‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 34 sur 127 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

12S LA CHIINE.

mille bras, qui a soixante pieds de liant { 1 ) . En un autre iniaj;e tcuiplc OU voit l'image de la Sensualité, statue immense Sensiiaiitc. toutc Qoree, représentant un personnage d énorme corpulence, assis sur un coussin et la figure épanouie (2).

Tout cela peut rentrer dans le domaine de l'archéologie, mais n'a nul intérêt pour l'art. Instruire, émouvoir, susciter les passions généreuses et les grandes pensées par le lironze, le marbre ou la couleur; é(unre avec des monuments publics l'histoire des grands hommes et des peuples, s'associer, en un mot, au mouvement intellectuel, telle n'est point h la Chine, comme dans les vieilles civilisations de l'E-iu'ope, comme chez les Occidentaux, héritiers des traditions antiques, la vocation de la peinture et de la sculpture. Elles n'ont point les vues si hautes, tant s'en faut. L'architecture, mais de loin à loin, remplit les conditions morales de l'art par l'érection de pagodes et d'arcs de triomphe à des hommes illustres. Ouant ii la peinture, rorneiucntation est sa mission et son triomphe; le joujou, son chef-d'œuvre; le grotesque, son idéal. Elle pourra bien jeter çà et là (juelque allusion mvthologique, théurgique et historique , mais sur porcelaine, sur de petits meubles. Rien de suivi, rien de monumental, rien qui porte avec soi un enseignenuuit (jrave et fécond. Amoureux des tours de force, le (".liinois est minutieux, subtil, raffiné; il exc(;lle, connue on dit, à fendre un cheveu en (puitre , à broder sur toile d'araignée. A'rai héros de la patience, il est grand dans le j)elit.

La raison d'être de cet art, c'est (pi'il a (-té. Tout

(1) Voyarje de l'amhnanade hollandaise , p. 293.

(2) Id., 'd,id.

l'EIMRES CHINOIS. 129

(le tradition comme les lois, les coutumes et le carac- lîaison tère moral des peuples chinois, il s'interdit la moindre ' ' c\i\iois. innovation ; et plutôt que de se demander comment il tant faire, les artistes s'inquiètent comment on a fait h l'aurore de l'antique dynastie des Soung (1), époque de la création du (jenre qui fleurit aujourd'hui. On dirait que là nul ne puisse être de son siècle; tout Chinois naît âgé de mille ans , ou semble s'éveiller après un long sommeil, comme les Dormants de la légende. Gardons , dans tous les cas , d'envelopper dans un anéme mépris tous les artistes de la Chine. Si les modernes pratiquent un art en décadence, les anciens, leur système une fois admis, ont compté des praticiens remarquables. Décorateurs par excellence, ils ont aussi montré un vrai sentiment du dessin et de la grâce, une finesse délicate dans le trait, un certain pouvoir <le nature naïve, inii à la plus piquante fantaisie, à une exécution nourrie, à un modelé précis et ferme ; et telles de leurs figures sur soie , sur papier, sur porcelaine, raj)pellent, soit le style distingué des vases étrusques, avec plus de vie, soit le sentiment du Giotto et du Fiesole, du Pérugin et d'Holbein. Ce serait donc faire peu d'honneur à son goût et à son expérience dans la curiosité, que de se borner à voir avec le chanoine Corneille de Pauw, dans les Chinois des « barl)Ouilleurs étrangers à toute théorie des arts (2) « . Un Arabe d'esprit très-subtil, voyageant à la Chine dans le neuvième

(1) Les Sounrj ont commencé à régner en 960, et ont cessé en 1279 •de notre ère.

(2) Recherches philosophifjuex sur les Égyptiens et les Chinois, par M. de P"* (Berlin, Decker, 1773-1774, 2 vol. in-12), t. I, p. 306.

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