Espérance. Son livre fait aulorilé.
Le palais d'Yuon-Ming-Yuen , celui qui a été détruit dans la dernière guerre, n'était point, comme on le sait, le palais de Péking, mais une résidence d'été de l'empereiu- à rpiehpies lieues de la capitale, le Veisailles chincjis. Il renfermait d'innnenses bâtiments, dont quelquesuns avaient été construits à l'européenne sur les dessins et sous la direction d un missionnaire français, le P. Benoit. On trouve la description lorl bien faite du palais dans la lettre citée du frère Atliret.
Placide de caractère et depuis longtemps assoupli Les peintres
Il 11-' /-^ • ^^ • • européens
aux caprices de la mode chinoise, Castighone instruisit se font
..,,,,.,. , , enlumineurs
Attiret a s oublier lui-même et a desapprendre en chinois pour
1 1 ' 1 1 ' m >•! complaire
quelque gorte les méthodes européennes. Tout ce qu ils a lempcreur. exécutaient tous deux soit en portraits, soit en compositions, était personnellement ordonné })ar l'empereur, qui se faisait montrer les esquisses, critiquait, modifiait, bouleversait tout au gré de son humeur, sans tenir aucun compte des exigences du dessin. Il en fallait passer par ces fantaisies et ne souffler mot, car le goût du Fils du Ciel était sacré. « Ici, dit Attiret, l'empereur sait tout, ou du moins la flatterie le lui dit fort haut, et peut-être le croit-il. Toujours agit-il comme s'il en était persuadé (I). » Khien-Loung s'était opposé l empereur
s'oppose à
à l'application de la peinture à l'huile à tous les sujets, i introduction
de la peinture
parce que ce genre contrariait ses vieilles routines. à ihuile. Sitôt après son arrivée à Péking, Attiret avait exécuté pour l'empereur ime peinture à l'huile représentant V Adoi'atwn des Mages. Khieng-Loung en avait été si charmé, qu'il l'avait fait placer dans ses petits appartements. Mais c'est par ce tableau même que les tribulations du pauvre peintre avaient commencé. L'empereur l'avait harcelé d'observations, et lui avait im])osé tant de changements, qu' Attiret ne se reconnaissait plus dans son œuvre. Khien-Loung n'admettait pas les modifica-
(1) Lettre d' Attiret, p. 48. Elle est ainsi intitulée : Lettre du frère Attiret, de la Compagnie de Jésus, peintre au service de l'empereur de la Chine, à M. d'Assaut. Péking, le l*^'' novembre 1743.
C'est la seule lettre qu'on possède en entier tl'Attiret. Elle est la première du volume XXV IL' des Lettres édijiantes , première édition de 1749. Le P. Amiot a cité au Journal des Savants quelque» autres lettres d'Attiret, mais seulement par extraits fort courts.