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CHAPITRE III

Soit politique, soit orgueil et défiance de ce qui était Défense étranger, Khien-Loung et ses ministres avaient refusé «coiejmbiique à Gastiglione la liberté d'ouvrir une école publique de dessin, de peur, disaient-ils, que la passion de la peinture ne devint assez générale pour préjudicier aux travaux utiles (1). Grâce aux préjugés et à l'insouciance publique, il en avait été de même dans tous les temps, et jamais, ni à Nanking, ni à Péking, il n'v eut des Académies ou Ecoles nationales chargées de maintenir le niveau des arts du dessin. Un principe aussi absolu que l'unité dans le gouvernement , c'est l'individualité pour toute chose d'art, d'industrie, de commerce, d'agriculture, de science pratique. L'État n'y intervient ni de près ni de loin. Il ne se préoccupe, en dehors de l'application des lois , que des belles-lettres et

dit avoir été lié avec Louis XIV : « C'est, dlt-11, à cette liaison de deux princes dignes d'être amis, qu'on doit ces gravures qui furent faites en France sur des dessins venus de la Chine et renvovés ensuite à l'empereur : elles représentent les batailles de Khang-Hi contre Galdan. On y voit les Olet mis en fuite et poursuivis par les troupes impériales , et l'on remarque qu'au nombre des morts ou des blessés il n'y a pas un seul Chinois. " Voilà des détails incroyables sous une pareille plume. Louis XIV était mort depuis cinquante ans quand les dessins furent envoyés en France. Ajoutons que ce prince n'a entretenu aucune correspondance directe d'amitié avec Khang-Iii ; si cet empereur eût reçu du roi des communications officielles, il n'eût pas manqué, suivant le préjugé de l'orgueil chinois, de le regarder comme un vassal pavant l'hommage lige.

(1) John Barrow, ch. vu.

116 LA CHI?îE.

Point de leur Académie impériale. L'association n'étant pas

d'associations • i-

particulières, plus dans Ics mœuFS dcs particuliers que dans le système de gouvernement , il ne s'est non plus formé aucune société particulière de beaux-arts dont les adeptes aient pu s'aider mutuellement et s'encourager au progrès. Tout succès est donc le résultat d'efïbrts individuels toujours imprévus. Un grand artiste , un artisan de premier ordre, vient-il à se produire à force de génie, l'art ou l'industrie s'illumine tout h coup de chefs-d'œuvre. L'artiste a-t-il disparu, l'on retombe à plat dans l'obscurité de la veille.

Après de nombreuses vicissitudes, la peinture reprit quelque fécondité sous l'empereur Khang-Hi ; mais sous Khien-Loung, il ne resta que des boîtes à couleur, il n'y eut plus d'artistes , et les peintres missionnaires européens furent à peu près les seuls , au Céleste Empire, qui gardèrent quelque sentiment de l'art. A l'idée avait succédé la copie; à l'invention , le savoir-faire; à la composition, la contrefaçon et le calque. En effet,

Onfaitcipiari dès l'époquc OÙ florissaicut Relleville et Gherardini, le

à l'eniporlf- , , . t r>^ • • i ■ i

pièce et systcmc dc peinture a la Chine était depuis longues

en morceaux

(le rapport. aiHiées uuc cspècc dc jeu de patience. Au moyen de morceau.v choisis des maîtres, on s'était composé des conrs de dessin gravés sur bois, quelquefois enluminés, tpii fournissaient des modèles de toute chose vivante ou matérielle , sorte d'encyclopédies d'art j)ratique [)leines de recettes j)our avoir du génie. T'^n tle ces livres les j)lus répandus datait de IGSJ, et avait été adroitement compilé, en un grand nombre do volnmes ou cahiers , j);n- un nommé Li-La-Ong-Sien. Tels volumes étaient consacrés aux modèles d'hommes, de

PEINTRES CHIKOIS. 117

quadrupèdes, d'oiseaux et de poissons eu mille attitudes diverses ; tels aux dessins de paysages d'ensemble, ou décomposes à l'infini : montagnes et rochers , cours d'eau et cascades; jardins, massifs d'arbres ou arbres séparés. Un autre donnait des plantes, des feuilles, des fleurs et des fruits; d'autres, des maisons et des murs, des pagodes et des temples, des tours et des murailles de ville , des jonques et des bateaux ; des armes et des meubles, des instruments , des outils, des éventails, des écrans, etc., etc. Tout cela était gradué et de différentes dimensions, pour être plus aisément appliqué suivant les besoins du peu de perspective en usage. A ces livres venaient se joindre des livres d'histoire naturelle, d'iconographie, d'architecture publique et d'architecture domestique, d'agriculture et de voyages dans les provinces, et des recueils d'antiquités, tels que ceux que nous citions plus haut. Alors on découpait à l'emporte-pièce des cartons sur ces modèles en manière de patrons et de calques; on en traçait les contours ; on plaçait ici vme montagne n" 1 ; là ime cascade n" 3 ; plus loin une pagode de tel numéro : ici et là des animaux et des hommes de telle série. On enluminait cette mosaïque, et le tour était fait. Parfois on brouillait les cartes pour produire des effets analogues à ceux du kaléidoscope , et l'on obtenait des résultats plus ou moins piquants. Bien entendu, tout avait la même physionomie, comme on peut en juger par les peintures sur laque , sur papier, sur soie , sur porcelaine. La seule différence qui pût se manifester était le plus ou moins d'habileté dans la coloration. Il surgissait bien encore , à de longs intervalles , quelques ar-

listes arriérés qui se permettaient une apparence d'invention : mais c'étaient les rarœ aves dont l'exemple n'était pas contagieux.

Les arts La vérité est que la peinture (et cette opinion a dû

du dessin • n i-'\' < '' -l'/i

regardés intluer sur SCS destiuees) n a guère ete considérée dans des branches tous Ics temps , au Gélestc Empire, que comme un art calligraphie, manucl bicu inférieur à l'étude des lettres , bien audessous d'aucun exercice de l'esprit, comme si ce n'était pas aussi l'un des exercices de l'esprit. On n'y voyait en résumé qu'une des branches de la calligraphie, classée avec l'art de tirer de l'arc, avec Féquitation , avec le jeu des échecs , avec l'arithmétique , qui , chez les Chinois, est, comme toutes les branches des mathématiques , dans une réelle enfance ; eji un mot , elle était reléguée au nombre des arts polis, rentrant dans le simple domaine de l'adresse et de l'habileté. Il y a mieux, l'art de représenter la nature vient après l'art de teindre la soie, source de richesse dans le Céleste Empire, et l'un des moyens d'assurer les commoditt's de la vie matérielle, première préoccupation du Chinois. C'est dans ce but qu'il s'évertue aux j)rocédés industriels les plus raffinés : l'art et la gloire ne sont que des considérations secondaires. Abel Rcmusat a eu raison de dire que le luxe européen est d'origine asiatique et surtout chinoise (1).

Peintres Gc u'est guèrc quc plusieurs siècles après notre ère

que les écrivains de la Chine commencent à fournir des détails sur les peintres. En cherchant bien cependant, on retrouve dans les annales de Sse-Ma-Tsien le sou-

(1) Voyez Journal asialitfue , t. I"'', 1822, p. 136 et suivaiUns.

anciens.

PEI>'TRES CIIIMOIS. 119

venir d'un roi de Tsin (1), qui ré(]nuit GOO ans avant l'ère chrétienne, et qui avait un [joût très-vif pour la peinture» C'est ce prince extravagant qui avait coutume de lancer , du haut d'une tour, avec lui arc , des projectiles aux passants , pour se donner le plaisir de les voir fuir devant ses coups. C'est le même encore qui faisait mourir ses ministres quand ils lui avaient déplu , et qui tua de sa jnain son cuisinier parce qu'il lui avait servi un pied d'ours mal cuit. Ce Néron chinois écrasait le Tsin d'impôts , mais c'était ])our payer des artistes et pour embellir de peintures les murs de ses palais (2). Les notions ne vont pas plus loin, et l'on n'a rien sur les pinceaux habiles qui pullulaient alors et qu'il employait à profusion.

Presque partout , dans les récits sur les peintres , on Histoire

léjjendaire

voit la légende côtoyer l'histoire , presque partout se de la peinture

en Chine.

reproduire ces ana des beaux-arts qu'il est curieux de retrouver , presque identiques , dans leur minutie , chez les peuples les plus divers, et qui rappellent les raisins de Zeuxis, le rideau de Parrhasius, les dessins au trait de Protogène et d'Apelles , la mouche d'Holbein et celle de Quiutin Metzis, Ainsi, le livre des « Perles de l'histoire (3), » compilation du règne de Khang-Hi , nous a conservé des anecdotes de ce genre associées à plusieurs des noms les plus ilhis-

(1) Le royaume de Tsin comprenait la province de Clian-si et le territoire méridional du Pe-tche-li.

Le roi en question se nommait Liiiij-Kotin(j.

(2) Voyez le Teliao-clii-kou-eul , ou » l'Orphelin de la Chine », traduit par M. Stanislas Julien, pièce historique, » Paris, 1834.

(3) Ki-se-tchen.

120 LA CHIISE.

très de l'art. Dasis le royaume d'Où, au temps où la

Chine était divisée en trois royaumes, florissait, l'an

L'an 250 250 après Jésus-Christ, un peintre (1) employé par

après J.-C. . , , .

l'empereur Suen-Kuing. On raconte qu après avoir terminé un paravent impérial, l'artiste s'avisa de jeter,, au hasard du pinceau, quelques gouttes d'encre pour en faire, au moyen de retouches légères, autant de mouches. Ces mouches étaient si bien rendues que l'empereur prit son mouchoir pour les chasser. Le même livre raconte l'histoire de l'empereur Ta-Tsoung qui , se promenant dans la campagne avec sa cour.

L'an 630. vcrs l'au G30 de notre ère, aperçut un site tellement de son goût qu'il regretta de n'avoir pas sous la main quelque peintre haliile poiu' en consacrer le souvenir. Il se trouva à point nommé qu'un des ministres, appelé Tàn , alors près de lui , était le premier peintre de remj)ire; vite l'empereur lui fit mettre le pinc(îau à la main et s'éloigna. L'auteur ajoute, comme un trait de mœurs, que le pauvre peintre-ministre, qui rougissait de talents à ses yeux trop au-dessous de sa dignité, pleurait de désespoir en se voyant réduit à un solitaire labeur d'artisan , tandis que toute la cour allait jouic de la ])résence sacrée du ])rince. Ainsi, à Rome, le ])oëte comique Décimus Junius Labérius , hajjile dans la composition des mimes, avait été forcé par César à monter sur le tliéàtre, au mépris d(î sa dignité de chevalier romain.

L'an "20 Sous l'eiupcTeur Min-Wàn, de la dynastie des Tàn,

l'an 720 de notre ère, on cite Wàn-Weï, merveilleux

(1) J)u lliiiii (le l'sKO-l'tt-litfj.

dans le paysage, et dont les plus opulents s'airacliaieiit les œuvres. Ses ciels, dit-on, étaient lé^jers comme l'air, et la magie de ses fonds le disputait à la nature même.

On cite également, vers l'an 1000, un célèbre peintre | a,, looo. d'oiseaux (1) , par qui l'empereur fit peindre des faisans dans l'une des salles d(; son palais. Des ambassadeurs étrangers étant venus un jour faire hommage de faucons dressés, furent introduits dans cette salle. A peine l'œil des oiseaux chasseurs eut-il aperçu les faisans peints , qu'ils se précipitèrent dessus , se brisant obstinément la tête plutôt que de cesser leurs impuissantes attaques. On retrouve au tome second des Mémoires sur les Chinois (p. -459) cette même anecdote, mais retournée et appliquée à un fameux peintre (2) qui vivait dans le cinquième ou le sixième siècle. La vue d'éperviers peints par lui sur la muraille extérieure d'une salle impériale faisait une telle peur aux petits oiseaux, qu'ils s'enfuyaient à tire d'ailes en j)oussant de grands cris. Histoire sacrée ou profane, sciences et arts, tout a ses légendes.

L'Histoire générale de la Chine raconte encore d'autres anecdotes de peintres. Sous l'empereur Ching- Soung, l'an 1074 après Jésus-Christ, le premier mi- j ^^^ jq-^ nistre avait envoyé en qualité de mandarin, dans les provinces, une de ses créatures (3) qui, à son retour, reçut le commandement de l'une des portes du palais.

(1) Nommé Huân-Tsuen.

(2) Nommé Kao-Hiao.

(3) Cet homme se nommait Tching-Hia.

Cet emploi lui laissant de grands loisirs, le commandant se livra à la peinture et rendit, en plusieurs tableaux, les vexations et misères sans nombre dont souffraient les provinces. Il trouva le moyen de faire arriver ces peintures sous les yeux de l'empereur, et son éloquent plaidoyer, compris du prince, devint l'occasion de sévères décrets de réformation (1),

Une autre anecdote prouve qu'on faisait très-grand cas de la peinture à la Chine, dans le douzième siècle de notre ère. L'empereur Hoeï-Tsoung , qui monta sur le

L'an 1101. trône l'an ] 101, était un très-grand curieux d'antiquités, et en meublait tous ses palais. Un de ses favoris disgracié (2) voyagea dans tout l'empire pour recueillir des peintures anciennes , les plus belles et les plus intéressantes qu'il put trouver, et les lui offrit pour rentrer en grâce (3).

Un pcinirr Qn reucoiitre encore quelques œuAres d'un célèbre

de chevaux

en 1300. j)eintre de chevaux, qui vivait Aers l'an 1300, alors (pie la dynastie des Soung , à laquelle il apj)artenait, allait s'éteindre. M. Thiers possède une belle aquarelle authentique de ce maître. Le dessin des chevaux en est d'une fermeté rare, et les palefreniers qui les gardent sont d'une vigueur de touche peu commune, en même temps que, suivant l'usage chinois, ils tournent un peu à la caricature. Poète aussi habile (pie peintre distingué, l'artiste fut en honneur dans son temps, et les Yucn voulurent, malgré tous ses refus, le revêtir d'une haute magistrature.

(1) Hiftoirp rjénerate de la Chine, t. VIII, p. 282.

(2) Noinrnt' Tsaï-Kinq.

(:j) lliitnirr f/e>ii'r(tlf ,lr la Chine, I. VIII, p. ^lî').

L'empereur de la Chine a toujours entretenu des peintres nationaux obstines aux plus vieilles traditions et demeurant étranj^ers aux premières notions de la Les jieintres

classiques

vraie peinture. Ils posent leurs couleurs par teintes impériaux. plates et à cru, au lieu de les fondre, de les briser par les tons , de les dégrader par les nuances , comme on le fait en Europe, pour exprimer les jeux de la lumière, les reflets et les ombres. Au premier aspect même, ils sont plus vifs et plus montés de ton que les Européens; ils n'en sont pas pour cela plus coloristes. Sans aucune idée des belles localités qui sont dans la nature, sans nulle entente des harmonies de la couleur ni de la magie du clair- obscur; enlumineurs plutôt que peintres , i!s sont vifs parce qu'ils sont sans art. Ennemis déclarés des plus simples règles de la perspective aérienne et du modelé, habitués à ne point donner de corps aux objets, en autres termes, à ne représenter que la réalité, non les apparences, ils excluent même les ombres portées, jusque-là que les figures, au lieu de poser, sont jetées comme suspendues dans l'espace. Vrais antipodes des Carrache, des Michel-Ange de Garavage et de leurs imitateurs, qui semblent avoir peint les demi-teintes et les ombres avec Caractère

(le la peintm-e

de l'encre, ils en sont encore, pour la perspective rhinoise. aérienne, aux procédés des peintures d'Herculanum et de Pompéies, des écoles primitives d'Italie, de Bruges et d'Allemagne. C'est le style (talent généralement réservé) du Cimabué et du Giotto, déserté par le Masaccio, repris par le Era Angelico da Fiesole, son contemporain, et, un siècle plus tard, par Holbein lui-même, en quelques-uns de ses portraits.

Quant à la perspective linéaire, s'ils semblent en révéler le sentiment , ils n'en possèdent nullement la science. Dans la pratique usuelle, ils diminuent en général les objets et font un j)eu fuir les lignes à proportion des distances; mais l'étude des strictes règles de l'optique ne vient pas, chez eux, au secours de l'instinct et de l'art. Il leur arrive même de faire fuir la jierspective à contre-sens, c'est-à-dire de faire converger les lignes à partir de l'horizon vers le premier plan. Plus dociles à l'imagination qu'à la logique, ils faussent à leur guise le point de vue : au lieu de peindre les choses de plain-pied , ils les représentent à vol d'oiseau pour en montrer davantage. C'est ainsi que, dans leurs tableaux, les maisons sont au-dessus les unes des autres. Peignent-ils un intc'rieur, ils promènent, contre toutes les lois du possible, le regard dans toute l'étendue de plusieurs pièces à la fois. Evidemment ils n'ont pas le moindre souci du principe de l'unité, si impérieux en matière de composition. On les voit, semblables aux peintres de toutes les écoles à leur origine , semblables à nos maîtres imagiers du moyen âge , aux peintres du Japon, de la Perse et de l'Inde, achever tout également dans un tableau, ce qui est loin comme ce qui est près; en un mot, ils igiior(Mit ou dédaignent ce {jrand art des sacrifices (|ui met chaque chose à son j)laii , donne à chaque objet sa valeur relative; et produit l'effet.

Un point curieux, signalé j)ar un voyageur en Chine, c'est que les éticpiettes monarchicpies vieniKMil encore fausser le sentiment du vrai : « L'cmpeiciir ne jxmiI être représenté comme un autre homme; lut-il placé sur uu plan ('loigné, sa tète doit l'emporter

PEINTRES CIIKNOIS. 125

en grosseur sur celle des assistants (1) : » rè^le sacramentelle, sorte de blason compris de tous. El, ici, n'est-

, La tête

il pas curieux de remarquer comme tout s enchaîne de lempereur dans 1 esprit humain , comme une même ])ens(!e primi- toujours erre tive , mille fois diversifiée dans l'expression de la que îeiie

. - 1 1 T 1 des assistants.

forme, semble guider les arts les plus disparates, les plus éloignés par le génie, par les lieux comme par les temps? En effet, cette convention chinoise découle de la même source que la pensée morale qui inspirait les Egyptiens et les Babyloniens; elle rap- Aualojjie

avec

pelle même une des préoccupations de la pensée des ce système

(liez les

Grecs. L'idée du grand dans l'ordre matériel répon- Égyptiens, les

Babyloniens,

dant, chez tous les peuples, à l'idée du grand dans lesGrcts, l'ordre intellectuel, l'art payen faisait un colosse im- Byzantins. posant du Jupiter Olympien et remplissait les temples de la majesté du dieu. C'est la même pensée qui a fait donner vingt pieds au Christ dans les basiliques du moyen âge, en même temps que le j)inceau conservait aux apôtres une grandeur moindre, et assignait aux donataires et aux donateurs représentés la modestie de la proportion naturelle. C'est encore la même symbolique qui, dans les bas-reliefs chez les anciens, ne faisait jamais le cheval plus grand que l'homme, pour conserver la prééminence au roi de la création. Dans les statues antiques, où les dieux et les hommes ont pour accessoires des animaux, la subordination de l'accessoire au principal est frappante. La représentation de la figure divine ou humaine est sévère et délicate,

(1) De Gcicnes, Vojac/es à Péking, Manille et l'Ile-de-France, dans l'intervalle des années 1784 à 1801, t. II, p. 238.

tandis que celle de l'animal est négligée. Une sorte de

symbolique est également au fond de l'ait primitif et

Symbolique sauvage pratiqué de nos jours en Abyssinie, où les

abyssinienne. ,,, i i- i • i i" i

anges, l homme, le lion, le tigre, le cheval, repûtes nobles, doivent toujours être peints de face, tandis que l'esclave, le démon, sont toujours figurés de profil, de même que l'hyène, le loup, l'âne, le rat, et autres animaux réputés immondes. J'ai des dessins ainsi exécutés qui m'ont été rapportés du pays par le célèbre et savant voyageur M. Antoine d'Abbadie.

L'étude des proportions du corps humain est à peu

près étrangère aux Chinois, et jamais, en aucun temps,

L'idéal (;rec la pciiiturc et la sculpturc de stvle qui cherchent sur le

incomprc-

bensihk- i)()in iiu la bcauté, n'ont été dans leurs mœurs. Du beau, de

les Chinois. ,,.,,, ,, i -i » i

l idéal , comme nous l entendons, ils n ont pas le soupçon le plus vague. Ils ont avant tout le sentiment de la caricature et du grotesque. Si l'on en croit le P. Louis le Comte, ils se rendraient même ridicules à plaisir et ne seraient point si mal faits <|u'ils se peignent euxmêmes. « Ils veulent, dit-il, qu'un homme soit grand, gros et gras, qu'il ait le front large, les yeux petits et plats , le nez court , les oreilles un peu grandes , la

bouche médiocre , la barbe longue Un homme est

bien fait lorsqu'il remplit son fauteuil, et que [)ar sa gravité et son embonpoint il fait, si je l'ose dire, une grosse et vaste figure (1). » Et de fait, de Guignes, que nous citions plus haut, confirme cette ju'édilection des Chinois pour l'exubérance d'embonpoint. Lui-même

(1) Nouveaux Mémoires sur l'état présent de la Chine, t. I , p. 266. Ces Mémoires ont été inijjrimés en trois vol. in-12, en 1696, 1697 et 1701.

souffrit beaucoup d'être j)etit et grêle, et supporta de cruelles rebuffades qu'uu peu plus d'idéal chinois lui eût épargnées. L'empire entier n'offrirait pas deux statues dignes d'être citées. On décore les temples d'idoles colossales, drapées, en terre cuite émaillée ou en porcelaine. On orne les façades des palais, les portes des villes, les balustrades des ponts, d'énormes statues de pierre qui ont pour tout mérite une certaine expression , quand elles ne sont pas monstrueuses. Dans le Ornements

d'art au palais

palais impérial de Péking , il y a un temple appelé impérial

de Péking.

Pagode des dix mille idoles. L'édifice est composé de trois étages, dont ch&cun forme une vaste salle où sont des autels et des idoles dorées, les imes gigantesques, les autres moindres. Les murs sont remplis de petites niches garnies de figures de bronze. La plupart de ces idoles sont laides; mais devant les autels il y a des vases de bronze et des brûle-parfums d'un travail achevé. La dernière invasion a valu à l'Europe quelques morceaux de ce genre , vraiment exquis , tirés du palais d'été de l'empereur, avant l'incendie.

On voit devant le même palais de Péking un autre temple nommé Taï-Saï-Tin, dont la principale image représente une femme assise, de trente-cinq pieds de haut. Elle a une tête à six faces, et de deux bras bien pro[)ortionnés sortent cinq cents autres l)ras de chaque côté. Au-dessus de la tête est une pvramide tpii paraît contenir au moins cinq cents petites têtes (1). Dans une autre pagode est la même figure à six faces et à

ri) Voyage de Vauihaxsade de lu Coinpwjnie de<! Indes orienlalcs hullandaises vers l'empereur de lu Cliii.e , t. I. j>. 273-274.

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