TOME
ilnadmetpa^ tions (le couleuF, les dégradations d'exécution pittodégradations rcsque comiiiandées par les distances, et suivant lui,
de couleur ., , .
et de a les impeifections de l'œil n étaient pas une raison
perspective. • i i r
pour que les objets de la nature fussent représentés comme imparfaits (1). » En outre, il reprochait à l'huile son luisant et son vernis, et pour peu que les ombres fussent vifjoureuses, il v voyait autant de taches. « La détrempe, disait-il, pendant qu'Attiret travaillait à la peinture de son Adoration, est plus (jracieuse, et elle frappe agréablement la vue, de quelque côté qu'on la regarde. Ainsi, il faut qu'a])rès que ce tableau sera fini, le nouveau peintre peigne de la même manière que tous les autres. Pour ce qui est des portraits, il pourra les faire à l'huile. Qu'on obéisse (2). »
Aussi les deux Jésuites, habitués à peindre largement l'histoire et le portrait, finirent-ils j)ar ne plus être occupés, les trois quarts du temps, qu'à peindre patiemment à l'huile, sur des glaces, ou à l'eau, sur la soie : — en écrans, en tentures, en paravents , en stores, en éventails, — des arbres , des fruits,, des animaux, rarement des figures. Encore l'empereur exigeait-il que la représentation de la nature, vivante ou morte, eût toute la précieuse minutie des peintiu'cs d'histoire naturelle, qui comptent les poils des animaux, les ('•cailles des poissons, les nervures des feuilles et des fleurs. Ce n'est pas tout : pour un peintre désireux de réussir à la Chine, la science du cén'nionial et de l'étiquette, l'étude de mille détails de mœurs, de mille
(1) Joliii lÎAnnow, ch. viii.
(2) Lettre di'jù citée du père Atliret.
PEINTRES EUROPÉENS A LA CHINE. i)9
petits riens qui composent l'accoutrement des personnes de tout ranf>, devenait de première nécessité. Ainsi, le costume des femmes, la longueur de leurs ongles, la coloration de leurs doigts diffèrent suivant les cond itions. On reconnaît sur-le-champ à tel petit détail de costume , même riei) (ju'à la main , une grande dame d'une dame ordinaire, une dame d'une femme du commun. Il fallut savoir sur le bout du doigt toute cette espèce de blason consacré, car la peinture la plus charmante eût été impitoyablement répudiée par l'empereur, si elle n'eût rigoureusement donné à chacun ses attributs , si elle se fût méprise sur le teint de tel personnage, si elle eût mal à propos coloré ou non coloré, allongé, raccourci les ongles; si elle eût omis dans la représentation de telle femme l'étui qui les préserve. Nulle place pour l'expression des passions dans la peinture chinoise : toute femme comme il faut a une couche de blanc sur la figure, une couche de carmin sur les lèvres, et il n'est plus permis h l'incarnat de la vie d'exprimer au dehors les mouvements intérieurs. Sous la dynastie précédente, la consommation de la iiionipiu seule céruse et du cinabre, par les fdles employées dans les palais, avait coûté jusqu'à dix millions (1) ! En vain
(1) Ce fait résulte des propres instructions de l'empereur Khang-Hi à ses fils, consignées aux Mémoires touchant les Chinois , t. IX , p. 226.
L'usage du fard est si accrédité à la Chine qu'on y accoutume même des enfants de trois ou quatre ans. Le blanc, en particulier, est si éblouissant qu'on peut distinguer de cent pas la figure qui en est couverte. Voyage de l'ambassade de lu Compagnie des Indes orientales hollandaises vers l'empereur de la Chine, en 1794 et 1795, tiré du journal d'André Everard van Braum-Houck<jeest, chef de la direction de cette Compagnie , et second dans l'ambassade , publié par Moreau de Saint-Méry. Paris, an V (1797), t. II, p. 105.
Vjniversitas
100 LA CHIISE.
avait-on essayé de la diminuer : la fureur de la mode avait été plus forte que les lois somptuaires. Voilà ce que nos peintres européens ignoraient et ce que les Chinois leur apprirent, avec une foule d'autres minuties antipittoresques, qui seules pouvaient assurer le succès du pinceau. D'artiste il fallait forcément devenir ouvrier. Attiret en vint d'ailleurs à se voir tellement vaincu de besogne, que n'y pouvant suffire malgré tout son courage, il se borna à composer les sujets et à peindre de sa main les carnations. Il distribuait le reste du travail aux peintres chinois dont il dirigeait l'industrie; puis il revoyait le tout, ranimant leurs petites^ œuvres de ces touches qui donnent la vie, comme brille le ver luisant caché dans l'herbe morte de l'autoiune. Bonits L'empereur Khien-Loung eut « toujours des bontés-
df» l'rmprrmir
Kiiifii-i.oim;; distinguécs pour Castiglione et pour Attiret. Tous les
pour
Ips Jisiiiies jours, et souvent plus d'une fois, il venait les voir peindre , s'entretenait avec eux très-familièrement, avait toujours quelque chose de gracieux à leur dire , leur envoyait fréquemment des plats de sa table, et faisait ostensiblement grand cas de leur personne, j)lus encore à cause de leur modestie et de leur rare vertu qu'à cause! de leur talent et de leur attention continuelle à se plier à ses goûts et à ses désirs (1). » Mais cette grâce imj)ériale, les bons religieux la j)ayaient ch(.'r. On leur donnait pour atelier, au palais, une esj)èce de salle isolée, au r(;z-d(;-chaussée, entre cour et jardin, exposée à toutes les incommodités des saisons, comme tous les apparfcniciils chinois, ou les
(I) Méuiuircx coiicenuiiit lex Chinois, etc., t. II, p. 434.
peintres
recherches du confortable européen sont inconnues. Dévorés de chaleur dans l'été, ils souffraient, dans l'hiver, du froid le pkis piquant, n'ayant d'autre feu qu'un petit réchaud sur lequel ils mettaient leurs godets pour empêcher la glu et les couleurs de geler (1). Il est vrai <jue, dans ses visites d'été, l'empereur, devant qui l'on ne devait rien faire qu'à genoux, leur permettait, par grâce singulière, de s'asseoir, et les invitait à ôter leur l)onnet quand il faisait trop chaud (2). Mais la présence du prince, comptée par un Chinois pour la suprême récompense et la souveraine félicité, était à peu près toute la paye que le P. Attiret recevait de ses travaux, si l'on en excepte quelques petits présents en soie ou autres objets de peu de prix, et qui encore venaient rarement (3). « Aussi, ajoutait-il, n'est-ce pas ce qui m'a amené à la Chine, ni ce qui m'y retient. Être à la chaîne d'un soleil à l'autre; avoir h peine les dimanches et les fêtes pour prier Dieu; ne peindre presque rien de son goût et de son génie ; avoir mille autres embarras qu'il serait trop long d'expliquer; tout cela me ferait bien vite reprendre le chemin de l'Europe, si je ne croyais mon pinceau utile ])our le bien de la religion , et pour rendre l'empereur favorable aux missionnaires qui la prêchent, et si je ne voyais le Paradis au bout de mes peines et de mes travaux. C'est là l'unicpie attrait qui me retient ici, aussi bien (jue tous les autres Européens qui sont au service de l'empereur (4). » Les arts,
(1) Les Chinois se servent de glu au lieu de gomme.
(2) Lettre d'Amiot.
(3) Lettre du frère Attiret, p. 45.
(4) Ldem, ibid.
sauvés jadis par le luxe des teuiples; les lettres, sauvées par l'érudition des cloîtres, essayaient sur ce coin de terre de rendre à la religion ce qu'ils en avaient reçu.
Khaii{j-Hi Ce zèle sacré eut malheureusement l'occasion de
protéfje les , „ , ' * rr. j-
missionnaires. S cxcrccr SOUS 1 empcrcur alors régnant. 1 andis que son aïeul, le célèbre Khang-Hi, avait souffert les prédications publiques de l'Evangile dans toute l'étendue de l'empire, et que les missionnaires de tout ordre et de tout pays, j)arcourant les j^rovinces, avaient fait librement des conversions; tandis qu'il avait poussé la bienveillance jusqu'à composer lui-même une inscription Son pour la maison centrale des missions, Young-Tching,
successeur u u
Youujî-'ichinjT fils et successeur de Khang-Hi, chassa des provinces
les persécute.
tous les missionnaires, confisqua leurs églises, et ne souffrit plus d'Européens que dans la capitale et à Canton, comme gens utiles à l'Etat pour les mathématiques, les sciences et les arts. Khien-Loung, fils de Ktiicu-Louiij; Yoimg-Tching, maintint les choses sur le même pied.
successeur de
Younîî-Tciuiii; On pcRscra tout ce qu'on voudra des disciples de saint
maiutient le
statu f/iw. Ignace, perdus dans l'ordre politique par l'absolutisme théocratique et par les doctrines fanatiques de quelquesuns d'entre eux; dans l'ordre moral, par leur (h'votion aisée et leurs restrictions mentales. On renouvellera, sans les épuiser, de longs débats sur la légitimité de leur but et de leurs moyens; mais on sera d'accord sur la grandeur de leur œuvre, qui, au vieux moiule comme au nouveau, a fait de la Compagnie de Jésus le premier (•or|)s de l'Eglise, et lui a assigné ime place si haute dans l'Etat et dans l'enseignement. Qui pourrait se défendre du frisson en suivant les malheureux, mission-
iiaires (les Jésuites n'étaient j)as , il est vrai , le seul ordre qui en fournît) dans les héroïques sacrifices qu'ils s'imposaient pour la foi, et qui se terminaient toujours ])ar des humiliations, souvent par des persécutions, quelquefois par le martyre? Khien-Loun^ laissa mettre à mort cinq missionnaires espagnols de l'ordre de Saint-Dominique, et l'un de leurs catéchistes, qui avaient été saisis dans le Fo-Kien, contrevenant à la loi en prêchant l'Evangile dans cette province. Parmi les victimes était un évéque de Mauricastre. En vain, malgré la défense expresse de parler d'affaires à l'empereur sans être interrogé par lui, Gastiglione profita coura- (jasti(;iione
,, . . ,.,... . 1 1p peintre
geusement d une visite que lui faisait ce prince dans demande