DE L'USAGE DU PAPIER
rir aux mains de quelque vieux magister bredouillant l'alphabet à des marmots ( 1 ) . »
Au risque de fournir des robes aux jeunes thons et des casaques aux olives, iNIartial lance un nouveau livre, et demande aux Muses de sacrifier encore, ci sa perte, quelques feuillets de papyrus d'Egypte (2).
Et ailleurs il se met en quête d'un illustre patronage pour échapper au déshonneur à' aller en quelque noire cuisine servir de papillotes huilées à des poissons , ou de cornets à l'encens et au poivre (3).
Dans sa plaisanterie de saturnales àPlotius Gryphus, Stace, l'ami de Martial, fait allusion au même usage : « Ton livre, dit-il, a tout l'air de ces papiers d'enveloppes, moites encore des olives de Libye; on dirait qu'il a servi de cornet à l'encens du Nil , ou bien au poivre de l'Egypte ; il sent encore la papillote d'anchois de Byzance (4). »
Le poëte comique Anaxandridès, né à Rhodes ou à Golophon , et qui florissait dans une grande richesse, au temps de Philippe, roi de Macédoine, affectait,
(1) HoRAT., Epist.^ lib. I, XX, 17-18.
Hoc quoqiie te manet, ut pueros elenienta doceutem Occiipet, extremis iu vicis, balba senectus.
(2) Martial, £>(>//-. XIII, 1.
Ne toga cordylis , ne pœnidn drsil olivis ,
Perdite Niliacas , Musa;, inea damna pupyros.
(3) Epig- III, 2. Ad libvum xuian.
iVe nigrani cito i-a/itus in cutlnam Cordylas madida tec/us papyro , Vel tliuris piperisque sis cucullus.
(4) Stat., IV, 9, V. 11-13.
Quales aiit Libycis matlcnt olivis, Aut ihiis Niliacmn, ])lpcrve servant, Aiil Byzantiacos oient lacertos.
dit-on, de réciter ses pièces à Athènes, monté sur un cheval. La pièce, généralement pourvue de plus de verve que de correction, déplaisait-elle, un coup d'éperon emportait la scène et l'auteur en un autre lieu. Plus tard, il se fit justice et détruisit plusieurs de ses AiiaxaDciridùs mauuscrits. Chaméléon raconte, en effet, dans Athéau liroKuiste uee , quc le jour ou 1 une des comédies d Anaxande ses pièces dridès ne réussissait pas, le poète résigné la donnait
qui ne . 1 j 1 • ft\
réussissaient au droguiste pour La débiter par morceaux (1),
Les anciens faisaient pis encore : ils réalisaient avec le papier ce que traite ex professa, par ordre de matières, un savant livre de Rabelais, et ce qui donne le parfum h la piquante épigramme lancée par Piron contre les Beaunois. Catulle traite aussi crûment les Annales de Yolusius (2) ; et le grave Sénèque frappe du même ostracisme , mais à mots couverts , les pages
ennuyeuses d'un autre annaliste « Quant pondcrosi
sint et quid voccntur (3). »
Loin , bien loin de là aux usages de la Chine. Agir de la sorte serait sacrilège.
Respect Lc rcspcct du Cliiuois pour le papier écrit ou im-
pour primé est absolu. Voyant dans l'art de parler aux
le papier érril , . , l'Ii.!''-
ou imprime, ycux par dcs caractcrcs un don venu d en iiaut, 1 écriture à la main et l'impression , eu tant que moyens de rc'|)r<)tin(tiou de la pensée, sont pour lui chose sacrée. D'où il suit (jue l'art de faire de l'encre, tle même que tous les arts qui ont rapport aux sciences , est honorable à la Chine, où ce n'est que par les sciences que l'on
(1) Atiif.n., 1. IX, |i. 37"» cIo IVdiiiou de Casaiiboii.
(2) Catilli Carm. XXXVI.
(3) Seskc, Epist. 93. Ad l.iK iliinn.