LA PORCELAINE
place. Souvent même dans les jets de dessin les plus courants il y a quelque allusion biératicjue ou historique. Ici c'est un héros célébré par les traditions les plus communes et les plus populaires; là, ce sont des scènes des romans les plus connus ; ce sont des citations d'auteurs classiques, vers ou prose, ou bien des inscriptions morales tirées des livres de Confucius; ou bien des préceptes de conduite, des maximes et sentences, ou des invocations aux divinités protectrices, des dédicaces, ou des bienvenues, des souhaits et salutations au lecteur. C'est, en un mot, tout le mouvement de la vie intellectuelle, sensuelle et sociale. Sur telle pièce fragile on rappelle le thème éternel de la fragilité des choses de la vie. Sur telle autre, on souhaite une longévité égale à celle de la Montagne sacrée du Midi, ou bien une félicité aussi grande que la mer d'Orient. Ailleurs , un vase à boire ou un cornet entre en conversation avec le lecteur : « Un cœur, dit-il , satisfait jusqu'en ses der- « niers replis , comme devant une branche de pêcher » en fleur; une coupe d'eau dans la montagne ou dans » le désert : avec cela désires-tu autre chose? En atten- » dant, bois h plaisir un coup dans cette tasse. " J'ai des pages entières d'extraits plus ou moins piquants de ces légendes. Toute cette phraséologie est-elle exclusivement propre h la Chine et au Japon? Non, assurément : elle se retrouve identique sur les murailles, sur la pierre, sur le bronze, sur le verre, chez les Grecs, chez les Romains, chez les Arabes. Les vases, vieux et nouveaux, de terre et de verre, de la France, de l'Italie et de l'Allemagne, la reproduisent également sans songer à faire une imitation.
Il serait bien désirable qu'un ouvrage de science et d'art, rédigé par quelque curieux de grand goût, relevât dignement cette branche déjà si bien traitée, au point de vue de la technique , par Alexandre Brongniart , et par M. Riocreux , de Sèvres. On ainionce un livre de M. le Blant. Une étude d'un homme aussi compétent sera une bonne fortune. Je souscris. Aujourd'hui , tout le monde a dans son cabinet quelque curiosité céramique ; mais combien peu , même parmi ceux qui en possèdent le plus , savent y lire ! Qui connaît les dates , les chiffres et les marques dont nous avons plus haut indiqué quelques-unes d'après le livre de M. Julien? Qui sait distinguer la provenance des pièces? La Chine, leTonkin, la Corée, le Japon, la Cochinchine ont en plusieurs genres des produits analogues, mais fort distincts : qui sait toujours en faire la différence? Qu'on en juge par nos propres porcelaines et celles de l'Allemagne , ornements de tous les cabinets ; qui en connaît les marques? Qui distingue bien nettement les produits de cette multitude de manufactures ouvertes dès la fin du dix-septième siècle : et les premières fabriques de Rouen et de Saint-Cloud, et la manufacture royale, établie à Vincennes, sous Louis XIV, passée à Sèvres sous le règne suivant; et la fabrique de Chantilly, qui florissait sous la protection du prince de Condé; et celle de Mennecy, qui avait pour patron le duc de Villeroy; et celle do Clignancourt , près Paris, fabrique de Monsieur, et qui s'inspira quelquefois de Marie-Antoinette, du comte d^Artois, du duc d'Orléans? .Le vieux Saxe, le vieux Vienne, le vieux Berlin, (jui les reconnaît entre les ])r()<luits de Franckcnthal , de
LIVRES ILLUSTRÉS. IW
Louisbour^j, de Tournay, de la Haye, de Ghelsea, où des Allemands avaient fondé une fabrique sous Charles II?
C'est un parterre où Flore épand ses biens : Sur différentes fleui-s l'abeille s'y repose, Et fait du miel de toute chose.